Archive pour la catégorie 'Arts'

Arzach

Couverture de la dernière édition française de la BD ArzachAu-dessus d’un vaste désert de sable, de pierres et de canyons, parsemé des squelettes géants d’animaux disparus et de ruines habitées par des ombres d’hommes, il chevauche un grand oiseau à la tête de mort qui semble autant fait de béton que sorti de la préhistoire. Son nom ? Arzach, dont on dit qu’il perdit jadis le talisman sacré de son clan et se vit condamné à partir à sa recherche. Dans ce monde à la frontière de la conscience et du sommeil, il arpente des contrées inexplorées mais familières à la fois…

C’est donc le voyage qui caractérise Arzach, le voyage aux confins de l’éveil et à la lisière du rêve, dans ces régions de l’esprit où les phantasmes le disputent à la raison car la volonté affaiblie ne peut plus servir de barrière aux pulsions – les plus sombres comme les autres. Pour cette raison, cette bande rappelle beaucoup Le Garage hermétique (même auteur ; 1976-1978) qui s’articule elle aussi autour d’une technique narrative voisine de celle d’Arzach et sur laquelle flotte l’ombre des surréalistes : ici comme dans Le Garage…, le périple se veut intérieur, et son résultat psychanalytique. Ou du moins quelque chose de cet ordre, celui de la révélation des choses cachées, de l’exploration et la découverte de soi.

Planche intérieure de la BD ArzachPour cette raison, Arzach s’affirme surtout comme une porte d’entrée sans pareille vers l’œuvre d’un Mœbius qui, à l’époque où il accouchait de ces quelques bandes, venait d’adopter depuis quelques années à peine ce pseudonyme sous lequel son identité réelle de Jean Giraud laissait place à l’auteur dont le nom devait bientôt faire le tour du monde. Ce détail en apparence anecdotique prend un sens particulier quand on sait combien Arzach affiche nombre des inspirations premières de son auteur, et notamment l’autre personnage principal de cette courte série de brefs récits : le désert. Et en l’occurrence celui du Mexique où le jeune Jean passa plusieurs mois, dont les étendues de sable et les reliefs habitent nombre de ses œuvres.

Surtout un simple décor dans Blueberry, le désert dans Arzach devient prétexte à la plongée en soi-même. Ici seul avec lui-même, l’auteur comme le spectateur qui l’accompagne ne trouvent pas d’autre porte de sortie que celle de l’intérieur, qui s’ouvre vers les choses sombres et en apparence sans aucun rapport les unes avec les autres mais qui restent néanmoins liées par un fond commun. À vous d’y découvrir le vôtre. L’absence de dialogues, d’ailleurs, facilite d’autant plus l’interprétation – et ainsi la réappropriation – que l’artiste n’y superpose pas la sienne ; et si l’ensemble paraît d’abord déstabilisant, les cassures caractérisant le récit restituent malgré tout à merveille les entrecoupements d’images qui précèdent le sommeil, ceux dont on se souvient rarement.

Planche intérieure de la BD ArzachDe ces instants où la conscience s’étiole, de ce « rêve éveillé » où les défenses psychiques s’affaiblissent en laissant ainsi libre cours à ce kaléidoscope d’idées et de concepts dont on ne soupçonne même pas l’existence la plupart du temps, Mœbius a tiré Arzach. Voilà comment s’y télescopent divers éléments qui donnent à ces bandes un aspect décousu mais qui forment aussi une des principales bases du « style » Mœbius : dans ces faux anachronismes, les créations de l’auteur trouvent une force inhabituelle, une identité plus qu’une originalité, une forme comme un fond – la porte de sortie, ici, a débouché sur des horizons nouveaux, aussi inconnus que déjà vus, qui ne demandaient qu’à surgir au premier plan pour prendre enfin leur place.

Mais pourtant, près de 40 ans après leur parution, les planches d’Arzach conservent encore toute leur force, leur onirisme, leur poésie – et en particulier dans cet abîme de conformisme mercantile qui caractérise la BD actuelle. Servies à merveille par des graphismes qui n’ont pas pris une ride, elles constituent toujours une œuvre non seulement d’exception mais aussi hors du temps par excellence – deux aspects qui, d’ailleurs, correspondent aussi tout à fait à la définition d’un classique. Plus qu’un simple passeport vers l’œuvre d’un auteur incontournable, ces courts récits restent des productions aussi atypiques que sombres, mais aussi autant familières que libératrices.

