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Macross Plus

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française de l'OVA Macross PlusAD 2040. L’humanité continue à coloniser l’espace et va toujours plus loin dans les étoiles, là où rodent bien des ennemis. Isamu Dyson pilote avec brio un chasseur Valkyrie mais, trop indiscipliné pour ses supérieurs, ceux-ci l’envoient sur la planète Éden comme pilote d’essai d’un nouvel appareil. Il y retrouve de vieilles connaissances : Guld Bowman, qui teste un autre avion et auquel Isamu devra se mesurer, mais surtout Myung Fang Lone, productrice de la plus grande star de la galaxie – la chanteuse virtuelle Sharon Apple…

On évoque assez peu souvent que le projet Macross Plus, au départ, n’entretenait aucun lien avec la franchise Macross (1983-présent). Celle-ci, d’ailleurs, et à dire le vrai, n’avait plus rien proposé de véritablement conséquent depuis le film Macross, Do You Remember Love? (Noburo Ishiguro & Shoji Kawamori ; 1984) et était un peu tombée dans l’oubli. Elle ne se vit vraiment remise au goût du jour qu’à travers la production de Super Dimensional Fortress Macross II: Lovers Again (Kenichi Yatagai ; 1992), une OVA en six épisodes qui, à y regarder de près, se résumait dans les grandes lignes à une simple resucée de la production précédente de la licence et qui, de plus, ne se vit terminée que pour satisfaire le marché américain.

Ce succès tout relatif poussa néanmoins les sponsors du projet initial qui allait devenir Macross Plus à demander à son auteur, Shoji Kawamori, de bien vouloir l’intégrer à l’univers de Macross pour en faire ce qui reste à ce jour la seule véritable séquelle de The Super Dimension Fortress Macross (Noboru Ishiguro ; 1983) : ainsi Macross II se vit-il repoussée dans un futur alternatif afin de laisser au véritable créateur de la franchise les mains libres pour poursuivre son récit comme il l’entendait – il n’avait pas contribué à Macross II de toutes façons, et on ne lui avait même pas demandé son avis avant de lancer cette production-là pour commencer… On peut aussi mentionner que le projet initial destiné à devenir Macross Plus devait au départ se développer sous la forme d’un long-métrage d’animation, avant de prendre la forme de l’OVA en quatre épisodes qu’on connaît.

Œuvre unique sous bien des aspects, Macross Plus nous intéresse pour plusieurs raisons, et en particulier parce-qu’elle illustre certaines des préoccupations morales et intellectuelles de Kawamori quant à la société japonaise de l’époque en général – des pensées sur une modernité devenue hors de contrôle et qui trouvent d’autres incarnations dans ses plus récents Macross Zero (2002) et Macross Frontier (2008).

Car la problématique centrale de Macross Plus reste bien sûr la relation, toujours plus ou moins nocive, qui unit l’Homme à ses créations, et notamment celles qu’il souhaite les plus autonomes possibles : les robots, image évidente de ce progrès technique devenu la marque de fabrique du Japon d’après-guerre. Le design de l’enveloppe physique qui abrite l’intelligence artificielle de la star virtuelle Sharon Apple se veut sur ce point assez transparent, pour dire le moins, puisqu’il s’agit d’un clin d’œil bien net au personnage – artificiel lui aussi – de HAL dans le film 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick ; 1968) – qui, d’ailleurs, explorait à sa manière le thème du lien entre les humains et leurs outils. Dans le même registre, le nom de famille du personnage Guld Bowman renvoie, lui, à un autre protagoniste du film de Kubrick, celui de l’astronaute David Bowman, mais impossible de me montrer plus précis sans spolier (1) mon lecteur…

Le liseur adepte de science-fiction ne manquera pas de faire remarquer que ce thème de la « révolte des robots » qui apparaît maintenant comme assez net dans Macross Plus reste bien assez convenu comme ça, et d’autant plus qu’il remonte à ce que beaucoup de spécialistes du genre considèrent comme la première œuvre du domaine, le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne (Mary W. Shelley ; 1818). Il semble donc peu probable que Macross Plus ajoute quoi que ce soit à un sujet exploré depuis bientôt deux siècles. Si, en effet, cette OVA se veut en fin de compte assez classique sur ce point, elle brille en revanche par ce qu’elle révèle de son époque à travers son thème somme toute plutôt banal.

Nous pouvons en effet rappeler que les japonais entretiennent une relation bien assez ambigüe à la technique (2)(3), et ceci pour plusieurs raisons. D’abord parce-que leur véritable révolution industrielle leur fut imposée par l’occupant américain après la guerre du Pacifique (4), et de plus en même temps qu’une démocratie et un désarmement qu’ils n’avaient pas souhaité (4), ce qui suffit bien à traumatiser un peuple. Ensuite parce-que leur religion principale, et d’ailleurs exclusive à leur culture, le shintoïsme, se caractérise par une croyance qu’il y a une âme – c’est-à-dire une volonté – dans toutes choses, y compris les objets a priori inertes : ceci les pousse donc plus que n’importe quel autre peuple à voir les produits de la technique comme capables de développer une autonomie ; or, toujours selon les préceptes shintoïstes, rien ne permet d’affirmer que celle-ci se montrera bénéfique pour les humains : les desseins des dieux, après tout, et c’est bien connu, restent toujours insondables. Enfin, parce-que l’angoisse normalement ressentie face à ce progrès technique incontrôlable par définition (5), et à un point tel d’ailleurs qu’il semble doué d’une volonté propre, on y revient, nous y fait voir le pire, et en particulier la fin de notre civilisation, voire du genre humain – que dire alors sur ce point des japonais qui ont développé la technique plus que toute autre nation au monde ?

Kawamori nous offre donc avec Macross Plus une image du Japon contemporain où la technique, source de progrès sociaux incontestables, devient aussi le prétexte à toutes sortes de phantasmes sur une certaine facilité de vie en fin de compte assez illusoire. La scène du premier concert de Sharon Apple se montre à ce sujet bien assez explicite en présentant une audience captivée par la performance de la chanteuse artificielle au point qu’elle semble dans un état second : la machine, ici, alimente la passivité de son public et le conditionne à travers une sorte d’hypnose qui le place dans une espèce de transe ; le passage évoque d’ailleurs assez Le Meilleur des mondes (Aldous Huxley ; 1932) où les individus se voient conditionnés eux aussi, dès leur naissance, à remplir un certain rôle social et pas un autre. Mais aussi, cette star virtuelle en rappelle une autre, bien plus récente et surtout authentique – pour autant qu’un tel terme puisse s’appliquer à un tel sujet – : le personnage virtuel Miku Hatsune créé en 2007 pour accompagner la seconde version du programme Vocaloid et qui, depuis, se produit parfois dans des concerts publics sous la forme d’un hologramme – comme Sharon Apple.

Néanmoins, il y a une astuce pour expliquer la transe hypnotique que provoque Sharon sur son public. Car, en tant qu’entité artificielle, elle s’avère incapable de comprendre les émotions humaines. Or, le but de l’art consiste entre autres à provoquer une émotion chez l’audience. C’est là qu’entre en scène la relation pour le moins vénéneuse entre Sharon et sa productrice, Myung Fang Lone : pour apprendre à la machine a mettre du cœur dans ses performances, Myung lui procure donc ses émotions. Ce lien entre la star virtuelle et sa productrice prend ainsi l’allure d’un rapport mère-fille, et le but d’une fille consiste bel et bien à s’affranchir de sa mère – unique moyen pour elle de résoudre son complexe d’Œdipe. D’où le motif des chaînes dans le logo du titre de Macross Plus et les représentations stylisées de Sharon, symbole évident de la situation de dépendance de cette machine vis-à-vis de ses créateurs, les humains, sans lesquels elle ne peut rien faire et surtout pas créer une œuvre artistique – un autre élément d’ailleurs assez classique lui aussi (6).

