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Brantonne au Fleuve Noir

Couverture de l'artbook Brantonne au Fleuve Noir« [...] Mais voici le temps de son chef-d’œuvre à répétition, [...], les couvrantes du Fleuve Noir Anticipation. Nous somme en 1951, il dessine l’affiche de lancement puis les premières œuvres de Richard-Bessière. Il fera tout le Fleuve jusqu’en 1959, créant un style unique aux couleurs chaudes, aux formes rondes, qui permet aujourd’hui de repérer un vieux fleuve à 30 mètres. Pas bézef de collections dont on puisse dire ça. Même ceux qui n’ont jamais lu un livre de la collection connaissent cette impression, cette attirance dès la première vision. [...] » (1)

Comme la plupart des vieux routard de l’illustration et du dessin, René Brantonne toucha à tout pendant sa carrière d’artiste. Près de 55 ans. D’abord à dessiner des affiches pour le cinéma chez Paramount et chez Universal mais aussi à la Fox, la Columbia ou la MGM ; ainsi que de la pub en pagaille au milieu de press-books, d’illustrations, de retouches – il dessine au passage le logo Esso, avec les quatre lettres dans un ovale, qui restera tel quel un demi-siècle… À la fin des années 30, il se jette dans la BD, et notamment chez Artima, où il fait des versions françaises pour des séries comme Superman ou Tarzan (version Burne Hogarth), parmi d’autres. En plus des couvertures de romans, des affiches, des calendriers et… des boites à camembert – dont il a prétendu être le roi. Et puis, enfin, en 1951, le Fleuve Noir.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

C’est la consécration. L’imagination plus que prolifique, plus même que débridée, la créativité hors pair de l’artiste trouve là toute la place qu’il lui faut pour s’exprimer : lui qui, dit-on, ne lisait jamais les livres dont il faisait l’illustration peut laisser libre cours à son crayon et ses pinceaux – la collection Anticipation, en effet, fait dans la science-fiction et ce genre-là n’aime pas les limites, quelles qu’elles soient. C’est un déluge de métal et de lumière, de rondeurs brillantes et de machines infernales, de guerriers de l’espace et de mutants extraterrestres,… Mais plus que des illustrations d’immense talent au charme vintage, c’est surtout la création d’une identité propre, d’une personnalité entière qui garde encore toute sa force et son originalité même plus de 50 ans après.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Car chez Brantonne, c’est la chaleur des tons qui domine. Loin des illustrations habituelles de cette science-fiction de l’époque dont le métal riveté comme les paysages de déserts extraterrestres exprimaient froideur et déshumanisation, la production de Brantonne se caractérisait, elle, par des couleurs vives et chatoyantes, souvent renforcées par une lumière proche du clair-obscur. Les images de Brantonne, tout simplement, rendaient la science-fiction vivante, voire même vibrante : elles faisaient de ce genre dominé par la technologie sans âme un lieu à nouveau humain, c’est-à-dire supportable. Les couvertures de Brantonne étaient une véritable invitation au voyage au lieu d’une simple illustration pour attirer le regard du chaland à l’aide de femmes dénudées et de M. Muscles.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, n’hésitez pas à vous plonger dans Brantonne au Fleuve Noir : non seulement vous y trouverez des futurs comme on n’en fait plus, mais vous aurez aussi l’occasion de voir de près quelques-uns des travaux les plus marquants d’un artiste comme il n’y en a pas deux dans toute l’histoire de l’illustration de science-fiction. Et ça, c’est pas banal…

(1) extrait de l’introduction à l’ouvrage par Yves Frémion.

Brantonne au Fleuve Noir, Yves Frémion
Kesselring, 1979
90 pages, env. 50 € (occasions seulement)

- L’Univers de René Brantonne
- une biographie de Brantonne avec une galerie d’œuvres
- les couvertures des 144 premiers numéros de Fleuve Noir Anticipation

Science (fiction)

Couverture du recueil d'illustrations Science (fiction)Comme la plupart de ses collègues voués à illustrer des œuvres de science-fiction, de fantastique ou de fantasy, Manchu soutient un défi apparemment impossible. Le public attend des représentations réalistes d’univers littéraires et imaginaires constitués avec des mots.
Dans l’art difficile du réalisme impossible, Manchu est certainement l’un des meilleurs, voire le meilleur, comme le montrent les peintures réunies dans ce volume.