Rien que ça, vous ne serez pas déçu du voyage

Planche intérieure de la BD Arzach

Adaptation :

Sous la forme d’une série TV d’animation, Arzak Rhapsody, d’une petite quinzaine d’épisodes de quelques minutes à peine, écrits, dessinés et réalisés par Mœbius en 2002 puis diffusés sur France 2 l’année suivante. Si l’esprit de cette production reste bien respectueux de l’œuvre originale, on regrette malgré tout l’ajout de voix qui brise la tradition muette de la narration graphique originale ainsi qu’un ton général bien moins sombre, mais au profit toutefois d’un focus sur l’aspect onirique et la quête intérieure.

Séquelle :

Le premier tome d’une nouvelle série, sobrement intitulée Arzak, sortit chez Glénat en 2010 sous le titre de L’Arpenteur ; c’est la réédition en couleurs d’Arzak : Destination Tassili, publié l’année précédente chez Mœbius Production. Cette courte série doit comprendre un total de trois volumes.

Notes :

De nombreux éléments propres à Arzach servirent d’inspirations pour le tout dernier sketch du film d’animation Métal Hurlant (Gerald Potterton ; 1981). On peut citer parmi ceux-là les paysages désertiques et l’oiseau blanc géant que chevauche un guerrier impitoyable – encore qu’il s’agit d’une femme dans cette version animée…

Plusieurs artistes américains rendirent hommage à Arzach dans Legends of Arzach, une série d’illustrations publiée en 1992 sous forme de portfolio chez Starwatcher Graphics et qui sortit en France en 1994 sous le titre d’Arzach made in USA. On peut y voir entre autres des travaux de Mike Mignola, Will Eisner ou Frank Kelly Freas.

Arzach, Jean « Mœbius » Giraud, 1975-1976
Les Humanoïdes associés, collection HUMANO.HUMANO., juin 2011
56 pages, env. 18 €, ISBN : 978-2-731-62376-5

Brantonne au Fleuve Noir

Couverture de l'artbook Brantonne au Fleuve Noir« [...] Mais voici le temps de son chef-d’œuvre à répétition, [...], les couvrantes du Fleuve Noir Anticipation. Nous somme en 1951, il dessine l’affiche de lancement puis les premières œuvres de Richard-Bessière. Il fera tout le Fleuve jusqu’en 1959, créant un style unique aux couleurs chaudes, aux formes rondes, qui permet aujourd’hui de repérer un vieux fleuve à 30 mètres. Pas bézef de collections dont on puisse dire ça. Même ceux qui n’ont jamais lu un livre de la collection connaissent cette impression, cette attirance dès la première vision. [...] » (1)

Comme la plupart des vieux routard de l’illustration et du dessin, René Brantonne toucha à tout pendant sa carrière d’artiste. Près de 55 ans. D’abord à dessiner des affiches pour le cinéma chez Paramount et chez Universal mais aussi à la Fox, la Columbia ou la MGM ; ainsi que de la pub en pagaille au milieu de press-books, d’illustrations, de retouches – il dessine au passage le logo Esso, avec les quatre lettres dans un ovale, qui restera tel quel un demi-siècle… À la fin des années 30, il se jette dans la BD, et notamment chez Artima, où il fait des versions françaises pour des séries comme Superman ou Tarzan (version Burne Hogarth), parmi d’autres. En plus des couvertures de romans, des affiches, des calendriers et… des boites à camembert – dont il a prétendu être le roi. Et puis, enfin, en 1951, le Fleuve Noir.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

