Reservoir Dogs

Affiche française du film Reservoir DogsDans un bar, un groupe de truands prépare son prochain coup – un braquage chez un diamantaire – tout en bavardant de choses et d’autres, avant de partir accomplir leur forfait. Mais celui-ci tourne mal : l’un d’eux est tué, un second blessé, et deux autres le ramènent à la planque où ils devaient tous se partager le butin une fois le hold-up terminé. Dans cet entrepôt sombre et rouillé, ils commencent à réfléchir et à faire le point de leur situation : lequel d’entre eux les a balancés ?

C’est avec ce film que Quentin Tarantino signa son manifeste. On y retrouve tous les ingrédients du polar « classique » mélangés en un cocktail pour le moins bien corsé et qui s’entremêleront encore une fois dans son chef-d’œuvre, Pulp Fiction (1994) : gros flingues et truands bas du front, au langage châtié, dont le plan de route va les mener en Enfer suite à quelques erreurs d’aiguillage d’autant plus inattendues qu’elles se pointent toujours au moment où il ne faut pas. Un peu comme si cette bande de bras cassés se trouvait en fait incapable de réussir quoi que ce soit – ce qui explique d’ailleurs, au moins en partie, pourquoi ils échouent du mauvais côté de la loi, c’est-à-dire à planifier leur propre chute…

Le titre du film, Reservoir Dogs, veut bien dire ce qu’il veut dire – encore que ce n’était pas l’intention première du réalisateur (1). Ce groupe de truands se voit ainsi réduit au rang d’un ramassis de chacals, de hyènes naturellement destinés à s’entredévorer, et même si ceci ne faisait en aucun partie de leurs plans : c’est tout simplement le genre de chose qui arrive quand on met ensemble des gens sans foi ni loi. Sur ce point, mérite d’être mentionné le rôle du flic, cette « balance » qui se trouve ici en train d’osciller entre « flic ou voyou » pour reprendre l’expression bien connue – et à force de côtoyer la face obscure, il se teinte lui aussi de ténèbres.

S’il n’y a là rien de nouveau, c’est la facture qui place Reservoir Dogs à part des autres réalisations sur un thème semblable. L’ultra-violence, pour commencer : présente dès les premières minutes du film, elle ne le quitte pas une seule seconde ; d’abord exprimée à travers un langage tout ce qu’il y a de plus crû, pour ne pas dire franchement réactionnaire, elle prend assez vite – juste après les litres d’hémoglobine somme toute attendus et toujours un peu faciles – l’aspect d’un huis-clos où les personnalités à la fois torturées et torturantes des divers protagonistes vont peu à peu s’écarteler entre elles, jusqu’au déchirement final.

Le second aspect concerne le montage. Pour le moins innovant, il se montre tout à fait décousu, passant directement de la préparation du braquage à l’après-hold-up, en utilisant des flashbacks pour reconstituer les événements situés entre les deux, et parfois même avant dans certains cas. Du braquage lui-même on ne voit rien car le propos du film ne se trouve pas là : au lieu de baser le suspense et la tension autour du coup, comme c’est le plus souvent le cas dans des réalisations de ce type, le récit s’oriente d’entrée de jeu autour des protagonistes – de leur colère d’avoir été doublés et de leur peur de finir en taule.

Là se trouve toute la force de ce film. D’abord en forçant le spectateur à réfléchir pour reconstituer le puzzle du montage décousu, ce qui le pousse à entrer davantage dans le récit – et donc à se l’approprier. Ensuite, en réduisant les scènes d’action au minimum pour se concentrer sur l’aspect « psychologique » de la situation – faute d’un meilleur terme. Et enfin en parvenant à rendre chacun de ces « chiens » sympathiques par leur état de victimes au lieu de celui de simples truands qui d’habitude charment l’audience avec des attitudes de fiers-à-bras – et peu importe qu’ils réussissent ou non dans leur entreprise.

En dynamitant la plupart des clichés du film de truands, tant sur le fond que sur la forme, et en focalisant sur les caractères au lieu de l’action proprement dite, Reservoir Dogs s’est vite imposé comme une œuvre à part tout en signant l’arrivée d’un réalisateur qui avait bien des choses à dire…

Plus prosaïquement : pour un coup d’essai, c’était un coup de maître.

(1) Tarantino aurait trouvé ce titre à partir des films Au revoir enfants (Louis Malle, 1987) – qu’il prononçait « Reservoir » – et Les Chiens de paille (Straw Dogs ; Sam Peckinpah, 1971).

Adaptation :

En un jeu de tir objectif (TPS), sorti en 2006 sous le même titre que le film dont il s’inspire, et développé par Volatile Games pour PC, Playstation 2 et Xbox.

Récompenses :

Festival international du film de Catalogne : Meilleur Réalisateur et Meilleur Scénario
Festival International du Film de Stockholm : Cheval de bronze
Festival international du film de Toronto : Prix international de la Critique
Festival du film d’Avignon : Prix du Tournage
Independent Spirit Award : Meilleur second Rôle masculin (Steve Buscemi)
Sant Jordi Awards : Meilleur Acteur étranger (Harvey Keitel)

Notes :

Ce film permit à Steve Buscemi, Michael Madsen et Tim Roth de démarrer leur carrière.

Donner des noms de couleurs aux truands viendrait des films Bande à part (Jean-Luc Godard, 1968) et Les Pirates du métro (The Taking of Pelham One Two Three ; Joseph Sargent, 1974).

Le truand Vic Vega, rôle tenu par Michael Madsen, est le frère de Vincent Vega, interprété par John Travolta dans Pulp Fiction, le second long-métrage de Tarantino : celui-ci aurait eu l’intention de réaliser un film, The Vega Brothers, qui réunirait les deux frères, Vic et Vincent.

Reservoir Dogs, Quentin Tarantino, 1992
Seven7, 2004
99 minutes, env. 12 € le coffret collector

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