Dredd

Jaquette DVD de l'édition française du film DreddUn futur proche. Au milieu d’un désert irradié, Mega-City One s’étend de Washington à Boston, ville-entrepôt-décharge post-WW3 habitée par 800 millions d’âmes et où on enregistre 17 000 crimes quotidiens. Les Juges y sont la loi, qui appréhendent et punissent sans aucun état d’âme. Dredd compte parmi les Juges les plus implacables et aujourd’hui il doit évaluer la recrue Anderson, une mutante dotée de perception extra-sensorielle. Ensemble, ils vont enquêter sur un triple meurtre perpétré dans un City Block…

On peut dire que Dredd partait sur de mauvaises bases, d’abord parce qu’il s’agit d’une adaptation – et celles-ci se montrent rarement à la hauteur du matériau original – et ensuite parce que ce film appartient au registre de la science-fiction – et les productions cinématographiques dans ce genre-là se montrent décevantes plus souvent que le contraire. Malgré tout, ce film parvient à tirer son épingle du jeu car, pour une fois, le scénariste sut garder à l’esprit ce qui faisait toute l’identité et la force du comics de départ par John Wagner et Carlos Ezquerra. Et pas n’importe lequel puisque cette série compte parmi les titres qui contribuèrent beaucoup à la gloire du magazine 2000 AD dès ses débuts.

Il faut dire aussi qu’en cette fin des années 70 où cette publication prit son essor, les illusions de l’après-guerre ne subsistaient presque plus et l’avenir qui s’annonçait ne présentait rien d’attrayant – les faits, justement, allaient lui donner raison, au moins en partie… Entre nihilisme, contestation sociale, ultra-violence gratuite et bien d’autres choses caractéristiques des productions de l’époque en matière de narration graphique, 2000 AD illustrait nombre de préoccupations de son temps à travers le prisme de la production artistique qui peut se montrer capable de toutes sortes de circonvolutions avant de s’avérer juste en fin de compte assez souvent. Ainsi en va-t-il des créations des intuitifs.

Quintessence de 2000 AD sous bien des aspects, et peut-être parce que son créateur compte parmi les fondateurs du magazine lui-même, Judge Dredd cristallise à lui seul nombre des traits principaux de la publication : avec son futur dystopique où les survivants de l’holocauste nucléaire s’entassent dans des océans de béton qui se veulent aseptisés mais où fermentent les pires pulsions d’une humanité en proie à la surpopulation et à toute la violence tant morale que physique caractéristique des milieux extrêmes, les enquêtes de Dredd restent avant tout le prétexte de plongées tête première dans les abysses les plus sombres – mais tout en évitant le piège d’un sermon assez vite lassant…

Voilà ce qui ressort de cette interprétation qui ne fait jamais semblant et, surtout, qui n’oublie pas où elle plonge ses racines : c’est brut de décoffrage, violent, amoral, brutal, limite gore, et surtout ça ne se prend jamais au sérieux. Car tout ici sert de prétexte à la pure exagération : les décors aux allures de blockhaus et capables de se verrouiller avec du blindage d’acier en cas d’alerte, l’arsenal des Juges à la puissance de feu digne d’armes lourdes mais qui tiennent dans une seule main, celui non moins destructeur des gangsters qui leur font face sans se retenir eux non plus d’en user et d’en abuser, le boss de ces derniers qui à sa façon sait sortir des sentiers battus, et bien d’autres choses dont je vous laisse la surprise.

Si au début la direction artistique surprend un peu avec ses visuels résolument contemporains dans les décors et les véhicules, l’esprit de l’original reprend néanmoins vite le dessus avec cette action aussi gratuite que sans limites et surtout pas celles du bon sens, l’introduction d’un second personnage central que les fans savent apprécier et, enfin, l’odyssée de notre duo dans ce City Block où a eu lieu le triple meurtre évoqué plus haut. Là saura s’exprimer toute la folie furieuse, la vaine boucherie du quotidien des Juges, et à travers cet épisode d’un jour somme toute comme les autres on pourra ainsi apercevoir de quoi se compose vraiment cet avenir de cauchemar où la justice peut s’avérer bien plus punitive que le désert radioactif au dehors de la cité…

Loin d’une quelconque morale ou même d’une simple représentation de notre présent à travers je ne sais quelle métaphore, on revisite ici Die Hard (John McTiernan ; 1988) à la sauce ultra-violence dans un futur proche où tout est foutu et où l’ordre, pour s’imposer, n’a pas d’autre choix que de dépasser toutes les bornes. Bref, du pur Judge Dredd, ce classique parmi les classiques du comics anglais et de la BD de science-fiction – voire peut-être même de la science-fiction tout court – qui trouve là une incarnation bien à la hauteur de ses inspirations originales.

