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Samurai from Outer Space

Couverture du livre Samurai from Outer SpacePourquoi les occidentaux de toutes générations sont à présent aussi attirés par les films d’animation japonais, des productions réalisées exclusivement par des animateurs japonais pour une audience japonaise ?

Leurs spectateurs américains comptent des millions de gens ignorant que ce qu’ils regardent est japonais, mais aussi le croissant « culte anime », avec des clubs de fans dans presque chaque lycée et campus ainsi que des magazines spécialisés et des sections dédiées dans les vidéo-clubs.

Dans Samurai from Outer Space, Antonia Levi révèle les significations cachées de l’animation japonaise : les symboles et les mythes tirés du shintoïsme, du bouddhisme et de l’art traditionnel japonais – autant de détails que des spectateurs occidentaux ne saisiront pas à moins de les leur préciser.

Avec 20 illustrations couleur, Samurai from Outer Space est à la fois une introduction pour les profanes et une mine d’informations pour les fans confirmés. (1)

Voilà un livre fascinant, car en dépit de son âge pour le moins avancé – surtout dans un domaine comme la culture manga où les choses évoluent assez vite – il parvient à conserver la plus grande partie de sa force. C’est le privilège de l’Histoire, qui propose des données le plus souvent inaltérables, à la différences des histoires, dont l’intérêt fluctue souvent sur des périodes de temps variables.

Car ici, l’accent est mis sur les données historiques propres à l’animation japonaise ; il ne s’agit pas pour autant d’un exposé chronologique de ce média asiatique bien particulier, mais bel et bien d’un examen détaillé des divers truismes narratifs et artistiques propres aux animes en regard de leurs racines historiques – c’est-à-dire culturelles. L’ouvrage est donc, du moins en quelque sorte, immortel (2).

La raison en est que son auteur, Antonia Levi, est historienne spécialisée dans l’Histoire du Japon – où elle a d’ailleurs vécu de très nombreuses années : pour dire comme elle connait doublement bien son affaire. Ainsi, et au contraire d’autres auteurs d’ouvrages sur l’animation japonaise, elle se trouve tout à fait à même de relier entre eux les éléments propres à la culture du Japon traditionnel et les productions modernes de ce pays.

Mais il ne s’agit pas juste de données purement historiques, car elle démontre aussi l’influence directe du théâtre Nô sur la mise en scène dans les animes ; ou bien le poids de l’art pictural traditionnel japonais de la gravure sur bois dans ces même productions ; ou encore l’adaptation des techniques de représentation minimaliste caractéristiques des compositions zen sur ces œuvres modernes. Je vous laisse découvrir le reste…

De plus, comme toutes les créations artistiques du monde, celles-ci reflètent toujours plus ou moins la société qui les a engendrées. Je dis bien « plus ou moins » car, on s’en doute un peu, il y a toujours des exagérations, ou plutôt des interprétations qui varient selon les individus et les idées qu’ils souhaitent transmettre dans leurs œuvres.  C’est l’avantage de la démocratie et de la « pensée libre » qui la caractérise.

Antonia Levi s’efforce néanmoins de généraliser le plus possible, ce qui est bienvenu car ceci lui évite de se perdre dans des exégèses risquant vite de devenir épineuses, mais aussi tout à fait admirable quand on voit le nombre de productions qu’elle évoque et dont elle parvient malgré tout à saisir les idées de fond communes – en dépit de différences notables qui constituent en fait de simples variations sur un thème.

Articulé autour de cinq thèmes principaux, allant des divinités aux femmes, en passant par la notion de héros, les nombreuses itérations des robots et diverses métaphysiques de l’existence telle que la mort, Samouraï fron Outer Space examine en détail de quelle manière le Japon contemporain s’exprime sur des sujets certes universels mais que cette civilisation interprète d’une manière fort différente de l’Occident.

Or, c’est bien de ces interprétations que découle une culture, celle-là même à partir de laquelle les conteurs et les artistes créent leurs œuvres. Voilà comment cet ouvrage s’affirme non comme une bible mais au moins comme un instrument de découverte, et peut-être même de référence, tout à fait indispensable pour qui veut mieux comprendre le Japon moderne – du moins à travers ses productions les plus populaires dans le reste du monde.

Toutefois, n’escomptez pas y trouver de quoi satisfaire votre soif de découverte de nouveaux titres – et surtout pas ceux de productions récentes, pour des raisons évidentes – car la plupart des œuvres citées sont bien connues, parfois même du grand public. Voyez plutôt ce livre comme une tentative pour éclairer ces œuvres sous un jour qui peut sembler nouveau à un occidental mais qui est en réalité ancestral.

