Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory

Jaquette DVD de l'édition américaine de Mobile Suit Gundam 0083: Stardust MemoryOctobre UC 0083. Trois ans après la Guerre d’Un An et la capitulation de leur armée, une poignée de survivants des forces de Zeon, menée par l’amiral fanatique Aiguille Delaz, lance l’opération « Stardust » : le pilote d’élite Anavel Gato s’infiltre dans la base fédérale de Torrington pour y voler le prototype du Gundam « Physalis » et son canon à ogive nucléaire… Aux commandes du second prototype, le Gundam « Zéphyrantés », le jeune pilote d’essai Kou Uraki fait partie de l’escouade lancée à la poursuite du vétéran de légende.

Pour lui, et pour tout l’équipage du croiseur Albion, c’est le début d’une longue et tragique course poursuite, d’abord à travers le globe puis dans l’espace, afin de stopper Anavel Gato et l’empêcher d’utiliser l’ogive nucléaire du « Physalis ». Au bout de ce long chemin : la fureur, les larmes, la mort, et un épisode tristement sanglant qui marquera pour toujours l’Histoire de la civilisation spatiale du Siècle Universel…

Si Zeta Gundam reste à ce jour l’unique séquelle de Mobile Suit Gundam, alors Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory en est l’introduction : quand on sait comme Z Gundam reste adulé par les fans de la première heure – surtout à l’époque où est sorti Gundam 0083, c’est-à-dire à peine  sept ans après la séquelle que cette OVA préfigure – il y a tout lieu de penser que le pari était risqué. Mais les gens de Sunrise connaissent leur affaire et le lien n’apparaîtra évident qu’à la fin du tout dernier épisode. Pourtant 0083 reste avant tout l’ultime conclusion de la Guerre d’Un An, le dénouement final – et donc forcément tragique – du combat qu’on sait bien perdu d’avance d’une poignée d’hommes luttant pour leurs idéaux – thème d’ailleurs illustré à merveille par les paroles du second opening. Aussi est-il normal de prendre le contre-pied total de First Gundam en donnant ici la parole à Zeon (1), ou du moins ce qu’il en reste…

Car comme dans toute série Gundam qui se respecte, ce sont les personnages qui comptent, avec leurs tourments et leurs doutes beaucoup plus que leurs relations ou simplement leurs actes. Pour cette raison on passera assez vite sur la liaison entre Kou Uraki et Nina Purpleton qui, soyons honnête, ne rajoute pas grand-chose à l’histoire. On préférera se pencher sur Anavel Gato qui incarne à lui seul toute l’âme de Zeon, sa noblesse et sa grandeur, notamment à travers un discours qui, s’il est aussi hautain et arrogant que le personnage, a au moins le mérite d’être justifié : ayant abandonné son costume de garde du corps de Dozle Zabi – qui lui a tout de même valu son surnom de Cauchemar de Solomon (dont la résurrection est ici magnifiquement orchestrée, au passage) et ainsi une place de choix dans les livres d’histoire – il est dans ce récit l’avocat de la liberté des habitants de l’espace, à la grandeur d’âme typique du mythe du chevalier de jadis et dans la droite ligne d’un Gihren Zabi au moins tel que celui-ci est décrit dans le roman de Tomino. Inutile de préciser que c’est uniquement dans son opposition à Gato – beaucoup plus que dans son rôle de simple pilote de guerre – qu’Uraki trouve le chemin vers l’âge adulte, cette voie du guerrier qui le marquera à jamais et fera de lui un homme – c’est-à-dire une autre âme couturée de cicatrices, enfin capable de discerner les enjeux véritables d’un combat et si celui-ci vaut d’y participer ou non. Des rumeurs tenaces prétendent que c’est cette relation-là que Tomino souhaitait développer entre Char Aznable et Amuro Ray dans First Gundam, puis tout le long du reste de la franchise : l’affrontement de deux idéologies, de deux points de vue, donc un combat vieux comme le monde ici incarné par la lutte entre les earthnoïds et les spacenoïds, à des années-lumière de tout manichéisme, facile ou non… Mais on peut aussi citer Kelly Layzner, ancien pilote de Zeon au passé définitivement tragique, sans lequel Uraki n’aurait peut-être jamais trouvé la force d’affronter Gato jusqu’au bout : comme un miroir indispensable, le pilote déchu a montré au jeune aspirant quel futur l’attendait si par malheur il renonçait à ce combat qui pourtant ne se choisit pas.

