Archive for the 'Mangas' Category



2001 Nights : bientôt l’édition française !

Couverture de l'édition originale japonaise du manga 2001 NightsLa nouvelle ne date pas d’hier mais un rappel ne peut pas faire de mal : Glénat a annoncé le mois dernier que 2001 Nights, le manga culte de Yukinobu Hoshino, connaîtra (enfin) une édition française au mois de novembre. Créé en hommage évident au film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, cette courte série d’une vingtaine de récits à peine se caractérise par une dimension SF dont les aspects hard science (1) procure un sense of wonder (2) unique sur le média de la BD.

Je vous prédis bien des difficultés pour trouver une production comparable dans le domaine de la narration graphique, quelle que soit sa nationalité, et a fortiori mieux. Publié dans le magazine Monthly Super Action de 1984 à 1986, 2001 Nights décrit une « Histoire du Futur » (3) étalée sur plusieurs siècles et au cours de laquelle l’Homme quitte peu à peu la Terre pour fonder une civilisation de l’espace. À travers cette petite vingtaine de nouvelles, toutes indépendantes les unes des autres mais qui décrivent néanmoins une trame globale, l’auteur aborde avec brio et originalité des thèmes classiques du genre de la science-fiction comme d’autres bien plus personnels et spécifiques à une vision typiquement nippone.

Planche intérieure du manga 2001 NightsSi cette œuvre d’exception ne connut de publication en occident qu’en Italie et aux États-Unis, et encore se vit-elle tronquée de plusieurs segments, on put néanmoins en apercevoir des fragments sous la forme d’Orbital To, une toute récente OVA en deux épisodes de Fumihiko Sori disponible en version française chez WE Productions depuis juin. À noter qu’une première adaptation, elle aussi partielle hélas, et qui resta cantonnée au Japon, vit le jour sous la forme d’un long-métrage d’animation de Yoshio Takeuchi sorti en 1987, 2001 Ya Monogatari, qui est bien plus proche de l’esprit de l’œuvre originale qu’Orbital To. Précisions néanmoins que le visionnage de ces deux adaptations ne permettra d’apercevoir qu’une fraction du manga qui les a inspirées…

Glénat sortira l’intégrale de 2001 Nights le 16 novembre dans un coffret en édition limitée à 2001 exemplaires : vendu tout de même la bagatelle de 99 €, cette édition contiendra les 750 pages du manga réparties sur deux tomes au format 210 x 300 ainsi qu’un poster et un tirage signé par l’auteur. Mais les deux tomes seront bien sûr aussi disponibles séparément, pour 45 € chaque.

Et en attendant cette parution, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil à la première adaptation pour vous faire une idée assez précise de ce que propose la lecture de cette œuvre sans pareille aucune…

Planche intérieure du manga 2001 Nights

(1) terme désignant les récits de science-fiction aux bases techno-scientifiques très solides.

(2) cette expression désigne en général le sentiment de vertige, ou ressenti du même ordre, qui saisit le lecteur face à l’exposition de certains faits techno-scientifiques qui bouleversent sa perception du réel et/ou sa compréhension du monde ; c’est un effet typique de la science-fiction.

(3) dans le vocable de la science-fiction, ce terme désigne une suite de récits qui dépeignent un avenir en évolution et dont chaque histoire permet d’en explorer un segment ; beaucoup d’écrivains de science-fiction ont produit des séries de ce type, tels qu’Isaac Asimov (1920-1992), Arthur C. Clarke (1917-2008) ou Robert A. Heinlein (1907-1988), pour citer les plus connus.

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Très cher Frère

Couverture de l'édition française du manga Très cher FrèreMisonoo Nanako fait son entrée à la prestigieuse école pour fille Seiran. À peine arrivée elle est admise, contre tout attente, dans un cercle privé réunissant les filles les plus belles et les plus riches du lycée. Ce club très fermé, est dirigé par une très belle jeune fille, Ichinomiya Fukiko, dites Mlle Miya, qui est l’une des plus irréprochables élèves de l’établissement. Nanako, tiraillée entre ses camarades qui la jalousent et l’ambiance idyllique qui règne dans le club, est bouleversée ; mais elle trouve du réconfort en écrivant à un étudiant qu’elle a rencontré quelques mois auparavant durant ses cours du soir et qu’elle considère comme le grand frère qu’elle n’a jamais eu…

En ce milieu des années 70 où Riyoko Ikeda entame la création de Très cher Frère, le genre shôjo est en pleine mutation, à l’instar de très nombreux autres domaines créatifs de l’époque. Sous l’influence de plusieurs auteurs, dont certains forment le Groupe de l’an 24, un cercle exclusivement féminin, cette branche de la culture manga, à ce moment surtout incarnée par des auteurs masculins, adopte soudain une sophistication tant artistique que narrative, mais surtout psychologique alors jamais vue. À partir de cette modernisation graphique et de cette ambivalence des personnages, les récits du genre évoluent peu à peu en des opéras flamboyants où le moindre sentiment devient une torture et la plus petite amourette une tragédie.