Gérard Klein

L’inspiration première de Manchu saute aux yeux dès les premières images de lui qu’on aperçoit. D’ailleurs, il revendique lui-même l’influence de Chris Foss, ce qui en dit bien assez long sur lui-même, ou du moins sur son approche de l’illustration. Ici, le réalisme dans la facture est une condition sine qua non : sans réalisme, une illustration ne peut prétendre être de Manchu ; tout comme elle ne peut prétendre convaincre autant d’ailleurs, ce qui explique peut-être un tel choix de la part de l’artiste. Le réalisme présente en effet comme immense avantage de rendre une image crédible, quel que soit son sujet, de par son rendu même qui la rapproche d’une photographie.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Pourtant, les illustrations de Manchu poussent ce réalisme bien plus loin que celui de Chris Foss, car au contraire de l’œuvre de ce dernier, le réalisme ici n’est pas qu’une simple question de rendu dans les matières et les éclairages, il repose aussi sur les détails de conception des divers engins et machines, mais aussi robots et véhicules que les dessins présentent. Ici, les articulations et les systèmes qui les actionnent, par exemple, paraissent eux aussi réels, ils entrent dans le registre du possible, du palpable ; même chose pour les roues et les réacteurs, les radars et les antennes. De sorte que chacun de ces objets pourrait très bien surgir de l’image si on n’y prend pas garde.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Voilà donc pourquoi Science (fiction) mérite une place sur vos étagères. Parce qu’on voit rarement des peintures aussi convaincantes dans un domaine pourtant toujours difficile à exprimer en raison de son essence même, celle de l’imaginaire. Au reste, vous y trouverez aussi divers croquis et recherches pour des projets allant de la BD au jeu de rôle, ainsi que plusieurs travaux pour la science, dont le magazine Ciel & Espace en particulier, mais aussi une présentation succincte de la méthode de travail de l’artiste. Et une biographie en 22 axes. Au final, cet ouvrage représente surtout une excellente introduction à l’œuvre d’un auteur bien plus hors norme qu’il y paraît…

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Science (fiction), Manchu
Delcourt, collection Série B n° (1), novembre 2002
100 pages, env. 24 €, ISBN : 2-84055-995-1

- le site officiel de Manchu
- la page de l’auteur chez Delcourt

Cal Lane : Brodeuse de métal

Photo de l'artiste Cal Lane dans son atelierLa juxtaposition des extrêmes caractérise le travail de Cal Lane, cette manière de placer côte à côte – ou plutôt en opposition – l’industriel et le domestique, le masculin et le féminin, le pratique et le frivole, l’ornement et la fonction. De ce contraste-là, encore qu’on pourrait aussi parler de paradoxe, surgit l’émotion.

Voilà comment de simples bidons rouillés deviennent des sortes de fauteuil, des brouettes se transforment en décoration, et des empreintes de rouille prennent la place de tableaux. Chez Cal Lane, tout ça rentre dans le registre du logique, du banal. Pour le spectateur, c’est déjà plus troublant, car assez inattendu. Si à première vue, il s’agit de détournements d’objets industriels, qui évoquent ainsi une critique de notre modernité ou du moins une tentative de la rendre moins austère, l’artiste de son côté ne cherche qu’une expression particulière de cette notion de contrastes qui caractérise l’Art – ou en tous cas certaines de ses itérations…

Pour cette raison, son œuvre prise dans son ensemble mérite bien le détour, au moins pour trouver l’opportunité de jeter sur des objets quotidiens un regard nouveau.

De nos jours, ça se fait rare.

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

Photo d'un ouvrage de l'artiste Carl Lane

- le site officiel de Carl Lane
- une brève biographie de l’artiste

Sur les murs de Bruxelles…

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Peinture murale sur un immeuble de Bruxelles

Les Sous-sols du Révolu

Couverture de la première édition de la BD Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d'un expertEudes Le Volumeur, expert, est mandaté pour étudier et répertorier le Fonds du Musée. Quel Musée ? On l’ignore. Ou plutôt, on en a oublié le nom. Le Musée du Révolu, mais aussi Le Voulu démesuré, ou bien L’Œuvre du muselé, ou encore Le Seul mou du rêve, ce nom importe assez peu à vrai dire. Toujours est-il que Le Volumeur lui consacrera le restant de ses jours mais sans parvenir à achever sa tâche.

