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Robotech: The Untold Story

Jaquette VHS de l'édition originale américaine du film Robotech: The Untold StoryQuand le SDF-1 de Zor s’écrasa sur Terre, les dirigeants du Gouvernement de la Terre Unifiée firent entreposer tous les secrets de la robotechnologie dans des banques de données classées secret-défense. Une décennie plus tard, l’armée zentradienne vint réclamer sa science perdue et l’humanité bascula dans la Première Guerre Robotech. Vingt ans après cet holocauste, alors que de nouvelles cités ont émergé des cendres, une autre armée surgit de l’hyperespace pour récupérer les secrets de leur technologie perdue…

Mark Landry, un jeune homme sans histoires, tombe sur un appareil militaire bien étrange pour lequel un de ses meilleurs amis perdra la vie. Fuyant l’armée à ses trousses, Mark découvre que l’engin est doté de particularités pour le moins curieuses. De plus, il ne cesse de capter des messages d’Eve, la vedette télé locale qui supplie Mark de venir à son secours… Tâchant de rester en vie dans ce micmac, il finit par croiser la route du colonel B.D. Andrews, un soldat émérite pourtant bien loin de ce qu’il parait…

En dépit des controverses qui l’entourent, il faut admettre qu’il y a quelque chose du génie chez Carl Macek : si Robotech (Robert V. Barron ; 1985) se cantonne pour l’essentiel à la juxtaposition – plus ou moins heureuse selon les affinités – de trois séries complètement différentes et sans aucun autre lien entre elles qu’une maison de production commune, certaines des idées que présente cette histoire, cet univers conservent malgré tout plus de 25 après une force et une saveur rares. En bref, un sense of wonder (1) rarement égalé.

Là où brille Robotech: The Untold Story, c’est en parvenant à en rajouter là où on croyait qu’il n’y avait plus rien à dire. Pour les connaisseurs que vous êtes peut-être, le tour de force scénaristique se montre tout à fait admirable compte tenu des limites techniques et matérielles imposées au réalisateur. Pour les autres, c’est hélas un mélo confus de narration maladroite et de designs de toute évidence trop hétéroclites pour aller ensemble : les notes ci-dessous vous en expliqueront toutes les raisons.

En dépit d’un sentiment de « déjà vu » bien sûr impossible à éviter pour les raisons techniques et matérielles que je viens d’évoquer, Robotech: The Untold Story n’en reste pas moins un spectacle agréable et distrayant, voire innovant sur certains aspects, qui saura ravir les fans – dont je suis, et je ne m’en cache pas – pour peu que ceux-là ne fassent pas l’impardonnable erreur de voir cette production sur grand écran. Ce qui, du reste, a fort peu de chance d’arriver, alors pourquoi se priver ?

Pour aficionados, donc. Et exclusivement !

(1) cette expression désigne en général le sentiment de vertige, ou ressenti du même ordre, qui saisit le lecteur face à l’exposition de certains faits techno-scientifiques qui bouleversent sa perception du réel et/ou sa compréhension du monde ; c’est un effet typique de la science-fiction.

Notes :

Ce film est un spin off de Robotech réalisé à partir de séquences tirées du film Megazone 23 (Noboru Ishiguro ; 1985) et de la série TV Super Dimensional Cavalry Southern Cross (Yasuo Hasegawa ; 1984).

Selon Carl Macek, cette production vit le jour à la demande de Cannon Films qui, en 1985, commanda à Harmony Gold un long-métrage de Robotech – à l’époque de plus en plus populaire – pour une sortie au cinéma à l’été 1986. Devant ces délais bien trop courts pour une création entièrement originale, Carl Macek, commissionné par Harmony Gold, utilisa donc la première partie de Megazone 23 pour créer le prototype du film, enlevant le contenu sexuel explicite et les scènes de violence avant de le faire doubler en anglais. Mais Cannon Films refusa cette version car il y avait selon eux « trop de filles » et « pas assez de robots » et lui demandèrent d’ajouter des scènes d’action de la série TV Southern Cross alors assez récente. Macek protesta car celle-ci était réalisée en 16mm, le format standard d’une série de l’époque, alors que Megazone 23 était en 35mm : le résultat serait horrible sur grand écran. Mais Cannon Films insista en demandant aussi des changements dans la conclusion, jugée trop pessimiste, de sorte que Harmony Gold dut commander 12 minutes de séquences supplémentaires au studio Idol Co. Ltd pour une nouvelle fin. Si la combinaison de productions différentes fonctionna à merveille pour Robotech, le résultat fut moins heureux pour The Untold Story dont la projection-test au Texas s’avéra un désastre, de sorte que Harmony Gold prétendit peu de temps après sa sortie que ce film n’avait jamais existé et laissa expirer sa licence de Megazone 23 quelques années plus tard… Cependant, Robotech: The Untold Story rencontra un vif succès dans certains pays tel que l’Argentine.