C’est la consécration. L’imagination plus que prolifique, plus même que débridée, la créativité hors pair de l’artiste trouve là toute la place qu’il lui faut pour s’exprimer : lui qui, dit-on, ne lisait jamais les livres dont il faisait l’illustration peut laisser libre cours à son crayon et ses pinceaux – la collection Anticipation, en effet, fait dans la science-fiction et ce genre-là n’aime pas les limites, quelles qu’elles soient. C’est un déluge de métal et de lumière, de rondeurs brillantes et de machines infernales, de guerriers de l’espace et de mutants extraterrestres,… Mais plus que des illustrations d’immense talent au charme vintage, c’est surtout la création d’une identité propre, d’une personnalité entière qui garde encore toute sa force et son originalité même plus de 50 ans après.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Car chez Brantonne, c’est la chaleur des tons qui domine. Loin des illustrations habituelles de cette science-fiction de l’époque dont le métal riveté comme les paysages de déserts extraterrestres exprimaient froideur et déshumanisation, la production de Brantonne se caractérisait, elle, par des couleurs vives et chatoyantes, souvent renforcées par une lumière proche du clair-obscur. Les images de Brantonne, tout simplement, rendaient la science-fiction vivante, voire même vibrante : elles faisaient de ce genre dominé par la technologie sans âme un lieu à nouveau humain, c’est-à-dire supportable. Les couvertures de Brantonne étaient une véritable invitation au voyage au lieu d’une simple illustration pour attirer le regard du chaland à l’aide de femmes dénudées et de M. Muscles.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, n’hésitez pas à vous plonger dans Brantonne au Fleuve Noir : non seulement vous y trouverez des futurs comme on n’en fait plus, mais vous aurez aussi l’occasion de voir de près quelques-uns des travaux les plus marquants d’un artiste comme il n’y en a pas deux dans toute l’histoire de l’illustration de science-fiction. Et ça, c’est pas banal…

(1) extrait de l’introduction à l’ouvrage par Yves Frémion.

Brantonne au Fleuve Noir, Yves Frémion
Kesselring, 1979
90 pages, env. 50 € (occasions seulement)

- L’Univers de René Brantonne
- une biographie de Brantonne avec une galerie d’œuvres
- les couvertures des 144 premiers numéros de Fleuve Noir Anticipation

Science (fiction)

Couverture du recueil d'illustrations Science (fiction)Comme la plupart de ses collègues voués à illustrer des œuvres de science-fiction, de fantastique ou de fantasy, Manchu soutient un défi apparemment impossible. Le public attend des représentations réalistes d’univers littéraires et imaginaires constitués avec des mots.
Dans l’art difficile du réalisme impossible, Manchu est certainement l’un des meilleurs, voire le meilleur, comme le montrent les peintures réunies dans ce volume.

Gérard Klein

L’inspiration première de Manchu saute aux yeux dès les premières images de lui qu’on aperçoit. D’ailleurs, il revendique lui-même l’influence de Chris Foss, ce qui en dit bien assez long sur lui-même, ou du moins sur son approche de l’illustration. Ici, le réalisme dans la facture est une condition sine qua non : sans réalisme, une illustration ne peut prétendre être de Manchu ; tout comme elle ne peut prétendre convaincre autant d’ailleurs, ce qui explique peut-être un tel choix de la part de l’artiste. Le réalisme présente en effet comme immense avantage de rendre une image crédible, quel que soit son sujet, de par son rendu même qui la rapproche d’une photographie.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Pourtant, les illustrations de Manchu poussent ce réalisme bien plus loin que celui de Chris Foss, car au contraire de l’œuvre de ce dernier, le réalisme ici n’est pas qu’une simple question de rendu dans les matières et les éclairages, il repose aussi sur les détails de conception des divers engins et machines, mais aussi robots et véhicules que les dessins présentent. Ici, les articulations et les systèmes qui les actionnent, par exemple, paraissent eux aussi réels, ils entrent dans le registre du possible, du palpable ; même chose pour les roues et les réacteurs, les radars et les antennes. De sorte que chacun de ces objets pourrait très bien surgir de l’image si on n’y prend pas garde.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Voilà donc pourquoi Science (fiction) mérite une place sur vos étagères. Parce qu’on voit rarement des peintures aussi convaincantes dans un domaine pourtant toujours difficile à exprimer en raison de son essence même, celle de l’imaginaire. Au reste, vous y trouverez aussi divers croquis et recherches pour des projets allant de la BD au jeu de rôle, ainsi que plusieurs travaux pour la science, dont le magazine Ciel & Espace en particulier, mais aussi une présentation succincte de la méthode de travail de l’artiste. Et une biographie en 22 axes. Au final, cet ouvrage représente surtout une excellente introduction à l’œuvre d’un auteur bien plus hors norme qu’il y paraît…

