Par la Dague et par l’épée

Couverture de l'édition française de poche du roman Par la Dague et par l'épéeSur les champs de bataille de la Sphère Intérieure, les BattleMachs font la loi. Dans les palais des États Successeurs, ce sont plutôt les intrigues qui dominent. Idéaliste, le prince Hanse Davion a payé le prix fort pour apprendre que la politique n’est pas une affaire d’enfants de chœur. Ardan Sortek, le chef de sa garde personnelle – et son ami d’enfance – n’a pas encore retenu la leçon. Fidèle et loyal par nature, lorsqu’un complot se trame, il le dénonce haut et fort. Bien entendu, personne ne le croit. Sombre-t-il dans la paranoïa, ou va-t-on vraiment s’en prendre à la personne même du prince ?

Cinquième volume de l’édition française de la série de romans situés dans l’univers du jeu de plateau Battletech (Fasa Corporation ; 1984), mais le second dans l’édition originale américaine et le premier dans l’ordre chronologique des événements, Par la Dague et par l’épée tourne bien moins autour des combats de battlemechs et des scènes d’action en général que des intrigues de cour et des complots politiques ainsi que du suspense et des joutes cérébrales qui accompagnent en général de tels éléments narratifs. Un tel parti pris peut surprendre car il s’avère en fin de compte bien plus proche d’une certaine héroic fantasy que de la science-fiction dont se réclame pourtant l’univers de Battletech – au moins en apparences (1).

Mais, au fond, ça n’étonne guère quand on sait que le jeu de plateau original connut une déclinaison sous forme de jeu de rôle sur table, Technoguerriers (MechWarrior ; même éditeur, 1986), sur laquelle se basent d’ailleurs l’écrasante majorité des romans de la série. Et comme les concepteurs de jeux de rôles présentent presque tous un attrait souvent immodéré pour ce genre du médiéval fantastique évoqué plus haut (2), il paraît assez logique de retrouver son influence dans les autres productions de ce type. Voilà pourquoi ce court roman, en dépit de ses qualités narratives tout à fait admirables sur le plan des pures techniques d’écriture (3), ne ravira pas ceux d’entre vous friands d’un certain niveau littéraire.

En effet, le synopsis de ce livre pourrait très bien servir de base pour le scénario d’une partie du jeu de rôle Technoguerriers, car on y trouve à peu près toutes les ficelles narratives d’un récit dont la vocation est de distraire : suspense, révélations, coups de théâtre, retournements de situation, etc, se suivent et se combinent en un tout certes orchestré à la perfection mais hélas dépourvu de presque tous ces aspects humains qui font le sel d’un récit véritable – et le peu qu’on y trouve qui pourrait s’en réclamer s’avère hélas d’une platitude à toute épreuve. À défaut d’une intrigue, il manque surtout à ce livre une âme – comme quoi, un roman ne se résume pas à son scénario…

Pour autant, il s’agit aussi d’une introduction réussie à l’univers de Battletech : si cet ouvrage plaira sans nul doute aux aficionados des divers jeux de cette franchise, je n’exclue pas qu’il pourra peut-être charmer ceux d’entre vous friands de futurs atypiques, et d’autant plus que celui-ci ne manque pas de charme pour commencer.

(1) et celles-ci sont trompeuses : je renvoies le lecteur curieux d’en savoir plus à la troisième et dernière partie de ma chronique sur le jeu vidéo Mechwarrior 2 (1997).

(2) je rappelle que le tout premier jeu de rôle sur table, Donjons & Dragons (TSR, Inc., 1974), appartenait déjà à ce registre littéraire – celui-ci s’imposa donc d’emblée comme le standard.

(3) l’auteur de ce volume, Ardath Mayhar (1930-2012), produisit plus de 60 ouvrages durant sa carrière d’écrivain et obtint plusieurs distinctions, dont celle de Author Emeritus par la très respectée SFWA.

Note :

Chose regrettable, une grande partie des défauts de ce livre tiennent à une traduction non seulement bien souvent assez discutable mais aussi – et surtout – à un pur massacre éditorial. La comparaison avec l’édition originale américaine permet en effet de comprendre assez vite pourquoi certains passages se montrent maladroits, voire obscurs : ils ont en fait été amputés de plusieurs phrases, sinon de paragraphes entiers ! Et si la substantifique moelle demeure, on regrette que les nouveaux-venus à l’univers de Battletech ne puissent pas trouver ici les divers détails qui participent eux aussi à le faire chatoyer. Quant au manque de professionnalisme et de respect de l’éditeur, il surprend somme toute assez peu…

Par la Dague et par l’épée (The Sword and the Dagger), Ardath Mayhar, 1987
Fleuve Noir, collection Battletech n° 5, février 1996
256 pages, env. 2 € (occasions seulement), ISBN : 978-2-265-06217-7

1 Response to “Par la Dague et par l’épée”


  1. 1 NicK 24 juillet 2012 à 15:49

    En fait Fleuve Noir a(vait) la mauvaise habitude de couper tous les romans traduits en poche à 250 pages… D’où un massacre systématique des licences à l’époque (forgotten realms, Battletech, Dragonlance, Shadowrun, earthdawn, …)


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