Au départ, l’intrigue du film devait se situer durant le retour du SDF-1 sur Terre depuis Pluton, soit pendant le premier tiers du segment Macross de Robotech. Le récit devait présenter Mark Landry, un proche de Rick Hunter, découvrant que le Gouvernement de la Terre Unifiée cachait au public la vérité du sort de la forteresse et luttant pour rétablir la vérité. Cependant, à cette époque, Tatsunoko Production travaillait dur à la promotion du film Macross: Do You Remember Love? (Noboru Ishiguro & Shoji Kawamori ; 1984) et insista auprès de Carl Macek pour que celui-ci n’utilise aucun élément de Macross dans The Untold Story afin d’éviter toutes confusions.

Une adaptation en comics vit le jour en 1995 chez Academy, sur un scénario de Benny R. Powell et des illustrations de Chia-Chi Wang, qui, à la demande de l’éditeur, ne devait reprendre la création originale que comme base sur laquelle développer une série entièrement nouvelle. Ainsi, si le premier numéro reprend bien le matériau original, le second s’en démarque complétement. Par la suite, Academy perdit la licence Robotech au profit d’Antarctic Press.

Des éléments de ce film servirent à l’intrigue du tome 20 de l’adaptation de la série TV Robotech en romans, The Masters’ Gambit.

Robotech: The Untold Story, Carl Macek & Noboru Ishiguro
Cannon Films & Harmony Gold, 1986
81 minutes, pas d’édition française à ce jour

– le site officiel de Robotech (en)
Robotech Comics Blog (en)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Robotech

Jaquette du coffret de l'édition française intégrale de la série TV Robotech - Macross : la sagaEn 1999, alors que le lancement de la station spatiale Nouvelle Frontière a précipité le monde dans le chaos de la troisième guerre mondiale, un vaisseau spatial extraterrestre colossal s’écrase sur l’île de Macross, dans le Pacifique. Devant la perspective d’une invasion de la Terre par des êtres venus d’ailleurs, les nations se rassemblent sous une seule bannière pour mettre leurs efforts en commun afin de protéger le genre humain ; à cet effet, l’exploitation de la technologie de l’épave tombée du ciel devient une priorité.

Dix ans plus tard, en 2009, le navire extraterrestre remis en état et baptisé SDF-1 s’apprête pour son vol inaugural. C’est alors que surgissent les zentradiens, venus du fin fond de l’univers pour réclamer ce vaisseau qui leur appartient. Très vite, les événements s’emballent et l’Humanité bascule dans la première des trois Guerres Robotech qui bouleverseront le monde pour toujours…

Comme ceci arrive souvent dans le registre des productions de l’esprit, le projet Robotech trouve ses racines dans un concours de circonstances assez inhabituel. Si au départ ses créateurs souhaitaient distribuer uniquement The Super Dimension Fortress Macross (Noboru Ishiguro ; 1983) aux États-Unis, les chaînes locales, elles, ne permettaient pas sa diffusion en raison de son nombre d’épisodes trop réduit. Pour cette raison, Harmony Gold décida de combiner Macross avec plusieurs autres productions afin d’obtenir le nombre d’épisodes minimal requis. S’ils envisagèrent un temps de placer bout à bout les trois réalisations de la série « Super Dimension » – qui, outre Macross, comprend The Super Dimension Cavalry Southern Cross (Yasuo Hasegawa ; 1984) et The Super Dimension Century Orguss (N. Ishiguro ; 1983) –, le studio de doublage avec lequel ils se trouvaient en affaire, lui, avait obtenu les droits de Genesis Climber Mospeada (Katsuhisa Yamada ; 1983) dont la traduction était déjà bien entamée. Ainsi se vit écarté Orguss

Jaquette du coffret de l'édition française intégrale de la série TV Robotech - Southern CrossMais combiner de la sorte trois productions au départ indépendantes exigeait de reconsidérer leur narration respective pour que le résultat final donne un récit cohérent, et surtout pas l’impression que les trois productions avaient simplement été mises bout à bout – comme d’ailleurs ses créateurs l’avaient envisagé pendant un temps en espérant que les chaînes de télévision n’y verraient que du feu… Voilà pourquoi les productions originales se virent plus ou moins considérablement altérées afin de s’intégrer aux deux autres, notamment à travers l’ajout de divers éléments absents des récits de départ – comme la Fleur de Vie et son fluide primal qui sert ici de carburant pour les mechas. Pour couronner le tout, et afin de ne pas choquer les parents du public cible, les personnages subirent une simplification aux allures de caricature, leurs noms furent américanisés jusqu’au ridicule, un narrateur se vit introduit pour expliquer des évidences, et bien sûr les passages violents disparurent en entier. Parmi divers outrages.

