Archive for the 'Genom City' Category

Parasite Dolls

Visuel de la jaquette de l'édition française de l'OVA Parasite DollsDans ce futur proche, Tokyo s’appelle Genom City depuis qu’un tremblement de terre a anéanti la cité quelques années plus tôt. Avec la technologie de la multinationale Genom, la reconstruction s’est faite très vite, et les boomers, des androïdes biomécaniques, sont devenus monnaie courante, pour tous les usages et sous toutes les formes. Mais ils peuvent subitement devenir fou furieux et faire des dégâts considérables. Important sponsor de la police nationale, Genom incite l’état à créer l’AD Police, une division équipée de matériel lourd et chargée de circonscrire les « mad machines » pour éviter une mauvaise presse.

Mais le « boomer crime » prend parfois des allures bien insidieuses : ainsi trouve-t-on la Branche au sein de l’AD Police, une section secrète très spéciale chargée des enquêtes les plus sordides, des affaires les plus noires. « Buzz » en fait partie : il refuse de porter une arme depuis cinq ans, lorsqu’il a tué par erreur une petite fille qu’il prenait pour un androïde. Son équipière Michaelson, par contre, est adepte du matériel lourd même si c’est encore elle qui trouve bien trop fine la frontière entre l’Homme et la machine. Quant à Kimball, c’est carrément un boomer, et le parfait symbole de la contradiction d’une société qui utilise des robots pour en chasser d’autres, sans compter qu’il reste de loin le plus humain des trois…

Avec les désœuvrés du vendredi soir qui parasitent le boomer crime pour se distraire, les hackers qui trafiquent cette nouvelle technologie pour alimenter les mafias locales en main-d’œuvre et les politiques qui condamnent l’artificiel pour mieux dominer l’humain, la Branche a fort à faire pour maintenir un semblant de paix entre la chair et le plastique : Parasite Dolls est l’histoire d’une société qui se fissure…

Parasite Dolls s’inscrit dans le style « polar noir » typique d’AD Police dont elle se pose ici dans la continuité logique. Principales différences : les personnages récurrents – puisque Parasite Dolls s’organise autour d’une brigade en particulier – et le final – éblouissant de noirceur, à la pointe dramatique rare – qui clôt le récit au lieu de l’ouvrir vers une autre histoire comme AD Police Files s’ouvrait vers Bubblegum Crisis premier du nom. Et c’est bien cette clôture-là qui donne tout son sens à Parasite Dolls en révélant le monstre véritable…

Noir, Parasite Dolls l’est assurément ; humain, au moins tout autant. Et ces deux aspects se combinent avec brio : en fait, ils deviennent presque synonymes. Si vous croyez que Mamoru Oshii a inventé quoi que ce soit dans Ghost in the Shell 2 : Innocence (2004), je vous conseille vivement de voir Parasite Dolls dans les plus brefs délais – il y a de bonnes chances que ça vous ouvre l’esprit… Sinon, jetez-vous dessus tout de même, par une nuit orageuse de préférence : loin de toutes considérations métaphysico-migraineuses à deux balles qui parviennent tout juste à noyer le poisson, ce récit hallucinant vous mènera dans des abysses de ténèbres dont vous ne reviendrez probablement pas entier.

Et si vous avez encore la moindre bribe d’espoir envers la nature humaine, il y a fort à parier qu’il n’en restera plus grand-chose après coup : car Parasite Dolls mérite bien son titre, mais le parasite en question n’est pas forcément celui qu’on croit…

Note :

Cette OVA est une série dérivée de la série TV AD Police qui, elle, est un spin-off de Bubblegum Crisis: Tokyo 2040.

Parasite Dolls, Y. Geshi, K. Nakazawa & N. Yoshinaga, 2003
Kaze, 2005
6 épisodes, env. 35 € l’intégrale

– les sites officiels : Kaze (fr), AIC (en), Parasite Dolls.com (jp)
– d’autres avis : Anime-Kun, Schizodoxe, Mackie

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

AD Police

Jaquette DVD de l'édition française intégrale de la série TV AD PoliceDans ce futur proche, Tokyo s’appelle Genom City depuis qu’un tremblement de terre a anéanti la cité quelques années plus tôt. Avec la technologie de la multinationale Genom, la reconstruction s’est faite très vite, et les boomers, des androïdes biomécaniques, sont devenus monnaie courante, pour tous les usages et sous toutes les formes. Mais ils peuvent subitement devenir fou furieux et faire des dégâts considérables. Important sponsor de la police nationale, Genom incite l’état à créer l’AD Police, une division équipée de matériel lourd et chargée de circonscrire les « mad machines » pour éviter une mauvaise presse.

