Archive for the 'Fantastique' Category



Hambuster

Le Voleur de briques

Christine

Jaquette DVD de la dernière édition française du film ChristineRockbridge, Californie, 1978. Le jeune Arnie se balade quand il a le coup de foudre pour Christine. Une voiture. Une Plymouth Fury 1957 rouge sang à l’état d’épave dont l’ancien propriétaire, dit-on, s’est suicidé au volant de son véhicule. Mais Arnie ne s’en soucie pas. Avec une passion qui étonne tous ses proches, il s’acharne à retaper Christine. Et l’adolescent complexé se trouve une assurance inattendue, voire une arrogance qui l’isole peu à peu de son entourage. Puis les gens commencent à disparaître autour de lui…

Il arrive que les adaptations de romans se montrent supérieures au matériau original. Ainsi Christine, tiré du roman éponyme de Stephen King, présente-t-il comme immense avantage de parvenir à combiner le récit de départ avec un élément essentiel de celui-ci : le rock ‘n’ roll. Car si les paroles de nombreux morceaux à succès des années 50 parsèment le roman, celui-ci ne parvient hélas pas à retranscrire leur rythme, ni même l’ambiance de leur époque. À la différence du roman, par contre, le film double bien sûr les images d’une bande son et dans celle-ci de nombreuses compositions émaillent la réalisation ; parmi d’autres, on y trouve des morceaux de choix d’artistes et groupes à succès d’antan comme d’aujourd’hui tels que Ritchie Valens (1941-1959) ou The Rolling Stones.

Si cette bande originale contribue beaucoup à donner son identité au film, en réussissant là où le roman original échouait, c’est-à-dire en rendant un vibrant hommage à ces années 50 sans pareilles dans toute l’histoire des États-Unis, elle ne prend toutefois sa véritable envergure qu’une fois mise en opposition avec les différents morceaux composés par le réalisateur lui-même et son complice préféré, Alan Howarth : des partitions modernes à base de synthétiseurs et de boites à rythme qui contrastent bien sûr énormément avec ceux de la génération précédente, créés à l’aide d’instruments certes modernes mais néanmoins devenus bien plus traditionnels à l’époque de ce film. Voilà comment, et d’une manière somme toute bien inattendue avec un tel thème, Christine illustre avant tout l’éternel fossé entre les générations.

Ce portrait se fait ici à travers un autre, celui de l’adolescence, âge de tourments et de misère morale où, à force de se chercher, des jeunes personnes en viennent parfois à renier leur héritage familial ; il arrive même que ce soit tout à fait justifié dans certains cas : il y a des parents, on le sait, qui se donnent plus ou moins volontairement pour rôle d’empêcher leurs enfants de grandir, ceci afin de reprendre les propres termes d’Arnie dans le film… Grâce à Christine, celui-ci trouvera son propre chemin vers l’émancipation vis-à-vis de ces parents qui l’étouffent depuis trop longtemps : l’automobile, on le sait aussi, reste avant tout synonyme d’indépendance et de liberté – la preuve en est qu’on obtient souvent sa première voiture bien avant son premier appartement…

Dans ce cas précis, toutefois, ce thème du teen age se double aussi d’un autre, tout aussi éternel : les émois du premier amour qui, justement, apparaissent le plus souvent pendant cette adolescence déjà citée et qui ne représentent au fond qu’un autre chemin vers cette délivrance tant souhaitée par rapport à l’influence familiale. Toute la question, dans le cas qui nous occupe ici, consiste à savoir qui est l’objet réel des désirs d’Arnie, tout comme il vaut de savoir aussi laquelle de ses conquêtes se montrera la plus excessive, la plus vorace dans cet échange somme toute bien plus dangereux quand il s’avère à double sens – c’est une autre des tirades d’Arnie : rien n’arrête un amour réciproque, absolument rien.

Mais la peinture que brosse Christine comprend aussi une critique habile de ce culte de l’automobile caractéristique des nations industrialisées, et en particulier de cette Amérique qui s’est bâtie sur la voiture en conditionnant ainsi les plans de ses villes tout en donnant un rôle central à l’industrie pétrolière et en prolongeant le nomadisme typique des différentes générations de colons par la construction de vastes réseaux d’autoroutes qui permettent de voyager sans encombres d’un bout à l’autre du pays.

À ceci s’ajoute des qualités de réalisation tout à fait réussies et d’autant plus étonnantes qu’elles se montrent capables de beaucoup avec bien peu, notamment dans cette scène admirable de « réparation » de Christine qui nous rappelle qu’on savait faire des effets spéciaux saisissants bien avant l’avènement du virtuel…

Écho d’hier, par ses thèmes comme par son âge, Christine reste depuis maintenant 30 ans une grande réussite du cinéma fantastique des années 80, et même un film culte pour certains.