Enfin, toujours sur ce même thème de la menace cybernétique, on peut évoquer le drone de combat Ghost X-9 en cours de test par les autorités des Nations Unies de la Terre à l’époque du récit de Macross Plus. Si ce modèle de drone sert bien sûr de pendant militaire au personnage de Sharon, et d’une manière bien plus inattendue que sur le simple plan métaphorique, là encore impossible de me montrer plus précis sans spolier le lecteur, il s’affirme surtout comme un ultimatum adressé au métier de pilotes de Valkyries qu’il met en péril en donnant à l’armée un moyen de mener des guerres « propres » dont les pertes humaines resteront exclues – au moins pour le camp qui utilise une telle technologie. Sur ce point, d’ailleurs, et pour finir là-dessus, on ne peut s’empêcher de noter que Macross Plus préfigure de plusieurs années une problématique semblable, et bien réelle celle-ci, à laquelle dut faire face l’armée de l’air américaine pendant la seconde guerre du golfe puis son occupation de l’Irak où l’utilisation de drones montra ses limites : en imposant une distance infranchissable entre le pilote du drone et le théâtre des opérations où la machine se trouve déployée, cette technologie transforme la guerre en une sorte de jeu vidéo dont les utilisateurs se trouvent dans l’impossibilité de mesurer la véritable portée de leurs actions.

Mais, comme son titre l’indique, Macross Plus demeure avant tout une production Macross. Elle présente donc des éléments typiques de la franchise, encore qu’exposés d’une manière assez inédite à l’époque. Ainsi, le triangle amoureux se trouve-t-il ici inversé, de sorte qu’on voit cette fois deux hommes s’affronter pour une femme – ce qui donne d’ailleurs une certaine coloration à la compétition entre les deux modèles d’avions prototypes que pilotent ces mêmes protagonistes masculins principaux. Dans cet antagonisme, forcément bien plus viril que celui dépeint dans Super Dimension Fortress Macross plus de dix ans auparavant, naîtra une intrigue tout autant inattendue qu’émouvante sous bien des aspects et dans laquelle les origines zentradi de Guld joueront d’ailleurs un rôle central – rappelons que ces clones génétiquement modifiés furent créés par la Protoculture pour lui servir d’armée, faisant ainsi des zentradis une race conditionnée pour la guerre… Et compte tenu de la révélation faite dans le dernier épisode de cette courte série, qui se base d’ailleurs en grande partie sur les origines de Guld, le spectateur se verra bien inspiré de regarder Macross Plus deux fois afin de bien ressentir tout l’impact émotionnel des nombreuses scènes d’affrontement, tant physiques que moraux, qui parsèment ce récit en fin de compte bien mois innocent qu’il en a l’air au premier abord.

Sur un plan plus métaphorique, faute d’un meilleur terme, Macross Plus raconte aussi comment, dans la lignée de leurs créateurs, les humains fabriquent à leur tour une créature qui passe bien près de les détruire mais à laquelle ils survivent malgré tout, au contraire de la Protoculture morte de sa création, les zentradis. L’humanité s’y affirme donc comme le fils prodige qui réussit là où son géniteur a échoué et auquel les étoiles sont destinées – même si nous auront l’occasion de voir, dans Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994) puis dans Macross Frontier, que bien des dangers guettent encore ces héritiers de la plus ancienne civilisation de la galaxie.

Et puis, bien sûr, dans la lignée de l’opus précédent de la franchise, Macross Plus s’affirme lui aussi comme une œuvre tout à fait remarquable sur le plan pictural, notamment en se présentant comme une des premières productions japonaises à mêler les animations traditionnelles et informatiques en un tout aussi surprenant que spectaculaire – certains, d’ailleurs, n’hésitèrent pas à qualifier cette expérimentation-là de révolutionnaire et à affirmer que Macross Plus ouvrit la voie à la généralisation de ces techniques au Japon… Mais cette production reste aussi l’œuvre qui révéla l’immense talent de Yoko Kanno au grand public – même si celle-ci avait déjà collaboré à deux animes au moins auparavant, Porco Rosso (Hayao Miyazaki ; 1992) et Réincarnations – Please Save My Earth (Please Save My Earth ; Kazuo Yamazaki, 1993) – en particulier pour son morceau a cappella intitulé Voices qui ouvre et clôt le récit de Macross Plus : faut-il en dire davantage ?

En dépit d’un point de départ assez convenu, Macross Plus réussit au moins deux paris : d’abord relancer la licence Macross à travers une production innovante tant sur le plan artistique que narratif, et enfin dépoussiérer un thème classique de la science-fiction en le faisant refléter une réalité du Japon contemporain que nul observateur ne saurait contester.

C’est aussi à ce genre de choses qu’on reconnaît une œuvre marquante.

(1) en français dans le texte.

(2) Jacques Ellul, Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

(3) Antonia Levi, Samurai from Outer Space: Understanding Japanese Animation (Open Court Publishing Company, 1996, ISBN : 978-0-8126-9332-4).

(4) Jean-Marie Bouissou, Du Passé faisons table rase ? Akira ou la Révolution self-service (La Critique Internationale n°7, avril 2000).

(5) Jacques Ellul, op. cité.

(6) Gérard Klein, préface à Histoires de robots (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3764, 1974, ISBN : 2-253-00061-2) ; lire ce texte en ligne.

Adaptations :

En un long métrage, sous le titre de Macross Plus Movie Edition, sorti en 1995 et qui compile les différentes scènes et séquences de cette OVA en un ordre différent, avec 20 minutes de séquences inédites et autant d’autres supprimées. Il n’existe à ma connaissance aucune édition française en DVD de cette version long-métrage.

Sous la forme d’un jeu vidéo pour la Playstation, sous le titre de Macross Plus – Game Edition, développé et distribué par Takara Co., Ltd. en 2000. C’est notamment dans ce titre qu’apparaît le drone Neo Glaug. Le jeu propose aussi nombre de morceaux musicaux de l’OVA originale ainsi que plusieurs cinématiques tirées de la Movie Edition.

Notes :

En dépit de tous mes efforts, il ne m’a pas été possible de trouver une version originale de qualité satisfaisante pour la vidéo ci-dessus : vous constaterez donc que celle-ci se montre assez sombre, au contraire de l’édition japonaise qui présente bien sûr les couleurs d’origine ; ceci peut vous amener à mal évaluer les qualités artistiques de Macross Plus. Bref, si vous connaissez une bonne adresse, n’hésitez pas à me la signaler…

De même que pour les chasseurs transformables de la toute première série Macross, les Valkyries de Macross Plus sont basés sur des appareils existants. Le YF-19 reprend des lignes des Grumman X-29 et Lockheed Martin F-22 Raptor, le YF-21 du prototype YF-23 Black Widow II de Northrop–McDonnell Douglas, et le VF-11B Thunderbolt du Sukhoi SU-27 Flanker.

Afin de capturer l’essence du combat aérien, l’équipe de production étudia des chasseurs de combat américains à la base aérienne Edwards de Palmdale, en Californie. Ils utilisèrent aussi les villes de San Francisco et d’Orlando, ainsi que la Windmill Farm de Palm Springs comme bases pour les différents études de designs de la planète Éden.

Au début du tout premier épisode, quand Isamu se voit assigné son transfert, la planète Banipal est mentionnée : c’est un clin d’œil à Papadoll au pays des chats (Catnapped! Cat-land Banipal Witt ; Takashi Nakamura, 1995), un film en production chez Triangle Staff Corp. quand ce studio travaillait aussi sur Macross Plus.

L’idée de départ de Macross Plus vient du projet ATF (Advanced Tactical Fighter ; 1981-1991) de l’US Air Force qui mettait en compétition deux prototypes d’avions, le YF-22 de Lockheed/Boeing/General Dynamics et le YF-23 Black Widow II de Northrop–McDonnell Douglas déjà évoqué plus haut.

