I, Robot

Jaquette DVD de la dernière édition française du film I, Robot2035. Devenus monnaie courante, les robots servent de parfaits assistants aux humains dans leur vie de tous les jours. Mais quand on retrouve mort Alfred Lanning, leur créateur, c’est à son vieil ami l’inspecteur Spooner qu’échoit l’enquête. Alors qu’aucun de ses collègues accepte de soupçonner un robot d’un type nouveau, sur lequel travaillait Lanning au moment de sa mort, seul Spooner estime que les Trois Lois de la robotique qui protègent les humains de leurs créations ne fonctionnent pas dans ce cas précis…

Quelle terrible vérité se cache derrière la mort de Lanning ? Que représente vraiment ce robot de nouvelle génération, et quel rôle a-t-il joué dans le décès du vieil inventeur ? En cherchant une réponse à chacune de ces questions, Spooner découvrira peu à peu un complot d’envergure mondiale qui menace toute la civilisation…

Isaac Asimov (1920-1992) regretta toute sa vie qu’aucun de ses textes ne connut jamais d’adaptation sur grand écran, et la plainte paraît légitime jusqu’à ce qu’on se rappelle que sa célèbre nouvelle Quand les ténèbres viendront (Nightfall ; 1941) (1) se vit adaptée au cinéma en 1988 par Paul Mayersberg, soit quatre ans avant la mort de l’écrivain. Pourtant, Asimov insista en transposant ses regrets sous la forme de la novella (2) Un Sujet en or (Gold), d’ailleurs récompensée par le prix Hugo en 1992, soit l’année même de la mort de son auteur ; il y mettait en scène l’adaptation en film de son roman Les Dieux eux-mêmes (The Gods themselves ; 1972) qui reste sa plus grande réussite avec La Fin de l’Éternité (The End of Eternity ; 1965).

En dépit de ce choix revendiqué, on peut affirmer qu’il n’aurait pas trouvé d’inconvénient non plus à voir adaptée sa série Les Robots (1950-1985) compte tenu de son étroite collaboration avec Harlan Ellison sur l’écriture du scénario du projet de film I, Robot de 1978. Quant à savoir s’il aurait apprécié le film d’Alex Proyas auquel ce billet est consacré, la question ne se pose pas vraiment puisqu’il ne s’agit pas d’une adaptation de son œuvre pour commencer : basé sur un scénario original écrit en 1995 par Jeff Vintar pour un projet de film intitulé Hardwired et rappelant les romans policiers d’Agatha Christie (1890-1976) pour son huis-clos, ce I, Robot-là ne devint une adaptation d’Asimov qu’après de lourdes altérations.

Et, au risque de surprendre mon lecteur, c’est précisément la raison pour laquelle I, Robot mérite d’être vu. Non parce qu’il s’agit d’une bonne adaptation, ni même parce que l’esprit de l’original s’y voit retranscris fidèlement, hormis pour certains passages ponctuels qui évoquent davantage des clins d’œils ou des hommages plus ou moins appuyés qu’une transposition à proprement parler, mais plutôt parce qu’il s’agit d’un de ces films qu’on qualifie de « bonne distraction » – et à juste titre dans ce cas précis. Car si l’idée originale de Jeff Vintar se voulait sobre dans son concept de départ, sa concrétisation sous la direction de Proyas en fait un film à la fois divertissant et intelligent, ou du moins plutôt subtil…

À vrai dire, I, Robot représente le parfait exemple du film hollywoodien qui ne se perd pas dans les compromis nécessaires pour adapter le fond d’un sujet somme toute assez pointu aux impératifs d’une forme compréhensible pour un public qui non seulement ne connaît rien au thème en question mais de plus ne s’y intéresse même pas pour commencer puisqu’il veut juste passer du bon temps avant tout – ce qui reste par ailleurs infiniment respectable. I, Robot parvient à soutenir un propos – certes plutôt simple en comparaison de la complexité du sujet qu’il aborde – tout en s’articulant autour de scènes d’action pas forcément aussi gratuites qu’on pourrait le penser au premier abord.

D’ailleurs, compte tenu des progrès constants dans des matières comme la domotique, l’intelligence artificielle et l’informatique au bureau, parmi d’autres, sans oublier la robotique pure, industrielle ou domestique, ce film soulève quelques questions pour le moins pertinentes quant à notre futur proche – celui que la plupart d’entre nous connaîtront… Pour cette raison, I, Robot s’affirme comme une véritable œuvre de science-fiction en dépit de sa simplicité de forme, dans le sens où il décrit l’impact d’éléments techno-scientifiques sur un système social donné.

Et voilà donc pourquoi I, Robot mérite le coup d’œil : non parce qu’il s’agit d’une adaptation fidèle à la série éponyme d’Asimov, mais parce qu’il nous permet d’entrapercevoir un avenir somme toute bien possible dans lequel la place de l’homme ne correspond plus exactement à celle qu’on connaît aujourd’hui.

Libre à chacun de se demander si cette évolution représente un progrès…

(1) et présente, entre autres, dans La Grande anthologie de la science-fiction, au sommaire du volume Histoires de mondes étranges (Livre de Poche, octobre 2001, ISBN : 2-253-03480-0).

(2) type de texte dont la longueur en fait un intermédiaire entre la nouvelle et le roman.

Séquelle :

Le scénariste et producteur Ronald D. Moore affirma en juin 2007 lors d’une interview accordé à Collider.com qu’il travaillait sur un projet de suite à ce film, mais aucune information supplémentaire n’a filtré à ce jour à ma connaissance.

I, Robot, Alex Proyas, 2004
20th Century Fox, 2006
110 minutes, env. 10 €

2 Responses to “I, Robot”


  1. 1 Muad Dib 26 juillet 2011 à 13:53

    Je l’ai bien aimé moi aussi…un bon divertissement…
    par contre je ne suis pas d’accord avec toi quand tu affirme que « les Dieux eux-même » est la plus grande réussite d’Asimiov : me suis bien ennuyé en le lisant (j’ai largement préféré « les Robots »)

  2. 2 Mackie 26 juillet 2011 à 18:27

    Bien aimé également…
    il faut quand même dire que ce film vaut aussi pour son acteur principal, Will Smith, dont je ne suis pas fan habituellement mais qui là est assez sobre, tout en conservant sa « coolitude » habituelle (et quelques bonnes répliques, notamment au début). j’ai préféré ce film à Minority Report, qui justement en fait un peu trop dans le genre pseudo-philosophique.
    sinon, bien entendu, pour moi le must du film d’anticipation « qui fait réfléchir » demeure, encore et toujours, Blade Runner, que je ne me lasse jamais de revisionner.


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