Christine (John Carpenter’s Christine), John Carpenter, 1983
Sony Pictures Entertainment, 2005
110 minutes, env. 7 € l’édition spéciale

– la page du film sur le site officiel du réalisateur
– d’autres avis : Libre Savoir, Films Cultes

Le Testament de Cromwell Stone

Couverture de la BD Le Testament de Cromwell StoneMarlène, la jeune « veuve » de Phil Parthington, part en Écosse pour mener à bien la mission que lui a confié Cromwell Stone. Mais son avion subit l’attaque d’une entité mystérieuse et s’écrase dans les landes. Seule survivante, Marlène s’éveille dans la maison d’un couple âgé qui l’a tirée des décombres. Pourtant, s’ils semblent cacher un lourd secret, rien ne paraît rivaliser avec celui de Marlène que des visions de temps jadis assaillent soudain. Que sait-elle vraiment sur son propre compte au juste ?

C’est un dieu qui parle cette fois en début de volume. Non un de ces « petits dieux » comme celui échoué sur Terre et que Cromwell Stone s’évertua à renvoyer chez lui, parmi les étoiles, mais bel et bien celui unique et universel qui créa ce temps et cet espace au moins. Pour le lecteur, l’indice se montre aussi précieux que les citations sur lesquelles s’ouvraient les tomes précédents de la série : en utilisant un protagoniste aussi absolu, définitif, totalisateur, Andreas nous indique le plus clairement possible qu’il clôt son ouvrage – comment, en effet, et à moins d’utiliser le subterfuge d’univers parallèles ou bien de réalités supérieures à la nôtre et dans lesquelles celle-ci se trouverait contenue, pourrait-il trouver un auteur plus extraordinaire encore, à travers lequel poursuivre son récit ?

Planche intérieure de la BD Le Testament de Cromwell Stone De plus, c’est aussi un excellent moyen de dépasser la fausse problématique de la dualité des genres. Ici, il importe peu que l’histoire appartienne à la science-fiction ou au fantastique, voire même aux deux à la fois, car ce conte ne demande plus d’étiquette puisqu’il se suffit à lui-même. Dans ce sens au moins, le volume se situe dans la continuité du précédent qui, déjà, laissait une part belle à la dimension humaine. Cette histoire se place sous le sceau de la perte, de l’absence, de la culpabilité pour toutes ces questions qu’on n’a pas su poser et dont les réponses multiples nous hantent, surtout les plus froides et les plus tranchantes. À sa manière, Marlène prendra la forme d’une autre réponse, mais la meilleure que pouvaient espérer les deux vieillards qui la recueillirent. Au fond, ce récit reste avant tout le leur…

L’évolution se constate aussi sur le plan artistique où les techniques employées jusqu’ici de l’encre noire et de la carte à gratter s’enrichissent d’une utilisation toute aussi experte du crayon et du fusain. Les aplats et les hachures de noir le disputent ainsi à des cases plus grises et donc plus en nuances qui font un excellent moyen de séparer le présent du passé comme l’éveil du songe – à moins que ce soit le contraire… Et si la composition proprement dite se veut un peu plus conventionnelle, on se plaît à penser que c’est avant tout pour mieux mettre en avant les aspects humains qui servent de clef de voute à cette histoire. Ceux-là, après tout, n’exigent aucun artifice, graphiques ou autres.

Pour cette raison, ce Testament… s’affirme comme le volume le plus abouti de la trilogie. Tant sur le plan narratif que pictural, ce qui s’exprimait jusqu’ici surtout comme une forme de double performance technique – et sans pour autant que ça l’empêche de convoyer des émotions fortes – dépasse à présent le stade de la simple aventure pour adopter les atours tout en subtilités de ce qui constitue un récit véritablement mémorable.

Planche intérieure de la BD Le Testament de Cromwell Stone

Chroniques de la série Cromwell Stone :

1. Cromwell Stone
2. Le Retour de Cromwell Stone
3. Le Testament de Cromwell Stone (le présent billet)

Le Testament de Cromwell Stone, Andreas, 2002-2004
Delcourt, collection Conquistador, septembre 2004
48 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-847-89101-0

Le Retour de Cromwell Stone

Couverture de la BD Le Retour de Cromwell StonePrès de vingt ans ont passé depuis que Stone a appris l’existence sur Terre d’entités immensément supérieures à l’Homme. Alors que le fils du capitaine Parthington, à présent guéri de son mutisme et devenu un richissime businessman, embarque sur un paquebot en partance pour l’Amérique, un autre passager bien loin de ce qu’il a l’air convoite un de ses bagages, prêt à tout pour obtenir ce qu’il contient. Un duel entre des forces cosmiques surhumaines va se livrer, dont l’issue pourrait bien changer la face du monde…

