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I Can Has Cheezburger

Logo du site I Can Has CheezburgerSi comme moi vous aimez les chats, vous apprécierez certainement le site I Can Has Cheezburger. Au contraire de ce que laisse penser son nom, il n’y est question de fast food que de façon très indirecte ; en effet, tout le concept de cette communauté tourne autour de l’idée que les chats raffolent de cheeseburgers, ce à quoi tous les connaisseurs de ces félidés ne trouveront rien de bien étonnant mais qui devient ici le prétexte de très franches rigolades quand on voit comment de banales scènes de la vie quotidienne peuvent être détournées.

Il y est donc question de lolcats, c’est-à-dire des photographies augmentées d’une légende humoristique au langage le plus souvent châtié, et qui ne concernent pas que les chats mais bel et bien tous les sujets possibles et imaginables. Les imageboards abondent de ce genre de détournements et les lolcats y ont trouvé une place toute particulière, pour ne pas dire franchement emblématique. Par ailleurs, le focus fait sur les chats dans de telles créations démontre bien comment ces animaux jadis haïs sous prétexte de relations inavouables avec le Démon ont pu enfin trouver leur chemin vers le cœur des hommes.

Avant que vous cliquiez sur le premier lien fourni au tout début de ce billet, il y a un détail qui mérite d’être mentionné : le site vers lequel ce lien vous mènera est tout en anglais, et précisément en anglais argotique – c’est-à-dire un anglais encore plus difficile à déchiffrer que le traditionnel – dont le nom même du site est d’ailleurs un exemple tout à fait révélateur. Mais si vous êtes fâché avec la langue de Shakespeare, il vous restera toujours les images, qui à elles toutes seules valent déjà bien le détour…

WE3

Couverture de l'édition française de la BD WE3Bandit est un chien toujours soucieux du bien-être de ses maîtres humains ; Minette est une chatte aimée en dépit de son sale caractère ; Pirate est un lapin doux. Tous trois sont ravis à leurs propriétaires et se retrouvent dans un laboratoire militaire où on les équipe du dernier cri de l’armement pour en faire les prototypes d’une nouvelle forme de soldat : un guerrier implacable et inhumain, dans tous les sens du terme, qui doit mener des guerres « propres » dont plus aucun être humain sera victime.

Mais une fois les tests concluants, les responsables du projet veulent mettre les cobayes au rebut. Pour Roseanne, l’instructrice qui a appris à les aimer, cette décision est inacceptable. Alors elle leur donne une chance de retrouver leur liberté. Poursuivis par l’armée, les trois animaux se retrouvent dans un monde où leur apparence fait d’eux des monstres, un monde où leur instinct et leur entraînement les rendent aussi dangereux que leurs poursuivants… mais un monde où quelque part existe cette chose qui s’appelle « maison ».

Planche intérieure du comics WE3Après des centaines de livres, de BD et de films se réclamant de la science-fiction, on a du mal à s’étonner devant de nouvelles découvertes. On devient blasé en quelque sorte. Puis on tombe sur WE3 et on se dit que c’était une bonne idée de se laisser tenter par cette couverture inhabituelle, parce que c’est le genre de voyage dont on ne revient pas entier…

Ce n’est pas tant que ce récit propose quelque chose de nouveau dans le thème mais plutôt dans la facture. Si le sujet des expérimentations militaires sur des « gens » innocents est pour le moins banal et bien assez convenu, il prend ici une tournure inattendue et d’autant plus bienvenue qu’elle est menée avec un immense talent, à la fois sur le plan narratif et sur le plan graphique.

Planche intérieure du comics WE3Dès les premières planches, on comprend que les trois animaux sont les personnages principaux de l’histoire, car des humains on ne voit pas le visage – un procédé graphique ici d’une habileté rare. L’impression se confirme par la suite, quand on suit leurs tribulations à travers ce monde qu’ils ont bien connu mais où ils se retrouvent étrangers et en fin de compte paumés. Quant à leur humanisation, elle passe tout simplement par la parole, car ici les chercheurs ont donné aux animaux la seule chose qui leur manque pour en faire des êtres humains – l’expression est bien connue…

C’est donc, et malgré tout le paradoxe que porte le sujet de départ, une histoire humaine, c’est-à-dire profondément émotionnelle – car basée sur des ressentis au lieu d’idées – et effectivement Planche intérieure du comics WE3émouvante – car le pari des auteurs est gagné – en dépit d’une intrigue qui repose abondamment sur l’action – à travers des graphismes tout à fait étonnants – mais entrecoupée de passages où l’aspect « humain » des personnages principaux prend toujours le pas – ce qui est bien la marque des grands récits. Rappelons au lecteur incrédule que la littérature classique n’est pas exempte d’un tel sujet : le Croc-Blanc, de Jack London, entre autres, vient immédiatement à l’esprit.

Il ne faut pas pour autant s’égarer à faire dire aux auteurs de WE3 ce qu’ils ne disent pas, à savoir que la frontière entre les humains et les animaux est plus mince qu’on le croit souvent – comme l’ont bien démontré du reste les conclusions récentes de recherches scientifiques – car tous les événements présentés dans cette histoire ne sont que les conséquences logiques de la dégénération aussi brutale qu’inattendue d’une situation pour le moins explosive au départ. Mais une dégénération qui reste néanmoins le fruit d’une intervention humaine.

Mené tambour battant par un tandem d’auteurs qui s’est affirmé depuis longtemps comme un nouveau maître de la narration graphique, WE3 est une de ces perles crève-cœur à découvrir de toute urgence.

WE3, Grant Morrison & Frank Quitely, 2004-2005
Panini Editions, collection Vertigo Graphic Novel, janvier 2007
104 pages, env. 17 €, ISBN : 978-2-84538879-6


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