Archive for the 'Animes' Category



Invention of Love

Hambuster

Sans Lendemain

Percutant et superbement réalisé, ce film d’animation questionne notre mode d’exploitation des énergies fossiles et des ressources naturelles, ses conséquences au niveau planétaire et l’impasse où nous mène notre modèle de croissance.

Une alternative au problème exposé

Gundam: Reconguista in G, premier trailer

Il y a 35 ans cette année que sortit Mobile Suit Gundam, la série originale qui lança la franchise. Pour fêter cet anniversaire, Sunrise compte sortir le tout dernier épisode de Mobile Suit Gundam Unicorn au cinéma le 17 mai et lancer l’adaptation en anime du manga Mobile Suit Gundam: The Origin ce printemps, encore dans les salles obscures ; toujours dans le contexte de cet anniversaire, une exposition intitulée The Art of Gundam rassemblera environ un millier de travaux de production et autres créations artistiques à Osaka et à Tokyo, de juillet à septembre.

Mais ce qui nous intéresse concerne le retour de Yoshiyuki Tomino à la franchise, à travers une nouvelle production intitulée Gundam: Reconguista in G qui présente ceci de particulier qu’elle se situe dans une nouvelle chronologie appelée Reguild Century mais faisant néanmoins suite à la chronologie traditionnelle Universal Century – celle de Mobile Suit Gundam, donc, la toute première série de la licence évoquée en début de billet… Reconguista in G s’affirme donc non seulement comme le grand retour du créateur de Gundam à cette franchise après un hiatus de presque 10 ans depuis Mobile Suit Zeta Gundam: A New Translation, l’adaptation de la série éponyme de 1985 en une trilogie de films pour le cinéma, mais aussi comme la première véritable séquelle de Mobile Suit Victory Gundam, la toute dernière série officielle de la chronologie originale diffusée il y a plus de 20 ans.

Cette nouvelle épopée sera centrée sur le personnage de Beruri Zenamu, jeune aspirant pilote de la Garde Capitale, une organisation dédiée à la protection d’un ascenseur spatial. Pour le reste, on y retrouvera Kenichi Yoshida au chara design, Akira Yasuda, Ippei Gyōbu et Kimitoshi Yamane au mecha design, et Yuugo Kanno à la musique. Du beau linge, donc, pour une réalisation qui s’annonce comme assez atypique et dont la diffusion débutera cet hiver.

Le site officiel de la série (jp)

Les Filles sont nulles aux jeux vidéo

Bubblegum Crash

Jaquette DVD de l'édition française de la série d'OVA Bubblegum CrashMegatokyo, 2034 : neuf ans ont passé depuis le grand tremblement de terre qui a anéanti la capitale du Japon ; reconstruite grâce à la technologie de la toute puissante multinationale Genom, les boomers – des androïdes biomécaniques – en sont devenus partie intégrante et y exécutent toutes les basses œuvres, des plus honorables aux plus lubriques. Mais les machines peuvent devenir folles parfois, et c’est aux experts en démolition de l’AD Police qu’on laisse le soin de les maîtriser ; tant pis pour la casse aux alentours…

Depuis deux ans pourtant, un groupe de vigilants appelé Knight Sabers et doté d’une technologie supérieure à celle de l’AD Police comme de l’armée participe lui aussi à purger la cité du « boomer crime » : sans qu’on sache d’où ils viennent ni pour qui ils travaillent, ils combattent sans relâche les machines folles et sauvent d’innombrables personnes. Mais depuis plusieurs mois à présent, leurs apparitions se sont faites de plus en plus rares, jusqu’à cesser complétement, et alors même que de nouveaux événements secouent la mégalopole. Quel lien y a-t-il entre cette criminalité dotée d’armes lourdes et les Knight Sabers ? Celle-là aurait-elle eu raison des vigilants ? Ou bien la vérité est-elle plus sombre encore ?

Au contraire de ce qu’on croit parfois, le récit de Bubblegum Crash ne complète en rien celui de Bubblegum Crisis (K. Akiyama, H. Gohda & M. Obari ; 1987-1991) qui se vit tronqué en raison de disputes pour des raisons financières entre ses deux producteurs principaux, Artmic et Youmex. Au lieu de ça, Crash s’oriente dans une direction qu’on suppose très différente de ce qui devait constituer la dernière poignée d’épisodes de Crisis pour nous servir une histoire assez convenue sous bien des aspects et pour ainsi dire qui devient vite poussive à force de s’égarer dans des directions trop différentes…

À dire vrai, c’est bien le syndrome classique de la séquelle qui s’exprime ici, même si les suites de productions japonaises se montrent plus souvent que le contraire de qualité au moins égale que l’œuvre originale : Crash, en fait, se contente de suivre la recette classique qui consiste à reprendre les mêmes et à recommencer, et bien que les mêmes évoqués ici ne sont pas forcément ceux ou plutôt celles qu’on croit – impossible de me montrer plus précis sans vous gâcher le plaisir de la découverte…

Pour couronner le tout, on ne peut pas dire que cette OVA se démarque par ses qualités de réalisation, elles aussi assez nettement en dessous de la moyenne de ce type de production, même pour l’époque. Si les différents designs parviennent à tirer leur épingle du jeu, l’animation souffre hélas de lacunes assez visibles, y compris durant les scènes d’action, et l’ensemble donne ainsi une certaine impression d’inachevé…

Voilà pourquoi, au final, Crash ne conviendra bien qu’aux plus fans de la série originale : ceux-là y retrouveront avec plaisir leurs personnages de prédilection dans leur rôle habituel – ou presque – et cette ambiance propre à Crisis qui semble belle et bien l’unique véritable rescapée de ce changement de titre ; les autres, par contre…

Note :

La seiyū interprétant le rôle de Priss est ici la chanteuse pop Ryoko Tachikawa qui remplace la chanteuse de rock Kinuko Oomori.