Antonia Levi témoigne ici d’une érudition proprement étourdissante, non seulement sur l’Histoire du Japon et ses mythes et légendes traditionnels mais aussi sur la société japonaise actuelle dans tout ce qu’elle peut présenter de paradoxal – du moins à nos yeux d’occidentaux. Conformément aux racines de cette culture manga – et donc anime – qu’elle examine, son livre plonge dans le passé pour mieux expliquer le présent (3).

À mi-chemin entre l’Histoire et la sociologie, Samurai from Outer Space est un ouvrage-clé pour qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de l’animation japonaise. En fait, son seul véritable défaut est qu’il n’est disponible qu’en anglais… ce qui en découragera hélas plus d’un.

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

(2) il n’est pas exclu que la récente ouverture de la culture manga / anime au reste du monde ait un tant soit peu altéré les spécificités évoquées, mais les évolutions que doivent engendrer une telle exportation restent encore à déterminer avec précision et me semblent pouvoir être considérées comme négligeables pour le moment.

(3) ce qui est certes typique des historiens, mais que l’auteur ait ici choisi de se pencher sur un sujet aussi moderne – voire postmoderne – compte tenu de son cursus entièrement académique reste pour le moins inhabituel et tout à fait digne de louanges.

Samurai From Outer Space: Understanding Japanese Animation, Antonia Levi
Open Court Publishing Company, 1996
169 pages, pas d’édition française à ce jour

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Le retour du Japanbar !

Logo du nouveau site JapanbarC’est après quelques mois d’interruption que le Japanbar rouvre enfin ses portes : des soucis d’ordre technique ayant perduré bien trop longtemps avaient en effet amené son équipe – dont je fais désormais partie d’ailleurs, au passage – à le retirer de la toile, au grand regret de ses nombreux habitués.

Cette période est maintenant révolue et le site se trouve à nouveau disponible, précisément depuis hier, avec un webdesign tout neuf. Vous y trouverez entre autres des infos sur l’actualité de la japanime, des chroniques et des articles sur des œuvres majeures (1), une liste de liens à ne pas manquer pour parfaire votre culture du domaine, un lexique des principaux termes utilisés dans les mangas et les animes, et puis – bien évidemment – un forum : j’espère d’ailleurs vous y retrouver bientôt…

Et même si vous connaissez mal la japanime – ce genre de chose arrive à beaucoup de gens – n’hésitez pas à venir y faire un tour quand même : ça peut être un excellent moyen de combler vos lacunes dans le domaine et, pourquoi pas, de vous découvrir une passion que vous n’auriez peut-être pas soupçonné – sans compter que cette communauté reste une des plus enthousiastes et des plus sympathiques que j’ai pu connaître (2).

D’ailleurs, ses chroniqueurs font tous preuve du plus grand sérieux dans la rédaction de leurs articles et critiques, et tous les écrits publiés sont systématiquement corrigés par l’ensemble de l’équipe pour en vérifier le bien-fondé et les qualités d’écriture avant publication (3) : simple question de respect du lecteur qui échappe à beaucoup…

Alors, si ça vous dit, et vous ne risquez bien entendu strictement rien à y jeter un simple coup d’œil, le site se trouve juste . Je vous y souhaite un très excellent séjour…

(1) rubriques encore assez peu fournies puisque la majorité des éléments écrits pour l’ancien Japanbar ont hélas été perdus, mais elles devraient s’étoffer dans les semaines qui viennent…

(2) non, je ne dis pas ça parce que je fais partie de son équipe : c’est ce que je pensais déjà avant de la rejoindre  ^^

(3) c’est entre autres à leurs efforts et leur dévouement que je dois une grande partie de la qualité de mon dossier sur Akira et de mes chroniques sur Mobile Suit Gundam: The Origin.

L’Homme des jeux

Couverture de l'adition de poche de L'Homme des jeuxDans l’empire d’Azad, le pouvoir se conquiert à travers un jeu multiforme. Jeu de stratégie, jeu de rôle, jeu de hasard, le prix en est le trône de l’Empereur.

Gurgeh est le champion de la Culture, une vaste société galactique, pacifique, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique où le jeu est considéré comme un art majeur.

S’il gagne, la paix sera sauvée entre la Culture et Azad.

S’il perd…

C’est avec sa verve coutumière et son sens de l’exotisme tout aussi caractéristique que Iain M. Banks nous décrit le périple de Gurgeh au sein de l’Empire d’Azad. Pourtant, et c’est là l’aspect le plus marquant du roman, cette histoire n’est au final qu’un prétexte pour faire une critique acerbe de notre temps.

