Minority Report

Jaquete DVD de l'édition simple du film Minority ReportWashington, 2054. Il y a six ans maintenant que le meurtre a disparu de cet état. À l’aide de mutants capables de voir l’avenir, la division de police Pré-Crime dirigée par John Anderton peut déterminer avec la plus grande précision le lieu et le moment d’un assassinat afin d’intervenir avant qu’il se produise… Mais alors qu’un référendum doit décider si Pré-Crime peut être étendu à l’ensemble du pays, Anderton se voit soudain accusé d’un meurtre à venir : il ne lui reste plus que 36 heures pour prouver son innocence.

Et pour autant qu’il soit vraiment innocent : son crime, après tout, reste encore loin dans le futur et bien des choses peuvent se produire d’ici là…

Tiré de la nouvelle Rapport minoritaire (1956) (1) de Philip K. Dick (1928-1982), texte que je n’ai pas lu, Minority Report nous présente une société où les meurtres de sang froid ont disparu grâce à l’utilisation par la police de mutants qui permettent d’empêcher un crime par leur capacité à voir l’avenir. Outre que celui-ci reste sujet à caution, puisque les visions qu’en ont les différents mutants ne coïncident pas toujours, ce film montre surtout une société coupable de justice expéditive, un écueil que le scénario tente d’éviter au début de l’histoire à travers une démonstration hélas assez poussive et au final peu convaincante : un tribunal, en effet, ne juge pas les intentions mais les actes, et aux dernières nouvelles il n’y a pas de meurtre sans cadavre…

Pourtant, la notion de pré-crime existe bel et bien ici, et on trouve donc tout à fait normal d’appréhender et de condamner des gens pour des meurtres qu’ils n’ont pourtant pas commis. Une notion telle que celle-ci, qui défie bien sûr le simple bon sens, s’avère néanmoins assez typique de Philip K. Dick, un auteur resté célèbre pour la dimension paranoïaque de ses écrits qui prend racine dans sa psyché tourmentée mais aussi dans l’époque où il commença à écrire : les États-Unis des années 50, en effet, se caractérisaient par le maccarthysme et sa "chasse aux sorcières" qui brisa bien des vies innocentes ou bien alors seulement coupables de penser d’une manière différente de la majorité… Nul besoin d’y regarder de près pour y distinguer de l’obscurantisme pur et simple.

Si encore il s’agissait d’une simple erreur d’antan, on pourrait la mettre sur le compte d’une mentalité rétrograde. Pourtant, l’Amérique s’est rendue coupable d’une faute semblable dans son actualité récente ; je parle de sa politique contre le terrorisme international suite aux attentats du 11 septembre, et en particulier de son fiasco complet dans sa gestion du camp de Guantánamo. À moins d’un demi-siècle d’écart, et la menace soviétique écartée depuis une quinzaine d’années à peine, les États-Unis s’avèrent en fait incapables d’apprendre de leurs erreurs passées. À vrai dire, le principal intérêt de ce film se trouve dans cette illustration-là, et non dans une métaphysique de bazar sur l’opposition entre libre arbitre et déterminisme comme on le clame trop souvent…

Mais il s’agit aussi d’un thriller d’envergure mené de main de maître et tambour battant par un réalisateur qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps. Et en dépit de divers traits typiques des blockbusters et d’Hollywood en général, Minority Report reste une production à la fois originale et nimbée d’une certaine finesse : pour cette raison, vous ne regretterez pas de l’avoir vu.

(1) vous pourrez la trouver au sommaire des ouvrages Minority Report (et autres récits) (Gallimard, coll. Folio SF n° 109, septembre 2002, ISBN : 2-07-042606-8) et Rapport minoritaire – Souvenirs à vendre (Gallimard, coll. Folio bilingue n° 161, juin 2009, ISBN : 978-2-07-039931-4).

Adaptations :

- Minority Report (sorti en France en 2003), un jeu vidéo sur PlayStation 2, GameCube et Xbox.
- Minority Report: Everybody Runs (2002), un jeu vidéo sur Game Boy Advance.