Bubblegum Crash, Hiroyuki Fukushima & Hiroshi Ishiodori, 1991
Black Bones, 2008
Trois épisodes, env. 10 €

Il était une fois… l’Espace

Jaquette DVD du premier volume de l'édition intégrale en deux coffrets de la série TV Il était une fois... l'EspaceLe XXXe siècle. Tout comme la Terre mais aussi plusieurs autres mondes et systèmes habités par des cultures extraterrestres, la planète Oméga fait partie de la Confédération, cette grande puissance galactique qui joue un rôle majeur dans le maintien de la paix entre les différentes civilisations de l’univers connu. Ce rôle de gardien de l’équilibre des forces échoit pour l’essentiel à sa police spatiale dont font partie les jeunes cadets Pierrot et Mercedes, alias Psi, qu’épaule leur partenaire robot Métro.

Leurs différents missions vont des patrouilles de routine aux prises de contact avec d’autres mondes susceptibles de rejoindre la Confédération, en passant par la neutralisation des différents groupes qui menacent les peuples. Parmi ceux-là, la planète Cassiopée pose toujours plus de problèmes. D’ailleurs, l’ombre d’une autre puissance semble se profiler derrière elle : s’agit-il d’une culture jusqu’ici inconnue, ou au contraire la résurgence d’un ennemi oublié ?

Quoi qu’il en soit, l’équilibre qui maintient la Confédération depuis des siècles semble bel et bien sur le point de s’effondrer…

Il y eut une époque où on ne voyait pas d’inconvénient à joindre l’utile à l’agréable même dans des créations destinées à un public en général d’autant plus facile à satisfaire qu’il se trouvait jeune ; au contraire, cette jeunesse devenait la première raison derrière la dimension didactique de l’œuvre qui servait de la sorte à apprendre tout en s’amusant. Si nombre de productions Walt Disney adoptèrent ce principe, on peut aussi évoquer parmi les créations européennes la série TV d’animation Il était une fois… l’Homme (1978) d’Albert Barillé (1920-2009), une pionnière dans le genre, qui vulgarisait avec intelligence des éléments tant scientifiques qu’historiques à travers une narration de l’histoire de l’humanité – j’insiste sur ce terme de narration puisqu’on trouvait bel et bien dans cette œuvre des personnages récurrents dont les destins s’entrecroisaient en formant de véritables récits.

Pourtant articulée autour d’une idée semblable, celle de la transmission d’un savoir et d’une connaissance grâce à une réelle pédagogie, Il était une fois… l’Espace (1982) donne au premier abord l’impression d’ambitions plus simples : avec son univers futuriste typique du space opera sur lequel plane l’ombre évidente de Star Trek (Gene Roddenberry ; 1966-1969) et où trouvent lieu nombre d’aventures laissant une place abondante à l’action, cette production-là semblait plus axée sur le pur divertissement que son prédécesseur, et ce malgré l’exposition de plusieurs éléments relatifs aux techno-sciences – comme celles concernant les connaissances astronomiques par exemple. Malgré tout, cette série parvenait avant tout à vulgariser avec une sensibilité certaine un genre jusqu’alors hors de portée des jeunes enfants : la science-fiction.

Car on trouve dans Il était une fois… l’Espace nombre de thèmes typiques du domaine, mais ici traités avec finesse à la différence de la plupart des autres productions audiovisuelles relevant du genre et qui n’en conservaient alors que les éléments les plus spectaculaires. Parmi ces axes, on peut citer en particulier : l’intelligence qui se développe dans une forme de vie ne pouvant normalement pas l’accueillir ; les visiteurs de l’espace qui se font passer pour des divinités aux yeux des habitants d’une planète au niveau technologique préhistorique (1) ; la révolte des robots qui s’estiment supérieurs aux hommes quand ceux-là pensent que la pure logique mécanique ne peut rivaliser avec sensibilité et compassion ; les voyageurs de l’espace qui ont passé tant de siècles en hibernation que l’Histoire les a rattrapés à leur réveil ; l’Atlantide comme une colonie fondée jadis par des extraterrestres ; les navires de l’espace tueurs de mondes ; une scène politique complexe, à l’échelle de la galaxie et où les rapports de force se montrent souvent délicats.

