Killzone

Jaquette PAL du jeu vidéo KillzoneL’Humanité a conquis plusieurs étoiles mais certains mondes se sont avérés inaptes à une colonisation « propre » : ainsi la population d’Helghan croupit-elle dans un air toxique, victime de famines et de maladies… Pour faire entendre leur colère, les Helghasts ont tenté de prendre des mondes voisins, sans succès, avant de retourner à leur enfer quotidien. Alors a émergé une figure locale, qui a promis de rendre à son peuple la gloire qui lui revenait. À présent, les troupes Helghasts envahissent la planète Vekta, et rien ne semble pouvoir les arrêter…

Présenté comme un « Halo Killer » lors de sa sortie, Killzone s’est en fin de compte avéré un FPS plutôt banal. Hormis des qualités graphiques tout à fait réussies, dont une atmosphère très soignée et des designs tout aussi travaillés, son gameplay s’est au final trouvé incapable de sortir effectivement des sentiers battus du genre. Pourtant, en mêlant le « réalisme » propre à la plupart des titres récents – armes à recharger, équipement limité, santé se régénérant au bout d’un certain temps,… – à un univers de science-fiction sombre et décharné, teinté d’un soupçon de space opera, Killzone avait tout pour plaire et a bien réussi son pari de s’imposer comme une franchise à succès auprès du public de Sony.

Si l’univers de ce titre ne présente pas de particularité notable, et si son scénario ne se caractérise pas par une réelle sophistication, ce jeu se place néanmoins à part du manichéisme inhérent à la plupart des FPS dans le sens où il ne présente pas les envahisseurs comme des brutes bêtement sanguinaires et violentes pour justifier une situation où il faut tirer sur tout ce qui bouge ; ici, la guerre est issue d’abord de l’amoralité du corps politique interplanétaire qui laisse pourrir la population d’Helghan sur son monde maudit, puis du désespoir des Helghasts qui se voient poussés à la dernière extrémité par l’aveuglement des dirigeants, et enfin par la volonté de puissance d’un petit dictateur qui voit dans le désarroi de son peuple de quoi satisfaire sa soif de pouvoir…

Les développeurs de Guerilla Games n’ont ici rien inventé. Ils ont plutôt transposé dans un contexte futuriste certains événements de l’Histoire qui ont marqué le monde au fer rouge. En fait, et sous bien des aspects, l’univers de Killzone n’est jamais qu’une parabole sur la seconde guerre mondiale : la planète Helghan y représente bien sûr l’Allemagne du début du siècle dernier, contrainte à étendre son espace vital à travers ce qu’on appelle la guerre de 14 – seule véritable conclusion de la guerre de 70 – mais qui en fut pour ses frais et connut un tel revers que de graves troubles sociaux s’y répandirent dont Hitler se servit pour se frayer un chemin jusqu’au poste suprême – avec les conséquences qu’on sait. Dans Killzone, c’est le leader Scolar Visari qui tient le rôle du « führer » : comme lui, il a usé de la détresse de son peuple pour l’amener là où il serait le plus utile à sa soif de conquête.

À vrai dire, un tel choix narratif n’est pas bien surprenant de la part des développeurs, car ils sont hollandais, c’est-à-dire issu d’un pays d’Europe que la seconde guerre mondiale a touché de plein fouet : les marques que cette horreur y a laissé demeurent encore bien visibles et certains de ses témoins sont d’ailleurs encore vivants ; en leur temps, et comme chez nous, ils ont élevé leurs enfants dans l’idée bien légitime que cette période de l’Histoire récente ne fut rien d’autre qu’un épouvantable cauchemar. Et parmi les descendants de ces enfants se trouvent bien sûr les programmeurs et les artistes du studio Guerrilla Games qui tous, à un degré ou à un autre, se sont vus imprégnés de ces idées plus ou moins antimilitaristes – consciemment ou non.

Mais entendons-nous bien : je ne veux pas dire par là que les développeurs ont souhaité ici « dénoncer » la guerre et ses horreurs, qu’elle soit ou non mondiale, et la première comme la seconde ; l’exercice serait d’autant plus vain que le passé reste le passé, et qu’il y avait des moyens autrement plus directs pour se faire – les premiers titres de la série Call Of Duty l’ont très bien démontré (1). Je veux dire que les créateurs de Killzone ont en fait, et en quelque sorte, recraché à travers cette production une partie de leurs démons, ceux que leur ont imposé leurs ainés à travers une éducation forcément partiale et que les développeurs de ce jeu n’ont pas choisie pour commencer…

Pourtant, ce titre démontre aussi un certain recul par rapport à ces faits historiques dont il semble inspiré : car un des personnages jouables est justement un Helghast, c’est-à-dire un traître à sa race, ce qui démontre bien que l’ennemi n’est pas qu’un ramassis de fanatiques prêts à égorger femmes et enfants pour revendiquer cette place de choix dans l’Univers qu’il estime mériter, à tort ou à raison. C’est une manière – certes assez convenue – de nuancer le propos, jusqu’ici plus ou moins bêtement militariste et manichéen : en introduisant parmi les héros du récit un représentant du camp adverse, l’ennemi devient subitement plus humain et le conflit décrit prend ainsi des allures fratricides.

Quant aux joueurs, qu’ils soient de ce côté-ci de l’Atlantique ou non, beaucoup d’entre eux se sont trouvés réceptifs au message qui sous-tend cette aventure. Ce qui à mon sens a fait la force de Killzone – outre ses qualités de jeu proprement dites, celles que j’évoquais dans le premier paragraphe, et qui auraient peut-être mérité plus de développement – c’est cette capacité à pousser le joueur à se questionner : cet ennemi que je dois tuer n’est-il pas une victime lui aussi ? Ne sommes-nous pas frères en dépit du conflit qui nous oppose ? Cette guerre est-elle juste ?

Mais le plus étonnant n’apparaît qu’une fois la partie terminée, car ces questions demeurent : parce que Killzone continue à habiter le joueur même une fois le scénario fini, et pas seulement pour des souvenirs de jeu somme toute assez périssables car vite remplacés par un autre, ce titre s’affirme surtout comme une belle réussite sur le plan narratif – c’est-à-dire sur le plan humain, celui qui fait des histoires dignes d’être racontées et dont on se souvient pendant longtemps car elles nous apportent quelque chose de précieux.

En s’inspirant de faits réels et tout aussi assurément tragiques, Killzone a porté le genre FPS à un niveau supérieur : sans se fourvoyer en remplaçant le soldat par un chercheur en physique ou bien un agent secret (2), parmi d’autres exemples, ce jeu fournit à lui tout seul bien plus de prétextes  à une réflexion véritable que beaucoup d’autres titres qui, en fin de compte, se résument surtout à des espèces de casse-têtes améliorés.

(1) encore que dans ce cas précis ces productions se teintent aussi de relents assez nauséabonds, mais c’est un autre sujet…

(2) voir, respectivement, Half Life et Deus Ex.

Killzone
Guerilla Games, 2004 (version PAL)
Playstation 2, entre 1 et 5 € (occasions seulement)

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