Le système de contrôle mental du YF-21 fut inspiré par le film Firefox, l’arme absolue (Firefox ; 1982) de Clint Eastwood qui était une adaptation du roman éponyme et paru en 1977 de l’écrivain gallois Craig Thomas (1942-2011).

Le nom d’Isamu Alva Dyson provient du célèbre inventeur Thomas Alva Edison (1847-1931) et du physicien Freeman J. Dyson (né en 1923) auquel on doit le concept de sphère de Dyson. Isamu signifie « courageux » en japonais.

Un documentaire sur la franchise Macross accompagné d’une avant-première de la série Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994) accompagnait l’édition japonaise de Macross Plus.

L’édition Bluray de Macross Plus sortira au Japon le 21 juin. Si elle proposera un doublage en anglais, il n’y aura par contre pas de sous-titres…

Macross Plus, Shoji Kawamori, 1994
Pathé, collection Manga Video, 1996
Quatre épisodes, env. 30 € (occasions seulement)

Macross Compendium (en), le wiki officiel
MacrossWorld (en), premier site de fans international
Macross France Fan-Club, premier site de fans francophones
Macross Mecha Manual (en), site sur les divers mechas de Macross
– le dictionnaire zentran-japonais-anglais (en-jp-zn)

Macross: Do You Remember Love?

Jaquette DVD de l'édition japonaise originale du film Macross: Do You Remember Love?AD 2009 : depuis six mois maintenant le SDF-1 erre dans l’espace. Lors d’une attaque des zentrans, le jeune pilote de chasse Hikaru se retrouve enfermé dans un compartiment du navire avec la chanteuse débutante Minnmay. Secourus quelques jours plus tard, ils ont eu le temps d’apprendre à se connaître ; aussi se retrouvent-ils peu après, mais cette fois leur escapade provoquera le tout premier contact entre les humains et leurs ennemis, et celui-ci changera pour toujours l’histoire des deux races…

Quiconque connaît un peu l’animation japonaise sait combien les films adaptant une série au grand écran s’avèrent le plus souvent décevants, au mieux, pour ne pas dire un total massacre, au pire. En effet, condenser une production représentant deux douzaines d’épisodes d’une vingtaine de minutes chacun en un seul métrage d’une paire d’heures environ à peine ne peut que relever de la pure volonté de saccage. Et d’autant plus que les éléments supplémentaires tenant lieu de valeur ajoutée se cantonnent la plupart du temps à de l’anecdotique, voire du superflu ; de sorte qu’on en vient à admirer – ou non – ces gens du marketing qui parviennent à vendre à des pigeons ce que ceux-ci possèdent pourtant déjà…

Mais dans le cas présent on a affaire à du Shoji Kawamori – ici néanmoins épaulé par un vieux briscard du genre, Noboru Ishiguro (1938-2012) – et l’inspiration exceptionnelle de cet auteur suffit à transformer le simple exercice mercantile en une œuvre d’envergure. Car si dans les grandes lignes Do You Remember Love? reste dans les rails de Super Dimensional Fortress Macross (N. Ishiguro ; 1982), au moins sur le plan des idées et des symboles, il lui apporte malgré tout un élément supplémentaire de première importance : les zentradis, divisés en deux camps avec d’une part les zentrans, de sexe masculin, et d’autre part les meltlans, de sexe féminin, se livrent ici une guerre sans merci depuis des millénaires.

Si cette séparation des sexes chez les zentradis apparaissait déjà dans la série TV originale, elle prend dans cette version une tournure assez inattendue. Car cette « guerre des sexes » souligne surtout l’infantilisme des civilisations zentradis : la mentalité « les filles contre les garçons », après tout, reste typique de l’école primaire, cet âge d’une férocité à toute épreuve décuplée par l’absence totale de morale et entravée seulement par la présence des adultes, surveillants ou parents qui veillent au respect de ces limites sociales que les enfants comprennent aussi mal qu’ils les discernent ; dans le film de Macross, les zentradis ainsi livrés à eux-mêmes, c’est-à-dire dépouillés de leurs parents bienveillants, sont comme des enfants perdus (1).

En témoigne en particulier une scène entre le commandant Britai et son conseiller Exsedol quand le premier, vers la conclusion du film, fait une plaisanterie que le second ne comprend pas puisqu’elle reposait sur un mensonge, chose qui n’existe pas chez les zentradis – non parce-qu’ils sont guerriers, une espèce connue pour la franchise de ses rapports, mais parce-que, on connaît bien le dicton, la vérité sort toujours de la bouche des enfants, et tant pis si elle blesse… Voilà pourquoi, dans cette interprétation de Macross, les zentradis n’ont aucun savoir ou connaissance et encore moins d’art et de littérature ni rien de ce qui permet une pensée libre – pourquoi, en bref, ils n’ont aucune culture. Parce-qu’ils sont orphelins.

Bien que le discours reste assez fidèle au Macross original, celui du film se veut plus affiné, plus subtil. Les zentradis, ici, ne sont pas victimes d’un embrigadement subi mais au contraire d’une dictature qu’ils s’infligent à eux-mêmes en raison de vieilles disputes aux origines oubliées depuis longtemps mais qui persistent depuis tant de millénaires qu’ils ne parviennent plus à s’en défaire. Ainsi, l’affrontement final entre Boddole Zer, chef des zentrans, et Moruk Laplamiz, leader des meltlans, rappelle-t-il ces couples en instance de divorce qui se déchirent sans même plus savoir pourquoi, et sans non plus prendre garde aux dégâts que provoque ce conflit sur leurs enfants – ici les zentrans et les meltlans, au moins sur le plan métaphorique.

Le discours antimilitariste propre à Macross, et qui lui sert de clé de voute, se trouve donc ici renforcé à travers ce portrait des guerriers décrits comme des enfants paumés qui, au fond, pèchent surtout par manque de considération, d’attention, d’affection – bref, qui manquent d‘amour, ce dont ils doivent apprendre à se souvenir si on en croit le titre du film. Voilà pourquoi on pardonne somme toute assez vite à cette réinterprétation de la série TV originale son script aux ficelles parfois un peu grosses, pour ne pas dire assez expédiées : comme pour la plupart des récits qui comptent, la juxtaposition des éléments narratifs qui le composent, ce qu’on appelle le scénario, importe en fin de compte bien moins que les idées qu’il convoie, soit ce qu’il veut dire.

Et sans non plus oublier qu’en dépit de quelques faiblesses somme toute assez ponctuelles, Do You Remember Love? reste encore, presque 30 ans après sa sortie, une des productions les plus abouties en matière d’animation traditionnelle – ce qui prouve encore une fois qu’on peut très bien combiner des visuels époustouflants avec des idées fondamentales.

(1) et Wiliam Golding, dans son roman classique Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies ; 1954), a très bien démontré ce qui peut advenir dans un tel cas de figure…

Notes :

Macross: Do you Remember Love? ne doit pas être confondu avec Do you Remember Love?, un film fictif évoqué dans la série d’animation Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994) qui sert de production historique commémorative sur la guerre humains-zentrans et sorti en 2031 dans l’univers de Macross – de la même manière que certains films de guerre retranscrivent, par exemple, l’attaque japonaise sur Pearl Harbor en 1941.

Shoji Kawamori a déclaré dans une interview retranscrite dans le magazine Animerica que le véritable Macross se trouve entre la série TV originale et sa réinterprétation sous forme de film. En d’autres termes, présenté sous la forme d’une série TV, Macross prend l’allure de Super Dimensional Fortress Macross, alors que présenté sous la forme d’un film il prend l’allure de Macross: Do You Remember Love?