Mais on y trouve aussi une description des faits marquants du troisième millénaire, à travers ce qui prend presque l’allure d’une « histoire du futur » (2) résumée lors d’un épisode et où d’autres thèmes marquants se trouvent évoqués dans un portrait de l’avenir où transparaît une véritable conscience historique des rapports entre les événements qui ne laisse aucune place à l’optimisme béat : la destruction de l’environnement due à la surpopulation menant à l’eugénisme qui provoque les tensions sociales où prend racine une guerre mondiale dont la planète ressort anéantie, précipitée dans un nouvel Âge sombre étalé sur plusieurs siècles ; dans la troisième Renaissance qui s’ensuit, la guerre se trouve bannie mais les progrès techniques qui donnent aux hommes l’impression de se sentir inutiles les poussent à détruire leurs machines et leurs robots, en les renvoyant ainsi à nouveau en arrière : seule la conquête de l’espace, enfin, permet à l’humanité de dépasser ses limites, et notamment à travers la fondation d’Oméga…

Il vaut néanmoins de noter qu’on trouve aussi dans Il était une fois… l’Espace de nombreux autres thèmes sans rapport avec la science-fiction mais malgré tout intéressants et parfois même assez innovants pour l’époque. Ainsi, de nombreux éléments à caractère progressiste tiennent une place centrale : par exemple, si la Confédération d’Oméga est dirigée par une femme – présidente démocratiquement élue –, elle comprend aussi plusieurs types raciaux – la protagoniste principale féminine, Psi, affiche une couleur de peau non conventionnelle. De plus, plusieurs épisodes illustrent les problématiques de mythes classiques comme celui de Prométhée, de la Pomme de Discorde ou de David contre Goliath, parmi d’autres. Enfin, des questionnements d’ordre philosophique, ou du moins métaphysique se trouvent au centre de plusieurs épisodes : le sentiment d’insécurité des hommes face au système technique (3), l’impossibilité pour celui-ci de remplacer un jugement humain, l’opposition entre la solidité apparente des dictatures et la fragilité des démocraties, etc.

Et cette richesse thématique trouve un écho dans une créativité artistique qui de nos jours encore reste étonnante par sa qualité et sa réalisation. Si l’animation en elle-même correspond aux standards de l’époque, les différents designs échafaudés par Procidis et le studio japonais Eiken démontrent une volonté de réalisme encore assez rarement affichée en ce temps-là, du moins dans les séries d’animation : les décors et les différentes machines, vaisseaux et véhicules, tous très détaillés, se veulent résolument palpables – à défaut de tout à fait réalistes. On ne peut, sur ce point, passer sous silence le travail de Philippe Bouchet, alias Manchu, qui à l’époque avait déjà collaboré à Ulysse 31 (1981) et dont l’immense talent, déjà, parvenait à donner une personnalité peu commune à ses designs ; il est d’ailleurs assez étonnant de voir comme ce jeune artiste se trouvait à l’époque encore profondément influencé par le style de Chris Foss, ce qui d’ailleurs donne à Il était une fois… l’Espace une bonne partie du classicisme de ses visuels – et je parle bien de classicisme SF…

Pour toutes ces raisons, ceux d’entre vous qui connaissent le bonheur de la parenté et qui souhaitent sensibiliser leurs enfants aux problématiques courantes de la science-fiction, mais aussi d’autres, relatives à des domaines différents bien que tout aussi importants, se verront bien inspirés de se procurer l’intégrale de cette œuvre à bien des égards exceptionnelle.

(1) ce qu’on appelle la troisième des lois de Clarke.

(2) dans le vocable de la science-fiction, ce terme désigne une suite de récits qui dépeignent un avenir en évolution et dont chaque histoire permet d’en explorer un segment ; beaucoup d’écrivains de science-fiction ont produit des séries de ce type, tels qu’Isaac Asimov (1920-1992), Arthur C. Clarke (1917-2008) ou Robert A. Heinlein (1907-1988), pour citer les plus connus.

(3) pour plus de détails sur ce point, se reporter à l’ouvrage-phare de Jacques Ellul intitulé Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

Il était une fois… l’Espace (Ginga Patrol PJ), Albert Barillé & Tsuneo Komuro, 1982
IDP Home Video, 2006
26 épisodes, environ 20 € l’intégrale en deux coffrets

Gall Force: Earth Chapter

Jaquette DVD de l'édition américaine de l'OVA Gall Force: Earth ChapterDepuis l’opération Exodus, les forces restées sur Terre afin de continuer la lutte contre les MME doivent résister assez longtemps pour laisser à Mars le temps de leur envoyer des renforts. Mais d’autres problèmes que les machines folles attendent ces survivants, car certains parmi eux voient la résistance comme un moyen de participer aux desseins des MME à travers la destruction de l’environnement. Et malgré tout, pourtant, le pire pourrait bien venir de ceux-là même supposés leur prêter main forte depuis Mars…

En dépit de toutes ses qualités, Rhea Gall Force (Katsuhito Akiyama ; 1989), la production précédant Earth Chapter dans la série des Gall Force, souffrait malgré tout d’une certaine simplicité de son propos, ou du moins de la scène que présentait cette OVA : en décrivant un affrontement humains-machines, le récit ne pouvait que difficilement éviter une certaine binarité…

Sur ce point, Earth Chapter se montre moins catégorique car il nous dépeint le camp des survivants de la guerre atomique comme bien plus divisé que ce que l’opus précédent de la franchise pouvait le laisser croire. Encore que divisé n’est pas forcément le terme qui convient car ces différentes factions doivent en fait faire face à des intérêts divergents. C’est le genre de chose qui se produit plus souvent qu’on croit dans une guerre. Tout leur problème consiste donc à savoir si on abandonne ou pas ceux qui se retrouvent entre deux feux – le genre de dilemme dont ne s’accablent pas les machines…

Pourtant, le pire se trouve encore là où la notion même d’humanité prend racine. Car ce qu’il y a de meilleur y fait bien sûr écho à ce qu’il y a de pire. Là, dans cet enchevêtrement de pulsions aussi primaires que fondamentales, les machines pensantes trouvent leur raison de vivre, ou du moins d’agir – c’est-à-dire de s’affirmer contre leurs maîtres d’hier. Et cette interversion des rôles de renvoyer ainsi le créateur à ses responsabilités vis-à-vis de sa créature puisque celle-ci n’est pas mauvaise par essence, elle ressemble juste un peu trop à ses parents.

