Inner City

Couveture de Inner City« Au secours ! » crie Maze quand son corps explose.

Soudain, un visage émerge du néant. Maze le reconnaît : c’est lui-même. Son propre clone perdu dans l’abîme virtuel. La Realité Profonde, là où finissent par s’enliser les Inners hallucinés qui ont débridé leur console. « Allons, se rassure-t-il, Maya va me recréer. »

En effet, Mens Sana, spécialisé dans la récupération des Inners en détresse, a décidé d’intervenir et réussit à contacter Kris, une brune longue et souple. Mais il n’y a plus aucune trace de Maze en cyberspace. Il a quitté la Haute Réalité. Kris arrivera-t-elle à lui faire réintégrer son corps avant que son cœur ne cesse de battre ?

En ce XXIe siècle, le virtuel a supplanté le réel. Un monde où l’on se déplace à des vitesses folles, où l’on joue avec sa propre identité. Où l’on s’aime, même. Au risque de se perdre à jamais…

J’ai bien fait de m’entêter à lire du cyberpunk, même si cette lecture date maintenant de quelques années, car j’en ais enfin trouvé un qui m’a plu ^^

Contrairement aux archétypes du genre qui noient le lecteur sous une rédaction indigeste et une pléthore de détails techniques dont plus personne ne se soucie depuis des lustres dans ce genre-là, – et même, déjà, à l’époque où ce roman fut écrit – Jean-Marc Ligny centre son récit sur les gens et les événements pour nous pondre un récit accrocheur et incisif qui se veut miroir de notre présent et y réussit. Alors on pense aux critiques sociales d’œuvres de renom telles que Tunnel d’André Ruellan ou Le Travail du furet à l’intérieur du poulailler de Jean-Pierre Andrevon, voire à Pierre Pelot ou encore à Philippe Curval ; et c’est là qu’on se dit qu’Inner City s’intègre parfaitement au paysage science-fictionesque français : l’auteur dissèque allégrement une douloureuse actualité faite de banlieues livrées à elles-mêmes, de survivants de massacres de tchètchènes, de serial killers, d’anciennes générations paumées devant la technologie galopante et de nouvelles générations tout autant paumées, voire davantage, devant cette même technologie mais pour des raisons radicalement opposées et peut-être pires…

Ligny ne tombe pas dans le piège de l’exotique facile : si on excepte un court passage aux alentours de la Corée, le coin le plus éloigné du lieu principal de l’intrigue – outre le cyberspace – n’est que la côte bretonne, comme quoi ce n’est pas la peine de partir à Chiba ou dans je ne sais quelle colonie orbitale pour dépayser le lecteur – encore que certains d’entre vous trouveront peut-être ça banal mais comme je n’ai jamais mis les pieds en Bretagne… ;]  Les personnages sont nombreux et ont pratiquement tous leur originalité : le hacker porte un rôle de victime qui ne laisse pas indifférent, sa « poursuivante » principale le talonne pour des raisons pas toutes professionnelles, le patron de celle-ci est une belle ordure à sa façon même si c’est surtout un autre produit du système, le tueur hantant les réseaux tente désespérément de fuir un passé qui l’a pourtant rattrapé depuis longtemps, la figure de proue des racailles banlieusardes est une anthologie du genre,… Les incursions dans le cyberspace se passent des descriptions laborieuses et contemplatives qui alourdissent le récit et vont directement au cœur de l’action en octroyant ici et là les détails juteux pour poser l’ambiance vite fait bien fait, avec succès ; on a même droit à la visite mémorable d’un bordel virtuel qui esquive savamment l’obscène et l’humour gras à travers une imagination et un comique de l’absurde proprement étonnants.

En bref, Ligny nous livre ici un cyberpunk affranchi de ses défauts récurrents (style insipide, narration hystérique, hypertechnologie exténuante,…), car parvenu à maturité en dépassant le stade du techno-thriller amélioré, pour nous proposer au final un roman non seulement en prise directe avec le réel – ce qui est une des marques de la science-fiction de qualité – mais aussi passionnant à lire, tout simplement – et c’est bien ce que la plupart des lecteurs recherchent. Si comme moi les classiques « cyberkeupons » vous endorment, procurez-vous ce Jean-Marc Ligny dans les plus brefs délais, il vous donnera certainement une autre vision de ce genre bien particulier…

Inner City, Jean-Marc Ligny
J’AI LU, collection Science-Fiction n° 4159, mars 1996
320 pages, 5 € 80, ISBN : 2-277-24159-8

– d’autres avis : Quarante-Deux, nooSFere
– Grand Prix de l’Imaginaire 1997

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4 Responses to “Inner City”


  1. 1 NicK 26 septembre 2011 à 11:34

    Dois-je t’envoyer mes cyber-tueurs ou bien t’embrasser ? :p
    Le cyberpunk a souvent les défauts que tu annonces mais certains sont vraiment bien (Cablé+ est le meilleur cycle CP selon moi). Ligny rentre peut-être dans cette catégorie.
    NicK.

  2. 2 Guilhem 26 septembre 2011 à 13:55

    Je préférerais que tu m’embrasse, même si on ne se connait pas encore très bien…

    En fait, j’aime les cyberpunks, mais comme je l’indiquais dans ma chronique de Gravé sur Chrome je les préfère dans la forme courte. Aussi, quand je tombe sur un bouquin comme celui-là, j’apprécie la dimension humaine du récit.

    Quant à Cablé+, je ne l’ai pas lu : le ceci explique peut-être le cela… ^^

  3. 3 NicK 26 septembre 2011 à 13:58

    Sur la joue à la russe… J’ai oublié de préciser. ^_^°

  4. 4 Guilhem 26 septembre 2011 à 14:27

    C’est bien ce que j’avais en tête ;]


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