Devant ce carnage, les fans occidentaux d’animes de l’époque, ou du moins ceux qui connaissaient leur affaire, c’est-à-dire des gens somme toute assez peu nombreux, hurlèrent bien sûr au scandale. Sans effet aucun. Les lois et les administrations avaient encore une fois écrasé la création artistique sous la bureaucratie et les copyrights, et le monde ne s’en était pas arrêté de tourner pour autant… À vrai dire, il s’était même plutôt enrichi : Robotech, en effet, et dans la continuité de plusieurs autres productions du moment, comme Voltron (plusieurs réalisateurs ; 1981) ou Transformers (Kozo Morishita ; 1984), parmi divers titres, contribua largement à la diffusion de la culture anime hors du Japon – pour cette raison au moins, ses détracteurs se plaignirent pour rien : le massacre, en fin de compte, avait eu pour résultat la concrétisation de leurs attentes. Robotech reste d’ailleurs depuis cette époque une production aux nombreux fans de par le monde, qui en conservent un souvenir ému et lui vouent encore une affection pour le moins enthousiaste.

Jaquette du coffret de l'édition française intégrale de la série TV Robotech - MospeadaIl faut bien dire aussi qu’en dépit des coupes et des ajouts, l’esprit original des productions de départ restait malgré tout assez intact, d’une part, et que ce qui faisait leur attrait auprès d’une audience jeune et masculine – action et mechas – demeurait tel quel, d’autre part. Sous bien des aspects, d’ailleurs, Robotech, s’affirmait comme une production hors du commun, et peut-être même sans pareil aucun dans le domaine de la science-fiction sur le petit écran. En dépit de certaines incohérences d’une époque du récit à l’autre, mais somme toute assez mineures, l’ensemble se montrait pour le moins surprenant dans son échelle temporelle qui étalait son récit sur plus de 30 ans en faisant se télescoper plusieurs générations de héros à travers une aventure épique transcendant les époques. Plus qu’une histoire, c’était une vision de l’Histoire d’un futur possible (1). Bref, du jamais vu jusqu’alors pour toute une génération de spectateurs habitués à des choses à la fois bien plus simples et répétitives – surtout dans le genre mecha.

Et que l’ensemble conserve encore la plus grande partie de sa force, malgré une animation bien évidemment surannée, prouve bien que Robotech compte parmi les œuvres d’exception, voire peut-être même les classiques. Pour toutes ces raisons, n’hésitez donc pas à vous pencher dessus si l’occasion se présente à vous : de par son âge même, puisqu’elle date de cette époque où les distributeurs n’avaient pas les mains liées par les exigences des fans, Robotech reste un pan de la culture anime dans tout ce que celle-ci peut avoir de plus… inattendu.

Et puis, qui sait ? Cette production assez unique en son genre pourrait même vous plaire…

(1) à ne pas confondre avec une « histoire du futur », terme désignant une suite de récits qui dépeignent un avenir en évolution et dont chaque histoire permet d’en explorer un segment ; beaucoup d’écrivains de science-fiction ont produit des séries de ce type, tels qu’Isaac Asimov (1920-1992), Arthur C. Clarke (1917-2008) ou Robert A. Heinlein (1907-1988), pour citer les plus connus.

Spin-off et séquelles :

Robotech: The Untold Story (Carl Macek ; 1986) se déroule durant les événements de Southern Cross, le segment central de Robotech. Bien que basé sur le film Megazone 23 (N. Ishiguro ; 1985), auquel furent ajoutées des séquences de The Super Dimension Cavalry Southern Cross, ce film se conclue sur des séquences réalisées juste pour cette édition américaine. Un échec retentissant aux États-Unis, ce film connut néanmoins beaucoup de succès dans divers pays tels que l’Argentine.

Robotech II: The Sentinels (Carl Macek ; 1986) devait au départ être une nouvelle série TV racontant l’odyssée du SDF-3 et de son équipage, commandé par Rick Hunter devenu amiral, vers le monde des Maîtres de Robotech pour y négocier la paix avec eux mais qui trouve cette planète aux mains des invids… Des circonstances boursières défavorables sont à l’origine de l’arrêt du projet dont seuls les trois premiers épisodes furent produits ; ceux-là furent mis bout à bout pour réaliser ce film.