Planche intérieure du manga Très cher FrèreSuite à l’immense succès de son roman-fleuve La Rose de Versailles (1972), qui connaîtra plusieurs adaptations, dont une en anime, Riyoko Ikeda se trouve bien plus à l’aise que la plupart de ses confrères, tant sur le plan matériel que sur celui de la motivation personnelle. Elle se penche donc sur ses œuvres suivantes l’esprit libre des contraintes matérielles habituelles. Pour Très cher Frère, notamment, cette liberté se caractérise par une absence de publication en feuilletons, ce qui lui laisse donc la possibilité d’orchestrer la narration de son récit au rythme le plus approprié – à la fois pour l’auteur et pour l’œuvre elle-même. C’est peut-être ce qui explique le niveau de perfectionnement de ce titre, dans son fond comme dans sa forme.

En raison des luttes de pouvoir pour le moins féroces qui agitent les divers cercles de ce cercle privé qu’est la Fraternité où la jeune Nanako se trouve admise à sa plus grande surprise, de nombreux commentateurs ont vu dans Très cher Frère une espèce de redite, ou plutôt de transposition de La Rose de Versailles à une époque contemporaine. Pourtant, on y voit surtout une très jeune fille soudain confrontée à la dureté du monde des presque adultes, qui plus est tous ici membres de l’élite sociale, celle qui ne supporte aucun travers, et certainement pas les siens. En fait, la ficelle narrative des intrigues de cour sert pour l’auteur à illustrer un propos bien différent de celui de La Rose… : Très cher Frère reste surtout un récit initiatique.

Planche intérieure du manga Très cher FrèreLes dimensions politiques et historiques restent en effet absentes ici, et au final Très cher Frère rappelle beaucoup plus Les Laisons dangereuses (Pierre Choderlos de Laclos ; 1782) que La Rose…, au moins pour les aspects vénéneux des relations entre ses principaux personnages au demeurant plutôt sympathiques dans l’ensemble – ou du moins à la psychologie ambigüe à défaut de véritablement complexe, et en tous cas non manichéenne ou si peu : tous, en effet, sont des victimes. Dans cette foire aux névroses et autres cicatrices plus ou moins visibles, la toute jeune Nanako à peine sortie de son collège, et donc encore en quête d’amour et de reconnaissance, découvrira peu à peu les diverses facettes de ce qui l’attend dans le monde des adultes.

Mais sous ce vernis de l’exégèse, qui tend toujours à rationaliser, c’est-à-dire à rendre imbuvable, Très cher Frère s’affirme surtout comme la seconde œuvre-phare d’un auteur-phare. Pour sa dénonciation des excès d’un temps où la société japonaise souffrait encore du fardeau de relations sociales et familiales pour le moins complexes, et pour ses choix esthétiques qui illustrent à merveille les fragilités des personnages à travers leurs membres graciles, mais aussi leur ambigüité par leur apparence androgyne, et enfin leurs supplices avec des compositions à base de tableaux complexes, de miroirs et d’escaliers, Très cher Frère se hisse sans peine au niveau des plus grandes réussites de la narration graphique, tous genres confondus.

Planche intérieure du manga Très cher Frère

Très cher Frère (Oniisama he…), Riyoko Ikeda, 1975
Éditions Asuka, septembre 2009
540 pages, env. 18 €, ISBN : 978-2-849-65667-9

– la page de présentation de Très cher Frère chez Nuit Romanesque
– d’autres avis : L’Heure du Bœuf, Alice au Pays des Shōjo, Mang’Arte, Mangavore

