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Hackers

Jaquette DVD de l'édition française du film HackersIls peuvent forcer n’importe quel code et pénétrer dans n’importe quel système. Ils sont souvent encore adolescents et déjà mis sous surveillance par les autorités. Ce sont des hackers. Zéro cool – de son vrai nom Dade Murphy – est une légende parmi ses pairs. En 1988, il a, à lui tout seul, cassé 1507 ordinateurs de Wall Street et la justice lui a interdit de s’approcher d’un clavier avant d’avoir 18 ans. Il est resté 7 ans sans le moindre byte… et il a faim. Kate Libby, autrement dit Acid Burns, a un ordinateur portable gonflé, qui peut passer de 0 a 60 sur l’autoroute de l’information en une nanoseconde. Lorsqu’ils entrent en collision la guerre des sexes prend un tour particulièrement grave. Mais il devient impossible de dire ce qui va se passer lorsque le maître hacker La Plaie utilise Dade, Kate et leurs amis dans une diabolique conspiration industrielle. Maintenant eux seuls peuvent éviter une catastrophe… comme le monde n’en a jamais vu.

En fait, le monde a souvent vu ce genre de chose ; du moins ceux d’entre nous qui se tiennent un peu au courant. Car le hacking reste un domaine de l’ombre, et pour cause : on ne détourne pas des systèmes de sécurité en agissant au grand jour ; simple question de bon sens puisqu’un gardien averti en vaut deux. Du coup, les guerres informatiques qui pullulent sur le réseau des réseaux se font en général en toute discrétion – le grand public ne s’en trouvant informé que de manière très occasionnelle – ou bien quand celles-ci touchent aux intérêts nationaux de grandes puissances – comme ce fut le cas il y a encore peu entre les USA et la Chine ; du reste, cet épisode-là n’est certainement que le premier d’une longue série (1)

Et puis de toutes manières, les hackers ne sont pas des guerriers, ce qu’illustre très bien ce film par railleurs resté malheureusement très confidentiel. Ce ne sont même pas des « casseurs de systèmes » à proprement parler en fait – au contraire des portraits qu’en brossent bien trop souvent des médias qui ne savent plus quoi faire pour appâter le chaland – mais juste des gens, pour la plupart bien plus intelligents que la moyenne, qui aiment dépasser leurs limites – ce qui reste somme toute bien humain. Ou plutôt devrais-je dire qui aiment dépasser les limites des systèmes informatiques, c’est-à-dire les limites des concepteurs de ces systèmes ; autrement dit, l’intelligence de ces concepteurs – ce qui est là aussi un combat vieux comme le monde.

Car il n’existe à ce jour aucun système informatique intelligent : si on trouve de l’intelligence dans un système artificiel, celle-ci n’est que l’intelligence de la personne qui l’a créé. De sorte que parvenir à casser un système de sécurité revient à surpasser l’intelligence du concepteur de ce système. Sous bien des aspects, le hacking n’est jamais que l’apologie du triomphe de la raison sur la force brute. Ou quelque chose comme ça…

Ce qui est fascinant dans ce film, c’est le portrait qu’il brosse de ces hackers, fort heureusement assez loin des clichés auxquels nous a habitué la littérature cyberpunk ou les techno-thrillers alarmistes : des jeunes gens pour la plupart, férus de sciences informatiques et de technologies de pointe, qui trouvent dans les systèmes de sécurité des défis qu’ils ne peuvent s’empêcher d’essayer de surmonter. Qu’ils soient jeunes n’est d’ailleurs pas un hasard, car cette tranche d’âge a toujours quelque chose à se prouver : il faut bien grandir après tout.

Et puis il y a les crashers, heureusement moins nombreux, qui, pour le coup, incarnent la véritable facette sombre du hacking : ceux-là ne se contentent pas de craquer les systèmes pour se prouver qu’ils en sont capables mais bel et bien pour les détruire. Ou bien, quand ils sont plus malins, pour en tirer de substantiels revenus. Comme ils sont intelligents, ils évitent de s’en prendre aux banques dont les systèmes de sécurité sont extrêmement performants et au lieu de ça s’associent à des confrères pour s’attaquer aux particuliers, notamment à travers des techniques de spam par courriels qui leur permet – quand ils tombent sur un gogo – de récupérer des données de cartes bleues. Par exemple. Ou encore, quand ils sont vraiment bons, ils infiltrent les banques de données de grands groupes industriels dont ils volent les secrets technologiques pour les revendre au plus offrant.

Les techniques pour ce faire sont innombrables. Inutile d’en dire davantage. Du reste, il y a peu de chances que vous soyez concerné, alors ne vous en souciez pas trop. Ce film vous en exposera – très brièvement – quelques-unes, mais avec ce qu’il faut de mystère pour qu’un apprenti-hacker évite de s’y risquer et, surtout, pour ne pas noyer le récit dans un fatras d’explications technico-ronflantes ; le parti-pris pictural du réalisateur se situe d’ailleurs dans la même veine : en fait, les programmes qu’utilisent les hackers ne ressemblent pas du tout à la représentation qu’en propose ce film – autrement l’audience profane ne pourrait plus le suivre et, pire, le fuirait. Bref, c’est une réalisation tout à fait en phase avec son public cible, celui des profanes.