Comme nombre de suites, Le Retour de Cromwell Stone développe certains concepts et idées restés dans l’ombre jusqu’ici. Et sur ce point, l’auteur cité cette fois en début de volume, Harlan Ellison, fait penser que ce nouveau récit s’oriente plus vers la science-fiction que vers ce fantastique où on classe souvent l’œuvre de H. P. Lovecraft (1890-1937) qui transpirait tant du premier tome de la trilogie. Voilà pourquoi certains trouveront peut-être cette séquelle indigne de l’original : les révélations faites, en effaçant le mystère, ne laissent plus au lecteur la possibilité de combler les blancs de la narration par la magie de l’imagination. D’autres, au contraire, trouveront que ces explications valent leur pesant d’or, rien que parce qu’elles ancrent bien mieux l’univers de la trilogie dans le registre du réel, du concret, du plausible – et même si ces termes restent à manier avec précaution dès qu’il s’agit de science-fiction…

Planche intérieure de la BD Le Retour de Cromwell StoneQuoi qu’il en soit, les dix ans qui séparent la parution de cette suite de celle du volume précédent sont l’occasion de mesurer la maturation du talent d’Andreas, tant sur le plan du scénario que sur celui du dessin, et si le premier opus montrait déjà une maîtrise rare de ces sujets toujours ô combien délicats, celui-ci la confirme : c’est à la fois un régal pour les yeux comme pour l’esprit, avec ces compositions toujours plus sophistiquées couplées à un trait aussi incisif que possible, et un sens de la narration où le passé s’imbrique savamment avec le présent afin de fournir au lecteur toutes les informations nécessaires pour reconstituer les événements sans alourdir le récit lui-même. Ce spectacle tout à fait admirable ne laisse donc aucune possibilité de décrocher de la lecture, de sorte qu’on se retrouve très vite à la fin de cette cinquantaine de planches.

Il vaut d’ailleurs de mentionner que le titre du volume se montre assez trompeur car ce récit s’articule bien moins autour du personnage de Cromwell Stone que de celui de Phil Parthington qu’on apercevait à peine dans le premier tome ; cette passation de rôle, faute d’un meilleur terme, se confirmera dans les dernières planches et notamment l’ultime vignette de l’ouvrage. Le parti étonne malgré tout d’autant moins que la conclusion du volume précédent de la trilogie mettait un très net accent sur le personnage du fils Parthington, et cette suite s’avère surtout au final l’occasion de mesurer toute la tragédie de son existence en fin de compte assez artificielle.

Un tel revirement de genre, du fantastique orienté horreur du premier tome à la science-fiction mettant l’accent sur la dimension humaine d’un protagoniste au moins dans le second, se développera dans le troisième et dernier volume de la série jusqu’à atteindre un sommet que tout amateur d’histoires ne voudrait rater pour rien au monde…

Planche intérieure de la BD Le Retour de Cromwell Stone

Chroniques de la série Cromwell Stone :

1. Cromwell Stone
2. Le Retour de Cromwell Stone (le présent billet)
3. Le Testament de Cromwell Stone

Le Retour de Cromwell Stone, Andreas, 1993-1994
Delcourt, collection Conquistador, novembre 1994
48 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-840-55049-5

Cromwell Stone

Couverture de la dernière édition française de la BD Cromwell StoneDébut du siècle dernier. Depuis la disparition du navire Leviticus il y a 10 ans, les 12 survivants du drame se retrouvent le 20 décembre de chaque année. Mais tous les ans, l’un d’eux manque à l’appel et leur nombre se réduit toujours plus. À présent, ils ne sont plus que trois et c’est le cœur lourd que Houston Crown attend les deux autres rescapés chez lui ce soir-là. Mais quand arrive le premier d’entre eux, Cromwell Stone, épuisé après des jours d’une fuite éperdue, celui-ci commence à faire des révélations terrifiantes…

Ouvrir un récit original sur une citation de Howard P. Lovecraft (1890-1937) en exergue place d’entrée de jeu la barre assez haut : on ne se frotte pas à une telle personnalité sans risquer une comparaison pas toujours bienvenue. Car on trouve une différence de taille entre le travail d’Andreas et celui du Maître de Providence puisque ce dernier s’exprimait à travers une forme écrite pour le moins avare en descriptions alors que le premier fait de l’image son premier moyen d’expression… Toute la question consiste donc à savoir si le passage d’un média à l’autre se fait sans trop de heurts. J’estime pour ma part la transition réussie, notamment en raison d’une utilisation experte de la carte à gratter couplé à une maîtrise rare de la composition.