Récompenses :

- Festival du film d’Hollywood : Meilleur film d’Hollywood de l’année.
- Broadcast Film Critics Association : Meilleur réalisateur (Steven Spielberg), Meilleur compositeur (John Williams).
- Online Film Critics Society : Meilleur second rôle féminin (Samantha Morton).
- Visual Effects Society : Meilleure composition pour un film (Scott Frankel & Patrick Jarvis), Meilleure direction artistique des effets pour un film (Alexander Laurant & Alex McDowell).
- Saturn Awards : Meilleur film de science-fiction, Meilleur réalisateur (Steven Spielberg), Meilleur scénario (Scott Frank & Jon Cohen), Meilleur second rôle féminin (Samantha Morton).
- Club allemand de science-fiction : Prix Curt-Siodmak du meilleur film de science-fiction.

Notes :

Au départ, le scénario de Minority Report fut écrit pour devenir la suite de Total Recall (Paul Verhoeven ; 1990). Il connut par la suite de nombreuses réécritures, sous l’influence de plusieurs auteurs et producteurs successifs, jusqu’à aboutir au résultat qu’on connaît.

De nombreux éléments narratifs et artistiques de ce film rendent un hommage assez évident à Stanley Kubrick (1928-1999), à l’époque récemment disparu et qui avait collaboré dans ses dernières années avec Tom Cruise comme avec Steven Spielberg.

Les trois mutants qu’utilisent Pré-Crime pour prédire les crimes – Agatha, Dashiell et Arthur – sont prénommés d’après de célèbres écrivains de romans policiers : Agatha Christie (1890-1976), Dashiell Hammett (1894-1961) et Arthur Conan Doyle (1859-1930).

Minority Report, Steven Spielberg, 2002
20th Century Fox, 2003
141 minutes, env. 10 €

6 Responses to “Minority Report”


  1. 1 nibreh 21 juillet 2011 à 01:20

    J’aime l’idée que le nom du réalisateur ne sera pas évoqué. Et j’aime l’idée de pouvoir fouiner dans les images mentales des précogs à l’aide d’une interface gestuelle. La nouvelle de Philip K Dick n’as pas grand intérêt selon mes souvenirs, le film la surpasse en nombres d’idées et dans sa description futuriste. Très bon divertissement qui m’avais laissé de marbre à la sortie de la salle – la matraque à vomir ou bien courir après ses propres yeux, voilà des idées qu’elles sont bonnes ! Ce film fait aussi partie selon moi, avec Munich et le mitigé La Guerre des Mondes, des films les plus noirs (mais plein d’espoir) de notre cher réalisateur. Un triptyque cathartique post 11 septembre en quelque sorte, avant de retomber en enfance avec qui vous savez.

  2. 2 hamesh 5 août 2011 à 17:43

    Une conférence ma foi très instructive et sympathique autour de la notion du temps et de l’image dans Minority Report par Philippe Rouyer :

    http://dai.ly/e2CUIQ

  3. 3 NicK 29 septembre 2011 à 10:20

    "les États-Unis s’avèrent en fait incapables d’apprendre de leurs erreurs passées"
    Arrogance et impérialisme américain. Vu tout ce qu’il ont fait dans le monde au travers de leurs forces armées ou de la CIA/NSA/…, ils ne devraient pas trop la ramener et critiquer l’Europe ou d’autres pays.
    Je suis en train de lire Le Livre Noir de la CIA et c’est effarant le nombre de meurtres et d’assassinats liés aux intérêts américains.

    "La nouvelle de Philip K Dick n’as pas grand intérêt selon mes souvenirs"
    Une des meilleures de Dick.

  4. 4 Guilhem 29 septembre 2011 à 14:59

    « La nouvelle de Philip K Dick n’as pas grand intérêt selon mes souvenirs »

    ???

    Je ne sais pas où tu as chopé cette phrase mais elle n’apparaît pas dans cette chronique puisque je précise bien dans le premier paragraphe que je n’ai pas lu le texte original : je crois que tu confonds avec un autre billet… ;]

  5. 5 NicK 29 septembre 2011 à 15:03

    non, c’est dans le commentaire de nibreh. (le premier en haut).
    C’était juste pour dire chacun ses goûts parce que pour moi les nouvelles de Dick sont ses meilleurs écrits et très peu sont ratées.
    NicK.

    P.S. : sinon j’aime bien le film (à part l’acteur principal).

  6. 6 nibreh 5 octobre 2011 à 21:24

    Yo. ouai c’était moi

    J’ai pas gardé un souvenir mémorable de cette nouvelle, et surtout je la comparais au film, ce qui n’est pas très fut fut. Mais par contre K.Dick, je précise, j’adore ;)


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