Battlestar Galactica

Jaquette DVD de l'édition française intégrale de la série TV Battlestar GalacticaAlors que l’humanité habite plusieurs planètes depuis des siècles, les robots Cylons jadis créés par l’Homme se retournèrent contre leurs maîtres pour réclamer leur liberté. Un armistice aussi soudain qu’imprévu mit fin à la guerre, mais les Cylons réapparurent 40 ans plus tard et anéantirent presque toute la race humaine par une attaque surprise. Seule une flottille de navires civils, protégés par le vaisseau militaire Galactica, échappa à l’holocauste : pour les derniers humains de l’univers, seule la survie importe à présent…

Parce-que beaucoup de spécialistes considèrent que le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) de Mary Shelley représente le premier exemple de science-fiction véritable, alors le thème de la révolte des robots s’affirme comme le plus ancien du genre (1). Difficile, dans ce cas, de parvenir à le présenter sous un jour nouveau, ou à tout le moins original. Cette réinterprétation de la série TV Galactica (Battlestar GalacticaGlen A. Larson, 1978) y parvient, et en particulier en mettant en scène des robots qui non seulement croient en un dieu unique et éternel mais qui tentent aussi de propager sa bonne parole – ou en tous cas l’interprétation qu’ils en font, ce qui reste assez différent. Battlestar Galactica propose donc une combinaison de thèmes, religion et robots, qu’on trouve rarement (2)

On s’en étonne d’autant moins que le robot, triomphe des techno-sciences par excellence, s’oppose radicalement aux religions, dont le peu d’intérêt pour les sciences et les techniques n’est plus à démontrer ; de plus, de par son statut au moins sous-jacent d’esclave, le robot se cantonne la plupart du temps à un rôle d’exécutant, soit une fonction qui ne demande aucune créativité – trait divin par excellence, dont seul le créateur du robot est doté, par définition. Mais comme dans toutes histoires où la créature se retourne contre son créateur et maître, la question se voit posée de l’humanité du monstre qui s’insurge : seuls les hommes se révoltent après tout, le plus souvent pour gagner cette liberté qui reste un autre trait exclusif à l’humain (3).

Or, comme je l’évoquais ci-dessus, « humanité » suppose « créativité » et donc « divinité » : pour cette raison, il ne paraît pas inopportun, en fin de compte, de voir un récit de révolte des robots porter un propos aux consonances religieuses. Tout le problème étant, ici, que ce thème va parfois un peu loin, que cette originalité limite les qualités narratives. Car même en laissant de côté le problème récurrent des séries TV américaines, dont les scénarios sont la plupart du temps déroulés au petit bonheur la chance selon les succès d’audience plus que les idées des auteurs, cette œuvre présente comme principal défaut de bien trop tirer sur la corde d’un mysticisme de bazar qui cache à peine un manque de planification scénaristique sur le long terme.

En fait, on trouve toutes les ficelles du thème de la religion exploité dans des fictions modernes : prophéties, qui se réaliseront ou non ; signes annonciateurs, de destruction comme de salvation ; personnages au rôle messianique, véritable ou monté de toutes pièces ; etc. Et la plupart du temps dépourvues de toutes formes de vraisemblance scientifique, ce qui passe assez mal dans un récit de science-fiction, même si celui-ci se situe dans un contexte de space opera où les techno-sciences s’avèrent le plus souvent très avancées. Bien sûr, une actualité mondiale où les chocs de religion prennent beaucoup trop de place peut expliquer un tel parti pris, mais il n’en reste pas moins que celui-ci finit hélas par lasser – au moins un peu.

Pour autant, il ne faut pas croire que l’œuvre elle-même lasse, bien au contraire, car le récit exploite avec brio toutes les astuces narratives servant à accrocher l’audience, mais toujours avec bonne mesure : suspense, révélations, coups de théâtre et autres retournements de situation s’enchaînent en un parfait ensemble – à défaut de se montrer rigoureux sur le plan des idées, Battlestar Galactica s’affirme tout ce qu’il y a de plus efficace dans la recette. Ajoutée à ça une réalisation d’excellente facture sur le plan pictural, qui de plus prend le parti du réalisme en toutes circonstances, des armes aux décors en passant par les costumes, et vous obtenez un pur spectacle qui n’a rien à envier aux meilleures productions pour le cinéma.

Enfin, on trouve des personnages non seulement assez peu communs, dans leurs caractères comme dans leurs relations, mais qui de plus savent évoluer d’une manière souvent inattendue dans des circonstances rendues d’autant plus chaotiques que le postulat de départ du récit laisse présager bien des larmes et du sang. Sur ce point, d’ailleurs, aucune déception n’est à déplorer : Battlestar Galactica se montre bien à la hauteur de ses ambitions et affiche même un niveau de violence tant physique que morale que ne renieraient pas les productions les plus matures et les plus plébiscitées sur le petit écran – c’est avant tout un récit de survivants : le pire danger y arbore donc souvent un visage tout ce qu’il y a de plus… humain.