En fait, Earth Chapter narre surtout comment l’humanité en vint à se combattre elle-même par l’intermédiaire de ses rejetons cybernétiques. C’est le bon vieux coup du miroir que Artmic remet ici au goût du jour à travers un des plus vieux thèmes de la science-fiction, et qui donne de la sorte à ce chapitre de la Terre une saveur toute particulière.

Notes :

Comme d’habitude, il ne m’a pas été possible de trouver une vidéo en VOST. Si vous savez comment résoudre ce petit problème, n’hésitez pas à me faire signe.

Gall Force: Earth Chapter, Katsuhito Akiyama, 1989
Central Park Media, 2003
Trois épisodes, pas d’édition française à ce jour

– la page officielle de Gall Force sur le site de AIC
– l’univers de Gall force chez Gearsonline.net

Macross Plus

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française de l'OVA Macross PlusAD 2040. L’humanité continue à coloniser l’espace et va toujours plus loin dans les étoiles, là où rodent bien des ennemis. Isamu Dyson pilote avec brio un chasseur Valkyrie mais, trop indiscipliné pour ses supérieurs, ceux-ci l’envoient sur la planète Éden comme pilote d’essai d’un nouvel appareil. Il y retrouve de vieilles connaissances : Guld Bowman, qui teste un autre avion et auquel Isamu devra se mesurer, mais surtout Myung Fang Lone, productrice de la plus grande star de la galaxie – la chanteuse virtuelle Sharon Apple…

On évoque assez peu souvent que le projet Macross Plus, au départ, n’entretenait aucun lien avec la franchise Macross (1983-présent). Celle-ci, d’ailleurs, et à dire le vrai, n’avait plus rien proposé de véritablement conséquent depuis le film Macross, Do You Remember Love? (Noburo Ishiguro & Shoji Kawamori ; 1984) et était un peu tombée dans l’oubli. Elle ne se vit vraiment remise au goût du jour qu’à travers la production de Super Dimensional Fortress Macross II: Lovers Again (Kenichi Yatagai ; 1992), une OVA en six épisodes qui, à y regarder de près, se résumait dans les grandes lignes à une simple resucée de la production précédente de la licence et qui, de plus, ne se vit terminée que pour satisfaire le marché américain.

Ce succès tout relatif poussa néanmoins les sponsors du projet initial qui allait devenir Macross Plus à demander à son auteur, Shoji Kawamori, de bien vouloir l’intégrer à l’univers de Macross pour en faire ce qui reste à ce jour la seule véritable séquelle de The Super Dimension Fortress Macross (Noboru Ishiguro ; 1983) : ainsi Macross II se vit-il repoussée dans un futur alternatif afin de laisser au véritable créateur de la franchise les mains libres pour poursuivre son récit comme il l’entendait – il n’avait pas contribué à Macross II de toutes façons, et on ne lui avait même pas demandé son avis avant de lancer cette production-là pour commencer… On peut aussi mentionner que le projet initial destiné à devenir Macross Plus devait au départ se développer sous la forme d’un long-métrage d’animation, avant de prendre la forme de l’OVA en quatre épisodes qu’on connaît.

Œuvre unique sous bien des aspects, Macross Plus nous intéresse pour plusieurs raisons, et en particulier parce-qu’elle illustre certaines des préoccupations morales et intellectuelles de Kawamori quant à la société japonaise de l’époque en général – des pensées sur une modernité devenue hors de contrôle et qui trouvent d’autres incarnations dans ses plus récents Macross Zero (2002) et Macross Frontier (2008).

Car la problématique centrale de Macross Plus reste bien sûr la relation, toujours plus ou moins nocive, qui unit l’Homme à ses créations, et notamment celles qu’il souhaite les plus autonomes possibles : les robots, image évidente de ce progrès technique devenu la marque de fabrique du Japon d’après-guerre. Le design de l’enveloppe physique qui abrite l’intelligence artificielle de la star virtuelle Sharon Apple se veut sur ce point assez transparent, pour dire le moins, puisqu’il s’agit d’un clin d’œil bien net au personnage – artificiel lui aussi – de HAL dans le film 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick ; 1968) – qui, d’ailleurs, explorait à sa manière le thème du lien entre les humains et leurs outils. Dans le même registre, le nom de famille du personnage Guld Bowman renvoie, lui, à un autre protagoniste du film de Kubrick, celui de l’astronaute David Bowman, mais impossible de me montrer plus précis sans spolier (1) mon lecteur…

Le liseur adepte de science-fiction ne manquera pas de faire remarquer que ce thème de la « révolte des robots » qui apparaît maintenant comme assez net dans Macross Plus reste bien assez convenu comme ça, et d’autant plus qu’il remonte à ce que beaucoup de spécialistes du genre considèrent comme la première œuvre du domaine, le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne (Mary W. Shelley ; 1818). Il semble donc peu probable que Macross Plus ajoute quoi que ce soit à un sujet exploré depuis bientôt deux siècles. Si, en effet, cette OVA se veut en fin de compte assez classique sur ce point, elle brille en revanche par ce qu’elle révèle de son époque à travers son thème somme toute plutôt banal.