America

Couverture de l'édition française du manga AmericaOsaka, 1988, six jeunes gens presque sans aucun point commun fréquentent pourtant le même bar où ils parlent de ce rêve qu’ils veulent tous voir de leurs propres yeux : cette Amérique aux accents d’idéal pour une jeunesse qui se sent entravée par les traditions, cette Amérique aux reflets d’eldorado pour de grands enfants qui ne savent encore rien du monde. Mais ce rêve américain va vite s’étioler derrière des réalités bien plus amères que les leurs : celles de ces proches dont en fin de compte ils savent si peu…

America dresse les portraits de deux nations bien distinctes. La première est bien sûr cette Amérique qui tient lieu de sujet central au récit, au moins de manière sous-jacente. Encore qu’il s’agit de l’Amérique d’une certaine époque, celle de la fin des années 80, soit un temps où le bloc soviétique arborait encore une solidité et une force qui rendaient les États-Unis plus que circonspects – l’URSS ne devait rendre les armes qu’un an plus tard. En quelque sorte modérée par la puissance de son ennemi, donc, l’Amérique se montrait alors plus attrayante : le rêve américain ne se tachait pas encore des excès de l’ultra-libéralisme, ou du moins ceux-là restaient discrets, et il inspirait encore des jeunes gens.

La seconde de ces nations est bien évidemment le Japon. Keiko Ichiguchi nous présente ici une demi-douzaine de jeunes gens dont on sent assez bien qu’ils représentent ses amitiés d’alors. Parmi leurs divers traits de caractère, on constate très vite leur affection pour cette Amérique décrite ci-dessus, qu’ils enjolivent d’autant plus que leur vie dans l’archipel les insupporte, chacun pour ses propres raisons. En fait, ils rêvent d’une Amérique idéalisée par leur déception de leur propre pays, et en analysant cette déception, l’auteur nous décrit surtout une société japonaise beaucoup plus complexe qu’on veut bien le croire au premier abord – surtout quand on la découvre à travers une certaine culture populaire qui tend à d’assez nets enjolivements…

De sorte qu’America nous renvoie au final à nombre d’entre nous, ou du moins ceux-là qui idéalisent le Japon comme les personnages de ce récit embellissent cette Amérique qu’ils n’ont pourtant jamais vu. Mais America raconte aussi des tranches de vie où rêves et réalisme se télescopent parfois avec grand fracas, et il le raconte d’une voix aussi fine qu’élégante où ici et là perce un cri à la force rare.

Planche intérieure du manga America

America, Keiko Ichiguchi, 1997
Kana, collection Made In…, février 2007
204 pages, env. 12 €, ISBN : 978-2-505-00037-2

Réalités

Couverture de l'édition française du manga RéalitésDans un futur lointain où les machines à vapeur côtoient les dernières technologies spatiales, la Terre subit une guerre civile fratricide. Vincent, le fiancé de Marie, fait hélas partie des soldats qui ne reviendront jamais.

Pour oublier sa peine et ses regrets, Marie s’engage en tant que médecin sur l’une des arches spatiales parcourant la galaxie. Accompagnée par Emi, une enfant à l’intelligence supérieure, et Lysa, une militaire artiste peintre, Marie explore une planète inconnue ressemblant à la Terre.

Tour à tour initiatique, romantique et dangereux, ce voyage mènera nos aventurières à découvrir un monde où rêves, cauchemars et réalités se rencontrent…

Planche intérieure du manga RéalitésPour son dernier, et à ce jour encore ultime volume de la collection Fusions, l’éditeur Soleil Productions nous livre un véritable conte, un de ces récits initiatiques où les personnages et leurs doutes prennent le pas sur les textes comme sur les images pour nous livrer une aventure de l’esprit, ou plutôt de l’âme. En fait, et à la différence des tomes précédents dans cette collection hélas éphémère, Réalités se réclame bien moins du shônen que du shôjo, c’est-à-dire qu’il met en avant les aspects psychologiques du récit au lieu de l’action – et même si celle-ci n’est pas en reste pour autant, encore que d’une manière qui sert plus à renforcer la dimension mentale du récit qu’à y insérer un passage musclé. Bref, Réalités nous parle surtout de nous et de nos rapports aux autres.

