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Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Couverture du livre d'art Hardware - The Definitive SF Works of Chris FossL’art de science-fiction aussi novateur que distinct de Chris Foss révolutionna l’illustration de couverture des livres de poche tout au long des années 70 et 80.

Relevant la barre de façon considérable sur l’inventivité et sur le réalisme, ses vaisseaux spatiaux éreintés par les combats, ses paysages extra-terrestres théâtraux et ses architectures brutalistes en ruines changèrent à jamais l’esthétique de la science-fiction à travers un style reconnaissable entre tous.

Présentant des travaux pour des livres d’Isaac Asimov, E. E. « Doc » Smith, Arthur C. Clarke, A. E. Van Vogt et Philip K. Dick, ainsi que des designs pour des films de Ridley Scott et de Stanley Kubrick, cet ouvrage rassemble les travaux les plus classiques comme les plus rares, des jamais vus aux oubliés de l’édition.

La première rétrospective complète de la carrière d’illustrateur de science-fiction de Chris Foss. (1)

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Comment parler de l’art de science-fiction sans évoquer le nom de Chris Foss ? Il figure parmi les plus illustres, de son temps comme du précédent ainsi que du suivant : de Frank R. Paul à Michael Whelan, en passant par Virgil O. Finlay, Chesley Bonestell, Mel Hunter, Frank Kelly Freas, John Schoenherr, Bruce Pennington, Boris Vallejo et Jim Burns pour n’en citer que quelques-uns ; on ne compte plus les artistes qui l’ont imité, au moins à un moment ou un autre de leur carrière, avec en premier lieu Peter Elson et Chris Moore mais aussi Tim White et Peter JonesTony Roberts et David Jackson, Angus McKie et bien sûr le français Manchu, parmi de nombreux autres ; ses travaux dépassèrent vite le cadre de l’illustration de science-fiction dans sa forme littéraire pour s’attaquer à celle du cinéma – à travers des projets de films d’Alejandro Jodorowski, Ridley Scott, Stanley Kubrick ou Richard Donner – comme de la narration graphique – par des illustrations de couverture de magazines, dont au moins une de Métal Hurlant.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Chris Foss compte le plus simplement du monde comme un géant parmi les géants. Pas seulement par ses architectures dantesques et déchiquetées, ses navires sillonnant le ciel en surgissant des nuages, ses robots titanesques dépeçant des carcasses de métal et de plastique, ses paysages enfiévrés où jamais l’Homme ne mit le pied et qui ne lui sont d’ailleurs pas destinés. Non pour ces thèmes somme toute rebattus jusqu’à la nausée déjà à l’époque où il commença sa carrière, mais pour la manière dont il les illustra. Car, chez Foss, la poésie des arts plastiques se combine à la suprême technicité de l’hyperréalisme en un tout aussi fascinant que paradoxal. Voilà ce qui distingue l’inspiration de Foss de celle de ses prédécesseurs : cette volonté affirmée de rendre crédible ce qui ne l’est pas, de sublimer l’aspect émotionnel du concept et de la composition par une représentation au matérialisme brut.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