Planche intérieure de la BD Cromwell StoneQuant au récit lui-même, il s’articule autour des procédés narratifs classiques de ce genre de l’horreur mâtiné de fantastique et de science-fiction qu’on trouvait dans ces pulps d’il y a un siècle où, justement, Lovecraft publia certains de ses écrits. Commençant par une narration du personnage principal, Cromwell Stone, adressée à un second protagoniste, Houston Crown, l’histoire révèle peu à peu ses différents mystères qui s’emboiteront les uns dans les autres jusqu’à donner au lecteur une vision de cet univers où l’humanité se trouve confrontée à des êtres pour lesquels le plus intelligent des hommes ne signifie pas plus que le plus intelligent termite. Ou quelque chose comme ça.

Si le fond comme la forme se veulent donc plutôt classiques, c’est sans compter avec cette alchimie bien particulière qui lie ces deux aspects en un tout supérieur à la somme de ses composants : alors que se tapiront dans les zones noires des images ce que l’imagination du lecteur voudra bien y mettre – une technique graphique toujours redoutable, héritée de l’école hollandaise du clair-obscur –, des horreurs comparables surgiront d’autres zones d’ombre, plus subtiles à leur manière – celles du récit proprement dit.

Pour cette raison, Cromwell Stone s’avère vite bien moins simple qu’il en a l’air, même si dans le fond il s’agit avant tout d’une double performance technique. Mais une prouesse qui repose sur l’imagination et la créativité du lecteur en l’encourageant ainsi à participer au récit comme à sa représentation.

C’est bien là une marque propre aux œuvres d’exception.

Planche intérieure de la BD Cromwell Stone

Chroniques de la série Cromwell Stone :

1. Cromwell Stone (le présent billet)
2. Le Retour de Cromwell Stone
3. Le Testament de Cromwell Stone

Cromwell Stone, Andreas, 1982
Delcourt, collection Conquistador, octobre 1993
48 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-906-18748-1

Les Plus qu’humains

Couverture de la dernière édition française de poche du roman Les Plus qu'humainsL’Idiot vivait seul, rejeté par tous, fuyant les hommes qui le méprisaient. C’est alors que la rencontre avec un groupe d’enfants aux dons étranges va bouleverser sa vie : Janie, qui déplace les objets avec son esprit ; Beany et Bonnie, les jumelles qui disparaissent et apparaissent à volonté ; et Bébé, l’enfant mongolien au génie prodigieux.

Ils vont bientôt former une famille, autour de l’Idiot qui, pour la première fois, fait connaissance avec l’affection humaine. Peu à peu une unité d’un ordre supérieur, plus qu’humain, va s’établir entre les divers membres de ce groupe. Bébé en sera le cerveau, Beany et Bonnie les membres, Janie le cœur, et l’Idiot la conscience. (1)

Un thème bien précis relie nettement les trois novellas (2) qui composent ce roman : la solitude. Celle de l’être à part qui, de par sa différence même, s’attire incompréhension, puis peur, et enfin haine de la part de ses semblables. Isolé par l’ignorance, il porte ce qui fait de lui un surhumain – faute d’un meilleur terme – comme un fardeau jusqu’à ce qu’il trouve d’autres comme lui ou presque avec lesquels s’unir pour devenir une entité supérieure – un « être optimum » pour utiliser le terme précis que préférait Theodore Sturgeon (1918-1985) lui-même à celui de surhomme. Mais il reste encore à ce « plus qu’humain » fruit de l’union de ces êtres hors du commun à apprendre à vivre avec ceux qui le composent.

Ouvrage majeur d’un auteur majeur, Les Plus qu’humains se distingue radicalement de n’importe quel autre récit présentant des individus jugés monstrueux, et donc moins qu’humains en raison même de ces pouvoirs qui les rendent pourtant plus qu’humains, dans le sens où il propose une réflexion de fond sur ce qui rend une société possible. Car, bien sûr, cet « être optimum » composite constitue bel et bien une micro-société : il forme un groupe d’individus distincts qui doivent vivre ensemble pour le meilleur et surtout pour le pire. Dans ce sens, l’idée que l’auteur présente dans le dernier récit de cet ensemble pourrait très bien concerner n’importe quel autre type de société – y compris celle des gens « normaux » : la nôtre, donc.

À travers cette fable, au sens du terme désignant un récit dont on peut retenir une leçon fondamentale, Sturgeon remplit ce qu’il considère comme le rôle de l’écrivain : celui qui use de sa capacité à retenir l’attention d’une audience pour instiller à celle-ci une réflexion capable de modifier sa perception des choses, de bouleverser ses idées préconçues (3) – bref, de changer sa vie, ou du moins de participer à son évolution sur le plan mental. Certains diront qu’il n’était peut-être pas nécessaire d’en écrire autant pour en dire si peu, arguant de la forme parfois un peu difficile du texte ; d’autres comprendront qu’il faut savoir prendre le temps d’expliquer en détails les choses importantes pour que le message passe bien.