Si vous avez un peu plus d’une heure et demie de votre temps à consacrer à un pur divertissement qui n’a absolument rien de familial mais au contraire utilise toutes les technologies modernes des blockbusters actuels pour rendre hommage à ces films d’action des années 80 dont il retient surtout l’adrénaline sous toutes ses formes, Dredd est ce qu’il vous faut.

Note :

Bien que le projet de séquelle à ce film se vit compromis par ses pauvres résultats au box-office, une pétition en ligne relayée par 2000 AD permit à ce récit de connaître une suite sous la forme du comics Dredd: Underbelly dont la publication commença dans le Judge Dredd Megazine du 18 septembre 2013. Depuis, le scénariste Alex Garland a confirmé être en négociation avec un studio.

Dredd, Pete Travis, 2012
Metropolitan Vidéo, 2013
92 minutes, environ 6 €

- le site officiel du film
– d’autres avis : Go with the Blog, The French Reporter, Film de Culte

ZOMBIE ZOMBIE

Le Projet : teaser 1

Le Dino Bleu (avatar)J’indiquais il y a exactement un an que je me lançais dans un projet personnel et que, pour cette raison, le rythme de parution de ce blog devait ralentir ; je disais aussi que je vous tiendrais au courant de mes avancées, ce que je n’ai pas fais : par conséquent, je me rattrape en vous révélant plus que ce que j’escomptais au départ pour un premier teaser.

Voyez donc les différents tags et catégories qui accompagnent ce billet pour savoir tout ce que vous avez besoin de savoir à propos de l’image qui suit :

COTCW_teaser01

Psywar

Étude de l’évolution de la propagande et des relations publiques aux États-Unis, avec une emphase sur la théorie élitiste de la démocratie, ainsi que les relations entre guerre, propagande et classe sociale.

Dark Sector

Jaquette de l'édition française de la version PC du jeu vidéo Dark SectorHayden Tenno travaille pour une agence d’état qui n’y va pas par quatre chemins pour régler ses affaires. Mais des scrupules le hantent et il voudrait que cette mission-là soit la dernière. Cette mission ? Infiltrer une forteresse de Lasria, ancien pays satellite de l’URSS, où se réfugie un autre agent, un renégat qui aurait mis la main sur une arme bactériologique dont certains voudraient qu’on continue à en ignorer l’existence – un traître que les supérieurs de Tenno veulent voir mort, lui et ses complices…

En dépit des réticences de Hayden à tuer à nouveau, sa mission se déroule sans problème jusqu’à ce qu’il croise un ennemi vêtu d’une combinaison pour le moins… inattendue. Dès lors, tout va de travers : fait prisonnier, Hayden se voit inoculé le virus dont il devait détruire les souches, et s’il parvient à s’échapper, c’est pour constater que son corps change. Devenant un peu plus une arme vivante à chaque heure passée, il doit à présent rejoindre le point d’extraction en ne pouvant plus compter que sur les capacités spéciales que lui a donné le virus.

Mais qu’est-ce que cette infection est en train de faire de lui au juste ? Est-il toujours… humain ?

Screenshot du jeu vidéo Dark Sector Voilà un jeu qui revient de loin. Car le projet Dark Sector trouve au départ ses racines dans un autre jeu de Digital Extremes, ou du moins une production à laquelle ce studio prit une part plus que conséquente : Unreal (1998), co-réalisé avec Epic Games, et dont Dark Sector devait constituer une séquelle. Mais comme le domaine du jeu vidéo peut se montrer particulièrement mutagène, Dark Sector évolua assez vite pour ne plus retenir que l’aspect space opéra de son aîné et devint un projet de jeu d’infiltration où le joueur incarnait un agent très spécial équipé d’une sorte de combinaison biomécanique (1) – qui par ailleurs rappelait beaucoup le manga The Bio-booster Armor Guyver (1985-présent) de Yoshiki Takaya.