Enfin, les personnages, qui pour le coup sont des jeunes gens tout à fait comme les autres, bien loin du cliché de l’ado boutonneux à lunettes et bedonnant dont le sens des relations humaines laisse pour le moins à désirer, au mieux. Ici, les hackers s’inscrivent tout à fait dans le réel : génération de l’informatique nourrie au biberon des jeux vidéo et des lignes de code, ils sont en prise parfaite avec le présent. Leur présent du moins, celui de ce net’ dont on n’a pas encore mesuré toute la portée et qui est déjà en train de devenir la plus grande révolution technologique – et donc sociale – de nos jours.

Comprendre les hackers, c’est saisir une des essences principales de notre monde contemporain. Celui de ces pulsations d’électrons qui se précipitent dans un vaste organisme informatique devenu la texture même de la réalité. Celui qui nous concerne tous, de près ou de loin. Celui qui nous définit, de gré ou de force.

(1) voir à ce sujet la vidéo de l’intervention de Guy-Philippe Goldstein sur les conséquences géopolitiques des cyber-guerres le 30 janvier dernier, lors des conférences TEDx.

Notes :

Le Manifeste des Hackers éclairera certainement le lecteur quant à l’état d’esprit qui sous-tend la pratique du hacking ; bien que pour le moins ancien, en tous cas à l’échelle temporelle de l’informatique, car publié sur internet en 1986, il demeure encore à ce jour tout à fait pertinent.

Le lecteur soucieux de protéger son ordinateur contre des hackers malveillants se penchera avec bonheur sur la dernière édition de l’excellent livre Halte aux Hackers de Stuart McClure, Joël Scambray et Georges Kurtz. Compte tenu du développement extrêmement rapide de ces technologies, il est inutile de fournir les références d’une édition précise de cet ouvrage.

Hackers, Iain Softley, 1995
MGM Entertainment, 2000
107 minutes, env. 6 €

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Capitaine Sky et le Monde de demain

Affiche du film Capitaine Sky et le Monde de demainNew York dans les années 30.

Alors que des scientifiques renommés commencent à disparaître et que Manhattan est attaqué par des machines volantes et de gigantesques robots, le reporter Polly Perkins décide d’enquêter. Elle est aidée par l’héroïque pilote capitaine Sky.

Ils découvrent que la personne qui est derrière ce complot est le Dr. Totenkopf. Son but est la destruction du monde…

La science-fiction au cinéma obtient rarement l’assentiment des amateurs du genre dans sa forme littéraire, parce que cette dernière privilégie les idées et les émotions au spectaculaire et aux effets spéciaux qui caractérisent les productions du domaine sur le grand écran. Du reste, et au contraire de ce que peuvent penser certains intellectuels à l’élitisme mal placé, la pléthore d’effets spéciaux au cinéma reste loin d’être un phénomène récent : Georges Méliès, déjà, à la lisière du XIXe et du XXe siècle, laissait une place prépondérante aux trucages dans ses réalisations. Depuis le phénomène n’a fait que s’accroitre pour commencer à dessiner une courbe exponentielle avec Star Wars, le récent Avatar n’étant qu’une autre étape de ce processus qui s’avérera certainement aussi éphémère que toutes celles qui l’ont précédée.

Pour autant, le commerce entre la science-fiction et les images est plus insidieux qu’il peut y paraître. Les spécialistes de la science-fiction se sont longtemps demandé si ce genre était une littérature d’idées ou bien une littérature d’images, avant de parvenir à la conclusion – peut-être un peu commode – qu’il s’agissait d’une littérature se servant des images pour faire passer des idées, ou du moins les illustrer. Après tout, il vaut mieux une bonne image que mille mots, comme dirait l’autre : d’où la prépondérance des effets spéciaux dans les paysages urbains expressionnistes de Metropolis (Fritz Lang, 1927) ou bien les océans interplanétaires époustouflants de 2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) ou encore la cité décadente et rouillée de Blade Runner (Ridley Scott, 1982). Du reste, ce commerce ne concerne pas que le cinéma, la BD ou les descriptions étoffant les récits écrits (1) puisque les premiers magazines exclusivement destinés à la science-fiction arboraient de façon presque systématique des dessins de couverture où le spectaculaire l’emportait le plus souvent sur le littéraire : il faut bien vendre après tout, et puis ce type de magazines – qu’on appelait pulps – n’avaient à l’époque aucunes prétentions intellectuelles.