Cet ouvrage rassemble les épisodes les plus marquants de son expertise au sein d’un édifice devenu si vaste au cours des siècles que ses limites ne peuvent plus être définies avec précision, dans le temps comme dans l’espace, et dont le contenu se montre bien à la hauteur de son contenant.

Voire même un peu plus…

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du RévoluQuiconque connaît assez le média de la narration graphique sait combien il ne démérite pas son nom de Neuvième Art. Combiner de manière heureuse les images et les textes écrits, en effet, exige une maîtrise de son sujet qui correspond bien sûr à ce qu’on appelle du talent, au sens large du terme. Pour cette raison, on s’étonne assez peu de voir une BD toute entière bâtie autour d’un de ces temples intégralement voués aux Arts picturaux, quelles que soient les formes qu’adoptent ces derniers : une telle convergence s’avère en fait assez attendue. Ce qu’ont d’ailleurs très bien compris les instances du musée du Louvre puisque cet album de Marc-Antoine Mathieu fut dessiné à leur demande.

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du RévoluLes Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert s’affirme donc comme un ode à l’Art, du plus classique au plus moderne et du plus ancien au plus contemporain, mais à travers un récit d’ordre métaphorique et aux accents assez fantasmagoriques, où le réel se voit travesti juste ce qu’il faut pour que son essence transparaisse sous son apparence. Ce qui n’est jamais qu’une définition comme une autre de l’Art, justement. Or, cette discipline comprend un nombre incalculable d’œuvres, de sorte que l’expertise de Le Volumeur prend assez vite l’allure d’une odyssée sans fin au tréfonds de galeries, de dépôts et d’ateliers tous plus vastes, profonds et obscurs les uns que les autres.

Les rencontres successives qu’il y fera avec divers maîtres des lieux bouleverseront peu à peu sa vision de la chose artistique, mais sans qu’il parvienne à la compléter pour autant : si de toutes manières le sujet est bien trop vaste pour qu’il ait pu y parvenir dans le laps de temps d’une vie entière, au moins l’expert ne sera-t-il pas demeuré une bûche mentale durant tout ce temps.

Et le lecteur non plus, d’ailleurs, ce qui suffit bien à recommander très chaudement cet ouvrage pour le moins atypique : qui sait, il pourrait vous donner envie d’aller visiter un jour l’édifice réel qui l’a inspiré…

Planche intérieure de la BD Les Sous-sols du Révolu

Les Sous-sols du Révolu : Extraits du journal d’un expert, Marc-Antoine Mathieu
Futuropolis & Musée du Louvre Éditions, octobre 2006
60 pages, env. 16 €, ISBN : 978-2-754-80050-1

- un site d’admirateur sur Marc-Antoine Mathieu
- d’autres avis : Culturofil, Carnets de Sel, Me, myself and I, L’Antichambre

L’Art fantastique de Wojtek Siudmak

Portrait photo du peintre polonais Wojtek SiudmakNé  en octobre 1942 à Wielun, Pologne, Wojtek Siudmak commence ses études en Arts plastiques dès le collège avant d’intégrer l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie en 1961, un cursus qu’il poursuit jusqu’à sa venue en France en 1966 où il fréquente l’École nationale supérieure des Beaux Arts de Paris en 1967 et 1968.

Sa carrière prend un essor inattendu dans les années 70 où, entre deux expositions et une affiche pour le Festival de Cannes de 1977, il commence à travailler pour diverses maisons d’édition spécialisées dans les genres de l’Imaginaire, et en particulier la science-fiction et la fantasy. À l’instar de nombreux autres artistes de l’époque, Siudmak utilise ce chemin détourné pour explorer les moindres recoins de la voie qu’il s’est choisie, une expression à travers la peinture qu’il appelle « hyperréalisme fantastique » ; ainsi, ses toiles trouvent vite un écho naturel chez Jacques Goimard, alors directeur de la collection science-fiction chez Presses Pocket dont il illustre tous les numéros.