Car cet Empire d’Azad n’est jamais qu’un reflet de notre présent où, plus ou moins marquées selon les nations, règnent les passions les plus obscures avec leur cortège obligé de pratiques répréhensibles ; sans ordre précis, on peut citer le chantage, la corruption, la propagande, la violence des autorités comme celle des marchés, les divers moyens de pression et tous ces autres aspects de notre époque qui remplissent régulièrement les pages des journaux – même si ces derniers ne peuvent nous parler de tout. Comme quoi, peu de choses différencient aujourd’hui d’hier…

Bref, l’originalité réside ici dans le portrait brossé de notre temps : bâti tout entier sur le jeu, l’Empire d’Azad représente tout ce qu’il y a d’injuste dans un modèle social reposant sur une forme quelconque de hiérarchie où ceux qui sont haut placés imposent leurs vues sur ceux qui sont plus bas sur l’échelle sociale. Si ce modèle aristotélicien reste caractéristique de toutes les sociétés observées au cours de l’Histoire, il n’en demeure pas moins critiquable pour les sommes astronomiques d’injustices, de rancœurs, de haines et de conflits plus ou moins larvés qu’il suscite. Hélas, fonder une civilisation sur un autre système plus satisfaisant s’est toujours avéré un doux rêve, au mieux, ou bien une franche utopie, au pire (1).

Pourtant, le discours est ici moins politique que systémique. Car si Banks décrit un modèle social tout entier basé sur le jeu, c’est pour mieux dénoncer un des excès majeurs des systèmes aristotéliciens  : ce hasard qui permet de bénéficier de plus ou moins d’appuis dans son ascension sociale ; hasards de la naissance, hasards des relations personnelles, hasards des parcours étudiants qui donnent ou non certaines opportunités d’entrée de jeu, hasards des accidents de la vie, etc. Tous ces éléments sont autant de facteurs décisifs dans l’évolution d’une personne au sein d’une société donnée, et quelle que ce soit l’organisation de celle-ci dans la distribution des cartes. Hors, ce terme de « hasard » n’est jamais qu’un synonyme de « chance »…

C’est là que la comparaison avec l’Empire d’Azad prend tout son sens. Car, en tant que meilleur joueur de jeu de la Culture, Gurgeh sait très bien comme la chance peut jouer un rôle majeur dans une partie d’un jeu quelconque – c’est d’ailleurs le point de départ d’une de ses préoccupations essentielles : concevoir un jeu d’où toute forme de chance serait bannie, afin que le joueur obtienne la victoire par son habileté seule et non à travers l’aide d’un coup du sort ; un jeu où la Raison à elle seule l’emporterait toujours sur les fureurs aveugles du Destin. Un jeu assez utopique somme toute (2).

Pourtant, Gurgeh a de la chance à revendre – ce dont il est douloureusement conscient d’ailleurs – ; c’est même ce qui l’empêche de comprendre dans un premier temps toute l’horreur de l’Empire d’Azad : comme tous ceux que le destin a fortuné, il ne réalise pas à quel point il est… chanceux, justement. Ce sera pour lui l’occasion d’une remise en question pour le moins fondamentale, mais elle n’aura que peu d’impact sur le déroulement du récit puisque celui-ci est entre les mains de divinités fondamentales qui ne sourient qu’à certains – comme dans toutes parties de jeu dignes de ce nom.

Si le thème du jeu n’a pas été introduit par Banks dans la littérature de science-fiction – le Loterie Solaire de Philip K. Dick (1928-1982) vient tout de suite à l’esprit, et on peut en citer d’autres – il prend néanmoins ici un aspect tout à fait inattendu dans un roman de space opera où, habituellement du moins, règne surtout la volonté de dépayser le lecteur. Ici, et dans la plus pure tradition des Lettres Persanes de Montesquieu, le point de vue d’un spectateur étranger sur une société fictive est surtout l’occasion d’une critique acerbe et pertinente de notre présent et de ses excès.

(1) d’où ce terme « utopie » d’ailleurs, qui signifie littéralement « nulle part » : ce procédé littéraire fut souvent utilisé par de nombreux auteurs de la Renaissance afin d’éviter la censure de leur temps à une époque où la gouvernance s’exerçait d’une manière somme toute pas très différente que dans cet Empire d’Azad servant de toile de fond à ce roman.

(2) même aux Échecs la chance ne peut être écartée : c’est un choix aveugle des joueurs, c’est-à-dire un choix hasardeux, qui donnera à l’un ou à l’autre la possibilité d’ouvrir la partie – ce qui constitue un avantage considérable.