Ce qui me permet d’en arriver à Capitaine Sky et le Monde de demain, puisque les pulps entièrement dédiés à la science-fiction se répandirent aux États-Unis durant les années 30 ; hors c’est précisément l’époque où se situe l’action de ce film. Ceci non plus n’est pas un hasard car c’est la décennie pendant laquelle Hollywood produisit le plus de serials, ces court-métrages réalisés à la manière de feuilletons et qui étaient projetés dans les salles de cinéma en première partie d’un ou deux long-métrages aux budgets plus conséquents : c’était là un excellent moyen de réduire les coûts de production à une époque où les conséquences de la crise de 29 se faisaient encore durement sentir, tout en fidélisant les spectateurs à travers des scénarios à suivre s’achevant en cliffhangers. Si la recette s’inspire directement des comics de la même époque, elle emprunte aussi à ces derniers leurs thèmes et leurs sujets, ainsi que leurs licences parfois – voilà comment Superman et Flash Gordon, entre beaucoup d’autres, arrivèrent dans les salles obscures pour la première fois… Ce qui fait qu’en dépit de leur fréquent statut de productions cultes auprès d’un public actuel mais averti, ces serials étaient en règle générale considérés comme du « mauvais » cinéma ; somme toute, il ne s’agissait jamais que des ancêtres des actuels films d’action ou d’aventure, ou encore de… science-fiction.

Capitaine Sky et le Monde de demain se veut de toute évidence un hommage à ces serials : par l’époque où il situe l’action du récit pour commencer ; par la technique de narration, ensuite, qui va de péripéties en rebondissements et retournements de situation entrecoupés de scènes d’action plus ou moins musclées ; par le scénario lui-même, enfin, qui est à peine plus sophistiqué que le synopsis reproduit ci-dessus et qui repose à la fois sur des personnages complètement clichés mais aussi une absence totale de propos doublée d’une simplicité tout à fait manichéenne ; et puis bien sûr – surtout – par ses images…

Ce qui fait la particularité de ce film, et son seul véritable intérêt au final, ce sont ses visuels – totalement dénués d’idées au demeurant et qui, du coup, ne présentent aucune des qualités qu’on attribue aux images de la science-fiction – car ses visuels sont une parfaite retranscription du style serial de l’époque, sans aucune forme de modernisation dans leur forme, mais réalisés avec des moyens techniques actuels. Tous les designs des objets, véhicules, robots et autres machines, fantastiques ou non, tous les éléments visuels de Capitaine Sky… ne sont qu’un prétexte pour retourner trois-quarts de siècle en arrière, à l’époque où les effets spéciaux étaient fabriqués en carton et animés avec des bouts de ficelles et des étincelles ; sauf qu’ici les engins sont modélisés en 3D, animés par des virtuoses et incrustés grâce à toutes les dernières technologies de compositing.

Si les rééditions de vieux comics tels que Flash Gordon (Alex Raymond, 1933) ou Buck Rogers (Philip Francis Nowlan, 1928) ont habité votre enfance, le résultat est tout simplement magique : avec leurs écrous apparents, leurs articulations grossières, leurs formes improbables, leurs appendices inutiles, leurs faisceaux de rayons concentriques, leurs gadgets ridicules, et j’en oublie, toutes les machines de Capitaine Sky… exhalent ce charme suranné et à nul autre pareil de cet antan toujours plus beau à chaque jour nouveau. La photographie même du film – à base de plans sombres, de tons sépias et de contrastes vifs – est elle aussi en parfaite adéquation avec ces serials de l’époque filmés à la va-vite en un temps où les caméras étaient bien moins sensibles aux subtilités de la lumière qu’elles le sont de nos jours.

Ne cherchez pas dans Capitaine Sky… du grand cinéma mais du cinéma tout court : plus qu’un spectacle, c’est un voyage dans le temps ; plus qu’un film, c’est une résurrection ; plus qu’un divertissement, c’est la preuve que même les œuvres damnées d’une époque troublée ne meurent jamais tout à fait sans laisser de postérité.

(1) descriptions qui ne concernaient pas que des éléments visuels mais aussi, souvent, des théories ou principes techno-scientifiques en donnant ainsi au lecteur la possibilité de s’en faire une représentation – c’est-à-dire une image – au travers de laquelle l’auteur du récit pouvait lui transmettre son idée, ou bien lui permettre d’échafauder ses propres idées en stimulant son imagination grâce à la force esthétique et émotionnelle convoyée par ladite représentation ; sur ce dernier point, voir l’article de Gérard Klein, « Astronomie et science-fiction : un ciel d’encre » (Ciel & Espace Hors-série « Science-fiction : l’autre façon d’explorer l’univers », juillet-aout 2006).

Récompenses :

Saturn Award pour les meilleurs costumes, 2005.
Sierra Award, 2005, et PFCS Award, 2004, pour les meilleurs effets spéciaux.
– nominé au prix Hugo, catégorie Best Dramatic Presentation – Long Form, 2005.

Capitaine Sky et le Monde de demain, Kerry Conran
Paramount, 2005
106 minutes, env. 6 € (DVD collector)


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