Nous pouvons en effet rappeler que les japonais entretiennent une relation bien assez ambigüe à la technique (2)(3), et ceci pour plusieurs raisons. D’abord parce-que leur véritable révolution industrielle leur fut imposée par l’occupant américain après la guerre du Pacifique (4), et de plus en même temps qu’une démocratie et un désarmement qu’ils n’avaient pas souhaité (4), ce qui suffit bien à traumatiser un peuple. Ensuite parce-que leur religion principale, et d’ailleurs exclusive à leur culture, le shintoïsme, se caractérise par une croyance qu’il y a une âme – c’est-à-dire une volonté – dans toutes choses, y compris les objets a priori inertes : ceci les pousse donc plus que n’importe quel autre peuple à voir les produits de la technique comme capables de développer une autonomie ; or, toujours selon les préceptes shintoïstes, rien ne permet d’affirmer que celle-ci se montrera bénéfique pour les humains : les desseins des dieux, après tout, et c’est bien connu, restent toujours insondables. Enfin, parce-que l’angoisse normalement ressentie face à ce progrès technique incontrôlable par définition (5), et à un point tel d’ailleurs qu’il semble doué d’une volonté propre, on y revient, nous y fait voir le pire, et en particulier la fin de notre civilisation, voire du genre humain – que dire alors sur ce point des japonais qui ont développé la technique plus que toute autre nation au monde ?

Kawamori nous offre donc avec Macross Plus une image du Japon contemporain où la technique, source de progrès sociaux incontestables, devient aussi le prétexte à toutes sortes de phantasmes sur une certaine facilité de vie en fin de compte assez illusoire. La scène du premier concert de Sharon Apple se montre à ce sujet bien assez explicite en présentant une audience captivée par la performance de la chanteuse artificielle au point qu’elle semble dans un état second : la machine, ici, alimente la passivité de son public et le conditionne à travers une sorte d’hypnose qui le place dans une espèce de transe ; le passage évoque d’ailleurs assez Le Meilleur des mondes (Aldous Huxley ; 1932) où les individus se voient conditionnés eux aussi, dès leur naissance, à remplir un certain rôle social et pas un autre. Mais aussi, cette star virtuelle en rappelle une autre, bien plus récente et surtout authentique – pour autant qu’un tel terme puisse s’appliquer à un tel sujet – : le personnage virtuel Miku Hatsune créé en 2007 pour accompagner la seconde version du programme Vocaloid et qui, depuis, se produit parfois dans des concerts publics sous la forme d’un hologramme – comme Sharon Apple.

Néanmoins, il y a une astuce pour expliquer la transe hypnotique que provoque Sharon sur son public. Car, en tant qu’entité artificielle, elle s’avère incapable de comprendre les émotions humaines. Or, le but de l’art consiste entre autres à provoquer une émotion chez l’audience. C’est là qu’entre en scène la relation pour le moins vénéneuse entre Sharon et sa productrice, Myung Fang Lone : pour apprendre à la machine a mettre du cœur dans ses performances, Myung lui procure donc ses émotions. Ce lien entre la star virtuelle et sa productrice prend ainsi l’allure d’un rapport mère-fille, et le but d’une fille consiste bel et bien à s’affranchir de sa mère – unique moyen pour elle de résoudre son complexe d’Œdipe. D’où le motif des chaînes dans le logo du titre de Macross Plus et les représentations stylisées de Sharon, symbole évident de la situation de dépendance de cette machine vis-à-vis de ses créateurs, les humains, sans lesquels elle ne peut rien faire et surtout pas créer une œuvre artistique – un autre élément d’ailleurs assez classique lui aussi (6).

Enfin, toujours sur ce même thème de la menace cybernétique, on peut évoquer le drone de combat Ghost X-9 en cours de test par les autorités des Nations Unies de la Terre à l’époque du récit de Macross Plus. Si ce modèle de drone sert bien sûr de pendant militaire au personnage de Sharon, et d’une manière bien plus inattendue que sur le simple plan métaphorique, là encore impossible de me montrer plus précis sans spolier le lecteur, il s’affirme surtout comme un ultimatum adressé au métier de pilotes de Valkyries qu’il met en péril en donnant à l’armée un moyen de mener des guerres « propres » dont les pertes humaines resteront exclues – au moins pour le camp qui utilise une telle technologie. Sur ce point, d’ailleurs, et pour finir là-dessus, on ne peut s’empêcher de noter que Macross Plus préfigure de plusieurs années une problématique semblable, et bien réelle celle-ci, à laquelle dut faire face l’armée de l’air américaine pendant la seconde guerre du golfe puis son occupation de l’Irak où l’utilisation de drones montra ses limites : en imposant une distance infranchissable entre le pilote du drone et le théâtre des opérations où la machine se trouve déployée, cette technologie transforme la guerre en une sorte de jeu vidéo dont les utilisateurs se trouvent dans l’impossibilité de mesurer la véritable portée de leurs actions.