Note :

Ce roman est le second volume en langue anglaise du cycle de la Culture, même s’il fut publié en France avant le premier, Une Forme de guerre.

L’Homme des jeux (The Player of Games, 1988), Iain M. Banks
Livre de Poche, collection SF n° 7185, janvier 2008
480 pages, env. 6 €, ISBN : 2-253-07185-4

– d’autres avis : nooSFère, Quarante-Deux, ActuSF, Ma Bibliothèque
– la préface de Gérard Klein

Une Forme de guerre

Couverture de l'édition de poche du roman Une forme de guerreHorza, l’un des derniers métamorphes, peut modifier sa forme à sa guise, ce qui en fait une redoutable machine de guerre.

Il s’est engagé, aux côtés des Idirans, dans une croisade personnelle contre la Culture, cette immense société galactique anarchiste, tolérante, éthique et cynique.

Mais son combat n’est qu’une escarmouche insignifiante dans la grande guerre qui embrase la Galaxie, entre la Culture et les Idirans fanatiques.

Une guerre anachronique : une guerre de religion.

Un léger « hors-sujet » pour commencer. Quand j’étudiais le Design industriel, il y a assez longtemps, le professeur de technologie nous a un jour sorti une phrase à peu près comme ça : « on peut fabriquer tout ce que qu’on veut dans la mesure où on dispose d’assez d’argent pour la mise au point des dispositifs nécessaires ». Le genre de déclaration qui ne peut laisser indifférent un féru de science-fiction, surtout s’il continue à y réfléchir par la suite, ce que je n’ai pas manqué de faire. J’ai donc commencé à échafauder une société (1) où les technologies ne connaîtraient presque plus de limites après que les échanges commerciaux y soient devenus « obsolètes », une sorte d’utopie mécaniste héritière du rêve de la Révolution industrielle (2) où les gens ne seraient plus seulement des citoyens utiles au système mais juste des personnes libres de mener leur vie comme elles le souhaitent car servies par des machines à la sophistication inouïe ; parce-que je suis intimement convaincu que « le système des objets » (3) se base tout entier sur le dédain de l’Homme pour le travail et ses contraintes, ce qui mène à l’invention d’outils et de machines pour se simplifier la vie : en d’autres termes, j’estime naturel pour l’Humain de fabriquer des choses artificielles, ces dernières n’étant pas opposées aux autres mais dans leur continuité. Poussé à l’extrême, ce raisonnement débouche sur un concept de civilisation où « le système technicien » (4) libère entièrement l’Homme des contraintes du travail…

Séduit par cette idée, je la laissai de côté un moment pour mieux la reprendre plus tard ; puis je reçus le tout premier numéro de Galaxies dédié à un certain Iain M. Banks et à son cycle de la Culture qui présente de très nombreux points communs avec le modèle de société que j’avais élaboré : vous imaginez sans peine ma réaction où se mêlaient des sentiments à la fois complémentaires et contradictoires. La lecture de L’Homme des jeux me confirma que cet auteur et moi étions sur la même longueur d’onde et quand je commençai le tome suivant, L’Usage des armes, j’étais désormais un adepte inconditionnel du cycle… C’est pourquoi, je pense, Une Forme de guerre m’a « déçu », au moins un peu.

Ma critique principale tient en ce que l’histoire met beaucoup de temps à démarrer car des intrigues secondaires trainent en longueur et gênent la fluidité du récit. Elles permettent néanmoins de décrire l’univers du cycle et trouvent donc naturellement leur place dans le premier volume d’un ensemble, au moins comme « introduction » à un concept jusque-là inédit dans le genre de la science-fiction ; disons pour simplifier que le choix des éditeurs français de publier L’Homme des jeux avant Une Forme de Guerre devient ainsi assez discutable puisque ce premier tome perd du coup une partie de son impact alors que son principal intérêt tient pourtant dans la présentation de cette société hors du commun (5) : la juxtaposition Idir/Culture permet une argumentation pour/contre – qu’on retrouve un peu dans L’Homme des Jeux d’ailleurs – et qui donne du même coup le « pourquoi » derrière le choix de l’auteur, même si celui-ci n’est définitif qu’à la fin du livre, dans les Appendices ; d’ailleurs le comportement de l’idiran Xoxarle dans les derniers chapitres du récit illustre bien le point de vue de Banks qu’on a ainsi beaucoup de mal à ne pas partager pour peu qu’on ait suivi l’actualité de ces dernières décennies, surtout concernant les pays islamiques, ce qui ne va pas sans rappeler un présent beaucoup plus immédiat – et à ce sujet, la citation tirée du Coran en exergue semble plus un clin d’œil qu’une « introduction » au roman à proprement parler. À noter aussi que la quatrième de couverture de l’édition du Livre de Poche en rajoute un peu puisqu’il ne s’agit pas vraiment d’une guerre de religion – la croyance religieuse se trouvant uniquement d’un côté du conflit – mais plutôt idéologique – en tous cas du point de vue de la Culture – ce qui est somme toute la définition de toutes les guerres, à peu de choses près.