Planche intérieure du manga RéalitésPour ce faire, ce récit utilise la ficelle de l’étranger aux fausses apparences candides mais aux pouvoirs pour le moins immenses, qui ne va pas sans rappeler certains points de départ déjà aperçus dans la première série TV Star Trek (1966-1969) par exemple, ce qui rebutera peut-être des lecteurs. Aussi faut-il leur indiquer que cet artifice n’est utilisé ici que pour servir le récit d’une jeune femme, Marie, qui apprendra à travers cette aventure hors norme à conjurer les démons qui la hante, et d’une manière qui en surprendra plus d’un. C’est le privilège des récits bien racontés après tout. Le scénariste Kara, ici, étonne, surprend, s’amuse à nous balader avant de nous rendre à l’évidence : Marie a fabriqué elle-même nombre des démons qui la hantent…

Quant à l’aspect artistique, ici dû au japonais Masa, s’il souffre d’une technique de colorisation hélas un peu froide, et que je soupçonne d’utiliser intensivement une informatique assez rigide au lieu de laisser la sensibilité du geste en tirer toute la splendeur, il illustre néanmoins à merveille ce conte dont la trame tissée à travers le temps et l’espace ne laisse pas indifférent…

Couverture de recto du manga Réalités

Réalités, Kara & Masa
Soleil Productions, collection Fusions, janvier 2008
46 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-849-46953-8

Karafactory, le site officiel de Kara
Gaifu Kasei, le site officiel de Masa
– le trailer officiel de l’album Réalités

Rage

Couverture de l'édition française du manhwa RageAprès cinquante ans d’une guerre bactériologique et chimique, la Terre n’est plus qu’un vaste tas de ruines stériles. Dans la mégalopole de Sangpok, chaos de métal et de bitume, des bandes de pillards ont pris le pouvoir et se livrent une guerre sanglante pour la domination de territoires et le monopole du Yajé, une drogue extrêmement puissante qui décuple la force physique et les capacités cérébrales.

Rage retrace l’odyssée violente et meurtrière de Kama, mutant au faciès de loup, guidé par la soif de justice. Il va traverser les zones les plus sombres, dangereuses et dévastées de la ville, mais également de son âme… Son objectif ? Retrouver sa sœur, enlevée par un puissant chef de gang qui se fait appeler le Singe. Un raid sauvage et sanglant. Une vengeance impitoyable.

Rage se présente comme une création d’une sincéritéPlanche intérieure du manhwa Rage exemplaire, dès la première impression qu’en retire le lecteur à la vue de la couverture : ce récit se compose avant tout de deux personnalités principales qui n’y vont de toute évidence pas par quatre chemins pour résoudre leurs problèmes dans un univers dont l’ordre et la civilisation semblent absents. Pourtant, comme dans la plupart des récits se réclamant du post-apocalyptique, ces derniers s’avèrent en fait bien présents puisqu’ils ont juste changé de forme : sous bien des aspects, à vrai dire, ils se montrent simplement plus francs, plus directs, et ne s’encombrent plus de la pseudo-politesse d’apparence de notre société de consommation. Voilà pourquoi, en dépit d’un pitch plutôt accrocheur, Rage s’avère en fin de compte assez classique…

Planche intérieure du manhwa RageLa principale raison derrière aussi peu d’originalité tient dans ce que ce récit ne parvient pas à dépasser le stade de l’action pour l’action, et sans pour autant que toute cette violence – au demeurant assez sage – le place à part des autres productions du genre, bien au contraire : dans la lignée de Mad Max 2 : le défi (George Miller ; 1981), Rage s’articule tout entier autour d’un feu d’artifice presque permanent et au final doté de très peu de substance, tant sur le plan narratif que sur les aspects psychologiques ; sur ce dernier point, d’ailleurs, mérite d’être précisé qu’il y avait pourtant de la matière mais celle-ci reste hélas sous-exploitée tout le long du récit qui préfère laisser la part belle à un spectaculaire certes de bonne facture mais néanmoins assez répétitif et surtout inutile.

Planche intérieure du manhwa RagePour cette raison, vous ne vous intéresserez à ce one shot – le cas échéant – que pour ses graphismes. Ceux-ci présentent d’ailleurs comme particularité de mêler un style très brouillon à un autre très travaillé, en particulier à travers une technique d’aquarelle et de lavis bien aboutie, et parfois même sur une seule et même planche – ce qui n’est pas banal… Force est de constater que les vignettes les moins achevées restent celles qui confèrent le plus de dynamisme à l’action la plupart du temps, et notamment en rendant de manière tout à fait adéquate la confusion des combats : j’ignore si c’était l’intention de l’artiste mais la technique s’avère habile et le résultat final d’une efficacité inattendue. Quant aux divers designs et décors, on apprécie leur diversité qui témoigne d’une solide créativité.