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans cette production. Si le nombre d’épisodes est idéal, il y a tout de même quelques longueurs, heureusement très sporadiques, dont le but semble être de développer les diverses relations entre les personnages, dont la rivalité entre Uraki et Monsha – qui n’a de Gato que l’arrogance mais finira par se montrer assez attachant en fin de compte. La relation entre Nina et Gato aussi manque de conviction : on la sent plus improvisée que vraiment planifiée par les scénaristes alors qu’elle aurait pu étoffer le personnage de Nina tout en donnant peut-être plus de force à sa liaison avec Uraki

Mais ce sont des détails somme toute mineurs, car en fin de compte Gundam 0083 respecte à la lettre les thèmes principaux et les éléments classiques de la franchise : trahison, abus de pouvoir, intolérance,… et j’en oublie. Même les divergences de points de vue, de culture, y sont magnifiquement illustrés. Quand les réfugiés d’Axis arrivent assez prés de la Terre pour l’apercevoir à travers les hublots de leur navire par exemple : car pour les descendants de ces populations qu’on a forcées à quitter la planète afin de la préserver de la pollution due à une trop grande consommation de ses ressources naturelles, cette planète reste un lieu sacré, conformément aux enseignements contolistes de leur guide spirituel Zeon Zium Deikun. De même, le discours de l’amiral Delaz reprend le rôle galvaniseur de celui de Gihren Zabi dans la série originale tout en dénonçant la « faute » de la Fédération aux yeux de la population de cette dernière : car le Gundam GP02 est équipé d’une tête nucléaire et c’est bien là une violation directe du Traité Antarctique signé entre la Fédération et Zeon dans les premières semaines de la Guerre d’Un An. Quant à l’Opération Stardust, elle démontre toute la supériorité technique et stratégique des spacenoïds : en manipulant ainsi leur ennemi de bout en bout, ils ont du même coup ressuscité les pires terreurs de la Fédération qui croyait pourtant cette horreur réduite à néant pour toujours… On apprécie également la courte visite sur le continent africain qui est l’occasion d’explorer la Terre d’après la Guerre d’Un An et de brosser un portrait poignant des survivants de Zeon sur cette planète qu’ils n’ont pas encore tout à fait rendue à leurs ennemis. On finit par aimer Cima Garahau enfin, une autre survivante elle aussi, et une autre facette de Zeon mais plutôt inattendue dans cette histoire-là et qui ne va pas sans rappeler le sort de certains soldats GI une fois de retour chez eux à l’époque de la guerre du Vietnam… Et puis la musique aussi, magnifiquement orchestrale pour la narration proprement dite et aux sonorités directement évadées des années 80 pour les génériques, soit l’Âge d’Or des animes de « mechas réalistes » dont First Gundam est le père à tous.

Dernier élément et pas des moindres : les pontes de la Fédération, définitivement trop arrogants et trop sûrs d’eux, sans scrupules pour les spacenoïds et qui pourraient être les seuls réels « méchants » de cette histoire s’ils n’étaient pas avant tout des victimes du spectre de Zeon, des survivants eux aussi – au moins à leur manière – de cet événement majeur dans le calendrier Universal Century qu’est la Guerre d’Un An – donc du démon que leur intolérance a engendré en martyrisant des millions de gens qu’ils avaient déjà forcés à émigrer dans l’espace. À force de combattre les monstres, ils en sont devenus d’autres à leur tour. Ainsi l’ouverture, somme toute logique vers Zeta Gundam : l’Incident Delaz a juste enflammé les poudres car le feu n’était pas encore tout à fait éteint sous la cendre, et il n’en fallait pas plus à Jamitov Hymem pour, d’un tout petit coup de pouce, devenir un autre Gihren Zabi à travers complots et opportunisme…

Mais 15 ans après sa sortie, Gundam 0083 prend un visage différent : à travers son immense succès fidèlement perpétué depuis plus d’une décennie, on constate que les fans apprécient beaucoup de voir des histoires narrées du point de vue de Zeon. C’est peut-être ce qui nous a valu il y a quelques années une autre production dans le même esprit : MS IGLOO The Hidden One-Year-War.