De sorte qu’il ne s’agit pas de réalisme technique mais bel et bien de réalisme pictural. À y regarder de près, en effet, les engins de Foss ne fonctionnent pas vraiment ; les articulations qu’il dessine ne peuvent plier, les vaisseaux qu’il peint ne peuvent voler, les structures qu’il conçoit ne peuvent tenir debout. Et pourtant, on croit à leur existence. Leurs textures et leurs matières de métal, de rouille et de plastique comme celles de pierre, d’eau ou de plantes qui les entourent parfois semblent assez vraies pour qu’on puisse les toucher ; leurs détails correspondent à la perfection à ce qu’on s’attend à voir dans de telles scènes, et le moindre brin d’herbe comme le plus petit écrou jouent ici le même rôle que les entrées d’air ou les propulseurs les plus colossaux – donner à l’image l’allure d’une réalité sans faille, aussi écrasante qu’indiscutable, mais pourtant d’autant plus convaincante que fausse.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Voilà donc comment l’art de Chris Foss devint l’un des plus prisés de la science-fiction : en s’accordant à la perfection à ce qui reste l’essence même de ce genre – l’illusion de réalité conférée à des idées imaginaires. Toute la différence étant que ce réalisme-là découle d’images et non de mots. Pour cette raison, ne commettez surtout pas l’erreur de passer à côté d’un exemplaire de cet ouvrage car vous rateriez ainsi le recueil le plus complet à ce jour de l’artiste qui sût le mieux infléchir l’art de la science-fiction dans cette direction qu’il n’a jamais vraiment quitté depuis. À noter aussi que le volume présente en introduction plusieurs textes signés du graphiste Rian Hughes, du cinéaste Alejandro Jodorowski déjà cité plus haut et de l’artiste Jean « Mœbius » Giraud (1938-2012) ainsi qu’un entretien avec Foss mené par la fille de celui-ci, Imogene : autant de raisons de plus pour ne pas se priver…

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

Note :

Outre l’édition standard chroniquée ici, cet ouvrage est aussi disponible en édition spéciale limitée à 400 exemplaires (ISBN : 978-0-857-68559-9) qui propose différents bonus dont un livret de huit pages de galerie de couvertures et deux reproductions en grand format signées par l’artiste.

Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss, Rian Hughes & Imogene Foss
Titan Books, mai 2011
240 pages, env. 30 €, ISBN : 978-1-848-56698-9

plus d’images sur The Guardian
– le site officiel de Chris Foss
– la chaîne Youtube officielle de Chris Foss
– d’autres avis : Parka Blogs, SFF World, The Trades, We Love Cult, What Culture!
– sur la blogosphère : Very Aware, Geek Native, Media Mikes, Future Conscience

Science (fiction)

Couverture du recueil d'illustrations Science (fiction)Comme la plupart de ses collègues voués à illustrer des œuvres de science-fiction, de fantastique ou de fantasy, Manchu soutient un défi apparemment impossible. Le public attend des représentations réalistes d’univers littéraires et imaginaires constitués avec des mots.
Dans l’art difficile du réalisme impossible, Manchu est certainement l’un des meilleurs, voire le meilleur, comme le montrent les peintures réunies dans ce volume.

Gérard Klein

L’inspiration première de Manchu saute aux yeux dès les premières images de lui qu’on aperçoit. D’ailleurs, il revendique lui-même l’influence de Chris Foss, ce qui en dit bien assez long sur lui-même, ou du moins sur son approche de l’illustration. Ici, le réalisme dans la facture est une condition sine qua non : sans réalisme, une illustration ne peut prétendre être de Manchu ; tout comme elle ne peut prétendre convaincre autant d’ailleurs, ce qui explique peut-être un tel choix de la part de l’artiste. Le réalisme présente en effet comme immense avantage de rendre une image crédible, quel que soit son sujet, de par son rendu même qui la rapproche d’une photographie.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Pourtant, les illustrations de Manchu poussent ce réalisme bien plus loin que celui de Chris Foss, car au contraire de l’œuvre de ce dernier, le réalisme ici n’est pas qu’une simple question de rendu dans les matières et les éclairages, il repose aussi sur les détails de conception des divers engins et machines, mais aussi robots et véhicules que les dessins présentent. Ici, les articulations et les systèmes qui les actionnent, par exemple, paraissent eux aussi réels, ils entrent dans le registre du possible, du palpable ; même chose pour les roues et les réacteurs, les radars et les antennes. De sorte que chacun de ces objets pourrait très bien surgir de l’image si on n’y prend pas garde.