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Science (fiction), Manchu
Delcourt, collection Série B n° (1), novembre 2002
100 pages, env. 24 €, ISBN : 2-84055-995-1

- le site officiel de Manchu
- la page de l’auteur chez Delcourt

Batman : Justice digitale

Couverture de l'édition française du comics Batman : Justice DigitaleGotham Megatropolis.
Le Siècle à venir. Un à venir proche.

    Soyez les bienvenus dans le Monde Futur ! Faites un petit tour sur l’Express du Progrès.
    Vous voyez défiler un monde apparemment parfait – mais c’est un monde de chimères par excellence, un monde sans âme, dont le cœur bat selon un code binaire. Un ou zéro – Dieu ou le Néant.
    Un monde complexe et câblé, dominé par un code tyran, un vieux virus d’ordinateur qui est devenu le premier Dictateur Digital de la Terre.
    Le seul espoir est un mythe du passé, une légende née d’une ancienne superstition, longtemps avant les épidémies de virus.
    Un nouveau type de héros, un programme de code “propre” et de mémoire pure, un programme écrit par un justicier légendaire…

Un Héros Digital, pour rétablir la vérité et…
La Justice Digitale.

Planche intérieure du comics Batman : Justice digitaleJ’évoquais dans ma chronique de L’Asile d’Arkham (Grant Morrison & Dave McKean ; 1989) le regain d’intérêt que connut l’industrie du comics pour le personnage de Batman suite à la courte série Dark Knight (1986) de Frank Miller, en soulignant que comme la plupart des créations à vocation commerciale les productions ainsi engendrées ne présentaient pour la plupart qu’un intérêt limité. Ce Justice digitale se place à part dans le lot, pour deux raisons : la première concerne l’univers de ce récit puisqu’il s’agit à ma connaissance de la première aventure de Batman dans un environnement cyberpunk, alors que la seconde concerne la facture puisque ce comics fut tout entier dessiné sur ordinateur – soit une technique à l’époque pour le moins balbutiante et donc bien plus difficile à mettre en œuvre que de nos jours.

Planche intérieure du comics Batman : Justice digitaleSi le récit présente en lui-même assez peu d’intérêt, car en dépit d’une idée de départ assez originale son exécution laisse hélas pas mal à désirer, il mérite malgré tout qu’on s’y attarde. Malgré les clichés habituels – même pour l’époque – sur les cités du futur proche informatisées à outrance, le manque d’inspiration parvient à dissimuler ces maladresses en situant le récit dans un univers de super-héros qui, comme la plupart des itérations de ce genre précis, ne se caractérise pas par une profondeur quelconque du propos ni une véritable complexité psychologique. Encore que je devrais plutôt dire le prolongement d’un univers de super-héros puisque, ici, le super-héros et le super-vilain sont en fait tous deux morts depuis des lustres, mais la magie du virtuel et des réseaux saura les ramener. Au moins en partie…

Planche intérieure du comics Batman : Justice digitaleEt peut-être pour faire correspondre le thème du récit à la facture de l’ouvrage, Pepe Moreno choisit de le réaliser entièrement sur ordinateur. À moins que ce soit son intérêt pour l’infographie et l’informatique qui l’ait poussé à choisir un univers cyberpunk, ce qui n’étonnerait pas… Quoi qu’il en soit, Justice Digitale s’affirme surtout comme un excellent moyen de mesurer le sens de l’expérimentation graphique de l’auteur, même si celui-ci utilisait souvent des techniques originales – à défaut de vraiment expérimentales – dans la plupart de ses productions jusque-là. Et comme les limites technologiques de l’époque ne permettaient que très difficilement à un artiste isolé de faire mieux que ce que propose Justice Digitale, on peut pardonner les diverses maladresses ainsi que les quelques solutions de facilité qui pointent leurs pixels ici et là.