Mais c’est quand même du bon space opera, dont les truismes ont ici été revus et corrigés par un auteur devenu un maître du genre depuis longtemps. L’intrigue, par contre, en reste assez simple : un agent à la solde des idirans est chargé de retrouver un Mental, sorte de super-cerveau artificiel de la Culture, qui a développé des capacités de déplacement hyperspatial extraordinaires alors qu’il était cerné par une armada adverse et a trouvé refuge sur un monde interdit – une Planète des Morts des énigmatiques mais tout-puissants dra’azons. Dés lors, les deux camps veulent absolument retrouver ce Mental et sa technologie révolutionnaire. Mais les gardiens de cette planète interdisent à quiconque de s’y poser. Métamorphe, et probable descendant d’une race aux gênes manipulées pour devenir arme vivante dans une autre guerre dont le souvenir s’est perdu, Bora Horza Gobuchul peut changer son apparence à volonté pour, par exemple, prendre la place d’une personne influente et ainsi orienter la politique d’une planète dans le sens de ses « employeurs » ; ayant séjourné un moment sur cette Planète des Morts, il est plus susceptible de se voir autoriser le passage par les dra’azons que n’importe quel autre agent idiran, ce qui fait de lui un choix idéal pour cette mission. De péripéties en rebondissements, Horza parvient à rejoindre ce monde glacé où l’attendent encore bien des surprises et pas des plus agréables…

Le lecteur averti appréciera la diversité des personnages ainsi que la variété des psychologies et cet humour fin caractéristique de l’auteur : Une Forme de Guerre est une explosion multicolore et multiforme, une ode à l’aventure et à « l’opéra de l’espace » – dans tous les sens du terme – qui se double d’une réflexion, peut-être un peu sommaire, sur les finalités d’une technologie prodigieusement sophistiquée, en plus de démontrer des capacités d’imagination peu communes et où on entraperçoit dans les descriptions une inspiration venant de ce cinéma de science-fiction qui s’assoit essentiellement sur les effets spéciaux mais où, ici, les concepts classiques du genre dans ses incarnations littéraires restent toutefois sous-jacents (6) – pour le plus grand bonheur des aficionados.

(1) j’aime bien inventer des trucs et des bidules, ça m’amuse…

(2) rêverie au moins sous-jacente puisque la réduction du temps de travail est un corollaire difficile à éviter de la production en série des biens et des objets ; la lecture de Paul Lafargue, disciple de Marx, ou plus récemment de Bob Black, entre autres auteurs, éclairera le lecteur mieux que ce que je saurai le faire…

(3) l’expression que j’utilise ici n’a que peu de rapport avec l’ouvrage dont il est question dans l’article vers lequel pointe ce lien : c’est juste une façon de parler que j’ai adopté après la lecture de ce livre durant le parcours étudiant précédemment évoqué, un ouvrage par ailleurs tout à fait passionnant et que je vous recommande.

(4) à nouveau le titre d’un ouvrage, très dense lui aussi, mais par un autre auteur, dont la lecture est très vivement recommandée ; à noter que l’opinion de son auteur sur la relation travail/loisir y est pour le moins différente de celle que je présente brièvement ici.

(5) signalons tout de même que, au moins sur le plan des idées, L’Homme des jeux reste un roman beaucoup plus abouti ; il en est d’ailleurs question plus en détail dans ce billet

(6) par exemple, l’Orbitale – un gigantesque anneau qui génère une gravité artificielle par force centrifuge – rappelle évidemment L’Anneau-Monde de Larry Niven à une moindre échelle.

Note :

Ce roman est le premier volume en langue anglaise du cycle de la Culture, même s’il fut publié en France seulement après le second et le troisième, c’est-à-dire L’Homme des jeux et L’Usage des armes, respectivement.

Une Forme de guerre (Consider Phlebas, 1987), Iain M. Banks
Livre de Poche, collection SF n° 7199, avril 2003
640 pages, env. 7 €, ISBN : 2-253-07199-4

– d’autres avis : nooSFère, Scifi-Universe, Quarante-Deux
– la préface de Gérard Klein


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