Second et dernier roman de Sturgeon, après Cristal qui songe (1950), une autre œuvre majeure du genre, Les Plus qu’humains compte toujours plus d’un demi-siècle après parmi ces ouvrages indispensables et au charme à nul autre pareil sans lequel une vie de lecteur de science-fiction n’en est pas vraiment une.

Et peut-être même une vie de lecteur tout court.

(1) ce quatrième de couverture est celui d’une édition précédente de l’ouvrage.

(2) texte dont la longueur en fait un intermédiaire entre la nouvelle et le roman.

(3) Marianne Leconte, préface à Le Livre d’or de la science-fiction : Theodore Sturgeon (Pocket, collection Le Livre d’or de la science-fiction n° 5013, 1er trimestre 1978, ISBN : 2-266-00455-7) ; lire ce texte en ligne.

Récompense :

Prix International Fantasy, catégorie fiction, en 1954.

Les Plus qu’humains (More Than Human), Theodore Sturgeon, 1953
J’AI LU, collection Science-Fiction n° 355, avril 2001
306 pages, env. 5 €, ISBN : 978-2-290-31124-0

Essential Man-Thing, vol.2

Couverture de l'édition américiane originale du comics Essential Man-Thing, vol.2Avec Captain America, Docteur Strange, Spider-Man et la Chose aux alentours, dur de se faire remarquer dans la bande – mais, à sa manière, l’Homme-Chose y parvient ! Citrusville, en Floride, doit faire face à la censure, aux préjugés, à la psychose et à des pirates fantômes dans des récits aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient il y a plus de vingt ans ! Sorcellerie, hommes des neiges et sérums de super-soldat ! Des démons, de la démence et D’Spayre vous attendent – mais n’ayez pas peur parce-que sinon… (1)

Il arriva donc ce qui devait arriver. Le succès attisa les intérêts et ceux-ci se combinèrent à des techniques commerciales bien rodées pour assurer pérennité à une source de profits – mais de préférence en édulcorant l’intérêt primordial de l’œuvre. Si ce second et dernier volume de l’essentiel des récits de l’Homme-Chose conclue avec brio et originalité la première série menée haut la main par le très regretté Steve Gerber (1947-2008), elle enchaîne aussi avec la seconde, hélas bien moins inspirée en dépit de la présence d’auteurs de renom aux scénarios de ces épisodes ; on peut citer parmi ceux-là Michael Fleisher et surtout Chris Claremont, qui en dépit de leur immense talent respectif ne parvinrent pas vraiment à s’affranchir de l’influence de Gerber.

Ajoutées à cette quasi-absence d’émancipation les apparitions intempestives de personnages récurrents du bestiaire Marvel, tels que ceux évoqués dans la quatrième de couverture de l’ouvrage reproduite ci-dessus, et ceci afin d’attirer de nouveaux-venus à ces récits mettant en scène l’Homme-Chose qui, pourtant, ne partage que bien peu de choses avec les personnages susmentionnés, et c’est le bouquet : la platitude des scénarios se trouve d’autant plus tirée vers le bas qu’elle se combine à ce genre des super-héros qui s’avère dans l’écrasante majorité des cas incapable du réalisme le plus essentiel et par là même d’apparaître vraiment crédible (2). Bref, cette seconde série se perd bien loin de la sophistication de la précédente, celle-là même qui devint une œuvre-culte mais aussi, dit-on, influença beaucoup Neil Gaiman notamment.

À vrai dire, la seule raison qui pourrait pousser un lecteur un tant soit peu critique à acquérir ce second volume tient dans la conclusion de la première série amorcée dans le volume précédent et où l’immense talent de conteur de Gerber frise lors de ce dénouement ce qu’on pourrait peut-être appeler du génie – ou du moins quelque chose qui y ressemble…

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

(2) j’invite le lecteur curieux d’en savoir plus sur ma position à ce sujet en lisant ma chronique de Miracleman (Alan Moore, Alan Davis & Gary Leach ; 1982).

Note :

Si ce second et dernier volume d’Essential Man-Thing s’arrête avec la seconde série de l’Homme-Chose, les récits mettant en scène celui-ci se poursuivirent à travers une troisième puis une quatrième série, sans oublier les diverses apparitions du personnage dans les aventures de différents personnages de l’univers Marvel. À ma connaissance, seule la dernière de ces productions ultérieures connut une réédition sous forme de compilation comme c’est le cas pour ces deux Essential.