Mais, comme son titre l’indique, Macross Plus demeure avant tout une production Macross. Elle présente donc des éléments typiques de la franchise, encore qu’exposés d’une manière assez inédite à l’époque. Ainsi, le triangle amoureux se trouve-t-il ici inversé, de sorte qu’on voit cette fois deux hommes s’affronter pour une femme – ce qui donne d’ailleurs une certaine coloration à la compétition entre les deux modèles d’avions prototypes que pilotent ces mêmes protagonistes masculins principaux. Dans cet antagonisme, forcément bien plus viril que celui dépeint dans Super Dimension Fortress Macross plus de dix ans auparavant, naîtra une intrigue tout autant inattendue qu’émouvante sous bien des aspects et dans laquelle les origines zentradi de Guld joueront d’ailleurs un rôle central – rappelons que ces clones génétiquement modifiés furent créés par la Protoculture pour lui servir d’armée, faisant ainsi des zentradis une race conditionnée pour la guerre… Et compte tenu de la révélation faite dans le dernier épisode de cette courte série, qui se base d’ailleurs en grande partie sur les origines de Guld, le spectateur se verra bien inspiré de regarder Macross Plus deux fois afin de bien ressentir tout l’impact émotionnel des nombreuses scènes d’affrontement, tant physiques que moraux, qui parsèment ce récit en fin de compte bien mois innocent qu’il en a l’air au premier abord.

Sur un plan plus métaphorique, faute d’un meilleur terme, Macross Plus raconte aussi comment, dans la lignée de leurs créateurs, les humains fabriquent à leur tour une créature qui passe bien près de les détruire mais à laquelle ils survivent malgré tout, au contraire de la Protoculture morte de sa création, les zentradis. L’humanité s’y affirme donc comme le fils prodige qui réussit là où son géniteur a échoué et auquel les étoiles sont destinées – même si nous auront l’occasion de voir, dans Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994) puis dans Macross Frontier, que bien des dangers guettent encore ces héritiers de la plus ancienne civilisation de la galaxie.

Et puis, bien sûr, dans la lignée de l’opus précédent de la franchise, Macross Plus s’affirme lui aussi comme une œuvre tout à fait remarquable sur le plan pictural, notamment en se présentant comme une des premières productions japonaises à mêler les animations traditionnelles et informatiques en un tout aussi surprenant que spectaculaire – certains, d’ailleurs, n’hésitèrent pas à qualifier cette expérimentation-là de révolutionnaire et à affirmer que Macross Plus ouvrit la voie à la généralisation de ces techniques au Japon… Mais cette production reste aussi l’œuvre qui révéla l’immense talent de Yoko Kanno au grand public – même si celle-ci avait déjà collaboré à deux animes au moins auparavant, Porco Rosso (Hayao Miyazaki ; 1992) et Réincarnations – Please Save My Earth (Please Save My Earth ; Kazuo Yamazaki, 1993) – en particulier pour son morceau a cappella intitulé Voices qui ouvre et clôt le récit de Macross Plus : faut-il en dire davantage ?

En dépit d’un point de départ assez convenu, Macross Plus réussit au moins deux paris : d’abord relancer la licence Macross à travers une production innovante tant sur le plan artistique que narratif, et enfin dépoussiérer un thème classique de la science-fiction en le faisant refléter une réalité du Japon contemporain que nul observateur ne saurait contester.

C’est aussi à ce genre de choses qu’on reconnaît une œuvre marquante.

(1) en français dans le texte.

(2) Jacques Ellul, Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

(3) Antonia Levi, Samurai from Outer Space: Understanding Japanese Animation (Open Court Publishing Company, 1996, ISBN : 978-0-8126-9332-4).

(4) Jean-Marie Bouissou, Du Passé faisons table rase ? Akira ou la Révolution self-service (La Critique Internationale n°7, avril 2000).

(5) Jacques Ellul, op. cité.

(6) Gérard Klein, préface à Histoires de robots (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3764, 1974, ISBN : 2-253-00061-2) ; lire ce texte en ligne.

Adaptations :

En un long métrage, sous le titre de Macross Plus Movie Edition, sorti en 1995 et qui compile les différentes scènes et séquences de cette OVA en un ordre différent, avec 20 minutes de séquences inédites et autant d’autres supprimées. Il n’existe à ma connaissance aucune édition française en DVD de cette version long-métrage.

Sous la forme d’un jeu vidéo pour la Playstation, sous le titre de Macross Plus – Game Edition, développé et distribué par Takara Co., Ltd. en 2000. C’est notamment dans ce titre qu’apparaît le drone Neo Glaug. Le jeu propose aussi nombre de morceaux musicaux de l’OVA originale ainsi que plusieurs cinématiques tirées de la Movie Edition.