Si Rage ne manquait pas de potentiel, celui-ci s’avère au final bien trop sous-exploité pour en faire une œuvre vraiment recommandable à ceux d’entre vous friands de récits aboutis et de personnages développés. Les autres, par contre, qui aiment les visuels inhabituels et les techniques aussi maîtrisées que sensibles, se pencheront dessus avec un certain bonheur.

Planche intérieure du manhwa Rage

Rage, Nicolas Tackian & Lim kwang Mook
Soleil Productions, collection Fusions, mai 2007
64 pages, env. 9 €, ISBN : 978-284-9-46209-6

Septième Ange

Couverture de l'édition française du manhwa Septième Ange« Dans une mégapole futuriste en déshérence, Gabriel Stern, tueur, camé, hanté par ses cauchemars, se lance sur les traces de sa dernière cible… »

En ce début du siècle prochain, Gabriel compte parmi ces fonctionnaires en charge du linge sale de l’état. Son boulot consiste à laver plus blanc que blanc et il s’en acquitte avec un zèle qui fait l’admiration de ses supérieurs. Mais en fait, Gabriel cherche surtout à fuir un passé qui peut le hanter pendant des nuits infinies…

Un passé qui le rend accro à la « Blue » : cette drogue aussi puissante qu’onéreuse décuple ses sens et ses performances. Mais elle lui permet aussi d’oublier, le temps d’une dose, d’un fix, ces images si lointaines et pourtant si proches. Celles d’un bloc opératoire rempli d’enfants qui hurlent de terreur sous les scalpels des chirurgiens.

Jusqu’à ce qu’un jour, la « Blue » ne lui suffise plus…

Planche intérieure du manhwa Septième AngeLa science-fiction ne compte plus ses futurs sombres où l’individu se dissout dans les intérêts du groupe. Thème pour le moins privilégié du genre, on l’appelle souvent « dystopie » – ou contre-utopie, en un néologisme bien plus explicite que le précédent – et on dénombre parmi ses plus célèbres itérations des classiques comme Le Meilleur des Mondes (Aldous Huxley ; 1931) ou 1984 (George Orwell ; 1949). Mais on peut aussi y ajouter des ouvrages moins connus tels que Nous autres (Evgueni Ivanovitch Zamiatine ; 1924) ou Les Monades urbaines (Robert Silverberg ; 1971), ou encore Humanité et demie (T.J. Bass ; même année). Parmi beaucoup d’autres.

Septième Ange s’inscrit dans un registre proche et bâtit son originalité sur la « profession » de son protagoniste principal : de par son activité de tueur à la solde de l’état, celui-ci fait pencher le récit dans la direction du roman Le Travail du furet à l’intérieur du poulailler (Jean-Pierre Andrevon ; 1983) – gage de qualité. Mais puisque près d’une génération a passé entre la publication de ces deux récits, le plus récent des deux se colore bien sûr d’un aspect high-tech plutôt absent de son prédécesseur. À vrai dire, d’ailleurs, c’est bien son seul réel avantage : trop court pour aller vraiment au fond des choses, Septième Ange se contente donc d’effleurer son sujet.

Planche intérieure du manhwa Septième AngeLà où ce one shot brille, par contre, c’est dans ses graphismes. Kenjo Aoki nous fait ici une brillante démonstration de son talent pour le moins inhabituel. Car ses dessins, ici au moins, présentent comme particularité de ne pas s’attarder sur les détails et au contraire frôlent le croquis, frisent le rough, voire même flirtent avec le concept art. Dans le domaine de la narration graphique, le seul exemple qui me vienne à l’esprit d’une œuvre réalisée toute entière à l’aide d’une telle technique est le premier et à ce jour unique tome de la série La Porte écarlate d’Olivier Ledroit (1) – un autre gage de qualité. À moins que vous préfériez la comparaison avec les impressionnistes

Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit au final : d’images dont seule la toute première impression qu’elles dégagent compte, le reste ne présentant au final qu’assez peu d’importance. Pour cette raison, je veux dire puisque le lecteur ne peut se perdre dans les détails vu qu’ils se montrent trop flous, l’auteur doit mettre l’accent sur les couleurs – c’est-à-dire sur la lumière, seule à même de rendre les formes compréhensibles (2). Et sur ce point, Aoki démontre une maîtrise rare, tant sur les contrastes classiques que les clairs-obscurs ou les tons sur tons ; en fait, il se situe à l’opposé d’un Geof Darrow dont le souci du détail quasi schizophrénique nuit souvent à la lisibilité de ses dessins.