Peinture de Wojtek Siudmak

Peinture de Wojtek Siudmak

Pourtant, sa production sort régulièrement du registre de l’illustration et ses œuvres connaissent souvent une diffusion mondiale sous forme d’affiches pour le cinéma, le théâtre et les musées, mais aussi comme supports d’annonces à des manifestations aussi prestigieuses que le Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction (1973-1989) ou bien le Festival du Marais (1961-1993), ou encore le Festival des films du monde de Montréal, parmi d’autres. Depuis 1988, cet éventail de recherches et de productions se voit exposé dans de nombreuses galeries d’art d’Europe, mais aussi d’autres pays du monde, en donnant ainsi au travail de Siudmak une forme d’universalité à travers les peuples comme à travers les âges.

Peinture de Wojtek Siudmak

Peinture de Wojtek Siudmak

Il faut dire aussi que son inspiration puise à des sources voisines de celles de surréalistes comme René Magritte (1898-1967) ou Paul Delvaux (1897-1994), et surtout le toujours difficile à classer Salvador Dalí (1904-1989), en autorisant ainsi ses toiles à parler directement au cœur du spectateur – soit là où il est le plus faible. Mais il se place aussi dans une mouvance du réalisme fantastique proche d’auteurs comme M. C. Escher (1898-1972), Max Klinger (1857-1920) ou Leonor Fini (1908-1996), entre autres. Ainsi, une œuvre de Siudmak s’affirme toujours comme une invitation au rêve, au voyage immobile vers des contrées faites d’esprit et de songe mais où rien ne s’avère jamais complétement innocent…

Peinture de Wojtek Siudmak

Peinture de Wojtek Siudmak

Bien des reproductions de ses œuvres vous attendent sur son site web avec de nombreux autres travaux, tels qu’esquisses et dessins mais aussi sculptures, alors ne vous faites pas prier…

L’Art Fantastique de Wojtek Siudmak
Éditions du Cygne & Medeis, 1978-2000
Six albums parus, env. 40 € le volume

Les Cybers ne sont pas des hommes

Couverture du livre illustré Les Cybers ne sont pas des hommesDans ce futur, les cybers, des êtres artificiels indistinguables des humains, peuvent remplir n’importe quelle tâche. À la seule condition d’être autorisés. Les autres, les infiltrés, sont éliminés. Pour les démasquer, on utilise un test consistant à laisser le sujet commenter une série d’une douzaine d’images.

Mais la conclusion de ce test dépend toujours d’une interprétation, celle de l’agent chargé du contrôle des résultats. Une responsabilité bien lourde quand il est question de vie et de mort. D’autant plus que ce test ne fonctionne que sur des sujets encore enfants…

Illustration intérieure du livre Les Cybers ne sont pas des hommesSi Les Cybers ne sont pas des hommes entretient une parenté pour le moins évidente avec Blade Runner (Ridley Scott ; 1982), il s’en démarque bien pourtant. Dès sa première page d’ailleurs. Car ici, le test qui permet de déterminer si le sujet est humain ou non ne se fait pas à l’aide d’une machine si sophistiquée qu’elle en donne presque l’impression d’être douée de vie, mais à travers un simple jeu d’images ; et l’agent en charge de l’évaluation ne base pas son verdict sur des réponses d’ordre physiologiques – et donc incontrôlables de la part du sujet – mais sur des commentaires élaborés en réponse à la découverte progressive de ces images – soit des réactions falsifiables par un sujet averti. Voilà pourquoi le test ne fonctionne que sur des enfants : un cyber adulte, lui, pourrait jouer la comédie.

Illustration intérieure du livre Les Cybers ne sont pas des hommesAinsi, le sujet du test pose-t-il d’emblée le contraste avec le film de Ridley Scott : en tant qu’enfant, il est forcément innocent et non une “machine folle” désireuse d’infléchir son destin au mépris de la vie des autres. Pourtant, il arrive tôt ou tard que le sujet s’avère positif et se retrouve ainsi condamné à mort. Une fatalité d’autant plus insupportable que le sujet lui-même ignore sa nature de cyber pour commencer : déjà qu’on l’accuse d’être ce qu’il n’a pas choisi d’être, en plus il ignore être interdit de vivre… Mais le pire advient encore dans la conclusion du récit, et notamment dans sa toute dernière phrase, même si une lueur d’espoir a brièvement traversé l’histoire une page plus tôt – car cette fin redéfinit tout le postulat de base de l’ouvrage, à travers une mise en abîme plus adroite qu’elle en a l’air au premier abord…