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Voilà donc pourquoi Science (fiction) mérite une place sur vos étagères. Parce qu’on voit rarement des peintures aussi convaincantes dans un domaine pourtant toujours difficile à exprimer en raison de son essence même, celle de l’imaginaire. Au reste, vous y trouverez aussi divers croquis et recherches pour des projets allant de la BD au jeu de rôle, ainsi que plusieurs travaux pour la science, dont le magazine Ciel & Espace en particulier, mais aussi une présentation succincte de la méthode de travail de l’artiste. Et une biographie en 22 axes. Au final, cet ouvrage représente surtout une excellente introduction à l’œuvre d’un auteur bien plus hors norme qu’il y paraît…

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Planche intérieure du recueil d'illustrations Science (fiction)

Science (fiction), Manchu
Delcourt, collection Série B n° (1), novembre 2002
100 pages, env. 24 €, ISBN : 2-84055-995-1

– le site officiel de Manchu
– la page de l’auteur chez Delcourt

Entertainment Bibles

Couverture du premier volume de la série d'artbooks Entertainment Bible, consacré à Mobile Suit GundamLes plus anciens parmi vous se souviennent peut-être de cette brève série d’une cinquantaine d’artbooks au format de poche publiés par Bandai de 1989 à 1992. Comme le nom de cette collection l’indique, d’ailleurs, ces Entertainment Bibles devinrent vite non la Bible mais les bibles des fans d’animes en général et des mechaphiles en particulier : chacun de ces tomes, en effet, était l’occasion d’examiner en détail les diverses méchaniques, bestiaires, chara designs et autres éléments-clés d’une production spécifique.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°15 consacrée à Heavy Metal L-GaimDans les grandes lignes, tous ces volumes s’organisaient de la même manière : d’abord une brève présentation de l’univers du récit agrémenté de quelques illustrations, puis un ensemble de planches en couleurs pour introduire les personnages principaux juste avant une autre série de pages elles aussi colorisées qui donnaient un aperçu des engins et véhicules importants ; ces informations se voyaient ensuite reprises en détails dans des pages en noir et blanc qui représentaient la plus grande partie du tome.

Couverture de l'Entertainment Bible n°9 consacrée à Studio NueEn somme, ces Bibles n’étaient rien d’autre que des artbooks « light » puisqu’on y trouvait à peu près les mêmes informations que dans des ouvrages plus conséquents et de plus grande taille – mis à part les interviews de réalisateurs ou de designers, ainsi que des informations de production – mais en format réduit. Pourtant, il y avait néanmoins une différence de taille avec l’artbook standard : une Bible ne s’arrêtaient pas à un titre mais englobaient l’ensemble des productions liées à ce titre, telles que les spin off.

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°23 consacrée à Mobile Police PatlaborPar exemple, le tout premier volume de la série ne se concentrait pas uniquement sur Mobile Suit Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1979) mais présentait aussi les nombreux designs développés pour la ligne de maquettes et de jouets Mobile Suit Variation ainsi que les mechas de l’OVA alors récente Mobile Suit Gundam 0080: War in the Pocket (Fumihiko Takayama ; 1989). Une Bible était donc l’occasion d’approcher une œuvre dans sa globalité et non juste un titre isolé, ce qui permettait ainsi au lecteur de mieux en cerner le propos général.

Couverture de l'Entertainment Bible n°10 consacrée à la série TV The ThunderbirdsS’il va de soi que le but implicite d’une telle collection était de garder vivace l’éclat de productions anciennes à l’aune d’autres plus récentes, et ceci afin de maintenir un niveau de ventes satisfaisant, il n’en reste pas moins que la synthèse qu’effectuait un volume de cette série participa beaucoup au succès de ces Bibles auprès du public. Et notamment ceux qui n’avaient pu se procurer les premières éditions des artbooks officiels d’une production : une Bible permettait donc, entre autre, de rééditer à moindre coût…

Planche intérieure de l'Entertainment Bible n°33 consacrée aux personnages de la franchise Mobile Suit GundamMais ces ouvrages ne se consacraient pas qu’aux œuvres de science-fiction et de mechas, car certains volumes se penchaient sur la série de films kaijû des Godzilla et ses nombreuses suites, ou bien sur l’univers fantastique de Devilman, le fameux personnage démoniaque créé par Go Nagai au début des années 70. Chose assez inhabituelle, certains tomes se consacraient même à des productions non japonaises : ce fut le cas notamment de la fameuse série TV d’animation britannique Les Sentinelles de l’air (Thunderbirds ; 1965-1966).