Notes :

En dépit de tous mes efforts, il ne m’a pas été possible de trouver une version originale de qualité satisfaisante pour la vidéo ci-dessus : vous constaterez donc que celle-ci se montre assez sombre, au contraire de l’édition japonaise qui présente bien sûr les couleurs d’origine ; ceci peut vous amener à mal évaluer les qualités artistiques de Macross Plus. Bref, si vous connaissez une bonne adresse, n’hésitez pas à me la signaler…

De même que pour les chasseurs transformables de la toute première série Macross, les Valkyries de Macross Plus sont basés sur des appareils existants. Le YF-19 reprend des lignes des Grumman X-29 et Lockheed Martin F-22 Raptor, le YF-21 du prototype YF-23 Black Widow II de Northrop–McDonnell Douglas, et le VF-11B Thunderbolt du Sukhoi SU-27 Flanker.

Afin de capturer l’essence du combat aérien, l’équipe de production étudia des chasseurs de combat américains à la base aérienne Edwards de Palmdale, en Californie. Ils utilisèrent aussi les villes de San Francisco et d’Orlando, ainsi que la Windmill Farm de Palm Springs comme bases pour les différents études de designs de la planète Éden.

Au début du tout premier épisode, quand Isamu se voit assigné son transfert, la planète Banipal est mentionnée : c’est un clin d’œil à Papadoll au pays des chats (Catnapped! Cat-land Banipal Witt ; Takashi Nakamura, 1995), un film en production chez Triangle Staff Corp. quand ce studio travaillait aussi sur Macross Plus.

L’idée de départ de Macross Plus vient du projet ATF (Advanced Tactical Fighter ; 1981-1991) de l’US Air Force qui mettait en compétition deux prototypes d’avions, le YF-22 de Lockheed/Boeing/General Dynamics et le YF-23 Black Widow II de Northrop–McDonnell Douglas déjà évoqué plus haut.

Le système de contrôle mental du YF-21 fut inspiré par le film Firefox, l’arme absolue (Firefox ; 1982) de Clint Eastwood qui était une adaptation du roman éponyme et paru en 1977 de l’écrivain gallois Craig Thomas (1942-2011).

Le nom d’Isamu Alva Dyson provient du célèbre inventeur Thomas Alva Edison (1847-1931) et du physicien Freeman J. Dyson (né en 1923) auquel on doit le concept de sphère de Dyson. Isamu signifie « courageux » en japonais.

Un documentaire sur la franchise Macross accompagné d’une avant-première de la série Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994) accompagnait l’édition japonaise de Macross Plus.

L’édition Bluray de Macross Plus sortira au Japon le 21 juin. Si elle proposera un doublage en anglais, il n’y aura par contre pas de sous-titres…

Macross Plus, Shoji Kawamori, 1994
Pathé, collection Manga Video, 1996
Quatre épisodes, env. 30 € (occasions seulement)

Macross Compendium (en), le wiki officiel
MacrossWorld (en), premier site de fans international
Macross France Fan-Club, premier site de fans francophones
Macross Mecha Manual (en), site sur les divers mechas de Macross
– le dictionnaire zentran-japonais-anglais (en-jp-zn)

Bubblegum Crisis

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française de l'OVA Bubblegum CrisisMegatokyo, 2032 : sept ans ont passé depuis le grand tremblement de terre qui a anéanti la capitale du Japon ; reconstruite grâce à la technologie de la toute puissante multinationale Genom, les boomers – des androïdes biomécaniques – en sont devenus partie intégrante et y exécutent toutes les basses œuvres, des plus honorables aux plus lubriques. Mais les machines peuvent devenir folles parfois, et c’est aux experts en démolition de l’AD Police qu’on laisse le soin de les maîtriser ; tant pis pour la casse aux alentours…

Cependant, depuis un an environ, un groupe de vigilants connu sous le nom de Knight Sabers fait lui aussi la chasse aux boomers fous. Équipés de scaphandres mécanisés à la technologie supérieure à celles de l’AD Police comme de l’armée, tout porte à croire qu’il s’agit de mercenaires. Mais pour quels commanditaires ? Et pourquoi leurs sorties croisent-elles toujours le chemin de Genom ? Leurs activités cacheraient-elles une réalité bien plus sombre ? Car, après tout, qui sont vraiment les Knight Sabers ?

Voilà donc l’animé cyberpunk par excellence.

Car au contraire de nombre de ces productions qui popularisèrent la culture manga en occident au début des années 90, à travers des titres comme Akira (Katsuhiro Otomo ; 1982-1990) ou Appleseed (Masamune Shirow ; 1985-1989), pour n’en nommer que deux, Bubblegum Crisis appartient véritablement à ce courant de la science-fiction. En témoignent les principaux éléments qui composent cet avenir somme toute assez proche : technologies de pointe, main basse des multinationales sur l’économie planétaire, démission des états, dissolution de l’individu dans la fourmilière du groupe, et toujours moins d’espoir de voir des lendemains plus beaux…

Sauf peut-être dans cette technologie qui, justement, permet de libérer l’homme, du moins quand elle échappe à l’emprise des transnationales pour revenir entre les mains de cette population qu’elle est bel et bien supposée servir, soit quand elle retrouve son usage premier pour faire court. Ici, en effet, si Genom s’affirme comme une des plus puissantes corporations du monde par son exclusivité dans la conception de boomers, une autre technologie – cousine de la précédente – permet de lutter contre les effets indésirables de cette invention. On apprend assez vite que cette technologie-là, celle des Knight Sabers, se vit développée par le même savant qui construisit les boomers pour Genom, et en même temps que cet homme se fit purement et simplement éliminer lorsqu’il manifesta son désaccord auprès de son employeur qui souhaitait décliner cette invention en modèles militaires… Mais comme ce chercheur avait pris ses précautions, les Knight Sabers finirent par pouvoir entrer en scène, en utilisant en quelque sorte une version améliorée des armes de Genom contre elle-même. Bubblegum Crisis décrit donc la technologie comme libératrice et s’inscrit ainsi dans la tradition classique du genre cyberpunk.