Planche intérieure du comics Batman : Justice digitalePar contre, ce qui intéresse davantage, c’est que Justice digitale reste à ce jour encore la dernière incursion de l’auteur dans le domaine du comics, du moins pour ce que j’en sais. Il s’est par la suite consacré au jeu vidéo avec la création de Hell Cab (1994) et de la série des BeachHead (2000-2002), qui connut son succès. Justice digitale se présente donc comme une étape importante dans la carrière de cet artiste hors norme puisqu’elle signe son passage d’un média à l’autre.

Mais c’est aussi une aventure de Batman pour le moins atypique, sur le fond comme sur la forme, et qui vaut bien le coup d’œil si vous aimez les productions qui sortent des sentiers battus.

Batman : Justice Digitale (Batman: Digital Justice), Pepe Moreno, 1990
Glénat, collection Comics USA, septembre 1990
93 pages, env. 9 €, ISBN : 2-87695-129-0

Cal Lane : Brodeuse de métal

Photo de l'artiste Cal Lane dans son atelierLa juxtaposition des extrêmes caractérise le travail de Cal Lane, cette manière de placer côte à côte – ou plutôt en opposition – l’industriel et le domestique, le masculin et le féminin, le pratique et le frivole, l’ornement et la fonction. De ce contraste-là, encore qu’on pourrait aussi parler de paradoxe, surgit l’émotion.

Voilà comment de simples bidons rouillés deviennent des sortes de fauteuil, des brouettes se transforment en décoration, et des empreintes de rouille prennent la place de tableaux. Chez Cal Lane, tout ça rentre dans le registre du logique, du banal. Pour le spectateur, c’est déjà plus troublant, car assez inattendu. Si à première vue, il s’agit de détournements d’objets industriels, qui évoquent ainsi une critique de notre modernité ou du moins une tentative de la rendre moins austère, l’artiste de son côté ne cherche qu’une expression particulière de cette notion de contrastes qui caractérise l’Art – ou en tous cas certaines de ses itérations…

Pour cette raison, son œuvre prise dans son ensemble mérite bien le détour, au moins pour trouver l’opportunité de jeter sur des objets quotidiens un regard nouveau.

De nos jours, ça se fait rare.

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

- le site officiel de Carl Lane
- une brève biographie de l’artiste

Sur les murs de Bruxelles…

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Glassy Ocean

Jaquette DVD de l'édition japonaise originale du court métrage Glassy OceanLe temps s’était comme figé. Sur l’océan de verre, un vieil homme et son chat parcouraient les vagues aux mouvements à peine perceptibles pour aller à la rencontre des autres promeneurs dans ce pays étrange, quelque part sur la frontière entre le rêve et le merveilleux. Plus loin, une baleine jaillissaient peu à peu des flots, mettant tout un jour pour sauter avec grâce dans le ciel, alors qu’un peintre immortalisait son mouvement, toile après toile, au milieu de spectateurs qui contemplaient l’apparition…

Voilà une œuvre unique, comme une poésie sertie dans l’animation, illustrée à merveille par un style pur et limpide à la limite du minimalisme, où la frontière entre l’ordinateur et la main s’avère tout simplement invisible. Un voyage sans but ni mobile dans un pays des merveilles troublant de sérénité, habité par une douce musique aussi discrète qu’envoutante.

Une pure fantasy, dans tous les sens du terme…

Glassy Ocean (Kujira no Chōyaku), Shigeru Tamura, 1998
Indisponible hors du Japon
22 minutes

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Les Sous-sols du Révolu

Couverture de la première édition de la BD Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d'un expertEudes Le Volumeur, expert, est mandaté pour étudier et répertorier le Fonds du Musée. Quel Musée ? On l’ignore. Ou plutôt, on en a oublié le nom. Le Musée du Révolu, mais aussi Le Voulu démesuré, ou bien L’Œuvre du muselé, ou encore Le Seul mou du rêve, ce nom importe assez peu à vrai dire. Toujours est-il que Le Volumeur lui consacrera le restant de ses jours mais sans parvenir à achever sa tâche.

Cet ouvrage rassemble les épisodes les plus marquants de son expertise au sein d’un édifice devenu si vaste au cours des siècles que ses limites ne peuvent plus être définies avec précision, dans le temps comme dans l’espace, et dont le contenu se montre bien à la hauteur de son contenant.