Illustration intérieure du livre Les Cybers ne sont pas des hommesMais la facture de l’ouvrage elle-même en fait un objet à part, et surtout en reflétant une complémentarité aussi inattendue que bienvenue du fond et de la forme. Car au lieu de décrire au lecteur – et plus ou moins laborieusement – les images que le sujet du test commente, celles-ci font partie intégrante du livre : au contraire de ce que le premier coup d’œil peur laisser penser, Les Cybers… n’est pas un livre d’images, ni même un simple récit illustré d’ailleurs ; parce que ces images incluses dans le livre sont celles du test qui, lui, s’adresse à des enfants, et notamment à travers une aventure si simple qu’elle ne demande ni paroles ni explications. Pour cette raison, le lecteur se verra bien avisé de ne pas juger ce nectar à son flacon – les lettres et les images, ici, se complètent bien, mais pas de la manière traditionnelle.

Illustration intérieure du livre Les Cybers ne sont pas des hommesOn retrouve ici en maîtres d’ouvrage François Landon, comme narrateur, et Yves Chaland, comme artiste – à l’époque au sommet de son talent d’ailleurs : il devait décéder deux ans à peine plus tard, en pleine gloire. Tous deux collaborateurs réguliers du magazine Métal hurlant, ils étaient habitués aux formes inhabituelles et aux fonds dérangeants : adeptes de l’expérimentation mais aussi des idées noires, encore que de nos jours on parle plus volontiers de “propos matures” pour ne pas effrayer la clientèle, leurs productions comptent toujours aujourd’hui parmi les plus étonnantes des années 80 sur le média de la BD franco-belge. Il fallait bien qu’ils se décident un jour à travailler ensemble, et le petit bijou qu’ils nous ont servi là présente l’indiscutable qualité de se montrer plus abouti à chaque nouvelle lecture.

Illustration intérieure du livre Les Cybers ne sont pas des hommes

Les Cybers ne sont pas des hommes, François Landon & Yves Chaland
Les Humanoïdes Associés, collection Les Yeux de la tête, octobre 1988
33 pages, env. 50 € (article de collection), ISBN : 2-7316-0588-X

Entertainment Bibles

Couverture du premier volume de la série d'artbooks Entertainment Bible, consacré à Mobile Suit GundamLes plus anciens parmi vous se souviennent peut-être de cette brève série d’une cinquantaine d’artbooks au format de poche publiés par Bandai de 1989 à 1992. Comme le nom de cette collection l’indique, d’ailleurs, ces Entertainment Bibles devinrent vite non la Bible mais les bibles des fans d’animes en général et des mechaphiles en particulier : chacun de ces tomes, en effet, était l’occasion d’examiner en détail les diverses méchaniques, bestiaires, chara designs et autres éléments-clés d’une production spécifique.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°15 consacrée à Heavy Metal L-GaimDans les grandes lignes, tous ces volumes s’organisaient de la même manière : d’abord une brève présentation de l’univers du récit agrémenté de quelques illustrations, puis un ensemble de planches en couleurs pour introduire les personnages principaux juste avant une autre série de pages elles aussi colorisées qui donnaient un aperçu des engins et véhicules importants ; ces informations se voyaient ensuite reprises en détails dans des pages en noir et blanc qui représentaient la plus grande partie du tome.

Couverture de l'Entertainment Bible n°9 consacrée à Studio NueEn somme, ces Bibles n’étaient rien d’autre que des artbooks “light” puisqu’on y trouvait à peu près les mêmes informations que dans des ouvrages plus conséquents et de plus grande taille – mis à part les interviews de réalisateurs ou de designers, ainsi que des informations de production – mais en format réduit. Pourtant, il y avait néanmoins une différence de taille avec l’artbook standard : une Bible ne s’arrêtaient pas à un titre mais englobaient l’ensemble des productions liées à ce titre, telles que les spin off.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°23 consacrée à Mobile Police PatlaborPar exemple, le tout premier volume de la série ne se concentrait pas uniquement sur Mobile Suit Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1979) mais présentait aussi les nombreux designs développés pour la ligne de maquettes et de jouets Mobile Suit Variation ainsi que les mechas de l’OVA alors récente Mobile Suit Gundam 0080: War in the Pocket (Fumihiko Takayama ; 1989). Une Bible était donc l’occasion d’approcher une œuvre dans sa globalité et non juste un titre isolé, ce qui permettait ainsi au lecteur de mieux en cerner le propos général.

