Phantom of the Paradise

Jaquette DVD de la dernière édition française du film Phantom of the ParadiseSwan est le plus grand nom du rock et il lui a bâti un temple : le Paradise. Winslow Leach est un jeune compositeur dont Swan veut les partitions, mais sans lui donner le crédit qu’il mérite. Phœnix a pour seul souhait de chanter et Leach a composé un opéra pour elle, mais Swan ne veut pas d’elle pour l’ouverture du Paradise. Mutilé et trahi, Leach se réfugie au tréfonds du Paradise pour le saborder de l’intérieur, jusqu’à ce que Swan lui prenne son âme en échange de la promesse de faire chanter Phœnix…

Très librement inspiré du roman Le Fantôme de l’Opéra (1910) de Gaston Leroux (1868-1927), mais aussi empreint d’autres influences littéraires telles que Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde (1854-1900) et Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) de Mary Shelley (1797-1851), Phantom of the Paradise présente comme particularité d’être une comédie musicale et en particulier, comme ce genre de chose arrivait à une certaine époque, une comédie musicale rock. Voilà pourquoi tant d’inspirations diverses le parsèment et le portent au lieu de le cerner : il devançait cette époque d’intégration et de mélange des genres qu’on appelle postmodernisme et qui devait marquer toutes les années 80 – et au-delà…

Pour les mêmes raisons, Phantom… s’affirme aussi comme une critique violente du show-bizness en général et celui de la musique moderne en particulier : bien que ces années 70 où ce film se vit réalisé connurent un développement sans précédent de la culture, sous toutes ses formes, elles s’accompagnèrent hélas aussi d’une industrialisation progressive du secteur musical, continuité logique des sommes colossales qui se mirent à y transiter suite aux succès phénoménaux de certains grands noms de l’époque – c’est bien connu : l’argent appelle l’argent et celui-ci s’accompagne bien peu souvent de qualité artistique. Ainsi le personnage de Swan se voit-il souvent interprété comme une caricature du producteur Phil Spector

Sous bien des aspects, en fait, Phantom… remet de nombreuses pendules à l’heure. Car à une époque où le rejet des valeurs d’antan par les jeunes générations atteignait les sommets qu’on sait, la production de soupe commerciale s’affirmait aussi comme l’autre facette de cette révolution culturelle : c’est le genre de choses qui arrivent quand des jeunes gens se trouvent soudain livrés à eux-mêmes alors que les valeurs morales et sociétales connaissent une crise grave – voilà ce qui accompagne les morts de civilisations, surtout quand elles se suicident à travers une Grande Guerre. De sorte que De Palma, ici, se montre doublement lucide, à la fois sur l’industrie du show-bizness mais aussi sur ses contemporains…

Devenue une œuvre culte au fil du temps pour son audace et sa richesse tant visuelles que scénaristiques ou thématiques, Phantom… reste encore à ce jour un témoin à la lucidité exemplaire d’une époque dont nombre de rejetons, hélas, ont persisté jusqu’à aujourd’hui. Et voilà comment ce film atteint le statut d’œuvre éternelle, ce qu’on appelle un classique.

Récompense :

Grand Prix du Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1975.

Phantom of the Paradise, Brian de Palma, 1974
Aventi, 2009
91 minutes, env. 10 €

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