Screenshot du jeu vidéo Dark SectorUne autre mutation plus tard et Dark Sector se situait dans le présent, cette fois mû par une technologie fort justement nommée Evolution Engine, en acquérant ainsi sa forme finale. Cette fois définitivement orientée action et saupoudrée d’un soupçon d’horreur, cette nouvelle mouture frappe d’abord par son ambiance. Soutenue par une réalisation de bonne facture, mais qui brille bien mieux sur consoles que sur PC, l’atmosphère de Dark Sector se veut avant tout oppressante : la petite nation (fictive) de Lasria abandonnée par son grand maître d’hier qu’était l’URSS et à présent livrée à elle-même se trouve sous le joug d’un ancien agent américain qui vit dans une arme de la guerre froide un moyen de permettre à l’humanité de dépasser ses limites.

Dark_Sector_illus03On regrette, par contre, que Dark Sector se contente d’effleurer le concept de transhumanisme par le biais du thème, bien éculé depuis des générations, du savant fou pour plonger directement dans celui, encore plus usé, du super-héros compte tenu des limites inhérentes à ce sujet et sur lesquelles j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer (2). Car Hayden Tenno devient bel et bien un super-héros suite aux mutations que lui fait subir le virus qui le contamine, mais un de ces super-héros typiques de la période « Dark Age » du genre, soit un surhomme tourmenté par un passé bien trop lourd et auquel il souhaite échapper de toutes ses forces – l’intrigue du jeu montrera qu’il y parviendra néanmoins, d’un certain point de vue en tous cas…

Dark_Sector_illus04Pour en finir sur le point du récit proprement dit, on note une faiblesse déjà aperçue dans une production précédente du studio, Pariah (2005), dont le scénario laissait bien trop de zones d’ombre pour permettre au joueur d’en retirer toute la substantifique moelle : à ce sujet, Dark Sector ne tire pas beaucoup mieux son épingle du jeu et même si l’intrigue parvient à se montrer assez habile en dévoilant peu à peu les différents éléments narratifs, elle reste malgré tout un peu trop obscure pour permettre au joueur de s’impliquer réellement dans l’histoire du protagoniste principal. Au risque de me répéter, il reste toutefois l’atmosphère du titre, brillamment illustrée par sa facture technique et artistique et qui vaut qu’on se penche dessus.

Dark_Sector_illus05Concernant les mécaniques de jeu, on se trouve là encore en terrain connu. Situé à mi-chemin d’un Resident Evil 4 (Capcom Production Studio 4 ; 2005) et d’un Gears of War (Epic Games ; 2006), Dark Sector ne parvient pas vraiment à surprendre puisqu’il recycle, au mieux, ou bien copie, au pire – mais toujours avec talent, ce qui vaut d’être souligné. Voilà pourquoi on apprécie vite l’élément aussi bien central que distinct du titre, qui lui donne toute sa personnalité : le Glaive, cette espèce d’excroissance biomécanique en forme de disque d’où pointent trois lames recourbée et que Hayden peut utiliser comme un boomerang pour se frayer un chemin à travers les hordes d’ennemis que l’armée de Lasria lance à ses trousses.

Dark_Sector_illus06Ce Glaive prend vite une importance capitale car il s’agit bel et bien de l’unique arme dont on dispose durant le premier tiers du jeu. Et si on peut toujours ramasser les fusils des ennemis abattus, les munitions de ceux-ci ne durent pas longtemps en raison d’un système d’identification génétique qui les fait brûler après un court laps de temps en rendant ainsi l’arme inutilisable. Le procédé se montre assez habile car il force de la sorte le joueur à user du Glaive, et comme celui-ci propose plusieurs techniques différentes, on se retrouve vite à devoir faire preuve de créativité dans son usage. Ces techniques se dévoilent au fur et à mesure de votre progression dans le jeu, alors que le virus se développe dans l’organisme de Hayden.