Essential Man-Thing, vol.2
Marvel Comics, août 2008
560 pages, env. 15 € (occasions seulement)

– chronique du tome précédent : Essential Man-Thing, vol.1
– la fiche du personnage sur le wiki de Marvel Universe (en)
– la fiche biographique du personnage sur Marvel World
– l’index des parutions sur Grand Comics Database (en)

Essential Man-Thing, vol.1

Couverture de l'édition américiane originale du comics Essential Man-Thing, vol.1Ted Sallis, chercheur commandité par l’armée pour retrouver la formule du super-soldat qui permit jadis de créer Captain America, est soudain trahi par les siens. Dans sa fuite à travers le marais des Everglades, il ne trouve rien de mieux que de s’injecter le produit pour se transformer en surhomme afin de mieux combattre ses poursuivants. Mais les effets de la substance se mêlent à des forces mystiques qui habitent le marécage depuis toujours et Ted Sallis devient alors plus et moins qu’un homme à la fois.

À présent fait de boue et de limon, couvert de racines et de mousse, son esprit éteint et amnésique, il se trouve réduit à l’état d’une chose humaine, incapable des raisonnements les plus simples et qui ne fonctionne plus que sur les émotions pures. Mais un Homme-Chose détenteur d’un pouvoir unique en son genre, celui d’une totale empathie qui lui permet de ressentir tout ce qui anime son entourage, y compris leurs sentiments les plus secrets, les plus vils.

Ainsi armé, il combattra bien des adversaires, des plus banals aux plus inattendus, et sur cette terre comme dans le ciel mais aussi en des temps et à travers des réalités que nul ne pourrait soupçonner…

Apparu pour la première fois dans le tout premier numéro de Savage Tales, publié en mai 1971, l’Homme-Chose résulte du travail commun de l’auteur Roy Thomas et du scénariste Gerry Conway ainsi que du dessinateur Gray Morrow (1934-2001) ; tous trois tâchaient là de mettre en forme un concept échafaudé par Stan Lee : celui d’un personnage qui a perdu sa sentience – terme anglais dont il n’existe aucun réel équivalent en français et qui se voit souvent remplacé par des termes aussi divers que « sensibilité », « conscience » ou « esprit », parmi d’autres… Ajouté à ceci sa perte d’intelligence et de mémoire et l’Homme-Chose s’affirme donc comme un personnage non seulement pour le moins inhabituel mais surtout comme un véritable défi pour un scénariste.

En effet, à peu près incapable d’agir de lui-même, et en dépit de ses capacités surhumaines, l’Homme-Chose ne peut que subir les événements, ou presque : ainsi affligé d’une passivité forcée, tout le problème consiste donc à en exploiter le potentiel pour narrer un récit qui mérite d’être lu, puisque – tous les auteurs sérieux vous le confirmeront – l’intérêt d’une histoire se trouve dans ses personnages – ce sont eux qui la font vivre. Il ne s’agit même plus à ce stade d’en faire un héros à proprement parler, on comprend bien que la mission relève de l’impossible pur et simple, et d’autant plus qu’il ne peut même pas parler, mais plus simplement l’utiliser comme un actant correct, soit un élément-moteur d’une intrigue, tout aussi secondaire soit-il…

Là entrent donc en jeu ses capacités – hors-normes – d’empathie. Car s’il n’éprouve pas de réelles émotions, ou alors si ténues qu’elles en deviennent anecdotiques, l’Homme-Chose s’avère néanmoins très sensible aux émotions des humains, et ses réactions dépendent le plus souvent du type d’émotions. Celles neutres ou bien positives le rendent curieux et il se contente le plus souvent d’observer à distance ; mais les émotions négatives comme la colère, la haine ou la peur peuvent déclencher chez lui des réactions d’une violence extrême : il ressent ces émotions-là comme d’autant plus douloureuses qu’elles se montrent intenses et fait donc tout son possible pour éteindre ces foyers de souffrance afin de se préserver – de la même manière que n’importe quel animal à vrai dire.

Ainsi l’Homme-Chose se trouve-t-il, le plus souvent malgré lui, mêlé à toutes sortes de problèmes ; non les siens, puisqu’il ne les ressent pas, et alors même qu’il en a des wagons, mais ceux des autres, qui s’aventurent parfois un peu trop près de ce marais des Everglades lui tenant lieu de demeure. Et voilà comment cette toute première série de l’Homme-Chose atteint le stade d’œuvre-culte : en évitant de se concentrer sur son personnage principal pour au contraire s’en servir afin d’illustrer les turpitudes de ceux qui gravitent autour de lui ; et à travers ces vies ainsi disséquées, Steve Gerber (1947-2008) nous propose quelques plongées pour le moins enfiévrées, si ce n’est franchement hallucinées au tréfonds de l’âme humaine.

Pour cette raison, le lecteur se verra bien inspiré de ne pas trop prêter attention au décorum de magie et de fantasy, voire parfois même d’heroic fantasy, qui occupe certains épisodes de cette série. Car malgré leurs dehors démontrant certes une imagination pour le moins hors du commun, et bien qu’il s’agisse de récits très appréciables, ils s’avèrent en fait assez vite plutôt banals sur le fond comme sur la forme. Mieux vaut se concentrer sur cette vue en coupe de l’Amérique profonde des années 70 que nous distille ces tableaux où les passions les plus obscures s’entremêlent en un kaléidoscope poignant (presque toujours), voire même dérangeant (très souvent) pour ce qu’ils nous rappellent sur nous-mêmes qu’on voudrait oublier et qui guette la moindre occasion de se déchaîner à nouveau.