Sale journée pour l’officier Kenji Sasaki : lors d’une prise d’otages qui a failli mal tourner, son coéquipier s’est fait descendre par un boomer. Après le boulot, il va dans le bar favori de son ex-partenaire pour boire un Pernot à sa mémoire : là, il tombe sur un européen qui insiste pour lui offrir un verre ; décidément de trop sale humeur, Kenji l’assomme. Le lendemain, il arrive au commissariat pour constater que le gars de la veille qu’il a étendu dans le bar est… son nouveau partenaire : Hans Kleif.

Les deux flics de choc se trouveront confrontés à un trafic illégal de boomers, et très vite, l’enquête tournera à la purée de pois. Mais on dirait que Hans est lui aussi impliqué dans l’affaire : quel rôle a-t-il pu y jouer, lui qu’un accident a rendu amnésique il y a quelques années et dont la propre vie est un mystère complet ?

Beaucoup plus shônen et ciblant une audience plus « jeune » que Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 (Hiroki Hayashi ; 1998), cette courte série s’articule autour de deux personnages principaux dont les différences ne les empêcheront pas de se rapprocher – à la manière de certaines productions hollywoodiennes à succès telles que Double Détente (Red Heat ; Walter Hill, 1988) ou L’Arme Fatale (Lethal Weapon ; Richard Donner, 1987), mais on y sent bien aussi l’influence de séries TV comme Starsky et Hutch (Starsky and Hutch ; créée par William Blinn, 1975-1979) ou Deux Flics à Miami (Miami Vice ; créée par Anthony Yerkovitch, 1984-1989).

Définitivement orienté action et suspense, AD Police s’affirme bien plus comme une distraction qu’une œuvre d’art, voire un complément de Tokyo 2040 et ainsi davantage une production destinée aux aficionados de la licence qu’un réel stand alone même si ces deux histoires peuvent être vues indépendamment. L’ambiance s’y montre assez sobre et plutôt avare en terme de style dans les couleurs et les formes, renouant ainsi avec les racines de la franchise, soit la fin des années 80 : le dépaysement du spectateur peu habitué aux extravagances des productions de science-fiction y est donc plutôt minimal. On y trouvera aussi quelques clins d’œil discrets au genre « super-héros » notamment dans les costumes des agents de l’AD Police.

Bien posée, l’intrigue se développe d’une manière plutôt convenue mais qui sait accrocher le spectateur avec les inévitables séquences d’action et autres effets pyrotechniques, tout en se basant sur un crescendo bien amené du mystère qui plane sur le personnage de Hans. Si les premiers épisodes proposent une bonne qualité d’animation, celle-ci a une assez nette tendance à se dégrader tout au long de la série au fur et à mesure que le mystère et l’ambiance s’épaississent, laissant ainsi un peu plus de place à l’atmosphère qu’à l’action pure. On apprécie de voir le « Complexe de Frankenstein » (1) présenté d’une manière originale et contemporaine qui reflète bien l’inspiration cyberpunk de Tokyo 2040 et place ainsi AD Police dans la continuité logique de l’œuvre originale.

Sans aucune prétention intellectuelle que ce soit, en tous cas comparé au reste de la franchise, mais sans être une production  réellement « simple » non plus, cette série est le candidat idéal pour une ou deux soirées en comité réduit, plutôt masculin, qui cherche un bon divertissement.

(1) cette expression désigne la peur du créateur envers sa créature et la rébellion possible de cette dernière contre son « père » ; dans le genre de la science-fiction, on la trouve surtout comme thème central des récits présentant des robots qui acquièrent une forme d’autonomie intellectuelle – en particulier dans l’œuvre de l’écrivain Isaac Asimov (1920-1992).

Note :

Cette production est une série dérivée de Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 mais se situe chronologiquement quelques années avant les aventures des Knight Sabers. AD Police eut aussi sa propre série dérivée sous la forme d’une OVA intitulée Parasite Dolls (2003).

