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Conan le Barbare

Affiche américaine originale du film Conan le BarbareEntre l’époque où les océans engloutirent l’Atlantide et l’avènement des fils d’Arius, il y eut une période de l’Histoire fort peu connue, dans laquelle vécut Conan. Destiné à poser la couronne d’Aquilonia sur un front troublé, ce barbare du nord vit son peuple et sa famille massacrés par une troupe de guerriers qui le vendit comme esclave alors qu’il était encore enfant. Devenu gladiateur, puis voleur, il allait accompagné de l’archer Subotaï et de la guerrière Valéria quand il retrouva la trace des assassins de ses parents…

Un mot bien précis permet de décrire cette adaptation de Conan le Barbare sur le grand écran : l’authenticité. Authenticité dans les décors, dans les costumes, les accessoires, les chorégraphies de combat, voire même dans le récit proprement dit qui sait s’éloigner de la sempiternelle lutte du Bien contre le Mal à travers une quête là aussi, oui, mais pour… la vengeance. John Milius réussit ici le pari de rendre crédible, palpable, réelle une époque aussi reculée que fictive dans le sens où elle n’exista que dans l’imaginaire des différents auteurs qui s’emparèrent tout au long du siècle dernier du personnage de Conan depuis son invention par Robert E. Howard (1906-1936) en pleine Grande Dépression.

En témoigne la rareté des incursions de la magie qui, ici, se comptent sur les doigts d’une main tout juste. Elles présentent de plus l’immense qualité de se montrer aussi brèves que discrètes et pour ainsi dire presque tout à fait dispensables à chaque fois – à l’exception d’une paire d’entre elles au plus. À vrai dire, ce Conan… n’a de l’heroic fantasy qu’une certaine dimension mythique qui, du reste, ne s’appuie que très peu sur les poncifs du genre dans ce cas précis. L’aventure et son décorum prennent ici le pas sur les différents artifices caractéristiques de ce domaine littéraire : ce pourrait être un péplum, une fresque moyenâgeuse ou quoi que ce soit de comparable – bref, une production située dans le réel le plus brut…

Pour cette raison, on n’y trouve pas cette impression de toc, faute d’un meilleur terme, qui exsude littéralement de nombre de réalisations plus modernes où les effets spéciaux, en particulier numériques, mettent à mal la dimension artistique par une surabondance en fin de compte assez malvenue. Trop d’effets tuent les effets en quelque sorte, et avec eux la magie qu’ils sont pourtant supposés convoyer. Non parce-qu’ils ne laissent plus aucune place au scénario – on s’y est habitué et de toutes façons une intrigue élaborée ne fait pas nécessairement une bonne histoire – mais parce-que cette saturation d’images fantastiques finit d’une certaine façon par blaser, même si la virtuosité des techniciens qui les réalisent reste digne de la plus grande admiration. Sur ce point, on peut rappeler que la magie des contes et légendes d’antan se montrait le plus souvent d’une discrétion exemplaire, sans éclairs ni boules de feu jaillissant dans tous les coins, et encore moins de chimères finissant par devenir ridicules à force d’exhiber toutes sortes d’appendices somme toute sans aucune utilité.

Au lieu de ça, Conan… affiche une aisance insolente à se montrer réaliste alors même qu’il ne l’est pas, pas plus qu’il ne cherche à l’être pour commencer. Pourtant, les techniques de l’époque permettaient une débauche d’effets spéciaux tous plus époustouflants les uns que les autres. Mais le réalisateur choisit une autre direction, bien plus inattendue dans un tel registre, surtout compte tenu des différentes représentations que les artistes faisaient du personnage de Conan en général, qu’il s’agisse des peintures de Frank Frazetta (1928-2010) ou bien des différentes BD parues d’abord chez Marvel puis chez Dark Horse, pour citer les médias les plus connus. Et cette direction choisie par John Milius reste à mon sens la première raison derrière le succès de ce film.

Non à l’époque de sa sortie, il y a maintenant plus de 30 ans, mais depuis celle-ci – encore que je devrais peut-être plutôt parler de la pérennité de l’œuvre au lieu de son succès… Parce-qu’en se basant sur des visuels si concrets et si plausibles, tous basés sur des choses aussi réelles que des architectures, des vêtements et des objets tirés de l’Antiquité ou d’avant, au lieu d’utiliser l’informatique et le virtuel pour illustrer des concepts purement imaginaires, Conan… résiste à l’épreuve du temps. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les scènes qui ont le plus mal vieilli restent celles à effets spéciaux, et pas seulement pour leur réalisation à présent assez datée.