Ce qui, somme toute, convient très bien au narrateur involontaire de ces contes modernes compte tenu de la part de tragique qu’il présente lui-même : si au contraire de ceux qu’il affronte le plus souvent, l’Homme-Chose porte son fardeau bien visible, à travers cette apparence monstrueuse et cet intellect éteint qui constituent la phase ultime des recherches qu’il menait alors qu’il était encore le biochimiste Ted Sallis, son tourment personnel n’en reste pas moins lui aussi tout à fait indépendant de sa volonté comme de ses actes – à l’instar de tous ceux ou presque dont le sort funeste croise le sien, il s’avère bien plus une victime de circonstances peu communes que l’expiateur de fautes passées.

Voilà pourquoi vous ne vous tromperez pas beaucoup en vous penchant sur cette compilation des premiers récits mettant en scène l’Homme-Chose : bien loin des moralisations aux accents chrétiens typiques de certaines productions américaines grand public de l’époque, cette série réussissait en son temps le pari de prétendre à une réelle sophistication littéraire.

Notes :

Bien que souvent comparé à Swamp Thing, personnage de DC Comics lui aussi transformé en une créature des marais suite à des recherches scientifiques qui ont mal tourné, l’Homme-Chose s’en distingue radicalement par son esprit éteint et son absence de sentience. On peut aussi rappeler que non seulement l’Homme-Chose précède Swamp Thing de deux mois à un an et demi selon quelle origine de ce dernier on considère mais aussi que le créateur de celui-ci, Lein Wein, était le colocataire d’un des créateurs du premier, Gerry Conway, quand il lança son titre amené à devenir culte ; enfin, Wein travailla lui aussi sur l’Homme-Chose, en écrivant le second des récits mettant en scène ce personnage qui parut dans Astonishing Tales n°12 en juin 1972.

Adaptations :

Sous la forme d’un téléfilm, réalisé par Brett Leonard et diffusé en 2005 sur Sci Fi Channel, dont Steve Gerber co-écrivit le scénario. Cette production présente des origines très différentes de celles du comics original pour l’Homme-Chose qui n’est plus ici la victime d’une expérience scientifique ratée mais un être surnaturel issu des légendes indiennes.

L’Homme-Chose apparaît dans un épisode de la série TV The Super Hero Squad Show ainsi que lors du final de Jill Valentine dans le jeu vidéo Marvel vs. Capcom 3: Fate of Two Worlds (Capcom ; 2011). Enfin, un des costumes du personnage de Nemesis dans le jeu vidéo Ultimate Marvel vs. Capcom 3 (Capcom ; 2011) se base sur l’Homme-Chose.

Essential Man-Thing, vol.1
Marvel Comics, décembre 2006
544 pages, env. 30 € (occasions seulement)

– chronique du tome suivant : Essential Man-Thing, vol.2
– la fiche du personnage sur le wiki de Marvel Universe (en)
– la fiche biographique du personnage sur Marvel World
– l’index des parutions sur Grand Comics Database (en)

L’Histoire sans fin

Jaquette Blu-Ray de l'édition française du film L'Histoire sans finDepuis la mort de sa mère, Bastien, dix ans, s’est replié sur lui-même et s’est bâti un monde imaginaire nourri des romans d’aventure qu’il dévore. Un jour, il découvre dans la librairie du vieil excentrique M. Koreander un livre richement relié et intitulé « L’Histoire sans Fin », qu’il dérobe. Après s’être enfermé dans le grenier de l’école, il en commence la lecture. Dès les premières pages, Bastien se sent entraîné dans l’univers de pure magie du Pays Fantastique…

À une époque où le genre de l’heroic fantasy connaît une popularité sans précédent, il ne paraît pas incongru de rappeler qu’il n’entretient avec les légendes traditionnelles qu’un rapport en fin de compte assez lointain. Sous bien des aspects, d’ailleurs, le lien entre ces deux espèces littéraires reste d’ordre cosmétique, faute d’un meilleur terme, car leur fond respectif demeure tout à fait incomparable. Par exemple, si dans la fantasy la magie se veut souvent tapageuse et pour ainsi dire vite lassante, dans les contes d’antan elle conserve un rôle en apparence mineur mais en réalité fondamental au récit ; en fait, elle en constitue d’autant plus l’essence qu’elle reste discrète – voire même sous-jacente, soit aussi invisible que présente.