Voire même un peu plus…

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du RévoluQuiconque connaît assez le média de la narration graphique sait combien il ne démérite pas son nom de Neuvième Art. Combiner de manière heureuse les images et les textes écrits, en effet, exige une maîtrise de son sujet qui correspond bien sûr à ce qu’on appelle du talent, au sens large du terme. Pour cette raison, on s’étonne assez peu de voir une BD toute entière bâtie autour d’un de ces temples intégralement voués aux Arts picturaux, quelles que soient les formes qu’adoptent ces derniers : une telle convergence s’avère en fait assez attendue. Ce qu’ont d’ailleurs très bien compris les instances du musée du Louvre puisque cet album de Marc-Antoine Mathieu fut dessiné à leur demande.

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du RévoluLes Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert s’affirme donc comme un ode à l’Art, du plus classique au plus moderne et du plus ancien au plus contemporain, mais à travers un récit d’ordre métaphorique et aux accents assez fantasmagoriques, où le réel se voit travesti juste ce qu’il faut pour que son essence transparaisse sous son apparence. Ce qui n’est jamais qu’une définition comme une autre de l’Art, justement. Or, cette discipline comprend un nombre incalculable d’œuvres, de sorte que l’expertise de Le Volumeur prend assez vite l’allure d’une odyssée sans fin au tréfonds de galeries, de dépôts et d’ateliers tous plus vastes, profonds et obscurs les uns que les autres.

Les rencontres successives qu’il y fera avec divers maîtres des lieux bouleverseront peu à peu sa vision de la chose artistique, mais sans qu’il parvienne à la compléter pour autant : si de toutes manières le sujet est bien trop vaste pour qu’il ait pu y parvenir dans le laps de temps d’une vie entière, au moins l’expert ne sera-t-il pas demeuré une bûche mentale durant tout ce temps.

Et le lecteur non plus, d’ailleurs, ce qui suffit bien à recommander très chaudement cet ouvrage pour le moins atypique : qui sait, il pourrait vous donner envie d’aller visiter un jour l’édifice réel qui l’a inspiré…

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du Révolu

Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert, Marc-Antoine Mathieu
Futuropolis & Musée du Louvre Éditions, octobre 2006
60 pages, env. 16 €, ISBN : 978-2-754-80050-1

- un site d’admirateur sur Marc-Antoine Mathieu
- d’autres avis : Culturofil, Carnets de Sel, Me, myself and I, L’Antichambre

L’Asile d’Arkham

Couverture de la dernière édition française du comics L'Asile d'ArkhamLe commissaire Gordon appelle Batman en urgence. Les patients de l’asile d’Arkham ont pris le contrôle de l’établissement psychiatrique et tiennent le personnel en otage. Ils veulent parler à Batman en personne. Quand le justicier se rend à l’asile, il comprend vite que son vieil ennemi l’a fait venir pour lui démontrer qu’il est aussi fou qu’eux. Pourtant, une autre présence sévit ici, un fantôme aussi ancien que l’hôpital lui-même et auquel personne ne croit vraiment mais dont la magie sait se montrer puissante.

Ce qui va très bien à un asile, d’ailleurs : magie, après tout, rime bien avec folie…

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'ArkhamLe milieu des années 80 vit un succès inattendu du personnage de Batman. Presque cinquantenaire à l’époque, il ne brillait pas particulièrement parmi ses pairs hormis par son ancienneté qui lui garantissait une certaine popularité, mais le travail de Frank Miller sur Batman: The Dark Knight Returns (1986) lui donna une stature aussi unique qu’innovante : avec son protagoniste principal sombre, tourmenté et violent dans un futur proche à l’agonie, cette œuvre démontait surtout le genre super héros à travers une critique acerbe de l’Amérique de Reagan (1911-2004) ; depuis, cette représentation du personnage de Batman est devenue le standard dont s’inspirent les principaux auteurs qui reprennent le personnage.

