Le Vol du dragon

Couverture de la dernière édition de poche du roman Le Vol du dragonTout est calme en tous lieux sur la planète Pern. Les terrifiantes incursions des Fils argentés ont cessé depuis des temps immémoriaux. Les habitants ne savent plus pourquoi ils habitent dans des grottes et versent la dîme aux chevaliers-dragons. On ne croit plus les mythes relatifs à leurs folles chevauchées sur les grands dragons télépathes et à leurs actions d’éclat contre les redoutables Fils, qui anéantissaient toute vie organique. Les dragons deviennent rares dans le ciel de Pern.

Mais le chevalier F’lar, maître du dragon Mnementh, se remet à étudier les vieilles légendes. L’Etoile Rouge se rapproche. Bientôt les Fils se remettront à tomber. Sur Pern il faut organiser la défense, et pour commencer rendre à la race des dragons son antique fécondité. Une nouvelle Reine va naître. Il faut une fille énergique pour la chevaucher. Où trouver celle en qui survit le don ancestral ?

La science-fiction aime brouiller les pistes, notamment en jouant sur les apparences. Si ce stratagème ne leurre plus les spécialistes depuis longtemps, les moins habitués se trouvent parfois pris dans les filets d’un piège qui s’apparente en fait plus à un bon tour de magie : c’est le privilège des auteurs que de mener leurs lecteurs là où bon leur semble afin de mieux les surprendre. De sorte qu’on a vu des récits de science-fiction arborer tous les aspects de l’heroïc fantasy pour ne révéler leur véritable nature qu’à la fin de l’histoire, ou bien même jamais – en se contentant de la suggérer tout au long de la narration, à travers des indices tout aussi discrets qu’assez peu discutables.

Ainsi, Le Vol du dragon nous présente-t-il un monde en proie à de mystérieux envahisseurs que seuls peuvent repousser des chevaliers-dragons situés au sommet de la hiérarchie sociale en raison de leur rôle essentiel de défenseurs. Nul besoin d’y regarder de bien près pour distinguer l’aspect féodal d’une telle société, dont la nature médiévale est renforcée par le terme même de « chevalier-dragon » – par essence un truisme de l’heroïc fantasy. À ceci s’ajoute une sorte de quête à travers la recherche de la jeune fille qui devra chevaucher la Reine dragon et qui s’apparente ainsi à une sorte « d’élue » – ce qui n’est jamais qu’un autre élément propre à l’heroïc fantasy.

Sauf que l’intrigue de ce récit se situe en fait dans le futur et sur une autre planète dont la colonisation a mal tourné et où les immigrés venus de la Terre sont retournés à un niveau pré-industriel suite à la perte de leurs technologies modernes, mais seulement après avoir créé la race des grands dragons télépathes par manipulations génétiques de la faune locale. Il n’y a du reste aucun réel spoiler puisque ces faits se trouvent décrits en détail dans les divers autres récits de cette suite d’ouvrages qui correspond à La Ballade de Pern ; ce roman précis – au départ quatre novellas (1) distinctes ici rassemblées en un seul ouvrage – raconte en fait une autre histoire…

Pourtant, Anne McCaffrey ne tente pas ici une déconstruction ni de l’heroïc fantasy, ni de la science-fiction, car – comme je l’évoquais plus haut – la ficelle qu’elle utilise n’a déjà rien de bien nouveau en cette fin des années 60 où elle publie le tout premier récit de cette série qui la rendra célèbre dans le monde entier. En fait, l’auteur présente surtout un discours aux accents tout à fait féministes, ou du moins propose une aventure où non seulement le personnage principal est une femme mais où il parvient à sauver le monde à travers des idées et des moyens si féminins qu’aucun personnage masculin ne les aurait jamais envisagés.

Ainsi Le Vol du dragon s’oppose-t-il, à travers son héroïne, aux stéréotypes de la fantasy mais aussi de ceux de la science-fiction de l’époque où les femmes, trop souvent hélas, servaient encore de faire-valoir aux héros masculins, au mieux, si ce n’est de pur objet sexuel, au pire. Bien sûr, McCaffrey n’est pas le premier écrivain de science-fiction aux inspirations féministes, ou assimilé (2), mais elle reste néanmoins l’auteur qui lui a donné un des personnages les plus emblématiques de ce mouvement revendicatif au sein du genre.

Quant au roman lui-même, c’est une très adroite juxtaposition de thèmes typiques de cette heroïc fantasy et de cette science-fiction si souvent décrites comme tout à fait différentes, pour ne pas dire franchement opposées mais qui se trouvent ici certains points communs. C’est aussi un récit fin et sensible dans son approche des relations entre hommes et femmes, ainsi qu’une aventure originale dont les diverses tournures sauront charmer les lecteurs exigeants.

(1) un texte dont la longueur en fait un intermédiaire entre la nouvelle (histoire courte) et le roman.

(2) des auteurs comme Ursula K. Le Guin ou Joanna Russ viennent immédiatement à l’esprit.

Récompense :

Prix Hugo, en 1967, pour le récit court La Quête du Weyr qui ouvre ce volume.

Adaptations :

– en jeu de plateau : Dragonriders of Pern (1983), par Mayfair Games.
– en jeu vidéo : Dragonriders of Pern (1983), un jeu d’action-stratégie par Epyx, pour Atari 800 et Commodore 64 ; Dragon Riders – Chronicles of Pern (2001), un jeu d’aventure par Ubisoft, pour PC et Dreamcast.
– en MUD : parmi les nombreuses adaptations d’amateurs, on peut notamment citer PernMUSH – le site officiel.

Le Vol du dragon (Dragonflight), Anne McCaffrey, 1968
Pocket, collection Pocket Fantasy, décembre 2005
310 pages, env. 3 € (occasions seulement)

– d’autres avis : Scifi-Universe, Psychovision, Traqueur Stellaire
– le site officiel d’Anne McCaffrey

3 Responses to “Le Vol du dragon”


  1. 1 Guillaume44 28 novembre 2010 à 11:22

    C’est l’un des meilleurs exemples de la mouvance « science-fantasy » avec l’univers Star Wars. Je préfère la Ballade de Pern par contre 😉

  2. 2 Guilhem 28 novembre 2010 à 11:36

    Moi aussi. Largement.

    Mais je dois avouer que ça a fini par me lasser : je n’ai pas lu ce cycle en entier…

    Je m’y remettrais sans doute un jour ceci dit.


  1. 1 Chroniques de la guerre de Lodoss « Le Dino Bleu Rétrolien sur 20 février 2011 à 13:28

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