Un doublage en français, appelé Super Space Fortress Macross et à la traduction déplorable, fut disponible au début des années 90. Le doublage américain le plus connu, Clash of the Bionoïds, reste très critiqué en raison de coupes drastiques qui enlèvent près de 30 minutes de pellicule. Les disputes juridiques qui entourent ce film rendent très improbable une possibilité de réédition dans l’avenir…

De nombreux designs furent reconsidérés, parfois même en profondeur, pour le film ; on peut mentionner en particulier les vaisseaux spatiaux meltlans qui se distinguent totalement de ceux des zentrans, ou bien le SDF-1 dont les « bras » sont ici équipés de transporteurs ARMD. Ces designs devinrent ensuite les références officielles pour les productions Macross suivantes.

Ce film présente pour la première fois un langage parlé propre aux zentradis et sous-tiré en japonais dans la version originale du film : de la même manière que la franchise Star Trek a développé un langage klingon officiel, la licence Macross propose le zentradi ; on retrouve ce langage fictif dans nombre des productions suivantes de l’univers Macross.

Le film donne une origine différente pour le SDF-1 qui, au lieu d’un destroyer de l’Armée de Supervision, est ici un destroyer meltlan. Voilà pourquoi les zentrans attaquèrent la Terre dans le film : ils croyaient la planète aux mains de leurs ennemies. Les capacités de transformation du SDF-1, par contre, restent un ajout des humains.

L’adaptation en jeu vidéo sur Playstation, sortie en 1998, propose un générique de début original ainsi que plusieurs séquences animées entièrement nouvelles. Tous les seiyûs du film y participèrent, à l’exception de Arihiro Hase, décédé deux ans plus tôt, qui interprétait le rôle de Hikaru Ichijo.

Les leaders zentrans et meltlans, respectivement Boddole Zer et Moruk Laplamiz, ont dans le film des apparences très différentes de celles de la série TV originale : ils apparaissent ici comme fusionnés de manière symbiotique à leur forteresse spatiale mobile, et d’une taille colossale même pour des zentradis.

Les trois espions zentrans de la série originale font eux aussi une brève apparition dans le film, où ils portent les noms de Rori, Konda et Warera. On peut aussi voir Kamjin lors d’un combat pour le moins mémorable contre Roy Focker

Carl Macek (1951-2010) souhaitait au départ utiliser ce film comme base pour Robotech: The Untold Story, mais Tatsunoko Production l’en dissuada et il utilisa finalement Megazone 23 (N. Ishiguro ; 1985).

Macross: Do You Remember Love? fut projeté dans 252 cinémas à sa sortie : avec 857 582 spectateurs, il rapporta plusieurs fois les 200 020 000 yens que coûta sa production.

Une scène de concert devait illustrer le générique de fin mais ne fut jamais animée.

Macross: Do You Remember Love?, Shōji Kawamori & Noboru Ishiguro, 1984
Bandai Visual, 1998
115 minutes, pas d’édition française à ce jour

Macross Compendium (en), le wiki officiel
MacrossWorld (en), premier site de fans international
Macross France Fan-Club, premier site de fans francophones
Macross Mecha Manual (en), site sur les divers mechas de Macross
– le dictionnaire zentran-japonais-anglais (en-jp-zn)
– d’autres avis : Jevanni, Le Donjon des androïdes

The Super Dimension Fortress Macross

Jaquette DVD de l'édition intégrale remastérisée de la série TV The Super Dimension Fortress MacrossEn 1999, un vaisseau extraterrestre colossal s’écrase sur Terre, révélant ainsi à l’Humanité une technologie prodigieuse mais aussi, surtout, l’existence d’une civilisation étrangère à ce monde et peut-être hostile. Ainsi, les plus grandes puissances s’allient pour fonder le Gouvernement des Nations Unies de la Terre et échafauder un vaste plan de protection. Dix plus tard, alors que le navire étranger, baptisé SDF-1, s’apprête à faire son vol inaugural, une flotte extraterrestre surgit soudain pour le revendiquer…

Lors du combat qui s’engage, le SDF-1 se trouve projeté dans l’orbite de Pluton à cause d’une défaillance de ses systèmes de navigation hyperspatiale. Pour l’équipage de cette forteresse spatiale comme pour les milliers de civils réfugiés à son bord, c’est une longue odyssée qui commence alors dans le but de revenir sur Terre, et pour le jeune orphelin Hikaru Ichijyo c’est le début d’un long apprentissage de la vie à travers l’école de la guerre, mais aussi celle de… l’amour.

Un aspect de Macross se voit bien peu souvent mentionné par les nombreux commentateurs et chroniqueurs qui évoquent cette production pour le moins atypique : il devait s’agir au départ d’une parodie du genre mecha. Ou du moins d’une œuvre qui ne se prend pas au sérieux, ce qui n’est pas tout à fait la même chose : en fait le genre de projet auquel ses créateurs se consacraient quand ils ressentaient le besoin de se détendre entre deux séances de travail sur un projet plus ambitieux. Pourtant, des diverses ébauches d’animes que tentèrent de développer ses créateurs, c’est Macross qui atteignit le stade final de la réalisation ; sous bien des aspects à vrai dire, et d’après ce qu’en disent ses concepteurs, il alla même jusqu’à phagocyter ces autres projets en en reprenant certaines de leurs idées, et pas les plus mineures.

Mecha design de la série TV Super Dimension Fortress MacrossCe qui n’étonne guère. Ceux d’entre vous habitués aux milieux créatifs savent comme il y a loin du projet à sa concrétisation et combien les nombreux obstacles que rencontrent ses créateurs peuvent infléchir le résultat final dans une direction ou dans une autre, pour le meilleur autant que pour le pire. L’image d’Épinal du créateur génial qui, du haut de sa tour d’ivoire, planifie soigneusement et dans les moindres détails des œuvres impérissables capables de s’inscrire dans l’éternité reflète surtout une méconnaissance certaine du processus créatif. En vérité, les idées se bousculent, en fusionnant parfois ou – plus souvent – en se rejetant l’une l’autre, jusqu’à ce qu’une forme finale parvienne à émerger de ce chaos. C’est surtout vrai dans ces domaines qui rassemblent des expertises très diverses, comme le cinéma ou le jeu vidéo, mais aussi – pour en revenir à ce qui nous occupe – l’animation : en fait, bien peu d’œuvres y sont le fruit du travail d’un seul, quoi qu’en disent des fans parfois un peu trop enthousiastes…

Voilà comment Macross émergea d’un torrent de formes primitives et brutes échafaudées par la créativité de diverses figures de l’animation japonaise à partir du mois d’août 1980. Si certaines d’entre elles comptaient parmi les vétérans de l’industrie, d’autres y figuraient depuis quelques années à peine ; d’une manière pas si surprenante que ça, ce qui fit de Macross une œuvre unique en son genre venait pour la plus grande partie de ces jeunes gens dont la pensée ne souffraient pas encore de la sclérose de l’expérience et des échecs. Nés pour la plupart au tout début des années 60, ils avaient découvert le genre mecha et les premières productions de science-fiction de renom alors qu’ils quittaient l’enfance et ce foisonnement d’idées nouvelles les avait bien sûr beaucoup marqués. Voilà pourquoi les connaisseurs trouveront dans Macross des hommages, des clins d’œil et des références aux plus grands classiques de l’animation japonaise de science-fiction : de ce point de vue, d’ailleurs, Macross représente presque une anthologie du genre en plus d’un manifeste de ce que ces jeunes artistes souhaitaient faire de leur vie à venir de professionnels de cette industrie.