Et voilà pourquoi, au final, vous ne risquez pas de vous tromper beaucoup en donnant sa chance à cette série : si le propos se perd parfois un peu, son récit et sa réalisation hors norme la hissent sans conteste au rang de ces grandes réussites de la science-fiction sur le petit écran qui méritent très largement le détour.

(1) qu’un tel ouvrage apparaisse aux débuts de la révolution industrielle surprend assez peu vu le développement technique que connait cette époque : le progrès technique étant par nature incontrôlable – voir l’essai majeur de Jacques Ellul intitulé Le Système technicien (Le Cherche Midi, ISBN : 2-749-10244-8) –, il peut évoquer une forme de révolte de la machine, au moins sur le plan métaphorique, car celle-ci semble agressive par les bouleversements sociaux qu’elle provoque.

(2) on peut citer, parmi d’autres exemples, la nouvelle À la recherche de saint Aquin (The quest for saint Aquin ; Anthony Boucher, 1951), présente au sommaire du volume Histoires de robots (Livre de poche nº 3764, avril 1974, ISBN : 978-2-253-00061-7) de La Grande anthologie de la science-fiction.

(3) pour des détails sur le rapport entre liberté et esclavage dans les récits de robots, voir la préface de Gérard Klein au volume Histoires de robots déjà évoqué dans la note précédente ; lire ce texte en ligne.

Récompenses :

La liste des distinction et prix qu’obtint Battlestar Galactica est si longue que je ne saurais lui rendre justice, sauf en vous invitant à consulter la page correspondante sur Wikipédia.

Adaptations :

Sous la forme de jeux vidéo, dont deux d’action : le premier par Superscape pour téléphones mobiles, en 2006, et le second par Sierra et Auran pour Xbox Live Arcade et Windows, en 2007 ; un troisième titre, Battlestar Galactica Online, un MMORPG gratuit et jouable sur navigateur, fut développé par Bigpoint Games et sortit en 2008. La franchise inspira aussi plusieurs productions amateurs et divers mods.

Différents comics édités par Dynamite Entertainment prolongent et développent l’univers de Battlestar Galactica sous la forme de récits préquelles et de spin-offs dont certains se focalisent sur des personnages de la série originale. Une demi-douzaine de titres sont disponibles.

Un jeu de rôle sur table, publié en 2007 par Margaret Weis Productions, fut tiré de la série, et Fantasy Flight Games édita un jeu de plateau, Battlestar Galactica: The Board Game, qui connut deux extensions, en 2009 puis en 2010.

Un jeu de cartes à collectionner, Battlestar Galactica Collectable Card Game, édité par WizKids, sortit en 2006 mais rencontra peu de succès et se vit annulé l’année suivante.

Enfin, Battlestar Galactica: Human vs. Cylon est un manège installé au parc d’attractions Universal Studios Singapore depuis son ouverture en 2010.

Séquelles et préquelles :

Les événements de Caprica (2010) se situent 50 ans avant ceux de Battlestar Galactica et décrivent une saga familiale opposant les Adama, dont son issus William et son fils Lee, respectivement le commandant du Galactica et le capitaine de la flotte de chasse du bâtiment dans la série originale, et les Graystone, propriétaires d’une vaste entreprise informatique qui veulent réaliser le vieux rêve de l’humanité : la construction de robots pensants – les Cylons.

Battlestar Galactica: Blood & Chrome, actuellement en cours de production sous la forme d’une websérie, s’insère entre Caprica et Battlestar Galactica pour décrire la première guerre contre les Cylons du point de vue du jeune William Adama, alors pilote de chasse.

En juillet 2009, Edward James Olmos, qui joue le rôle de William Adama, a déclaré que Battlestar Galactica: The Plan (2009) ne serait pas le dernier film de Battlestar Galactica mais aucune autre information n’a filtré depuis…

Battlestar Galactica, 2003-2009
Universal Pictures, 2010
4 saisons, env. 60 €

1 Response to “Battlestar Galactica”


  1. 1 Mat 24 avril 2012 à 11:43

    Une sacrée série en effet..
    Mais finalement, le fait que les robots s’intéressent à la religion est assez logique en terme d’évolution. Les cylons sont tellement évolués qu’ils en viennent à se poser des questions métaphysiques tout comme l’homme en son temps. sauf que eux, ils connaissent leur créateur (l’homme) et savent bien qu’il n’est pas un dieu..


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