Enemy

Affiche française du film EnemyEn cette fin du XXIe siècle, les hommes ne guerroient plus entre eux mais leur expansion dans l’espace a amené une autre forme de guerre quand ils ont rencontré les dracs… Après un combat, Willis Davidge et sa cible s’écrasent tous deux sur Fyrine IV, un monde très peu connu mais hostile, où ils devront laisser leurs différents de côté pour s’épauler afin de mieux survivre ensemble. Peu à peu, les ennemis d’hier partagent leurs cultures respectives, et leurs antagonismes s’estompent…

Dans le sillage du succès de la première trilogie Star Wars, l’industrie d’Hollywood accoucha de nombreuses productions dont l’écrasante majorité ne mérite pas qu’on s’en souvienne. Ce qui n’est pas le cas d’Enemy, mais d’une manière sans aucune commune mesure avec celle de l’épopée la plus connue du space opera au cinéma : Enemy, en effet, se caractérise par l’humanité de son propos. Au départ une novella (1) de Barry B. Longyear publiée en septembre 1979 dans les pages du magazine Asimov’s Science Fiction, et qui gagna les prestigieux prix Hugo et Nebula, rien ne prédestinait un tel récit à la transposition sur grand écran, et surtout pas à une époque où les progrès constants en matière d’effets spéciaux poussaient à créer des œuvres toujours plus spectaculaires mais aussi, hélas, vides de sens.

Car si Enemy parle de cette différence qui sépare les peuples, il la présente non comme une raison de conflits mais comme une source d’enrichissement – du moins, une fois surmontée la répugnance du premier contact. S’il n’y a là rien qu’on ne sache pas depuis quelques siècles au bas mot, c’est à ma connaissance la première fois qu’un tel sujet se trouve abordé non dans la littérature de science-fiction mais en tous cas dans le cinéma de science-fiction ; et qu’il se montre ainsi dans une production se réclamant aussi ouvertement du space opera, soit un genre bien plus connu pour ses champs de bataille interstellaires que pour ses situations intimistes, relève d’une originalité peu commune – d’ailleurs, et c’est là une autre caractéristique de ce récit, les étoiles n’y apparaissent que très peu…

Pour me montrer tout à fait honnête, et spolier (2) à peine, vous ne trouverez qu’une seule scène de combat spatial dans tout le film. Et afin d’éviter qu’on confonde cette production avec n’importe quelle autre à grand spectacle, elle se présente dès les premières minutes. Tout le reste de l’histoire se bâtit autour de ce qu’il convient d’appeler un huis clos, ou assimilé : deux personnages interagissent dans un décor qui somme toute importe peu. Si le monde où ces deux soldats se trouvent échoués montrent quelques dangers, c’est moins pour conserver son rythme au récit que pour souligner la situation d’urgence de ces ennemis et l’absolue nécessité pour eux de s’entraider : leur découverte réciproque de l’autre et de sa culture se fait, en toute logique, dans la continuité de cette situation.

Voilà comment, sans céder une seconde à l’action gratuite et au grand spectacle tout aussi stérile sur le plan des idées et des émotions, Enemy parvient à nous conter une histoire digne qu’on s’en souvienne – pour peu qu’on ne s’attarde pas trop sur des détails « techniques » en fin de compte sans importance. Et si cette histoire ne présente rien de révolutionnaire, bien loin de là, elle s’articule néanmoins autour d’un message d’autant plus éternel et universel que les deux protagonistes du récit ne tardent pas à le souligner eux-mêmes – ce qui fera d’ailleurs grincer quelques dents chez les anticléricaux primaires.

Bref, le genre de message qu’on ferait bien de garder à l’esprit, surtout par les temps qui courent où les divers communautarismes et autres replis sur soi ont – trois fois hélas – la vie bien dure…

(1) un texte dont la longueur en fait un intermédiaire entre la nouvelle (histoire courte) et le roman.

(2) en français dans le texte…

Récompenses :

Prix de la C.S.T. et Antenne d’or au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1986.

Notes :

La novelization de ce film, par Barry B. Longyear et David Gerrold, qui présente une seconde partie du récit bien différente de celle du film, fut publiée chez J’AI LU en janvier 1986 (collection Science-Fiction n° 1968, 224 pages, ISBN : 2-277-21968-1) : voir la fiche de l’ouvrage sur nooSFère.

Bien que ce film fut titré Enemy lors de son exploitation en France, son édition française en DVD retient le titre américain original : Enemy Mine.

Enemy (Enemy Mine), Wolfgang Petersen, 1985
Fox Pathé Europa, 2002
93 minutes, env. 5 €

– d’autres avis : CinemaFantastique.net, DevilDead
– la parodie de The Lonely Island (en)

4 Responses to “Enemy”


  1. 1 Corti 22 décembre 2010 à 16:33

    Tiens, il est passé sur une des chaînes du câble (sans doute NT11) il y a deux/trois mois (ou plus). Je m’étais mis devant en me disant que j’avais trouvé un bon nanar pour meubler la soirée et j’en garde plutôt une bonne impression en terme de qualité. Certes, c’est un peu cousu de fil blanc, les effets spéciaux sont digne d’un nanar, mais il y a ce petit quelque chose. Ce petit truc qui fait que j’ai apprécié le film. Le message passe de manière simple et efficace sans trop verser dans le mélo. Je ne sais pas. Y’a un truc quoi😀

    En tout cas le genre de truc que j’aurai aimé retrouver dans Avatar quoi.

  2. 2 Guilhem 22 décembre 2010 à 17:43

    Pour retrouver ce genre de chose dans Avatar, il faudrait que Cameron décide de sortir des sentiers battus et vu le blockbuster que ça a été, je crois que c’est dans le registre de l’utopie =P

    Peut-être dans le 3e ceci dit, quand il n’aura plus rien à perdre…

  3. 3 NicK 21 octobre 2011 à 12:04

    Je l’ai vu quand j’avais 12/13 ans (purée ça me rajeunit pas) et j’ai acheté le DVD quand je l’ai trouvé en promo il y a 2 ans.😀
    NicK.


  1. 1 Le Dernier Starfighter « Le Dino Bleu Rétrolien sur 26 avril 2011 à 11:33

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