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'ArkhamMais aussi, en tant que succès à la fois public et critique, Dark Knight devint la principale raison derrière l’intérêt de Hollywood pour la licence : voilà comment le Batman (1989) de Tim Burton vit le jour et engendra la série de films qui se poursuit encore de nos jours, avec plus ou moins de bonheur. Mais DC Comics se montrant bien sûr désireux de rentabiliser sa propre licence du personnage, cette réalisation s’accompagna aussi de plusieurs autres créations sur le média original de Batman, soit la narration graphique. Voilà comment on vit arriver en assez peu de temps un nombre conséquent de titres à l’intérêt pour le moins variable… L’Asile d’Arkham, aussi connu en France sous le titre Les Fous d’Arkham, compte parmi ceux-là.

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'ArkhamCette œuvre nous intéresse surtout pour ses graphismes hors norme car, en dépit de ses qualités narratives certaines, son scénario ne parvient hélas pas à se détacher vraiment de l’influence de Dark Knight – pour la relation malsaine qui unit Batman au Joker – ou, peut-être plus inattendue, de Watchmen (Alan Moore & Dave Gibbons ; 1986) – pour des éléments tels que le test de Rorschach – ; quant à la folie de Batman, qui sert de thème sous-jacent à ce récit, elle avait à l’époque déjà été démontrée dans le récit court The Killing Joke (Alan Moore & Brian Bolland ; 1988) et ne présentait donc rien de nouveau – sans oublier que se déguiser d’un costume de collants pour partir tabasser les criminels est le signe évident d’un trouble mental…

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'ArkhamPourtant, cette partie graphique ne présente pas autant d’innovations que ce que l’avancent certains commentateurs. Ceux-là, en effet, donnent l’assez nette impression d’oublier le remarquable travail de Bill Sienkiewicz, et notamment sur le récit court Elektra (1986) dont il illustra le scénario écrit par Frank Miller – encore lui. La différence principale tient dans ce que Sienkiewicz ne recourait presque pas du tout à la photographie comme élément de départ, au contraire de Dave McKean dans L’Asile d’Arkham d’abord puis dans l’ensemble de son travail. Pour le reste, on trouve chez l’un comme chez l’autre des techniques plus liées aux arts plastiques qu’au dessin proprement dit : c’est en fait l’expérimentation qui caractérise leur œuvre.

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'ArkhamPour cette raison, ne vous attendez pas à trouver ici quel que réalisme que ce soit, car tout y est une question de ressenti induit par des images ; or, les limites du réalisme à cet effet restent bien connues. Voilà comment de pures émotions exsudent de toutes ces photos, ces collages, ces crayonnés, ces peintures,… Mais aussi de leurs découpages, leurs juxtapositions, leurs chevauchements,… McKean joue avec les techniques et les styles pour illustrer la dégénérescence de la folie et la démesure toute gothique de l’asile d’Arkham, à travers des clairs-obscurs et des perspectives accentuées, des proportions faussées et des poses exagérées, des cadrages serrés et des effets de flou…

Et de cet attachement affectif que déclenchent ces images chez le lecteur se dégagent des impressions, des interprétations, des idées parfois : voilà pourquoi on trouve aisément dans L’Asile d’Arkham ce qui ne s’y trouve pas. C’est la force des images et de ce qu’elles peuvent suggérer – ou alors, on veut simplement donner du sens à ce qu’on aime…

Ce qui, dans ce cas précis, s’avère assez improductif : cette œuvre, en réalité, reste plutôt vide. Du moins sur le plan des idées, car sur celui du graphisme, par contre, c’est une expérience inoubliable.

Planche intérieure de la première édition française du comics L'Asile d'Arkham

Adaptations :

L’épisode “Procès” de la série TV animée Batman (Bruce Timm & Eric Radomski ; 1992) reprend des éléments de L’Asile d’Arkham.

Le jeu vidéo Batman: Arkham Asylum (Rocksteady Studios ; 2009) présente une trame comparable.

L’Asile d’Arkham (Batman – Arkham Asylum), G. Morrison & D. McKean, 1989
Panini Comics, collection Dc Icons, juin 2010
144 pages, env. 18 €, ISBN : 978-2-8094-1344-1

- la fiche de l’album sur le site de Panini Comics
- d’autres avis : Scifi-Universe, Silence je blog, Science-Fiction Magazine

Trois petits points

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