Gravé sur chrome

Couverture de la dernière édition de poche du recueil de nouvelles Gravé sur chromeIls s’appellent Johnny, automatic Jack, Molly ou encore le Finnois… Certains sont pirates informatiques ou tueurs à gages. D’autres sont clochards, receleurs ou anciennes gloires du Réseau. Tous se shootent : aux drogues bon marché, à l’alcool, aux cassettes Simstim ou à l’adrénaline procurée par des courses à la vie à la mort dans la Matrice. Ils vivent – jamais très bien, jamais très longtemps – à la frange d’une société où l’homme n’est plus une fin mais un moyen, où l’information est devenue le flux vital des multinationales qui se livrent une guerre totale : manger ou être mangé, la question est plus que jamais d’actualité dans ce futur anticipé qui prend de plus en plus de substance.

Mon problème avec les cyberpunks ? Ils s’acharnent bien trop souvent dans un style d’écriture qui alourdit inutilement la lecture, la complexifie sans réelle raison et jusqu’au point de la rendre parfois carrément absconse ; ils tentent de reprendre à leur compte les techniques narratives du roman noir mais ne parviennent qu’à retranscrire l’ambiance de leur récit au détriment de la compréhension de son intrigue. Bref, ils sophistiquent tant la forme de leurs écrits qu’au final ils en font trop – ce qui, d’une certaine manière en tous cas, correspond assez bien à une certaine définition de cette branche de la science-fiction dont un des credo au moins consistait en la dénonciation d’une société hypocrite car fondée sur la vacuité de l’apparence.

Ou bien, je suis simplement allergique à leurs manières…

Si ces défauts, ou du moins que je considère tels, restent présents tout au long des neuf textes qui constituent ce recueil, les dégâts se trouvent néanmoins réduits proportionnellement à la longueur des textes. En d’autres termes, le format de la nouvelle ici empêche l’auteur de partir trop loin dans une sophistication inutile qui tend à ruiner le récit plus que ce qu’elle l’aide. Il en résulte de courts textes où non seulement l’ambiance demeure intacte mais aussi où l’intrigue se montre claire et où le lecteur ne doit en aucun cas revenir quelques pages en arrière vérifier un point obscur – disons en tous cas que ça reste dans les limites du raisonnable et du ponctuel, et d’autant plus que ça ne concerne que des détails mineurs du texte.

Ayant lu cet ouvrage avant de me plonger dans les romans de William Gibson, comma je le faisais souvent à une époque pour m’imprégner des inspirations d’un auteur avant d’aborder ses œuvres plus ambitieuses, j’y ai découvert en détail ces horizons de haute technologie que je n’avais jusqu’ici aperçu que dans une certaine BD plus franco que belge, et encore seulement par le biais des visuels : cette narration graphique-là, hélas, restait à l’époque encore assez avare de ces mots qui permettent de ressentir toute la dimension hypertechnologique de la science-fiction, et en particulier celle des cyberpunks. Un défaut ici absent, ce qui permet donc d’éprouver tout l’étourdissement que l’auteur a mis dans ces textes.

Voilà pourquoi Gravé sur chrome s’affirme comme une excellente introduction à l’œuvre d’un auteur-phare du genre cyberpunk mais aussi à cette branche spécifique de la science-fiction en général. Le lecteur pourra compléter par Mozart en verres miroirs (1986), l’anthologie-manifeste du genre dirigée par Bruce Sterling, avant ou après lecture de celui-ci.

Gravé sur chrome (Burning Chrome), William Gibson, 1986
J’AI LU, collection Science-Fiction n° 2940, mars 2006
246 pages, env. 5 €, ISBN : 978-2-290-35338-7

– le site officiel (en) de William Gibson
– une étude approfondie du texte Johnny Mnemonic
– d’autres avis : nooSFère, Psychovision, Philippe Curval, Fantastinet

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