Or, cette magie trouve sa source non dans l’imagination de l’auteur du récit, mais dans celle du lecteur ; elle puise sa force dans les capacités de rêve de son public au lieu des capacités de démonstration de l’écrivain – ou si peu. Ainsi, L’Histoire sans fin nous décrit-il un récit initiatique où le héros en quête du moyen de sauver l’impératrice du Pays Fantastique se confond littéralement avec le petit Bastien, celui-là même qui lit précisément l’aventure du guerrier. Précisons au passage que ce dernier n’a du combattant que le nom ainsi que les qualités de courage, de noblesse et d’abnégation de soi caractéristiques de cet archétype puisque de combat, ici, on ne trouve point – sauf le temps d’une coupure de plan, soit une fraction de seconde au plus.

Comme je l’évoquais plus haut, la magie de L’Histoire… ne tient pas dans l’action. Ni même dans les images à proprement parler d’ailleurs, et qu’il s’agisse de l’ambiance qu’elles convoient comme des différentes créatures fantastiques qu’elles présentent – même si celles-ci savent souvent sortir des clichés. La magie tient dans le lien que le récit tisse entre lui-même et son lecteur, comme entre ses idées et son époque. Car on trouve bel et bien ici des idées – autre différence de taille avec cette fantasy tapageuse déjà évoquée. Et je parle bien d’idées intéressantes, non de pseudo-idées comme les fanboys peuvent en trouver sur tout et surtout n’importe quoi, en croyant ainsi attribuer un intérêt objectif à ce qui n’en présente pourtant aucun.

Ici, en effet, le Pays Fantastique se meurt de lui-même, et non sous les coups de boutoir de l’invasion d’un ennemi à la solde d’un « Mal » aux motifs absurdes. De sorte que L’Histoire… se veut une ode au Rêve au lieu de la pure distraction : à une époque où l’avenir paraissait sombre, situation qui a assez peu changé au fond, ce récit rappelait l’importance fondamentale de commencer par croire en des lendemains plus beaux pour mieux faire front aux épreuves et ainsi mieux trouver la force de les surmonter. Ce qui, au fond, reste la force principale des légendes d’hier : ces épopées fantastiques lues une fois jeunes nous donnent une partie de nos inspirations, et pour peu que nous les laissions nous habiter encore une fois grands…

Tous les enfants qui se sentent aujourd’hui abandonnés par leurs parents alors que ceux-ci s’épuisent en fait à ramener quatre sous dans leur foyer, qui ne croient plus dans les vertus de l’éducation à force de voir les diplômés aller grossir les rangs des chômeurs, et qui se laissent ainsi conditionner par la propagande des publicités et leurs promesses en carton d’une vie meilleure dans la consommation aveugle, tous ceux-là gagneraient à tenter l’expérience de L’Histoire…, au moins pour se rappeler que ne restent fermées que les portes qu’on refuse d’ouvrir, qu’il ne peut y avoir de mieux sans le rêve initial d’améliorer les choses, et que demain ne sera que ce que nous en ferons. Bref, que nous seuls sommes responsables de notre destin.

Pour son message aussi éternel que salvateur, L’Histoire… s’affirme donc comme un classique incontournable, mais surtout le digne héritier de ces contes traditionnels sans lesquels la culture d’aujourd’hui ne serait pas ce qu’elle est. Le rôle fondamental de ce type d’œuvre n’est plus à démontrer depuis longtemps. Et pour les petits comme pour les grands.

Notes :

Ce film est une adaptation de la première moitié du roman éponyme de Michael Ende (1929-1995) publié en 1979 et actuellement disponible en français chez Le Livre de poche (collection Fantasy n° 6014, ISBN : 978-2-253-03598-5). Mécontent de cette adaptation, Lende refusa que son nom apparaisse dans le générique de début ; on peut néanmoins le voir dans celui de fin.

Séquelles :

L’Histoire… lance une franchise qui se poursuit à travers deux films : L’Histoire sans fin 2 : Un nouveau chapitre (1991) de George Trumbull Miller, et L’Histoire sans fin 3 : Retour à Fantasia (1995) de Peter MacDonald. Ceux-ci sont suivis par une série TV d’animation en 26 épisodes, intitulée L’Histoire sans fin et réalisée par Mike Fallows en 1996, qui fut diffusée dans plusieurs pays, dont la France.

Autre adaptation :

Les Contes de l’histoire sans fin, aussi appelée L’Histoire sans fin, est une série TV germano-canadienne en 13 épisodes réalisée par Giles Walker et Adam Weissman, avec Mark Rendall et Tyler Hynes, qui fut diffusée en 2001. Sans aucun lien avec les trois films et la série d’animation cités précédemment, cette production ne s’inspire qu’en partie du roman original de Michael Lende.

L’Histoire sans fin (The NeverEnding Story), Wolfgang Petersen, 1984
Warner Bros, 2001
91 minutes, env. 10 €


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