Mais au-delà de ces considérations somme toute assez techniques, Septième Ange est aussi le récit poignant d’une victime à la recherche de la rédemption. Si Gabriel trouvera cette libération, il vous reste encore à découvrir comment, et surtout de quelle délivrance il s’agit…

Couverture de verso du manhwa Septième Ange

(1) mais je n’exclue pas que ce soit une conséquence de mon ignorance : si tel est le cas, n’hésitez pas à m’éclairer.

(2) pour plus de détails sur ce point, j’invite le lecteur à consulter mon tutorial sur les techniques d’éclairage en level design.

Note :

Le prénom du protagoniste principal, Gabriel, est le même que celui d’un des archanges de la Bible, justement au nombre de sept. Mais le récit n’indique à aucun moment quel est le lien entre ces deux personnages, ni même s’il y en a un en dehors de leur simple homonymie.

Septième Ange, Stéphane Miquel, Nicolas Tackian & Kenjo Aoki
Soleil Productions, collection Fusions, mars 2007
48 pages, env. 3 €, ISBN : 978-2-849-46772-5

Chevaliers Dragons

Couverture de Chevaliers DragonsUne peste inconnue ravage la capitale d’un petit archipel. Les gens se tordent, bavent, deviennent fous et s’entre-tuent. Pour arrêter l’épidémie, les prêtres ont décidé de purifier la population dans de gigantesques brasiers. Mais est-ce bien une peste ?

Il y a longtemps, une vieille femme racontait des histoires venues, comme elle, de l’autre côté de l’océan, des histoires sur des dragons qui apparaissaient, la folie qui les suivait et les chevaliers qui les combattaient, parfois jusqu’à la mort.

Cette folie, la vieille femme l’appelait le Veill…

Planche intérieure de Chevaliers DragonsIl ne me coûte rien de le dire : je lis de moins en moins de BD ; les séries à rallonge, en effet, mettent à l’épreuve ma patience et épuisent mon porte-monnaie, ce qui me fait regretter ce temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et où des productions laissèrent une empreinte indélébile en tenant pourtant sur un seul tome – trop souvent, hélas, plus c’est long et plus c’est con… Pour cette raison, je suis passé à côté de la série de La Geste des Chevaliers Dragons, lancée en 1998 et toujours en cours bien que chacun de ses tomes puisse se lire comme un récit indépendant des autres ; une autre raison, plus personnelle, tient dans ce que je suis très peu fan d’héroic fantasy

Planche intérieure de Chevaliers DragonsScénarisé par Ange, comme les autres volumes de la série, et illustré par le très talentueux coréen Dohé, hélas mal connu par chez nous, Chevaliers Dragons se présente comme un tome hors série et s’affirme donc comme une introduction à La Geste… pour les néophytes. Fragment d’un tout forcément bien plus vaste, ce récit s’avère de longueur très correcte mais surtout original dans le classicisme de sa facture : si reste assez convenu le concept du dragon comme force obscure responsable de la désolation de la terre et de ses habitants, il se montre ici sous un jour inhabituel en présentant un chevalier dragon certes femme mais qui doit son immunité contre le mal à sa virginité – autre élément classique de ces récits moyenâgeux riches en tueurs de dragons, mais ici présenté de manière peu commune.

Sur le plan artistique, on regrette que Dohé se montre trop timide dans son style graphique aux assez nets accents expérimentaux mais hélas bien trop sous exploités. On apprécie néanmoins ce mélange d’aquarelles et de crayonnés, de traits et de pastels,… bref, une maîtrise peu commune des formes et des couleurs comme des compositions, qui sait flatter l’œil avec intelligence et finesse. Rien que pour cet aspect, Chevaliers Dragons vaut bien le détour.

Pour le reste, et si les plus férus d’entre vous en matière d’héroic fantasy regretteront peut-être la brièveté du récit, force est de constater que ce hors série sait se montrer efficace dans le sens où il donne vraiment envie d’en savoir plus. Bien plus, même…

Couverture de verso du manhwa Chevaliers Dragons

Note :

Cet ouvrage se vit réédité en novembre 2010 sous le titre Les Contrées du levant (Soleil Productions, hors collection, ISBN : 978-2-302-01464-0).

Chevaliers Dragons, Ange & Dohé
Soleil Productions, collection Fusions, janvier 2007
58 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-849-46710-7


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