Couverture de l'Entertainment Bible n°10 consacrée à la série TV The ThunderbirdsS’il va de soi que le but implicite d’une telle collection était de garder vivace l’éclat de productions anciennes à l’aune d’autres plus récentes, et ceci afin de maintenir un niveau de ventes satisfaisant, il n’en reste pas moins que la synthèse qu’effectuait un volume de cette série participa beaucoup au succès de ces Bibles auprès du public. Et notamment ceux qui n’avaient pu se procurer les premières éditions des artbooks officiels d’une production : une Bible permettait donc, entre autre, de rééditer à moindre coût…

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°33 consacrée aux personnages de la franchise Mobile Suit GundamMais ces ouvrages ne se consacraient pas qu’aux œuvres de science-fiction et de mechas, car certains volumes se penchaient sur la série de films kaijû des Godzilla et ses nombreuses suites, ou bien sur l’univers fantastique de Devilman, le fameux personnage démoniaque créé par Go Nagai au début des années 70. Chose assez inhabituelle, certains tomes se consacraient même à des productions non japonaises : ce fut le cas notamment de la fameuse série TV d’animation britannique Les Sentinelles de l’air (Thunderbirds ; 1965-1966).

Couverture de l'Entertainment Bible n°27 consacrée à Super Dimensional Fortress MacrossSous bien des aspects, les Entertainment Bibles constituaient, et restent encore de nos jours, une excellente porte d’entrée vers l’ensemble de l’imaginaire de la culture populaire japonaise, ce autour de quoi il s’est formé puis solidifié ; dans ce sens, cette collection prend presque une valeur de témoignage : à travers ses tomes, on peut distinguer les racines principales des productions actuelles de l’archipel dans les registres du fantastique, de la fantasy et de la science-fiction – soit une dimension historique inestimable.

Tout le problème étant, hélas, que cette collection se trouve depuis longtemps épuisée et que les exemplaires de ses numéros se négocient donc à des prix parfois très élevés… De sorte que s’il vous arrive d’en croiser un, vous serez certainement bien inspiré de l’acquérir : outre l’aspect “culturel” de l’ouvrage, vous pourrez toujours le revendre bien plus cher que ce qu’il vous a couté.

Victor Molev : Portraitiste “fantasyste”

Portrait de Mona Lisa par Victor MolevNé en Russie en 1955, Victor Molev a travaillé comme architecte et décorateur dans le théâtre avant de devenir un peintre et un graphiste dont les expositions – personnelles comme de groupe – se tinrent dans sa Russie natale mais aussi en Israël et en Europe. On peut trouver ses travaux dans de nombreuses collections privées, notamment aux États-Unis. Après avoir émigré en Israël en 1990, il s’est fixé en août 2006 à Richmond Hill, dans l’état d’Ontario au Canada.

Parmi divers styles de productions, Victor Molev s’est spécialisé dans des types de portraits assez particuliers. Pour tout dire, d’ailleurs, ses portraits n’en sont pas vraiment, sauf par le truchement d’une sorte d’illusion d’optique qui ne fonctionne que de loin : en se rapprochant, on peut constater que le sujet du tableau est en fait tout autre. Ce thème bien connu de la peinture rappelle un peu le surréalisme dans le sens où il révèle certaines associations d’ordre inconscientes, ou assimilées, de la part du peintre ; le portrait de Voltaire que peignit Salvador Dali dans un tel style reste d’ailleurs célèbre – même si Dali n’appartenait pas vraiment au courant surréaliste…

Molev, cependant, ne réalise pas que des portraits mais aussi des tableaux et des crayonnés, comme il se doit. Par contre, et c’est une particularité qui vaut de se voir mentionnée, surtout ici, son inspiration l’amène souvent sur les rives de l’imaginaire, et en particulier d’une sorte de fantasy aux assez nets accents médiévaux– d’où le titre de ce billet. Mais il présente aussi de nombreuses autres facettes dont je vous invite à en découvrir quelques-unes pas plus tard que tout de suite.