En espérant que ce ne soit pas la dernière…

(1) et ce, dans la plus pure tradition narrative du Japon féodal où les héros, très souvent, se reconnaissent au fait qu’ils affrontent sciemment des épreuves dont ils savent très bien qu’ils n’y survivront pas alors que leur sens du devoir exige d’y faire face malgré tout : cet élément a priori anecdotique est pourtant fondamental ici car il brouille considérablement les pistes quant à lequel des deux camps en présence détient le statut de « héros » – la Fédération, ou Zeon ? Bien que difficile à déceler aux yeux de l’occidental, car bien trop typiquement japonais, ce détail place néanmoins Gundam 0083 dans la droite ligne de First Gundam, qui, déjà, présentait une absence totale de manichéisme. Le lecteur soucieux d’approfondir cette notion se penchera avec bonheur sur le livre d’Antonia Levi, Samurai from Outer Space: Understanding Japanese Animation (Open Court Publishing Company, 1996, ISBN : 978-0-8126-9332-4), chapitre quatre.

Notes :

Cette OVA est une préquelle de Mobile Suit Zeta Gundam.

Un film récapitulatif de cette OVA fut réalisé en 1992, intitulé Mobile Suit Gundam 0083 : Le Crépuscule de Zeon.

Un extrait du premier épisode, intitulé GxG unit, fut distribué gratuitement sur VHS aux gens ayant réservé leur place pour le film Mobile Suit Gundam F91.

Cette OVA inclut aussi deux pièces radio, Runga Offing Cannonade Battle et Mayfly of Space ; ces deux spin-offs furent utilisés dans le jeu vidéo Mobile Suit Gundam: Encounters in Space pour la PlayStation 2.

Mayfly of Space est aussi le titre d’un très court-métrage présentant brièvement Cima Garahau juste après qu’elle soit introduite dans les événements de l’OVA. Ce bref anime décrit de manière sommaire les traumatismes du personnage publiquement désavoué par l’état-major de Zeon au tout début de la Guerre d’Un An suite à un massacre de populations civiles au sein d’une colonie alors que son commando ignorait transporter des gaz toxiques. Ainsi, une fois la Guerre d’Un An terminée, ce lourd passé la fit non seulement se voir refuser le droit de rejoindre Axis mais aussi la nouvelle République de Zeon alors que se rendre à la Fédération l’aurait condamnée à une très lourde peine pour crimes de guerre. Jusqu’à ce que Delaz – qui avait besoin de toute l’aide possible pour l’Opération Stardust – la contacte pour lui demander de rejoindre sa flotte, elle et ses hommes vécurent 3 années d’enfer, quelque part entre errance et exil…

Les mobile suits de type Gundam présents dans cette OVA sont nommés d’après des fleurs :
Zephyranthes (RX-78GP01 Gundam « Zephyranthes » et RX-78GP01-Fb Gundam Full Vernian « Zephyranthes ») – de Zephyr, nom poétique du vent, et anthos – comprend de nombreuses espèces de petite taille, dont la floraison est souvent déclenchée par la pluie, à la nomenclature complexe et qui présente une abondante synonymie.
Physalis (RX-78GP02A Gundam « Physalis ») – aussi appelée Alkékenge ou encore Amour en Cage mais aussi Lanterne japonaise ou chinoise – est de la famille des solanacées et une plante à tendance envahissante dont le fruit reste toxique jusqu’à sa pleine maturité.
Dendrobium (RX-78GP03 Gundam « Dendrobium Orchis » et RX-78GP03S Gundam « Dendrobium Stamen ») est une orchidacée d’Asie dont plus de 1500 espèces ont été répertoriées ; l’Orchis, de la même famille, est une fleur qui présente elle aussi de nombreuses sous-espèces (au moins une trentaine rien que dans les Alpes) ; quant au Stamen, c’est le nom donné à l’organe mâle des fleurs.

Mobile Suit Gundam  0083: Stardust Memory
Mitsuko Kase & Takashi Imanishi, 1991
Bandai Entertainment, 2009
13 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

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1 Response to “Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory”



  1. 1 Mobile Suit Gundam : Author’s Cut (3d) « Le Dino Bleu Rétrolien sur 11 juillet 2011 à 11:11

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