Bien sûr, le lecteur averti aura reconnu là différents éléments caractéristiques de ces productions populaires destinées à un public de préférence pas trop exigeant. Car ces Knight Sabers, à y regarder de près, ne sont jamais qu’un groupe de super-héros en scaphandres de combat mécanisés, des espèces d’Iron Man en quelque sorte – et le tout calqué sur la recette, gagnante par excellence, mélangeant action pure et jolies filles (1). Toute la différence tient d’abord dans ce que Bubblegum Crisis se situe dans un avenir possible, et par là même examine donc une possibilité d’évolution de la société à travers les progrès techno-scientifiques, ce qui constitue une définition satisfaisante de la science-fiction qui prétend à une certaine qualité (2) ; et ensuite dans ce que cette œuvre dénonce des travers de son temps en en proposant une vision fantasmée située dans un futur jugé à l’époque tout ce qu’il y a de plus probable – l’avenir, d’ailleurs, devait lui donner raison, au moins pour les aspects économiques et sociaux du cauchemar décrit : comme quoi, les cyberpunks ne se trompaient pas tant que ça en décrivant un futur modelé sur l’exemple du Japon des années 80.

Malgré tout, on peut reprocher à cette OVA de se montrer assez timide dans sa dénonciation et sa critique. Peut-être à force de se focaliser sur ses deux ingrédients principaux, action et demoiselles, au lieu de l’ambiance et de l’atmosphère, Bubblegum Crisis ne parvient hélas qu’à effleurer son sujet. Si l’ensemble parvient néanmoins à un résultat bien assez réussi pour être resté un classique de l’animation japonaise pendant 20 ans, en particulier à travers son focus sur des personnages principaux tout à fait charmants et des intrigues menées tambour battant en ne laissant ainsi au spectateur aucune occasion de s’ennuyer, il manque toute de même à cette courte série cette pointe de noirceur et de désespoir qu’on ne retrouvera que dans au moins une des productions ultérieures d’Artmic – je pense bien sûr à AD Police Files (T. Ikegami, A. Nishimori & H. Ueda ; 1990).

Mais que cette remarque ne vous alarme pas, car en dépit de ce défaut somme toute plutôt mineur Bubblegum Crisis appartient bel et bien à ce genre cyberpunk qui ne présente pas pour habitude de se montrer clément envers la nature humaine. Pour peu que vous ne vous laissiez pas berner par certaines apparences en fin de compte assez trompeuses et des intrigues qui concluent leurs climax à grand coup d’explosions et autres effets pyrotechniques, vous trouverez dans cette huitaine d’épisodes de quoi vous dire que l’époque que nous connaissons, au final, aurait pu être bien pire…

(1) Étienne Gagnon, « Women, Action and Video Tape » (Mecha Press n°4, Ianus Publications, août-septembre 1992, p.4).

(2) pour le rapport entre science et société dans la science-fiction, lire l’article « Social Science Fiction » d’Isaac Asimov au sommaire de « Modern Science Fiction: Its Meaning and Its Future » (New York: Coward-McCann, 1953) ; lire un exemple dans l’article « Asimov’s Three Kinds of Science Fiction » sur le site tvtropes.org (en).

Adaptation :

En un jeu de rôle sur table, sous le même titre, créé en 1996 par R. Talsorian Games et basé sur leur système Fuzion. Ce titre comprend à ce jour trois volumes : Bubblegum Crisis (1996), le livre de règles de base, Bubblegum Crisis EX (1997), une extension, et Bubblegum Crisis Before & After (1998), un sourcebook.

Notes :

Le personnage de Priss est ainsi nommé en référence à l’androïde répliquant Nexus 6 de même nom dans le film Blade Runner (Ridley Scott ; 1982). Il en va de même pour son groupe, The Replicants.

Cette OVA devait compter au départ 13 épisodes mais se vit coupée à seulement huit quand les deux compagnies derrière sa production, Artmic et Youmex, se disputèrent pour des raisons financières en laissant la série inachevée et dans un enfer du copyright.

Au début du troisième épisode, les personnages de Quincy et Mason observent une carte de Mega Tokyo comportant plusieurs légendes dans lesquelles on peut voir des noms de personnages et d’acteurs du film Top Gun (Tony Scott ; 1986) tels que Val Kilmer, Meg Ryan ou Tom Cruise, parmi d’autres.

Bubblegum Crisis, K. Akiyama, H. Gohda & M. Obari, 1987-1991
Black Bones, 2007
8 épisodes, env. 18 € l’édition intégrale collector

Bubblegum Crisis Mega Tokyo 2032-2033 (jp)
– le site d’AnimEigo sur Bubblegum Crisis (en)


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