Concept art de la série TV Super Dimension Fortress MacrossD’où la pluralité de thèmes et d’idées qui caractérisent Macross, dans lesquels cette œuvre unique plonge ses racines polymorphes. Et voilà pourquoi la cohérence qui s’en dégage malgré tout étonne d’autant plus. En fait, et si on en croit les diverses déclarations de certains membres de l’équipe, la plupart des rebondissements scénaristiques de nombreux épisodes ne virent le jour que dans l’urgence ; la conclusion même de la série, ou du moins de sa première partie, ne fut échafaudée qu’au tout dernier moment. Malgré tout, et bien que de très nombreuses idées passèrent à la trappe en cours de production, on peut distinguer deux axes thématiques principaux : le premier, dans l’air du temps à cette époque, même si en fin de compte assez peu de productions du moment reposaient sur un axe créatif semblable, concerne le réalisme de la facture ; le second, plus étonnant dans le registre des productions mettant en scène des mechas, concerne la romance qui sous-tend les différents rapports des divers personnages centraux tout au long du récit, et qui les amène à évoluer peu à peu. Mais on pourrait aussi évoquer l’accent mis sur l’importance de la culture – au sens large du terme – dans le développement et surtout le maintien d’une civilisation, ainsi que la condamnation de la guerre sous toutes ses formes. Et j’en oublie…

Le premier de ces deux thèmes principaux se place bien sûr dans la droite lignée de Mobile Suit Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1979) qui tenta de proposer des real mechas – c’est-à-dire des récits de mechas reposant sur un réalisme tant de forme que de fond – et fonda ainsi une branche entièrement nouvelle du genre. Si cette ramification connut des débuts assez difficiles, en raison de nombre de ses aspects aux accents assez nettement révolutionnaires, du moins dans le contexte précis de l’animation japonaise, elle finit néanmoins par s’imposer et Macross joua un rôle considérable dans ce sens : certains, d’ailleurs, n’hésitent pas à affirmer que Macross exerça sur ce point une influence au moins égale à Gundam, et ils ont peut-être raison. Le réalisme d’un récit, en effet, demeure la principale condition pour capter l’attention d’une audience puisque c’est bien ce qui permet la suspension consentie de l’incrédulité : dès lors que la narration prend quelques libertés avec le réalisme, l’auteur risque de perdre l’intérêt du spectateur puisque celui-ci va se mettre à douter de la vraisemblance du récit ; dans le genre real mecha, le réalisme des mecha designs transpose dans l’univers de l’histoire cet élément-clé de la littérature : l’univers pourtant fictif devient soudain crédible parce que les éléments qui le définissent sur le plan visuel ont l’air réels. Et de telle sorte que le spectateur se voit ainsi prêt à accepter des idées et des situations qu’ils n’auraient peut-être pas pu tolérer autrement… Dans Macross, cet aspect se montre particulièrement important en raison de la dimension parodique du projet original dont divers éléments subsistèrent dans la version définitive en dépit du ton plus sérieux de celle-ci et qui se virent malgré tout pleinement acceptés par l’audience – nous en évoquerons certains plus loin.

Mecha design de la série TV Super Dimension Fortress MacrossMais on peut aussi citer des exemples tout à fait sérieux et crédibles à la fois, qui ne présentent aucun lien avec les éléments méchaniques de Macross, comme la guerre d’unification par exemple : l’arrivée du SDF-1 sur Terre, en révélant l’existence d’une vie extraterrestre, a incité les diverses nations à s’unir sous une seule bannière pour mettre leurs efforts et leurs ressources en commun afin de mieux lutter contre des envahisseurs potentiels ; mais alors que des auteurs moins inspirés auraient introduit cette unification sans anicroche aucune, Macross nous présente au contraire une unification qui s’est faite dans la fureur et le sang, traduisant ainsi les divergences politiques de certains états dans leur idée de la réponse à donner à cet événement sans précédent dans l’histoire humaine. En bref, Macross ne s’articule pas autour d’une vision naïve des choses comme le font de nombreuses productions moins exigeantes – encore que je devrais plutôt dire « moins réalistes ».

Quant aux prédispositions des membres de l’équipe dans le développement de ce réalisme, il s’explique d’au moins deux manières. D’abord, le mecha designer principal du projet, Shoji Kawamori, qui se trouve d’ailleurs être aussi un des premiers initiateurs de Macross, étudiait l’ingénierie aéronautique à l’époque où il commença à travailler dans l’animation, en abandonnant peu à peu ses études pour faire de ce nouveau hobby sa profession véritable : on comprend bien sûr que des études dans un domaine aussi concret que celui-là l’aient amené à développer des designs très réalistes ; sur ce point, son travail sur le VF-1 Valkyrie reste encore aujourd’hui une référence du mecha design : adulé par des milliers de fans à travers le monde, pris comme exemple par de très nombreux autres artistes pendant plusieurs années après sa première apparition, il représente une étape fondamentale du genre real mecha pour avoir montré pour la première fois un mecha passer d’une forme à une autre complétement différente en suivant une décombinaison puis une recombinaison tout à fait réaliste de ses divers composants, sans aucune forme de morphose comme c’était le cas en général jusque-là – mais il faut aussi évoquer le splendide travail de Kazutaka Miyatake, un vétéran de l’industrie, lui, au contraire de Kawamori, dont le sens du détail technique conféra à l’ensemble des machines du camp des terriens un réalisme extrême pour l’époque. Enfin, Macross reste pour sa plus grande part l’œuvre d’une nouvelle génération de créateurs qui se posaient en héritiers de leurs prédécesseurs, ceux d’après-guerre : à l’inverse de leurs aînés, ils avaient très bien assimilé la culture technicienne du vainqueur américain qu’ils embrassèrent toute entière au lieu de la rejeter en bloc ou du moins de la critiquer comme l’avaient fait certains avant eux, et souvent avec férocité.

Concept art de la série TV Super Dimension Fortress MacrossLe second de ces deux thèmes principaux, lui, par contre, se montre assez inédit. En effet, on n’avait jusqu’ici jamais vu une œuvre inscrite dans le genre mecha faire un tel focus sur les relations entre les personnages. Non parce que celles-ci prenaient une place importante, puisqu’on avait déjà vu ça quelque part, notamment dans Tôshô Daimos (Tadao Nagahama ; 1978) – sur lequel travailla d’ailleurs l’ensemble du Studio Nue dont faisait partie Kawamori – ainsi que dans Gundam et dans Space Runaway Ideon (Y. Tomino ; 1980), mais parce que non seulement elles venaient au premier plan du récit, au point de voiler souvent les scènes d’action, ce qui restait pour le moins inattendu dans un tel genre, mais de plus il s’agissait de romances pures, soient d’histoires d’amour et de cœur dans un récit de guerre. En d’autres termes, Macross réussissait le pari a priori impossible de joindre le shôjo au shônen, ce qui relevait de l’exploit compte tenu des divergences profondes qui séparent ces deux courants fondamentaux de la culture manga et anime d’après-guerre. Sur ce point, il faut souligner l’excellent travail de caractérisation des personnages que fit le chara designer principal, Haruhiko Mikimoto, dont la production sur Macross contribua beaucoup à le hisser parmi les meilleurs de son temps : nombre des idées sur le comportement et les interactions des divers personnages viennent de lui, même si le reste de l’équipe – et Kawamori en tête – orientait souvent ces idées dans des directions assez différentes de celles prévues au départ par le designer – à sa grande surprise mais aussi, parfois, à son grand désarroi.