Couverture de l'Entertainment Bible n°27 consacrée à Super Dimensional Fortress MacrossSous bien des aspects, les Entertainment Bibles constituaient, et restent encore de nos jours, une excellente porte d’entrée vers l’ensemble de l’imaginaire de la culture populaire japonaise, ce autour de quoi il s’est formé puis solidifié ; dans ce sens, cette collection prend presque une valeur de témoignage : à travers ses tomes, on peut distinguer les racines principales des productions actuelles de l’archipel dans les registres du fantastique, de la fantasy et de la science-fiction – soit une dimension historique inestimable.

Tout le problème étant, hélas, que cette collection se trouve depuis longtemps épuisée et que les exemplaires de ses numéros se négocient donc à des prix parfois très élevés… De sorte que s’il vous arrive d’en croiser un, vous serez certainement bien inspiré de l’acquérir : outre l’aspect « culturel » de l’ouvrage, vous pourrez toujours le revendre bien plus cher que ce qu’il vous a couté.

Hyper Weapon 2007

Couverture de l'artbook Hyper Weapon 2007Le genre mecha souffrant en occident d’un manque de considération flagrant, les artistes qui donnent leurs designs aux productions du domaine restent eux aussi inconnus. De sorte que mis à part des ténors tels que Kunio Ôkawara – dont les mobile suits n’ont fait le tour du monde qu’avec l’offensive de Bandai dans la diffusion internationale de la franchise Gundam – ou des créateurs comme Shoji Kawamori – qui ne se sont pas exprimés que dans ce genre précis – le public français connaît assez peu de noms.

Page intérieure de l'artbook Hyper Weapon 2007Ainsi Makoto Kobayashi figure-t-il sur la liste des illustres inconnus, ce qui est regrettable quand on voit quel talent reflètent ses créations. Pourtant, Hyper Weapon 2007 n’en rassemble qu’une fraction : quatrième de la série, il suit Hyper Weapon : 2001 – 2984 et Hyper Weapon 2 : 1999 Infightzone Earth qui exposaient de nombreuses créations personnelles du modéliste ; par la suite, Hyper Weapon 2005, puis le présent volume mais aussi les opus 2008 et 2009 se concentrèrent sur ses travaux pour l’animation.

Personnages principaux du manga Dragon's HeavenNé en 1960, Kobayashi démontra vite sa créativité hors norme dans les pages d’Hobby Japan mais aussi d’un autre magazine alors nouveau qui allait vite devenir la référence en matière de science-fiction et de mecha design : Newtype. Avec un titre en hommage évident à Mobile Suit Gundam, à l’époque la dernière révolution du genre mecha, ce magazine s’est vite affirmé comme un parfait tremplin pour de jeunes artistes en exposant leurs travaux au grand public comme aux professionnels de l’industrie.

Page intérieure de l'artbook Hyper Weapon 2007Voilà comment Kobayashi se fit remarquer et se retrouva à travailler sur des productions pour le moins d’envergure comme Mobile Suit Zeta Gundam (Yoshiyuki Tomino ; 1985) et sa suite directe, Mobile Suit ZZ Gundam (Tomino ; 1986), avant de porter sur écran sa propre œuvre Dragon’s Heaven (1988) en une OVA tirée du manga éponyme ; cette production présente d’ailleurs la particularité de montrer des maquettes originales de Kobayashi animées image par image pendant les premières minutes.