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Tableau de l'artiste Victor Molev

Pour en voir plus : le site officiel de Victor Molev.

Hyper Weapon 2007

Couverture de l'artbook Hyper Weapon 2007Le genre mecha souffrant en occident d’un manque de considération flagrant, les artistes qui donnent leurs designs aux productions du domaine restent eux aussi inconnus. De sorte que mis à part des ténors tels que Kunio Ôkawara – dont les mobile suits n’ont fait le tour du monde qu’avec l’offensive de Bandai dans la diffusion internationale de la franchise Gundam – ou des créateurs comme Shoji Kawamori – qui ne se sont pas exprimés que dans ce genre précis – le public français connaît assez peu de noms.

Page intérieure de l'artbook Hyper Weapon 2007Ainsi Makoto Kobayashi figure-t-il sur la liste des illustres inconnus, ce qui est regrettable quand on voit quel talent reflètent ses créations. Pourtant, Hyper Weapon 2007 n’en rassemble qu’une fraction : quatrième de la série, il suit Hyper Weapon : 2001 – 2984 et Hyper Weapon 2 : 1999 Infightzone Earth qui exposaient de nombreuses créations personnelles du modéliste ; par la suite, Hyper Weapon 2005, puis le présent volume mais aussi les opus 2008 et 2009 se concentrèrent sur ses travaux pour l’animation.

Personnages principaux du manga Dragon's HeavenNé en 1960, Kobayashi démontra vite sa créativité hors norme dans les pages d’Hobby Japan mais aussi d’un autre magazine alors nouveau qui allait vite devenir la référence en matière de science-fiction et de mecha design : Newtype. Avec un titre en hommage évident à Mobile Suit Gundam, à l’époque la dernière révolution du genre mecha, ce magazine s’est vite affirmé comme un parfait tremplin pour de jeunes artistes en exposant leurs travaux au grand public comme aux professionnels de l’industrie.

Page intérieure de l'artbook Hyper Weapon 2007Voilà comment Kobayashi se fit remarquer et se retrouva à travailler sur des productions pour le moins d’envergure comme Mobile Suit Zeta Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1985) et sa suite directe, Mobile Suit ZZ Gundam (Tomino ; 1986), avant de porter sur écran sa propre œuvre Dragon’s Heaven (1988) en une OVA tirée du manga éponyme ; cette production présente d’ailleurs la particularité de montrer des maquettes originales de Kobayashi animées image par image pendant les premières minutes.

Jaquette DVD Vidéo de l'OVA ICE - Yesterday, Today and No futureMais si cette œuvre “de jeunesse” occupe un nombre conséquent de pages de cet ouvrage, le reste se répartit pour l’essentiel sur des créations de commande pour plusieurs productions dont certaines ont atteint la célébrité hors de l’archipel : je pense en particulier à Last Exile (Koichi Chigira ; 2003) ainsi qu’à Samouraï 7 (Toshifumi Takizawa ; 2004) mais surtout à l’OVA ICE (Kobayashi ; 2007) dont les divers travaux de designs occupent de nombreuses planches du volume, avec beaucoup de détails.

Bien que mal connu chez nous, Makoto Kobayashi demeure malgré tout un des artistes les plus talentueux et les plus prolifiques de l’industrie de l’animation et du manga depuis les années 80, et qui mérite largement votre attention. Si cet ouvrage est à présent épuisé et très difficile à trouver neuf, il ne représente qu’un volume dans une série qui prend toujours plus d’importance chaque année avec la sortie d’un nouvel opus ; ceux d’entre vous qui doutent toujours pourront visiter le site non officiel The Art of Makoto Kobayashi où ils trouveront de très nombreuses reproductions de clichés et croquis allant des premiers travaux jusqu’aux créations des années 2000.

Hyper Weapon 2007
MODELART Co.Ltd, février 2007
64 pages, 1,400 ¥ (env. 13 €), ISBN : 0-8734-0370-X

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