C’est aussi dans cet aspect aux accents tout à fait iconoclastes, en tous cas compte tenu de la prédisposition du genre mecha de l’époque à focaliser sur l’action en évitant de développer des relations psychologiques et encore moins romantiques, que Macross trouve une partie de sa force, qu’il honore la volonté de départ de ses créateurs de faire une parodie du genre. Mais c’est aussi ce qui lui valut son immense succès en dehors du cercle des spectateurs habituels de cette branche particulière de l’anime : Macross, en effet, plaisait aux filles. Car au contraire de la majorité des productions orientées grand spectacle, le personnage principal, ici, ne devient pas un adulte en suivant la voie de la guerre mais bel et bien celle de l’amour, c’est-à-dire de la paix – ce qui étonne somme toute assez peu de la part de créateurs dont la majorité sont issus de la génération Flower Power

Mecha design de la série TV Super Dimension Fortress MacrossC’est cet aspect en apparence anecdotique qui fait de Macross un pinacle du genre real mecha. Car si en s’affirmant réaliste Gundam se montrait surtout antimilitariste, au moins implicitement, alors Macross, lui, se bâtissait tout entier autour de cette approche. Il la revendiquait. Un de ses éléments fondamentaux illustre à la perfection cet axe narratif : ici, en effet, les divers personnages viennent de tous les horizons du monde, et l’équipage du SDF-1 lui-même se compose de gens de toutes les nationalités et de tous les continents ; ce qui représente une manière comme une autre de souligner la dimension universelle du discours de Macross. En raison de cet antimilitarisme flagrant, certains commentateurs ont vu dans les zentrans, l’ennemi extraterrestre que combattent les humains dans ce récit, une représentation du Japon d’avant-guerre, ce Japon certes traditionnel mais surtout militariste et réactionnaire qui signa son arrêt de mort en menant une guerre de trop, celle du Pacifique. Un discours qui, soit dit en passant, ne présente pas grand-chose de bien neuf puisque l’ensemble de la culture manga d’après-guerre, et notamment celle des années 60, s’articulait déjà autour d’idées comparables (1). Mais Macross, en se plaçant dans la continuité de Gundam, au moins sur le plan de l’intention première, transposait lui aussi cette idée dans le genre mecha qui à cette époque restait encore dans les grandes lignes une vaste apologie du triomphe de la force brute sur la raison à travers des récits où les héros réglaient leurs problèmes par la manière forte au lieu du dialogue, du moins dans les productions se réclamant du courant super robots. Car dans Macross, l’arme suprême des humains contre leur ennemi extraterrestre est en fait… une chanson. Et si ce point souligne d’autant plus la dimension parodique initiale de Macross, c’est aussi une métaphore sans équivoque sur l’absolue nécessité de la non-violence dans les rapports humains ; l’occident, d’ailleurs, a lui aussi sa propre chanson sur le thème, et depuis bien avant Macross, ce qui souligne d’autant plus l’universalité de ce concept-là :

Quand on a que l’amour
Pour parler aux canons
Et rien qu’une chanson
Pour convaincre un tambour

Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier. (2)

Concept art de la série TV Super Dimension Fortress MacrossEt voilà comment Macross s’affirme aussi, en fin de compte, comme une ode à la culture sous toutes ses formes. Dont la chanson. Car si les objets culturels restent ce qu’il y a de mieux pour les civilisations de s’échanger ce qu’elles ont de plus précieux, afin de mieux se connaître et ainsi de mieux s’apprécier, se tolérer et se respecter, pour au final mieux vivre ensemble, la musique demeure un des plus efficaces moyens pour rapprocher les cœurs. Rappelez-vous : dans Macross, il est avant tout question d’amour. Car musiques et chansons, ici, ne servent pas que d’armes absolues contre une race de soldats ultimes tout entiers et exclusivement voués à la guerre, et donc dépourvus de culture, elles servent surtout à éveiller à la paix ces âmes en quelque sorte perdues car conditionnées depuis toujours à des combats sans fins – c’est-à-dire à la haine. En rejetant la guerre pour laquelle ils furent créés jadis, les zentrans peuvent enfin s’ouvrir à cette culture qui demeure encore à ce jour la plus grande différence entre les humains et les animaux, mais surtout le ciment de notre civilisation et de sa démocratie dont la liberté de penser qui la caractérise ne peut exister sans elle – ce n’est pas George Orwell (1903-1950) qui me contredira (3). Ainsi, Macross atteignait en son temps une profondeur symbolique, mais aussi poétique, encore jamais effleurée dans le genre mecha.

Le public, d’ailleurs, ne s’y trompa pas cette fois, ce qui restait aussi rare à l’époque que de nos jours. De sorte qu’en dépit de toute l’innovation et les divers aspects expérimentaux de cette œuvre, tant sur les plans narratifs qu’artistiques, soient des éléments qui le plus souvent rebutent l’audience,  le succès se trouva malgré tout au rendez-vous. Et il se montra bien assez fulgurant pour convaincre les sponsors et les chaînes de télévision de financer un prolongement de la diffusion à travers neuf épisodes supplémentaires – soit tout de même un tiers du compte de départ, ce qui n’est pas banal. Hélas, c’est dans cette rallonge que Macross tend à se diluer, à perdre de sa force initiale en s’enfonçant en quelque sorte dans une espèce de redite d’autant plus malvenue que la conclusion de l’arc narratif original se montrait bien assez explicite et complet sans qu’il s’avère nécessaire d’en rajouter. Pour cette raison, le lecteur ne se montrera pas mal inspiré de s’arrêter à l’épisode 27, pour autant qu’il parvienne à ne pas céder aux sirènes de Macross dont le chant, c’est bien connu, sait se montrer particulièrement convaincant : demandez donc aux zentrans si vous ne me croyez pas…

Couverture de l'édition originale japonaise de l'artbook Macross Perfect MemoryEnfin, méritent de se voir évoquées les splendides qualités de réalisation et d’animation qui, pour l’époque encore, se montraient le plus souvent bien au-dessus de la moyenne, même si plusieurs épisodes et de nombreuses séquences isolées souffrent parfois d’approximations aussi évidentes que regrettables. On peut y voir sans trop de difficulté ni même d’exagération le signe assez net d’une volonté de produire une œuvre de qualité, soit la parfaite démonstration que chacun des artistes impliqués dans la production croyaient fermement dans ce projet, qu’il ne s’agissait pas pour eux d’un simple boulot routinier ou bien, pire, d’un job alimentaire. Et pour cause : comme je l’ai expliqué au début de ce billet, tous se trouvaient impliqués dans le processus créatif. On peut citer en particulier le travail pour le moins unique en son genre d’Ichirô Itanô, qui avait eu l’occasion de travailler entre autres sur Gundam et Ideon avant de rejoindre l’équipe de Macross, et dont le style pour le moins innovant parvint à conférer à ce dernier une identité et une personnalité encore jamais vue, en particulier à travers ce qu’on appelle aujourd’hui un Itanô Circus – soit un élément à présent devenu prépondérant dans les animes de science-fiction, et qui se trouve depuis assaisonné à toutes les sauces. Mais en dépit de toutes ces innovations dont certaines restent encore utilisées de nos jours, la qualité de cette facture reste toute relative puisque les standards ont évidemment évolué avec les techniques et Macross accuse maintenant ses presque 30 ans, ce qui rebutera hélas bien plus d’un spectateur d’aujourd’hui.

Pour autant, ceux-là gagneront à passer outre cet aspect somme toute assez mineur : les classiques, en effet, ont leur prix, mais ils savent récompenser les efforts de ceux qui le payent sans sourciller.

Après tout, c’est une simple question de culture.

(1) Jean-Marie Bouissou, « Du Passé faisons table rase ? Akira ou la Révolution self-service » (La Critique Internationale n°7, avril 2000).

(2) paroles de Jaques Brel (1929-1978) tirées de sa célèbre chanson Quand on n’a que l’amour (1956) écrite pour protester contre la guerre d’Algérie ; écouter ce morceau en ligne.

(3) relire au besoin son œuvre maîtresse 1984 (Gallimard, collection Folio n° 822, mars 2007, ISBN : 978-2-07-036822-8), et en particulier les divers passages et chapitres consacrés à la notion de novlangue et donc à l’importance de disposer d’un langage élaboré – c’est-à-dire une culture – pour échafauder des idées complexes.