Si la sortie de la trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson près de 20 ans après Conan… fit un peu oublier ce dernier, il n’en est pas moins resté la meilleure incarnation du genre de l’heroic fantasy au cinéma pendant tout ce temps. Quant à ceux d’entre nous qui préfèrent une magie véritable et traditionnelle, car discrète, aux effets spéciaux tapageurs et le plus souvent gratuits, ils gardent la plupart du temps un net faible pour le film de Milius.

À présent, à vous de faire votre choix…

Séquelles :

D’abord sous la forme du film Conan le Destructeur (Richard Fleischer ; 1984), qui connut un succès commercial moindre que Conan le Barbare et, surtout, qui déçut beaucoup de fans pour son récit sans saveur et son action essoufflée. Arnold Schwarzenegger, qui s’était engagé à figurer dans trois autres films de Conan au moins après celui-ci, décida d’ailleurs de briser son contrat…

Enfin, un troisième film, annoncé en octobre 2012 sous le titre The Legend of Conan, doit sortir en 2014 avec à nouveau Schwarzenegger dans le rôle titre. Cette séquelle servira de suite directe à Conan le Barbare, en ignorant complétement Conan le Destructeur.

Conan le Barbare (Conan the Barbarian), John Milius, 1982
20th Century Fox, 2002
125 minutes, env. 9 €

The Governator

Un visuel d'annonce de la série TV d'animation The GovernatorCertains sont increvables. Si on en croit l’information diffusée le 30 mars dernier par le magazine en ligne PopWatch, il semble qu’Arnold Schwarzenegger, pourtant âge de 63 ans maintenant, reste encore bien loin de la fin de sa carrière : après le champion de body-building, après l’acteur de films d’action, après le politicien devenu gouverneur de Californie, voici qu’il escompte devenir vedette du petit écran à travers une série d’animation intitulée… The Governator. Sans rire…

Ce projet échafaudé avec la complicité de Stan Lee, pape de la culture super-héros depuis un demi-siècle au bas mot, connaîtra son lancement dès l’année prochaine à travers un comics en plus de la série d’animation déjà citée, avant de se voir adapté en jeu vidéo puis en un long-métrage pour le cinéma. C’est du moins ce qu’a affirmé la star internationale il y a moins de deux semaines, une nouvelle d’abord accueillie avec un certain pessimisme avant de voir quelques chaînes de télévisions européennes et latino-américaines acheter les droits d’exploitation pour leur pays respectif.

Quel que soit le destin réel de la chose, on ne peut qu’admirer une telle volonté de poursuivre sa carrière de la part d’un homme qui a déjà prouvé sa valeur dans nombre de domaines pourtant si différents les uns des autres. Et si les fans de la première heure ont depuis longtemps passé l’âge de s’intéresser à ce genre de choses, leurs enfants, par contre, semblent bel et bien une cible toute indiquée…

Quant à ce que ça va donner concrètement sur le plan de la réalisation pure, inutile de s’attendre à un chef-d’œuvre quand on connaît le niveau des productions américaines en terme de série TV d’animation pour la jeunesse. Quoi qu’il en soit, voici la bande-annonce officielle :

Et pour ceux d’entre vous qui n’ont aucun problème en anglais à l’oral, une interview vidéo de Schwarzy est disponible ici-même

Last Action Hero

Affiche française du film Last Action HeroDanny, onze ans, est un enfant mal dans sa peau. Sa seule échappatoire au quotidien insipide d’un New-York terne chez sa mère à peine divorcée : le cinéma, et surtout pour y voir les films des aventures explosives du flic de choc Jack Slater interprété par Schwarzenegger. Un jour, le projectionniste du cinéma du quartier l’invite à voir le dernier film de la série lors d’une soirée de contrôle des pellicules, la veille de sa sortie officielle. Cerise sur le gâteau, il lui a aussi préparé un autre cadeau : un billet d’entrée qu’aurait enchanté Houdini. Mais le billet est vraiment magique, et Danny se retrouve projeté dans le film, aux côtés de son héros Jack Slater avec lequel il va vivre une aventure extraordinaire !

