Suicide Commando

Couveture de l'édition française de la BD Suicide CommandoDans ce futur, l’Humanité s’est scindée en trois groupes principaux : les habitants de l’air, le peuple de l’eau et les gens des deux-quarts, qui vivent sur la terre ferme. Depuis bien longtemps, ils se livrent une guerre sans merci. Alors surgit une quatrième faction qui les menace tous trois : le Troueur déchaîne la puissance des volcans et met en péril toutes les formes de vie de la planète. Ainsi, l’air, l’eau et la terre doivent apprendre à oublier leurs discordes pour mieux combattre le feu…

Suicide Commando ne brille pas par son scénario mais par ses graphismes : issu de cette époque où l’apparence est tout, il se préoccupe plus de la forme que du fond – même si sa préface, écrite par son scénariste justement, aimerait nous faire croire le contraire. Ici, c’est la créativité de Philippe Gauckler qui domine, et non les mots de Charles Imbert – même si ces derniers ne manquent pas d’intérêt, au moins pour poser l’ambiance. Un Gauckler qui signe d’ailleurs sa première BD, et ça se voit.

Planche intérieure de la BD Suicide CommandoNon pour des raisons d’ordre technique, ni même – toujours plus discutables – d’ordre artistique, mais pour des question d’inspiration – encore qu’il est toujours difficile de trouver laquelle de ces deux catégories elle influence le plus : la technique ou bien l’artistique ? Car il y a une ombre qui plane au-dessus de ces images, celle d’un immense artiste auquel plus personne ne fait mention et c’est regrettable parce qu’il a jadis ouvert une voie entière à lui tout seul : je parle de Chris Foss dont l’art a jadis bouleversé l’illustration de science-fiction.

Ne cherchez pas plus loin, c’est bel et bien Foss qui se trouve derrière toutes ces machines, vaisseaux et véhicules qui pourfendent en tous sens les planches de Suicide Commando. Ce sont ses formes, bien qu’épurées ; ses couleurs, bien qu’assagies ; son esprit, presque sublimé, lui, par contre : car ici, et au contraire de Foss qui a (avait ? a eu ?) une nette tendance à laisser s’exprimer son sens du réalisme dans les matières presque exclusivement, Gauckler nous propose des méchaniques qui fonctionnent. Ou quasiment.

Planche intérieure de la BD Suicide CommandoQuasiment, car à y regarder de près, elles ne fonctionnent pas vraiment. De menus détails clochent, surtout dans les articulations – du reste, toujours un cauchemar de designer, quel que soit son domaine. Mais en fin de compte, ça importe peu : l’illusion, elle, cette base indiscutable de l’Art, fonctionne à la perfection. Alors on s’y croit, dans ces chutes libres à l’assaut des forteresses du peuple de l’eau, dans ces infiltrations éclair pour exécuter un coup d’état, dans ces courses-poursuite sur la banquise…

Dans Suicide Commando, les machines et les scaphandres fusent, si vite qu’on se demande si leurs pilotes ou leurs occupants connaissent la notion de frein – ou même si leurs mechas, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit au final, en sont équipés. Cette BD mérite son titre : ouvrir Suicide Commando, c’est plonger tête première dans un abîme qui nous aspire vers le fond toujours plus vite – sauf qu’il n’y a pas de fond, et qu’on n’en finit pas de chuter…

Moins un récit qu’une expérience, voire une expérimentation, Suicide Commando est une première œuvre tout à fait étonnante, un OVNI saupoudré de la french touch d’une époque qui avait bien des choses à montrer au lieu de parler à ne rien dire comme elle le fait aujourd’hui.

Suicide Commando, Philippe Gauckler & Charles Imbert
Les Humanoïdes Associés, collection Pied Jaloux, mars 1983
54 pages, entre 7 et 12 € (occasions seulement), ISBN : 2-7316-0219-8

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5 Responses to “Suicide Commando”


  1. 1 Sophie Sonia 1 janvier 2011 à 19:54

    En ces temps de calme avant la sortie annoncée de Tron: l’héritage, je me suis soudain rappelée de cette bande dessinée sortie à peu près au même moment que le film Tron, le premier. Ce film m’avait fait l’effet d’un électrochoc (mais dans le sens agréable!) et j’y retrouvais lointainement un peu le visuel dans cette BD…
    En tapant « bande dessinée sf peuple de l’air peuple de l’eau commando », ce qu’il m’en reste 27 ans après sa lecture (Argh!) Google a eu la bonne idée ne me montrer votre blog.
    Merci beaucoup de cet article sur Suicide Commando, c’est tout à fait ça!

    Bonne année, c’est de saison, et bonne continuation.

    SophieSonia

  2. 2 Guilhem 1 janvier 2011 à 20:39

    Meilleurs vœux à vous aussi, SophieSonia, et un grand merci pour avoir pris le temps de poster un commentaire :]

  3. 3 Jean Roch 22 février 2014 à 13:27

    J’ai emprunté cette BD à ma biblio municipale quand j’étais gamin et elle m’a marqué, au point qu’étant adulte, vingt ans plus tard, j’ai fini par l’acheter d’occasion chez Amazon. C’était il y a deux heures. Je croise les doigts en attendant la livraison !

    Rétrospectivement je me suis demandé comment cette BD avait pu se retrouver dans une bibliothèque pour enfants. J’ai du mal à croire que ce fut un achat, peut-être un don de quelqu’un déçu par le fond au point de ne pas estimer la forme.

    Votre analyse correspond bien à mes souvenir, surtout l’aspect « la forme sur le fond ». Je vais certainement explorer le reste de votre blog, il semble qu’on ait des gouts en commun !

    Et en tant qu’ingénieur en robotique, je confirme, nous n’aimons pas les articulations, ce sont nos épinards 😉


  1. 1 Battle Engine Aquila « Le Dino Bleu Rétrolien sur 2 juin 2011 à 11:33

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