AD Police, Hidehito Ueda, 1999
Kaze, 2007
12 épisodes, env. 18 € l’intégrale

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Bubblegum Crisis: Tokyo 2040

Jaquette du coffret de l'édition américaine ultimate de la série TV Bubblegum Crisis: Tokyo 2040Linna Yamasaki arrive à Tokyo, à présent Genom City depuis qu’un tremblement de terre a anéanti la cité quelques années plus tôt. Avec la technologie de la multinationale Genom, la reconstruction s’est faite très vite, et les boomers, des androïdes biomécaniques, sont devenus monnaie courante, pour tous les usages et sous toutes les formes. Mais ils peuvent subitement devenir fou furieux et faire des dégâts considérables. Important sponsor de la police nationale, Genom incite l’état à créer l’AD Police, une division équipée de matériel lourd et chargée de circonscrire les « mad machines » pour éviter une mauvaise presse. Avec de luxueux pot-de-vins, la multinationale achève de museler les médias pour mieux préparer son Projet Showamm qui doit résoudre tous les problèmes de ressources en énergie au seul bénéfice de Genom…

Mais l’AD Police ne peut vraiment lutter contre les machines folles car Genom veut vendre toujours plus. Ainsi, un groupe de vigiles apparaît, qui devient vite une légende urbaine adulée par les uns et haïe par les autres, surtout l’AD Police d’ailleurs. Linna fait partie de la première catégorie et elle veut les rejoindre, mais l’admission ne s’y fait pas facilement. En fait, le plus dur n’est pas d’y entrer mais plutôt d’y rester, car les Knight Sabers sont des personnalités difficiles et tourmentées : du passé de leur leader en particulier émergeront bien des difficultés, mais pour des raisons tout à fait indépendantes de sa volonté.

Après tout, personne ne choisit d’être un boomer…

On a attendu une « suite » à Bubblegum Crisis pendant à peu prés 10 ans et lorsqu’elle est arrivée, elle nous a pratiquement pété à la figure. Normal pour une « crise du chewing-gum » vous me direz. Mais, loin d’une simple séquelle, Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 s’affirme surtout comme une narration alternative de l’original que ses auteurs ont su développer pour lui donner bien plus de profondeur, de couleurs, de personnalité, et s’éloigner ainsi du toujours regrettable syndrome du clone qui pousse à reprendre les mêmes pour recommencer ce qui a déjà été fait et déjà été vu. Un nouveau départ, donc, pour le pire ont dit certains, mais je préfère penser que c’est pour le meilleur…

L’évolution saute aux yeux dés le générique : les designs des personnages et des boomers, le style d’animation, l’ambiance générale mais aussi la musique… Tout a changé, est devenu plus contemporain, plus coloré, plus épuré. Au lieu d’un « BGC reloaded », Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 vit avec son temps en nous proposant une histoire globale découpée en séquences au lieu d’une série à épisodes distincts et, il faut bien le dire, parfois un peu répétitifs, voire hors de propos. Pourtant, les ingrédients sont bien là, orchestrés sur un rythme différent, plus homogène, plus solide. Exit l’austérité froide des années 80, on passe à un cyberpunk devenu grand public qui aurait pu apparaître dans les spots de MTV : pur produit des années 90, cette série est pleine de couleurs originales et de formes délirantes. Le cyberpunk, enfin digéré, fait partie du quotidien – ce qu’on appelle souvent postcyberpunk.

Ce n’est plus une expérimentation pour public averti mais une banalité de tous les jours. En témoignent les titres de certains épisodes qui flirtent bon avec les années 70, tel qu’Atom Heart Mother (Pink Floyd, 1970), Are You Experienced? (Jimi Hendrix, 1967) ou Light My Fire (The Doors, 1967), mais on trouvera aussi une référence à The Police (Walking on the Moon, 1979) (1) ; car la racine punk de cyberpunk est trompeuse : en fait, ce genre musical descend au départ du mouvement beatnik, et de telle sorte que le genre cyberpunk fédère beaucoup plus les baba cools ou les rastas que les punks ou les métalleux – ceux parmi vous qui en doutent peuvent toujours relire Neuromancien (William Gibson ; 1984) pour s’en assurer.