L’industrie d’Hollywood a ceci de particulier qu’elle est capable du pire comme du meilleur : après les explosions successives à la fois de records de budgets et de taux d’audience des films d’action des années 80, il était temps pour ce genre de se trouver enfin dynamité à son tour par le monde même du cinéma qui l’avait engendré.

Car Last Action Hero est bien une parodie, mais aussi – comme la plupart des attitudes de ce type – un brillant hommage, en l’occurrence à ces films d’action au propos tous aussi inexistants pour les uns comme pour les autres et qui commencèrent à tomber en déluge sur les salles de projection du monde entier dès la fin des 70s. S’il n’y a pas beaucoup plus de propos dans celui-ci, on y trouve néanmoins une critique – souvent très drôle, pour autant qu’on en possède les clefs – de ce genre bien particulier qui se prête d’autant plus à la réprobation que ses exagérations systématiques pour s’attirer les bonnes grâces d’une audience peu encline à l’élitisme en font la cible privilégiée du rigorisme intellectuel. La différence avec les articles du niveau de publications comme Les Cahiers du Cinéma tient dans le fait qu’ici le réalisateur prend le diable par la queue et nous propose au final un autre film d’action.

Mais pas n’importe lequel. Si au début, nous y suivons Danny à l’intérieur d’un film dont la vocation est de distraire, le récit amène assez vite les protagonistes principaux à en ressortir pour rejoindre la réalité même. C’est là pour Jack Slater l’occasion de comprendre qu’elle est la véritable nature de son existence – ce qui lui occasionne nécessairement un choc, surtout quand il rencontre le comédien qui l’incarne – et pour le spectateur de réaliser pourquoi en fin de compte il aime les films d’action – car ils sont bien plus excitants que la réalité, forcément. C’est à travers cette double mise en abîme que Last Action Hero prend tout son sens, qu’il sort du cadre du burlesque – certes parodique mais néanmoins limité en dépit d’originalités certaines – pour rejoindre celui de l’hommage – en encensant un cinéma sans cesse décrié mais dont on ne parvient toujours pas à se passer malgré tout.

Last Action Hero ou quand « Arnold flingue Schwarzy », bien sûr, mais aussi quand l’audience sort de la salle plus savante à son propre sujet qu’en y entrant, ce qui aux dernières nouvelles reste une des marques de ces œuvres qui comptent vraiment… celles qu’on est pas prêts d’oublier.

Notes :

Peut-être à cause de la sortie de Jurassic Park une semaine plus tôt, Last Action Hero fut un échec au box office américain, rapportant à peine 50 millions de dollars alors qu’il en avait coûté 85 – un budget important pour l’époque.

Last Action Hero a néanmoins connu un gros succès d’estime, par l’intermédiaire d’un bouche à oreille pour le moins élogieux, et notamment à travers l’exploitation VHS, au point de devenir un film culte.

Les férus de cinéma ne manqueront pas de noter de nombreuses références et clins d’œil aux plus grandes productions, populaires comme d’auteurs, tout au long du film.

Last Action Hero, John McTiernan, 1993
Columbia Tristar Home Entertainment, 2003
130 minutes, environ 10 €

Total Recall

Affiche du film Total RecallMilieu du XXIe siècle. Sur Mars, la colonie fédérale est à la botte de l’administrateur Cohaagen, un homme violent et sans scrupule qui règne sur les colons d’une main de fer. Sur Terre, Douglas Quaid mène une vie heureuse : un bon job, une épouse magnifique… Mais tous les soirs, il rêve qu’il visite Mars avec une femme qu’il n’a jamais vu, alors qu’il n’a jamais mis les pieds sur cette planète.

Malgré les avertissements de ses proches, il recourt aux services de l’agence Rekall pour réaliser son rêve en se faisant modifier la mémoire par l’implantation de faux souvenirs d’un voyage sur Mars. Il choisit en option de vivre les aventures d’un agent secret… Mais l’implantation ne se passe pas très bien : quand il revient à lui, des gens peu recommandables sont à ses trousses.  Comme s’il en savait trop. Comme un agent secret découvert et qui doit disparaître…

Il finit par apprendre qu’il doit se rendre sur Mars pour résoudre ce mystère. Mais qui ça « il » au fait ? Doug Quaid ou un autre ? Est-il bien celui qu’il croit être ?

