Viva Zapata !

Affiche américiane d'époque du film Viva Zapata !1909. Depuis 34 ans, le président Porfirio Díaz règne d’une poigne de fer sur le Mexique : son régime depuis longtemps corrompu laisse les riches exploitants agricoles écraser les paysans, qui n’osent se révolter. Un jour, une de leur délégation vient réclamer justice au tyran mais celui-ci refuse d’intervenir en les prenant de haut ; parmi eux, Emiliano Zapata ne se laisse pas faire et voit bientôt sa tête mise à prix : réfugié dans les montagnes, il s’allie avec le révolutionnaire Pancho Villa pour mener la révolte contre l’oppresseur.

À l’heure où plusieurs nations s’ouvrent enfin à la démocratie, il peut être bon de se rappeler que le combat qu’elles viennent de remporter est aussi vieux que le monde. Ainsi le Mexique, en son temps, mena une lutte âpre pour se débarrasser de la tyrannie. Mais ce genre de bataille ne s’arrête pas au moment où l’oppresseur tombe de son trône : à vrai dire, elle commence vraiment à ce moment-là. Ainsi, ce que nous montre surtout Viva Zapata !, une fois passé le grand spectacle pyrotechnique de l’insurrection, c’est la corruption qu’implique le pouvoir, qu’il soit politique ou militaire, et quelle fascination il peut exercer sur ceux qui s’en réclament.

Emiliano Zapata (1879-1919) s’en rendit compte et, d’une manière pas si paradoxale que ça en fait, c’est bien ce qui le perdit. Disons, pour simplifier, que ses convictions personnelles l’empêchaient de devenir le monstre qu’il combattait mais que ceux qui luttaient à ses côtés s’embarrassaient moins de bons sentiments ; en d’autres termes, sa révolution ne pouvait s’encombrer de Robin des Bois. Ce qui, à y regarder d’un peu plus près, est le lot de toutes les révolutions : la machine une fois lancée finit par se retourner contre ceux qui l’ont faite démarrer – inutile de citer des exemples…

À partir de cette réflexion sur le pouvoir au sens large, John Steinbeck (1902-1968), qui signe ici le scénario en se basant sur un livre d’Edgcomb Pinchon, nous rappelle qu’au fond les démocraties ne valent pas mieux que le peuple qu’elles gouvernent. En d’autres termes, il s’agit de souligner que liberté rime bien moins avec « fais ce qu’il te plaît » qu’avec « prends tes responsabilités » : une leçon certes fondamentale mais qui semble hélas assez oubliée de nos jours.

Et pourtant, l’usage du droit de vote reste bien le seul moyen d’empêcher la démocratie de sombrer dans le chaos, une autre chose que l’Emiliano Zapata dépeint par Elia Kazan (1909-2003) avait bien compris, et l’intransigeance qu’il montra devint une des multiples raisons derrière sa chute – c’est une autre caractéristique des révolutions : les plus purs de ses soldats n’y survivent pas, de sorte que seuls les plus vils restent…

Or, la démocratie est un peu une sorte de révolution permanente. La différence principale avec celle dépeinte ici tient dans ce que la démocratie se révolutionne elle-même, et pacifiquement à défaut de facilement : si elle implique des déçus, ceux-là ne peuvent néanmoins que s’incliner devant la décision du plus grand nombre.

Peut-être des déceptions répétitives sont-elles à l’origine de cette désaffection de nombreux peuples pour un tel système qui, pourtant, ne peut exister sans lui – la désaffection, alors, ne participe qu’à accentuer le problème, en un cercle tout ce qu’il y a de plus vicieux…

Ce qui reste de la littérature : si on sait depuis longtemps que nos civilisations sont mortelles, on oublie souvent de préciser que leur agonie peuvent prendre toutes les formes, y compris les plus insidieuses.

Quoi de pire, en effet, qu’un système qui s’effondre par le renoncement de ses citoyens ?

Récompenses :

Oscar du meilleur second rôle pour Anthony Quin.
Prix d’interprétation masculine pour Marlon Brando au Festival de Cannes.

Viva Zapata !, Elia Kazan, 1952
20th Century Fox, 2003
113 minutes, env. 10 €

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