Jaquette DVD Vidéo de l'OVA ICE - Yesterday, Today and No futureMais si cette œuvre « de jeunesse » occupe un nombre conséquent de pages de cet ouvrage, le reste se répartit pour l’essentiel sur des créations de commande pour plusieurs productions dont certaines ont atteint la célébrité hors de l’archipel : je pense en particulier à Last Exile (Koichi Chigira ; 2003) ainsi qu’à Samouraï 7 (Toshifumi Takizawa ; 2004) mais surtout à l’OVA ICE (Kobayashi ; 2007) dont les divers travaux de designs occupent de nombreuses planches du volume, avec beaucoup de détails.

Bien que mal connu chez nous, Makoto Kobayashi demeure malgré tout un des artistes les plus talentueux et les plus prolifiques de l’industrie de l’animation et du manga depuis les années 80, et qui mérite largement votre attention. Si cet ouvrage est à présent épuisé et très difficile à trouver neuf, il ne représente qu’un volume dans une série qui prend toujours plus d’importance chaque année avec la sortie d’un nouvel opus ; ceux d’entre vous qui doutent toujours pourront visiter le site non officiel The Art of Makoto Kobayashi où ils trouveront de très nombreuses reproductions de clichés et croquis allant des premiers travaux jusqu’aux créations des années 2000.

Hyper Weapon 2007
MODELART Co.Ltd, février 2007
64 pages, 1,400 ¥ (env. 13 €), ISBN : 0-8734-0370-X

Kawamori Shoji Design Works

Couverture de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksDepuis le temps que j’évoque Shoji Kawamori dans certains de mes billets, je me suis dit que je pourrais vous en parler un peu – non du bonhomme à vrai dire, puisque je n’ai pas l’honneur de le connaître en personne, mais de son travail. Un billet sur son dernier artbook – publié en mars 2006, ce qui date un peu – en est la parfaite occasion : on y trouve en effet un panorama assez vaste de l’ensemble de sa production, présenté sur plus de 200 pages, même si certaines créations ont hélas été occultées…

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksAvant de poursuivre, on peut préciser que la carrière de Kawamori ne touche pas qu’à l’industrie du manga et de l’animation mais aussi, parfois, à l’industrie tout court. Il faut dire qu’avec un cursus d’étudiant en aéronautique dans ses jeunes années, il a de quoi comprendre les exigences de domaines assez pointus. Voilà comment il put designer un Aibo pour Sony. Par exemple.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksMais l’ensemble de son travail reste quand même dans le domaine de l’anime – beaucoup plus que celui du manga. Né en 1960, il y fit ses débuts dès 1978 en rejoignant l’équipe de Studio Nue, et bien sûr, il commença par y dessiner des mechas, notamment pour Tôshô Daimos même s’il participa aussi à la seconde série de Space Cruiser Yamato, The Comet Empire.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksIl travailla aussi sur Ulysse 31 d’ailleurs, pour lequel il dessina la plupart des machines, robots et vaisseaux que vous avez pu y voir. Il eut aussi l’occasion de travailler sur nombre de Transformers, dont le célèbre Grand Convoy mieux connu chez nous sous le nom d’Optimus Prime. Il est toutefois regrettable que son travail sur ces productions n’apparaissent pas dans cet artbook

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksMais c’est surtout avec Macross que Kawamori obtint la gloire, à seulement 22 ans – même si on oublie souvent qu’il ne fut pas seul sur ce projet. Ses travaux de design pour Macross comprennent le fameux chasseur aérien Valkyrie qui reste souvent considéré comme le premier mecha transformable de manière réaliste – c’est-à-dire sans pseudo-morphing comme c’était le cas jusque-là (1).