Séquelles et préquelles :

Bien qu’un gros succès du l’audimat japonais, Macross engendra un nombre plus que raisonnable de productions dérivées. Parmi celles-ci, le film Macross: Do You Remember Love? (Noboru Ishiguro & Shoji Kawamori ; 1984) tient lieu de narration alternative à Super Dimension Fortress Macross en en présentant le propos sous un angle bien assez différent pour en faire un complément qui mérite vraiment d’être vu. Celui-ci connut une suite sous la forme d’une OVA intitulée Macross: Flash Back 2012 (S. Kawamori ; 1987) qui s’adresse aux fans les plus hardcore de la franchise dans le sens où ce court-métrage clôt un arc narratif sans proposer de réel récit : c’est en fait le concert d’adieu de Lynn Minmay lors du départ du vaisseau de colonisation Megaroad-01.

Une seconde OVA, Macross II: Lovers Again (Kenichi Yatagai ; 1992), fut réalisée sans aucun membre de l’équipe de la série TV originale, à l’exception notable de Mikimoto, et reste à ce jour considérée comme l’enfant bâtard de la licence ; d’ailleurs, cette œuvre se situe officiellement dans un futur alternatif de Macross. Dans les grandes lignes, ce récit-là se distingue très peu de Do You Remember Love? sans pour autant lui tenir vraiment lieu de palliatif…

Une troisième OVA, Macross Plus (S. Kawamori ; 1994), marque le début d’un réel développement de la franchise en présentant certaines conséquences de la Guerre Stellaire entre les humains et les zentrans : en 2040, sur la planète colonisée Éden, ont lieu les tests de deux nouveaux types de chasseurs transformables alors que parviennent à leur conclusion des recherches en vue du développement d’une véritable intelligence artificielle.

À la même époque est diffusée Macross 7 (Tetsuro Amino ; 1994), seule véritable séquelle à ce jour de la série TV originale, qui narre les tribulations de la septième flotte de colonisation Macross alors qu’elle approche du système Varauta. Ce récit contemporain de Macross Plus nous présente un autre aspect de l’avenir esquissé dans l’univers Macross tout en développant le discours initial de la franchise ; celui-ci, hélas, ne plût pas à tout le monde et Macross 7 reste encore une production controversée parmi les fans de la licence.

Une autre OVA, techniquement la cinquième donc, marque un retour aux origines, sous la forme d’une préquelle intitulée Macross Zero (S. Kawamori ; 2002), en revenant sur la Guerre d’Unification qui précède les événements de Macross. Cette production laissa de nombreux fans dubitatifs en raison des éléments mystiques, ou assimilés, de son récit qui pour beaucoup semblèrent mal cadrer avec le techno-scientisme typique de la franchise.

La dernière production en date, la série TV Macross Frontier (S. Kawamori ; 2007), se situe plusieurs décennies après Macross 7 et revient aux racines originales de la licence dans ses thèmes comme dans sa facture narrative. Un net succès, Frontier obtint lui aussi sa narration alternative sous la forme d’une paire de films pour le grand écran.

Notes :

Pour sa diffusion aux États-Unis, cette série fut « combinée » avec deux autres, The Super Dimension Cavalry Southern Cross (Yasuo Hasegawa ; 1984) et Genesis Climber Mospeada (Katsuhisa Yamada ; 1983) et vit ses dialogues modifiés pour créer Robotech (Robert Barron ; 1985), produit par Harmony Gold. De sorte que Macross compte parmi les animes les plus importants jamais créés compte tenu de son influence sur le marché nord-américain, et donc sur le reste du monde : elle fut en grande partie responsable, avec Voltron (1981), de l’ouverture de l’occident aux productions japonaises dans les années 80.

De nombreux mecha designs de Macross furent utilisés dans le jeu de plateau Battletech (FASA Corporation ; 1984) mais d’obscures raisons juridiques, impliquant le fabricant de jouets Playmates Toys et la société Harmony Gold déjà mentionnée, amenèrent ensuite les créateurs de ce titre à renoncer à ces mecha designs : ceux-ci disparurent donc de l’univers Battletech à partir de 1996 et héritèrent du surnom de « Unseen » ; au contraire des autres mecha designs tirés d’autres animes, ceux de Macross ne réapparurent jamais dans Battletech en raison d’une interdiction formulée par Harmony Gold en 2009.

Le mot GERWALK – le mode hybride des chasseurs Valkyries – signifie Ground Effective Reinforcement of Winged Armament with Locomotive Knee-joint. L’idée de ce mode hybride est venue à Kawamori alors qu’il examinait un pré-modèle de jouet dérivé du projet : les parties correspondantes aux « jambes » du mecha se sont détachées et sont restées pendues à la verticale sous le fuselage horizontal, donnant ainsi l’impression que l’avion se tenait « debout »…

Le mecha VF-1 Valkyrie tient son nom du bombardier américain XB-70 Valkyrie et son design général est inspiré du chasseur Grumman F-14 Tomcat. Les designers choisirent de calquer le mecha vedette de Macross sur un modèle de chasseur aérien existant afin d’accentuer le réalisme de la série.

Erreur d’animation : dans un épisode, un VF-1A Valkyrie est dessiné avec deux lasers additionnels sur les cotés de la tête alors qu’il est supposé n’en posséder qu’un sur le « front ». Harmony Gold a adapté cette erreur sous la forme d’un nouveau type de chasseur veritech pour l’univers Robotech, le VF-1R.

Lupin III, Daisuke Jigen et leur célèbre Fiat 500 font une apparition dans un jeu d’arcade durant un épisode de la série.

Le nom imprimé sur le Valkyrie chair à canon VF-1A est « K. Warmaker » qui est dérivé de Kawamori, co-créateur de la série.

Le biplan jaune de Roy Focker dans le rêve de Hikaru a le nom de Kawamori inscrit sur le siège.

Shoh Blackstone, à qui le réalisateur Noboru Ishiguro prête sa voix, est un jeu de mot sur le nom de ce dernier. Ishi signifie pierre (stone), guro (kuro) signifie noir (black), d’où Stoneblack ou plutôt Blackstone. Pour Shoh, il s’agit d’une autre lecture du kanji Noboru.

Bien que cette série ait propulsée Mari Iijima au rang de superstar des idol singers des années 80, elle regrette souvent d’avoir été connue comme la voix de Lynn Minmay. Jusqu’à présent, presque tout le monde associe son nom à ce personnage et non à la chanteuse/compositrice.

De l’aveu même du réalisateur Rob Cohen, le film Furtif (2005) est largement inspiré de Macross. Cependant, de quelle incarnation de la série, Macross ou Robotech, il s’agit ne reste pas clair…

Dans l’épisode 36, un mecha hybride entre un Valkyrie et un Orguss fait son apparition dans le fond pendant la scène où le SDF-1 se défend contre le vaisseau de Kamjin qui le charge à pleine vitesse : il s’agit d’un clin d’œil d’un animateur qui travaillait à la même époque sur Super Dimension Century Orguss (N. Ishiguro ; 1983), une autre production de Big West et Studio Nue.

Dans l’épisode 27, avant l’attaque sur le vaisseau de Bodolza, le vaisseau Arcadia d’Albator apparaît aux cotés des navires de Britaï et de Laplamiz.

Dans le même épisode (27), on aperçoit encore le mecha Orguss défendant le SDF-1 à coté de la passerelle.

Cette série est la première à proposer des mecha designs d’appareils transformables qui se veulent « réalistes » quant à leur séquence de transformation : la décombinaison et la recombinaison des divers éléments de l’engin lors de son passage d’un module à l’autre sont techniquement « plausibles » et ne présentent aucunes modifications improbables de leur taille ou de leur forme comme c’était souvent le cas dans les séries du genre super robots.

La version française collector éditée par Déclic Images présente une erreur de traduction assez grossière concernant le terme « arme(s) instinctive(s) » : de toute évidence tiré de la version américaine d’AnimEigo, qui remasterisa la totalité de la série pour le compte d’Harmony Gold, celui-ci provient certainement d’une traduction littérale de l’anglais « reaction weapon » qui est en fait, dans l’univers de Macross, une abréviation de « thermonuclear reaction weapons » (ayant perdu certaines technologies au cours de la Guerre de Division qui anéantit jadis la République Stellaire, les zentrans sont très étonnés de voir les humains utiliser de telles armes devenues pour eux légendaires) ; voir l’entrée reaction weapon (en) sur l’ancienne version du Macross Compendium pour plus d’informations.