Dark_Sector_illus07Voilà comment, petit à petit, vous en venez à pouvoir contrôler la trajectoire du Glaive par l’intermédiaire d’une sorte de bullet time pour débusquer des cibles à couvert. Ou bien, vous pouvez en quelque sorte capturer un élément, tel que feu, électricité ou glace, afin d’en frapper les ennemis avec des dégâts bien supérieurs ; mais vous pourrez aussi utiliser ces éléments comme combustible pour générer une explosion en un point précis afin de toucher plusieurs cibles à la fois ou encore pour éteindre un mur de flammes qui vous bloque le passage. Assez vite, donc, ce Glaive devient le prétexte de différents puzzles, pour la plupart assez simples, que vous devrez résoudre pour continuer votre progression.

Dark_Sector_illus08D’autres capacités apparaîtront, qui vous permettront de sortir de diverses situations, comme un bouclier grâce auquel vous pourrez non seulement vous protéger des attaques adverses mais aussi, dans une certaine mesure, les leur renvoyer. Enfin, un système d’invisibilité vous permettra d’user de furtivité pour vous glisser derrière vos adversaires en toute discrétion. On peut d’ailleurs ici évoquer le système de combat au corps-à-corps qui donne à Hayden la possibilité d’exécuter un « finisher » pour, comme le nom l’indique, finir d’un seul coup un ennemi déjà bien touché. Et toutes ces combinaisons possibles, encore une fois, deviennent vite le prétexte pour exploiter votre créativité…

Dark_Sector_illus09Enfin, on ne peut passer sous silence le dernier argument que propose Dark Sector : la combinaison, aux allures biomécaniques, que vous obtenez dans le dernier tiers du jeu et qui amplifie toutes vos capacités. C’est là que Dark Sector renoue avec son concept initial en retrouvant une saveur tout à fait unique, du moins pour ceux d’entre nous qui se prétendent mechaphiles.

C’est d’ailleurs là aussi que Dark Sector poursuit son évolution pour devenir un autre projet de Digital Extremes, un Free to Play récemment paru, du nom de WarFrame et qui, me dit-on, est une franche réussite.

Mais, comme il se doit, ceci est une autre histoire…

(1) le net regorge de vidéos de présentation de ce projet hélas avorté mais qui laissait néanmoins présager un titre au très fort potentiel – voyez par exemple cette démo.

(2) je renvoies en particulier le lecteur à mes chroniques de Miracleman (Alan Moore, Alan Davis & Gary Leach ; 1982) et de Marshall Law (Pat Mills & Kevin O’Neill, 1987).

Notes :

Dark Sector connut une adaptation en comics, sous la forme d’une préquelle intitulée Dark Sector Zero, qui relate la chute de Lasria.

En raison de son niveau de violence, Dark Sector fut dans un premier temps interdit de parution en Australie. La version qui s’y vit finalement publiée écopa de plusieurs censures.

La version PC du titre étant un portage direct de la version console, elle ne permet le jeu multi qu’en réseau local.

Dark Sector
Digital Extremes, 2008
Windows, Playstation 3 & Xbox 360, env. 6 €

- la page du jeu chez Digital Extremes
– d’autres avis : GameKult, GameSpot (en),  JeuxVidéo.com, JeuxVidéo.fr

Invention of Love

Icarus Needs

Visuel du jeu vidéo Icarus NeedsPrésenté par ses développeurs comme une « aventure hypercomique », quoi que ça signifie, Icarus Needs s’affirme comme une production unique : plus proche de la fiction interactive que du jeu, de l’expérience que de l’aventure, ce titre se veut surtout expérimental.

Jugez plutôt sur le synopsis : Icarus s’est endormi en jouant et se trouve à présent enfermé dans un monde surréaliste à mi-chemin du jeu vidéo et de la BD ; mais sa petite amie Kit est elle aussi prisonnière de ce rêve et maintenant Icarus doit non seulement la sauver mais aussi échapper au Roi des Écureuils et retrouver le chemin du monde de l’éveil…

Alléchant, non ? Si ça vous interpelle autant que moi…

C’est sur Kongregate que ça se passe


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