Robotech: The Shadow Chronicles (Tommy Yune ; 2005) se déroule durant les tous derniers épisodes de la série TV originale dont ce film oriente la conclusion vers l’ouverture d’une nouvelle saga où l’alliance humains-haydonites – une race extraterrestre introduite dans les comics adaptant le projet avorté The Sentinels – révèle une menace sous la forme d’une espèce appelée « Les Enfants de l’Ombre ». On reste sans nouvelles à ce jour du projet de série TV que ce film devait amorcer.

Adaptations :

Si la licence Robotech échoua à s’incarner dans une nouvelle série TV, son exploitation dans le format comics prend de telles proportions qu’il semble assez illusoire de tenter d’en recenser toutes les productions. Nombre de celles-ci auraient pu se trouver citées dans le paragraphe précédent tant elles couvrent de sujets différents.

En jeux vidéo, on peut citer Robotech: Battlecry (2002) un TPS pour Xbox, PS2 et GameCube ainsi que Robotech: The Macross Saga (2002) un shoot them up pour GBA, mais aussi Robotech: Invasion (2004) un TPS/FPS pour Xbox et PS2. Robotech: The New Generation (2007), pour téléphones mobiles, est le dernier titre en date à ce jour.

À l’automne 2007, après le succès international du premier film Transformers, la société de production Maguire Entertainment appartenant à Tobey Maguire a déclaré avoir acquis les droits pour une adaptation de Robotech en long-métrage live action. On reste sans nouvelles à ce jour de ce projet qui semble en development hell

En jeu de rôle sur table, sous le titre de Robotech: The Role-Playing Game, édité par Palladium Books et écrit par Kevin Siembieda pour la majorité des volumes. Si le premier livre de règle se concentre sur la période Macross, les diverses extensions se penchent sur les autres époques de la série TV originale ainsi que sur Shadow Chronicles et The Sentinels.

En une série de romans, écrits par Jack McKinney – en fait le nom de plume du duo James Luceno et Brian Daley (1947-1996). Si la série TV originale comprend 12 volumes, la période correspondant à The Sentinels en ajoute cinq de plus et un dernier conclue la saga d’une manière que de nombreux fans trouvent bien peu satisfaisante…

Notes :

Le titre Robotech est en fait une invention de la société Revell, fabricante de kits de modélisme, qui avait obtenu les droits de distribution hors Japon des maquettes tirées de Macross, Orguss, Mospeada mais aussi Fang of the Sun Dougram (Ryousuke Takahashi & Takeyuki Kanda ; 1981) : quand Harmony Gold voulut établir un partenariat avec Revell pour la distribution de la série TV aux États-Unis, le fabricant de maquettes leur imposa le nom de Robotech avec lequel il souhaitait vendre les jouets japonais. Pour plus de détails, le lecteur curieux se penchera sur l’article La Saga des kits Robotech chez Hobby Forever.

La vidéo qui accompagne ce billet est celle du générique français de la toute première diffusion de Robotech sur la Cinq en 1987, retenue ici pour son aspect nostalgique ; ceux d’entre vous curieux de savoir ce que donne le générique américain original peuvent l’écouter ici.

Robotech, Robert V. Barron, 1985
Déclic Images, 2002
85 épisodes / trois coffrets, env. 40 € le coffret (occasions seulement)

– le site officiel de Robotech (en)
Robotech Comics Blog (en)
– l’avis de Kamehameha Japanime
– le guide des différences entre Robotech et les séries originales (en)

Carl Macek (1951-2010) : l’office commémoratif

Photo de Carl MacekC’est demain qu’aura lieu la cérémonie d’hommage à Carl Macek, sans qui la culture manga et anime ne serait peut-être pas aussi bien représentée en Occident de nos jours.

Si Macek est bien connu – et resta longtemps une figure controversée – pour son travail sur Robotech, on oublie souvent qu’il participa aussi à l’importation aux USA – et donc dans le reste du monde – de nombreuses productions japonaises, dont le film d’Akira et Mon Voisin Totoro, mais aussi d’Albator, de Silent Möbius et de Ken le Survivant, entre beaucoup d’autres, et notamment à travers sa compagnie Streamline Pictures qu’il avait fondé en 1988.

C’est donc une personnalité majeure de l’industrie qui nous a quitté le 17 avril dernier, à seulement 58 ans, et sans laquelle le pont qui relie l’Extrême-Orient à l’Occident n’aurait peut-être pas été aussi solide qu’il l’est aujourd’hui : tous les fans d’animes et de manga, en Europe comme en Amérique, lui doivent quelque chose. Au moins un peu…

La cérémonie aura lieu à 14 heures, dans la ville de Sherman Oaks, Californie, à l’Église Congréganiste des Carillons. Si comme moi vous êtes fan d’animes et/ou de manga, il n’aura pas volé que vous lui consacriez une pensée, même fugace…


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