The Super Dimension Fortress Macross, Noboru Ishiguro, 1982
Déclic Images, 2004
36 épisodes, env. 30 € (occasions seulement)

Macross Compendium (en), le wiki officiel
MacrossWorld (en), premier site de fans international
Macross France Fan-Club, premier site de fans francophones
Macross Mecha Manual (en), site sur les divers mechas de Macross
– d’autres avis : Jevanni’s Blog, Chaotix Zone, Suby’s World, Atout-Geek

En attendant… (12)

Entertainment Bibles

Couverture du premier volume de la série d'artbooks Entertainment Bible, consacré à Mobile Suit GundamLes plus anciens parmi vous se souviennent peut-être de cette brève série d’une cinquantaine d’artbooks au format de poche publiés par Bandai de 1989 à 1992. Comme le nom de cette collection l’indique, d’ailleurs, ces Entertainment Bibles devinrent vite non la Bible mais les bibles des fans d’animes en général et des mechaphiles en particulier : chacun de ces tomes, en effet, était l’occasion d’examiner en détail les diverses méchaniques, bestiaires, chara designs et autres éléments-clés d’une production spécifique.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°15 consacrée à Heavy Metal L-GaimDans les grandes lignes, tous ces volumes s’organisaient de la même manière : d’abord une brève présentation de l’univers du récit agrémenté de quelques illustrations, puis un ensemble de planches en couleurs pour introduire les personnages principaux juste avant une autre série de pages elles aussi colorisées qui donnaient un aperçu des engins et véhicules importants ; ces informations se voyaient ensuite reprises en détails dans des pages en noir et blanc qui représentaient la plus grande partie du tome.

Couverture de l'Entertainment Bible n°9 consacrée à Studio NueEn somme, ces Bibles n’étaient rien d’autre que des artbooks « light » puisqu’on y trouvait à peu près les mêmes informations que dans des ouvrages plus conséquents et de plus grande taille – mis à part les interviews de réalisateurs ou de designers, ainsi que des informations de production – mais en format réduit. Pourtant, il y avait néanmoins une différence de taille avec l’artbook standard : une Bible ne s’arrêtaient pas à un titre mais englobaient l’ensemble des productions liées à ce titre, telles que les spin off.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°23 consacrée à Mobile Police PatlaborPar exemple, le tout premier volume de la série ne se concentrait pas uniquement sur Mobile Suit Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1979) mais présentait aussi les nombreux designs développés pour la ligne de maquettes et de jouets Mobile Suit Variation ainsi que les mechas de l’OVA alors récente Mobile Suit Gundam 0080: War in the Pocket (Fumihiko Takayama ; 1989). Une Bible était donc l’occasion d’approcher une œuvre dans sa globalité et non juste un titre isolé, ce qui permettait ainsi au lecteur de mieux en cerner le propos général.

Couverture de l'Entertainment Bible n°10 consacrée à la série TV The ThunderbirdsS’il va de soi que le but implicite d’une telle collection était de garder vivace l’éclat de productions anciennes à l’aune d’autres plus récentes, et ceci afin de maintenir un niveau de ventes satisfaisant, il n’en reste pas moins que la synthèse qu’effectuait un volume de cette série participa beaucoup au succès de ces Bibles auprès du public. Et notamment ceux qui n’avaient pu se procurer les premières éditions des artbooks officiels d’une production : une Bible permettait donc, entre autre, de rééditer à moindre coût…

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°33 consacrée aux personnages de la franchise Mobile Suit GundamMais ces ouvrages ne se consacraient pas qu’aux œuvres de science-fiction et de mechas, car certains volumes se penchaient sur la série de films kaijû des Godzilla et ses nombreuses suites, ou bien sur l’univers fantastique de Devilman, le fameux personnage démoniaque créé par Go Nagai au début des années 70. Chose assez inhabituelle, certains tomes se consacraient même à des productions non japonaises : ce fut le cas notamment de la fameuse série TV d’animation britannique Les Sentinelles de l’air (Thunderbirds ; 1965-1966).

Couverture de l'Entertainment Bible n°27 consacrée à Super Dimensional Fortress MacrossSous bien des aspects, les Entertainment Bibles constituaient, et restent encore de nos jours, une excellente porte d’entrée vers l’ensemble de l’imaginaire de la culture populaire japonaise, ce autour de quoi il s’est formé puis solidifié ; dans ce sens, cette collection prend presque une valeur de témoignage : à travers ses tomes, on peut distinguer les racines principales des productions actuelles de l’archipel dans les registres du fantastique, de la fantasy et de la science-fiction – soit une dimension historique inestimable.

Tout le problème étant, hélas, que cette collection se trouve depuis longtemps épuisée et que les exemplaires de ses numéros se négocient donc à des prix parfois très élevés… De sorte que s’il vous arrive d’en croiser un, vous serez certainement bien inspiré de l’acquérir : outre l’aspect « culturel » de l’ouvrage, vous pourrez toujours le revendre bien plus cher que ce qu’il vous a couté.

Animes 2011 : des trailers

Children who Chase Lost Voices from Deep Below

Le nouveau film de Makoto Shinkai ; sortie prévue en mai au Japon.

Mazinkaiser SKL

La suite de Mazinkaiser: Shitou! Ankoku Daishogun, en une OVA de trois épisodes ; le premier prévu en février au Japon.

Arrietty le petit monde des chapardeurs

Le dernier long-métrage du Studio Ghibli : sortie française le 12 janvier dans un cinéma tout près de chez vous  ^^

Macross Frontier ~Sayonara no Tsubasa~ : dernier trailer

Le second film de l’adaptation en long-métrage de la série TV Macross Frontier : sortie prévue au Japon début février.

GearsOnline.net

Logo du site GearsOnline.netJe vous parlais il y a un certain temps de MAHQ, communauté de mechaphiles pour les mechaphiles, en omettant de vous préciser qu’il existe de nombreux autres lieux de ce genre sur la toile.

Ainsi GearsOnline. Ce qui le place à part de MAHQ, c’est l’emphase que fait son administrateur sur les éléments graphiques du genre mecha. Si on y trouve, comme sur la plupart des sites semblables, d’importantes données techniques – mais tout à fait fictives là aussi bien évidemment – sur les machines présentées, c’est la quantité d’images – qu’elles soient en couleurs ou en noir et blanc – que propose GearsOnline qui lui donne sa spécificité, et en fait ainsi un des lieux de prédilection des mechaphiles du monde entier.

Mais il n’y ait pas question d’illustrations à proprement parler, encore que vous en trouverez quelques-unes, plutôt de ce qu’on appelle des line arts – c’est-à-dire des types de dessins qui se résument à de simples lignes, d’où leur nom – en représentant ainsi leur sujet tel qu’il est dans l’absolu, sans aucune simulation d’éclairage ni de volume, et encore moins de matières. Seules ses formes sont tracées, sous leur aspect le plus simple.

Type d’image qui est d’ailleurs très prisé par les mechaphiles, ce qui n’a rien de bien surprenant : les line arts sont en effet l’opportunité d’examiner tous les détails – souvent nombreux au point d’en donner le tournis – de travaux où le souci du détail, justement, peut très bien atteindre des sommets que le profane ne soupçonne même pas la plupart du temps.

Mais vous y trouverez aussi des résumés des œuvres ainsi abordées avec la chronologie de leurs événements principaux, ainsi que des fiches sur leurs personnages, et bien d’autres choses qu’aucun mechaphile digne de ce nom ne saurait rater…


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