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksDès lors, la machine était lancé et Kawamori se vit associé à de nombreuses productions dont certaines comptent encore comme les plus prestigieuses. Les films de Patlabor par exemple : ses travaux pour ces réalisations prennent ici une demi-douzaine de pages – on aurait aimé en voir plus, et surtout plus détaillé quand on sait le focus que fait cette franchise sur le réalisme.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksIl eut aussi l’opportunité de travailler sur la franchise Gundam – dont il est un fan affirmé depuis toujours – en dessinant les mobile suits éponymes de Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory., une OVA de 13 épisodes. Là encore, on peut déplorer que ses travaux présentés dans cet ouvrage occultent une partie non négligeable des détails dont sont pourtant friands les mechaphiles…

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksMais Kawamori n’a pas dessiné que des mechas – du moins au sens strict du terme – car, comme beaucoup de designers, il aime bien les voitures et son travail considérable sur la franchise Future GPX Cyber Formula occupe ici de très nombreuses pages. C’est l’occasion de voir une facette assez peu connue d’un artiste qui a bien plus d’un tour dans son sac.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksIl aime aussi les vaisseaux spatiaux d’ailleurs, comme il l’a démontré à maintes reprises, et bien avant Macross déjà. À ce sujet, vous trouverez ici de nombreuses reproductions de ses travaux sur des productions aussi diverses que Tosho Daimos ou Crusher Joe ou encore Outlaw Star. Et en dehors de l’industrie de l’anime, sur des lignes de jouets telle que la série des Exo Forces de Lego.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksLe secteur du jeu vidéo a aussi utilisé son travail, notamment la série des Armored Core – sujet d’un billet précédent – qui montre une assez nette évolution de son style : les reproductions de ses dessins sont ici très abondantes, ce qui ravira les fans de la franchise. Hélas, on ne trouve rien de son travail sur d’autres titres du jeu vidéo, tels qu’Omega Boost ou Tech Romancer.

Occupent aussi de très nombreuses pages ses croquis et ses développements pour Eureka Seven, projet qui l’a visiblement passionné de sorte que c’est là une belle occasion d’examiner de près sa méthode de travail : on y voit notamment comme les esquisses sont d’abord jetées de façon très spontanée avant d’être peu à peu affinées à travers une suite de dessins successifs.

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design WorksMais ce sont bien ses productions pour la série Aquarion qui abondent le plus : à l’époque son œuvre personnelle la plus aboutie, produite et animée par le studio Satelight qu’il dirige, on s’attendait bien à ce qu’elle soit ici vedette. S’y trouve d’ailleurs confirmé que les professionnels du mecha design recourent eux aussi aux Lego pour échafauder leurs créations, ce qui du reste ne surprend pas…

Si les fans de Macross regretteront certainement qu’il ne soit pas fait plus honneur à cette œuvre-phare de Kawamori, ils trouveront néanmoins de quoi largement se consoler en parcourant le reste de cet ouvrage pour le moins conséquent. Quant aux autres, qui connaissent mal – ou pas du tout – le travail de cet artiste, ils auront l’occasion d’examiner les diverses facettes d’un créateur de premier plan de l’industrie de l’animation japonaise – ce qui pourrait les amener à se pencher de plus près sur les nombreuses œuvres qui les mettent en scène…

Page intérieure de l'artbook Kawamori Shoji Design Works

(1) on peut préciser qu’un an avant Macross, Space Runaway Ideon montrait déjà des véhicules qui changeaient de forme pour s’assembler en un gigantesque mecha : même sans tenir compte de leur transformation assez simple, on peut leur objecter le statut de premier mecha transformable de façon réaliste parce qu’ils étaient en fait des « combiners » – des mechas qui prennent forme par la combinaison de plusieurs unités distinctes, d’où leur nom.

Notes :

Cet artbook est le troisième exclusivement consacré au travail de Kawamori, après Kawamori Shoji Macross Design Works (novembre 2001) et Kawamori Shoji Cyberformula Design Works (août 2000), tous deux édités chez Movic.

D’autres travaux de Kawamori peuvent être examinés dans la galerie de son site officiel hébergé chez Satelight – page bilingue japonais/anglais.

Le lecteur souhaitant en savoir plus sur cet auteur pourra se pencher sur la retranscription de sa conférence à la Japan Expo 2013.

Kawamori Shoji Design Works
MdN Corporation, mars 2006
207 pages, 3,500 ¥ (env. 30 €), ISBN : 4-8443-5843-X


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