Husk, tome 1er

Couverture du premier tome de la BD HUSKARNOLD M5

UNE LÉGENDE PREND FORME

Nouvelle interface intuitive Beast Control
Muscles Cross Power surpuissants
Protection du pilote accrue

Un futur proche. Sarah est pilote de bioméca du type Husk, des corps artificiels de cinq mètres de haut, mi-biologiques, mi-mécaniques et contrôlés par un système complexe de neuro-interface basée sur des nanomachines. Sarah travaille pour la BMRI, la Brigade Mécanisée de Recherche et d’Intervention, c’est-à-dire qu’elle est une flic un peu particulière dont le Husk sert à des interventions de maintien de l’ordre. Mais Sarah est aussi junkie, accro à toutes les cames possibles et surtout la pire : le pilotage de Husk.

Planche intérieure du premier tome de la série de BD HuskCar ces machines vivantes multiplient le potentiel physique de leur pilote au point d’en faire des surhommes, à travers une symbiose où la frontière entre la chair et la machine devient toujours plus floue à chaque amélioration des ingénieurs. C’est le but de leur travail d’ailleurs. Faire du Husk une seconde peau, conçue précisément pour supplanter l’originale, et aux capacités de titan. Une enveloppe biomécanique qui rend son pilote ivre de puissance.

La compagnie Arnold fabrique les Husks dont se sert la BMRI, et qu’elle lui fournit gracieusement pour la publicité que ce parrainage lui procure. Mais Arnold a un problème : un individu est parvenu à « pirater » le cerveau d’un pilote de Husk par l’intermédiaire de sa neuro-interface, une information qui doit absolument rester secrète. Arnold charge donc la BMRI d’enquêter…

Cette BD est à ce jour – et dans les limites de mes connaissances – la meilleure itération du genre mecha en Europe, du moins dans le domaine de la narration graphique. De plus, elle se double d’un univers de science-fiction à la cohérence rare et d’un potentiel narratif pour le moins alléchant.

Planche intérieure du premier tome de la série de BD HuskSi par ses aspects cyberpunk, ou assimilés, elle emprunte beaucoup d’éléments aux films Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) et Blade Runner (Ridley Scott, 1982), on y retrouve aussi la plupart des ingrédients du genre mecha et surtout dans ses itérations qualifiées de « réalistes » : les thèmes de l’humain « augmenté » par la machine et le dilemme qui s’offre donc à lui quant à la finalité pour laquelle il doit utiliser ce pouvoir – Mazinger Z (Tomoharu Katsumata, 1972), qui, lui, n’est pas considéré comme faisant partie des « mechas réalistes » – ainsi que l’industrialisation du concept mecha puisque les Husks sont ici produits en série – Mobile Suit Gundam (Yoshiyuki Tomino, 1979) – mais aussi son utilisation à des fins civiles et particulièrement policières – Mobile Police Patlabor (Mamoru Oshii et Naoyuki Yoshinaga, 1988). Quant aux designs, si les Husks rappellent une sorte de fusion entre Southern Cross (Yasuo Hasegawa, 1984), Evangelion (Hideaki Anno, 1995) et le Patlabor déjà évoqué, un « tank vertical » que doit maîtriser le BMRI au cours d’une intervention s’inspire très ouvertement du style pour le moins unique qu’ont développé les artistes de Capcom pour le jeu vidéo Steel Battalion (2002).

Planche intérieure du premier tome de la série de BD HuskDe nombreuses expositions des divers éléments techno-scientifiques renforcent la crédibilité et le réalisme de cette relation toute particulière qui unit les Husks à leur pilote, même si ces passages auraient peut-être mérité plus de clarté, à travers des descriptions du fonctionnement des nanomachines qui servent d’interface et des nombreuses hormones naturelles ou des produits chimiques à l’œuvre dans cette symbiose forcément très complexe. Si on ne trouve rien – ou si peu, comme la nanotechnologie, pour le coup un choix astucieux sur le thème des interfaces neurales – si on ne trouve rien qui n’ait déjà été abordé dans une production du genre mecha, ou tout simplement de science-fiction, il ressort malgré tout une volonté évidente de rendre cet univers convainquant et plausible dans ses fondements. Pari gagné.

Enfin, si l’histoire de ce tome reste assez sommaire, elle pose néanmoins les bases d’une intrigue qui, en dépit de ficelles de départ déjà vues, laisse entrevoir un potentiel certain. La narration fait un net focus sur le personnage principal – dont l’allure laisse penser que le dessinateur est fan de Björk… – afin d’humaniser un récit dont la lenteur permet de focaliser sur l’ambiance au lieu de l’action, qui du reste ne comprend que trois scènes d’à peine quelques pages chacune. Ce premier tome annonce donc une histoire au propos humain bien plus que spectaculaire, ce qui a toujours été le credo des récits se réclamant du label « real mecha« .

Planche intérieure du premier tome de la série de BD HuskSur le plan des idées, on ne trouve hélas rien qui n’ait déjà été évoqué dans la science-fiction en général et les œuvres mentionnées ici en particulier ; de plus, l’allure « cyberpunk soft » du récit et de son univers le fait pencher vers une espèce de techno-thriller, genre au vide intellectuel et philosophique caractérisé. On apprécie néanmoins de voir un personnage principal pour le moins tourmenté et à la psychologie assez particulière avec tout ce que ça implique sur le plan narratif, pour le moment encore balbutiant – ce qui laisse toujours espérer une évolution importante pour la suite. Très pointue sur l’ensemble des domaines abordés – et qui ne sont pas simples pour commencer – la série se veut résolument réaliste, à l’instar de la plupart des œuvres du genre « real mecha » ; ainsi, les Husks eux-mêmes ne sont pas des machines fabuleuses et invincibles mais de simples véhicules extrêmement sophistiqués dont les plus grosses faiblesses sont celles de leur pilote : d’ailleurs, leur design biomécanique, s’il est très agréable sur le plan esthétique et illustre à merveille le thème de la symbiose homme-machine, reflète bien la vulnérabilité de cette chair qui les anime depuis leur tréfonds en renforçant ainsi davantage l’aspect humain, et donc réaliste, du récit.

Aussi inattendu que surprenant, et quoi qu’il en soit très bienvenu, ce premier tome réussit le pari d’accrocher le lecteur tout en reflétant l’excellente culture de son dessinateur sur ce genre mecha encore pour le moins mal connu chez nous et, hélas, tout aussi assurément mal apprécié. On espère très sincèrement après cette courte mais néanmoins intense lecture que Husk parviendra à changer la donne ou, au moins, à y participer…

Note :

Cette série est actuellement en cours de publication aux USA chez Marvel.

Husk : File 1 / Monkey Brain, L’Homme & Boudoiron
Soleil, collection Mondes futurs, avril 2007
46 pages, 12 € 26, ISBN : 978-2-849-46566-0

chronique du tome suivant : File 2 / Critical Mass
le blog d’Arnaud Boudoiron (où on voit qu’il est fan de Maschinen Krieger…)
la fiche de l’album chez Soleil (avec présentation des six premières planches)

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