Ce film est ce que je considère comme un excellent compromis entre le respect qu’un réalisateur doit montrer pour l’œuvre dont il s’inspire et les exigences que réclament les productions de science-fiction pour le grand écran. D’abord parce que Verhoeven se place ici tout à fait dans la lignée du thème principal développé par Philip K. Dick (1928-1982) dans l’ensemble de sa production, et ensuite parce que le réalisateur n’est pas tombé dans le piège de l’artiste maudit hypnotisé par les mânes de l’intellectualisme primaire : c’est une œuvre satisfaisante à la fois pour les aficionados des explorations de l’âme humaine et pour les fans de films d’action bien menés.

Le lecteur profane appréciera certainement que je revienne un instant sur le thème principal qui sous-tend la production de Philip K. Dick avant de poursuivre. Cet auteur de science-fiction s’est en effet illustré dans de très nombreux récits reposant sur l’idée que la réalité n’est pas forcément celle qu’on croit ; la remise en question de l’identité y est un thème connexe et souvent présent. Il s’agit ni plus ni moins de la concrétisation, à travers le prisme de la science-fiction, des fondements même de la psychanalyse – dans le sens où notre définition de la réalité ne dépend que de notre personnalité et que celle-ci n’est jamais que le produit de nos expériences. Ou quelque chose comme ça. Je ne m’étendrais pas davantage sur l’intérêt de cette œuvre prise dans sa globalité et me contenterais de souligner qu’elle me semble assez surestimée en général, son auteur ayant en réalité toujours utilisé les même ficelles sans jamais parvenir réellement à se diversifier (1). Il me semble…

Quoi qu’il en soit, ce film est une brillante adaptation de ce thème prépondérant dans l’œuvre de Dick (2) et, du moins à ma connaissance, le premier du genre. En effet, il apparaît assez vite au cours du récit que l’identité même de Quaid est pour le moins sujette à caution : bien avant qu’il arrive sur Mars, déjà, une information le laisse pantois – et le spectateur avec lui. Et une fois parvenu à la conclusion du film, le mystère demeure. Car tous les événements de cette histoire correspondent effectivement au souhait que fait Quaid chez Rekall, et l’aventure qu’il vit est bien digne d’un James Bond. Alors, cette aventure a-t-elle bien eu lieu, ou bien n’est-elle que le produit de l’imagination de Quaid ? Avons-nous bien vécu la « réalité » avec lui ou bien sommes-nous, comme lui, restés prisonnier de son délire ? Évidemment, les spécialistes de ce film et de Philip K. Dick se rangent chacun dans deux camps précis dont les réponses à ces questions se situent à l’opposé de celles de l’autre bord. Vous n’aurez qu’à vous faire les vôtres. Elle seront tout aussi valables. Croyez-moi sur parole.

Reste l’autre facette de ce film, qui concerne son aspect spectaculaire. Mais comme il s’agit d’un Schwarzenegger réalisé par Verhoeven, il y a peu de chance que vous soyez déçu sur ce point, de sorte qu’il est inutile de rentrer dans les détails…

(1) à ce sujet, je ne pourrais jamais assez recommander non les romans de Dick mais au contraire ses nouvelles, qui ont au moins le mérite de faire dans le bref plutôt que de s’étioler dans un délire permanent et somme toute assez lassant…

(2) je dis bien l’œuvre en général et non la nouvelle précise dont ce film est tiré, celle-ci étant beaucoup plus courte et bien moins pertinente que son adaptation, du moins pour ce que j’en ai entendu dire puisque je ne l’ai pas lue moi-même.

Notes :

Ce film est une adaptation très libre de Souvenirs à vendre (We can Remember it for You Wholesale), une nouvelle de Philip K. Dick publiée en 1966 et présente dans de nombreux recueils et anthologies.

Ce même texte inspira aussi une série TV, Total Recall 2070, une co-production américaine, canadienne  et allemande  en 22 épisodes de 42 minutes.

Total Recall, Paul Verhoeven, 1990
Optimum Home Entertainment, 2008
113 minutes, env. 9 € neuf


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