Cube

Jaquette DVD de l'édition française du film CubeSix personnes sans aucun lien entre elles s’éveillent dans une salle cubique aux murs de métal. Dans chacune de ces parois, une porte coulissante mène à une autre salle identique. Mais dans certaines se trouvent des pièges. Mortels. Aucun d’eux ne sait pourquoi il se trouve enfermé là. Car ils portent tous des combinaisons à leur nom, qui rappellent celles des prisonniers. Tous ensemble, ils vont tenter de sortir de ce labyrinthe. Mais la sortie semble toujours se dérober à eux… pour autant qu’il y ait vraiment une sortie.

En fait, le seul moyen pour eux de trouver la sortie consiste à travailler ensemble, c’est-à-dire à mettre en commun leurs qualités au lieu de laisser leurs défauts de caractère entraver leur jugement. Plus facile à dire qu’à faire, surtout dans une situation comme celle-ci où le « pourquoi » de leur condition leur échappe autant que le « comment » : perdus dans un contexte qui les dépasse, au moins au premier abord, ils vont peu à peu basculer dans une forme de folie autodestructrice – au moins pour leur groupe – dont l’unique survivant sera celui auquel on s’attend le moins… Ce qui, somme toute, correspond assez bien au postulat de départ.

Car Cube se veut avant tout une allégorie sur la condition humaine au sein de la société, avec tout ce que celle-ci a d’irrationnel et d’illogique, voire d’inhumain. Chacun des « prisonniers » y incarne l’une des principales facettes de la diversité humaine : la connaissance cynique, l’intelligence froide, la schizophrénie asociale, la marginalité astucieuse, l’instinct maternel à l’anxiété paranoïaque et l’autorité par la violence. Comme il se doit, c’est l’échec de cette dernière à souder le groupe – de par cette peur panique qui caractérise les dominants quand ils voient une situation leur échapper – qui contribuera le plus à condamner les espoirs de tous.

Ce qui suffit à dire que Vincenzo Natali, comme beaucoup d’artistes avant lui, a peut-être voulu illustrer là le principal problème de tous les groupes sociaux en proie à une crise : cette incapacité, réelle ou simulée, des puissants à orienter les efforts du groupe dans la meilleure direction – au reste, un des exercices les plus difficiles qui soient, depuis l’aube des temps et dans toutes les civilisations. Il s’ensuit qu’à force de laisser chacun tirer la couverture à lui, celle-ci finit en toute logique par se déchirer. Ou n’importe quelle autre image comparable : celle d’un ordre qui se fissure sous les coups de boutoir d’égos en proie à leurs démons.

C’est une définition comme une autre du chaos, qu’il ne faut pas confondre avec l’anarchie (1), et qui correspond d’ailleurs assez bien à notre présent où les désirs de chacun font perdre de vue les besoins des autres à travers le triomphe de l’égoïsme. De telle sorte que Cube peut ainsi constituer une métaphore de la société de consommation où la liberté donnée à tous de satisfaire des envies somme toute assez frivoles a largement participé à gonfler une bulle spéculative qui a fini par nous éclater à la figure…

Mais l’idée de départ de ce film reste malgré tout bien assez éternelle pour illustrer à peu près n’importe quelle époque où une société jusqu’à ce moment stable a fini par s’effondrer sous les coups de boutoir des dissensions internes provoquées par l’incapacité des dirigeants à les juguler – ou au moins à les diriger dans un effort constructif.

Voilà pourquoi Cube, au-delà de l’instantané du présent qu’il illustre, reste avant tout une fable, une satire de certains des travers les plus regrettables de toutes les sociétés : les seuls à pouvoir condamner une civilisation entière.

(1) « anarchie » signifie « sans maître » et non « sans ordre » ; en fait, c’est ce dernier état qui définit le chaos…

Récompenses :

– Prix du Meilleur Premier Film Canadien, au Festival international du film de Toronto (1997)
– Prix de la Critique et Prix du Public, au Festival international du film fantastique de Gérardmer Fantastic’Arts (1999)

Notes :

Tous les personnages portent des noms de prisons. Quentin, celui de la prison d’état San Quentin à Marin County, en Californie. Holloway référe à la prison Holloway de Londres. Kazan à celle de Kazan en Russie. Rennes a le même nom que la prison de Rennes en France. Alderson – un personnage secondaire qui ne rencontrera jamais les autres – celui du Alderson Federal Prison Camp à Alderson, en Virginie. Quant à Leaven et Worth, ils forment à eux deux le nom du pénitencier de Leavenworth à Leavenworth, au Kansas.

Après avoir écrit le scénario de ce film, Vincenzo Natali réalisa un court-métrage, intitulé Elevated (1997) et situé dans un ascenseur, avec lequel il tenta de donner aux investisseurs une idée assez précise de ce à quoi Cube devait ressembler en terme d’ambiance et de rythme. Ce « prototype » convainquit et le réalisateur obtint son budget.

Un épisode de la célèbre série TV La Quatrième dimension, intitulé Cinq personnages en quête d’une sortie (Five Characters in Search of an Exit, saison 3, épisode 14), servit d’inspiration pour Cube.

Cube, Vincenzo Natali, 1997
TF1 Vidéo, 2001
86 minutes, env. 13 €

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4 Responses to “Cube”


  1. 1 Guillaume44 10 janvier 2011 à 21:13

    Jamais vu non plus, mais cela se trouve à petit prix en dvd maintenant 🙂

  2. 2 Guilhem 11 janvier 2011 à 14:54

    Ça m’étonne que tu n’ais jamais vu ce film : il est pourtant assez connu dans le fandom de l’imaginaire… et plutôt apprécié aussi.

    Mais en tous cas, c’est un film qui vaut largement le coup d’œil


  1. 1 Portal « Le Dino Bleu Rétrolien sur 26 mai 2011 à 11:33
  2. 2 Le Roi des ronces | Le Dino Bleu Rétrolien sur 8 juillet 2017 à 06:14

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