Mais la comparaison avec les années 70 s’arrête là puisque malgré tout le cyberpunk n’est pas supposé être très joyeux pour commencer. Alors on trouvera les magouilles et les complots, les traîtrises et les assassinats, les multinationales et les états impuissants,… Tout ce qu’on est en droit d’attendre du genre et qui fait le bonheur du connaisseur. Mais avec un humour certain et très bienvenu – signe d’une autre forme de banalisation du genre et de ses thèmes pourtant préoccupants. Grosse surprise, et de plus très agréable, les héroïnes de l’histoire ne sont pas exemptes de ces tares elles non plus, surtout Sylia Stingray, toujours aussi belle et classe, voire bien plus encore, mais qui ne va pas sans rappeler le Dark Knight (1986) de Frank Miller avec tout ce que ça implique de douleurs personnelles et de ratés tragiques. Ainsi, on comprend mieux le pourquoi de cet espèce de clown triste dans le générique de fin, qui ressemble à Marilyn Manson, et d’une manière pas si étrange que ça en fin de compte : Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 est l’histoire d’une enfance brisée, sacrifiée au nom de la science et soldée aux trusts par son propre père. Personne ne choisit d’être un boomer, c’est juste l’ordre des choses… Non, il n’y a pas de spoiler, c’est un peu plus compliqué que ça. Vous verrez.

Au final, le message de la franchise est bien là, toujours le même mais beaucoup plus limpide, beaucoup plus adulte : la science et son corolaire, la technologie, s’y présente toujours comme une bulle de chewing-gum qui, à force de gonfler, finit par nous exploser à la figure. Ainsi, on s’éloigne assez du Ghost in the Shell (1995) de Mamoru Oshii ou en tous cas de la facture bien trop indirecte de sa stratégie dénonciatrice : ici, pas de sempiternelles questions existentielles sur les tenants et les aboutissants de l’intelligence artificielle et de la symbiose homme-machine où le propos de fond se perd un peu dans des interrogations somme toute assez secondaires, mais juste une diatribe franche et sans détour contre un monde rendu fou par des progrès technologiques toujours plus rapides, toujours plus inhumains. Une tentative, un peu vaine on s’en doute mais au moins l’intention est là, pour lever le pied de la pédale qui nous entraîne dans le mur toujours plus vite au nom du profit et du confort. Les artistes ont au moins le mérite de parler avec leur cœur et celui-là se trompe rarement, au contraire de ce que notre civilisation scientiste peut nous amener à croire.

En fin de compte, Bubblegum Crisis: Tokyo 2040 reflète bien les interrogations et les doutes du Japon de la toute fin des années 90, celui d’un archipel où la technique a développé ses racines dans toutes les strates de la société et n’épargne plus personne. Comme une nouvelle forme de drogue, ce « paradis artificiel » s’est imposé comme l’ultime refuge de ce Japon dont les rêves de gloire et de puissance se sont effondrés avec l’éclatement de sa bulle spéculative en 1989 ; à ce moment, la formidable machine économique et industrielle de l’archipel d’après-guerre a hoqueté avant de s’enrayer après plus de 30 ans d’un ronronnement aussi régulier que trompeur, et depuis elle ne fonctionne plus qu’au ralenti – comme une ombre d’elle-même, un espoir perdu, une impasse…

C’est toute la différence entre Tokyo 2040 et le Bubblegum Crisis original : dans cette dernière itération en date, la bulle de chewing-gum ne menace plus d’exploser, elle l’a déjà fait… et celui qui la mastiquait se retrouve tout ahuri en se demandant encore comment ça a pu lui arriver alors qu’il fallait être bien aveugle pour ne pas voir que ça menaçait depuis longtemps.

(1) voir la liste complète des titres de chansons et les noms de leurs interprètes sur Another Bubllegum Crisis FAQ.

Notes :

Cette série TV est un remake de l’OVA Bubblegum Crisis (1988-1990) déjà évoquée. Elle a pour série dérivée une autre série TV, AD Police (Hidehito Ueda ; 1999).

Le personnage de Galatea tire son nom de la légende de Pygmalion et Galatée : cette histoire narre comment un roi grec créa une magnifique statue de femme qu’il appela Galatée et dont il tomba profondément amoureux, au point de demander aux dieux de la rendre vivante – ce qu’ils firent…

Bubblegum Crisis: Tokyo 2040, Hiroki Hayashi, 1998
ADV Films, 2008
26 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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