Posts Tagged 'écologie'

Comment Cuba survécut en 1990 sans pétrole

Forest Man

Sans Lendemain

Percutant et superbement réalisé, ce film d’animation questionne notre mode d’exploitation des énergies fossiles et des ressources naturelles, ses conséquences au niveau planétaire et l’impasse où nous mène notre modèle de croissance.

Une alternative au problème exposé

Les Moissons du futur

Quatre ans après son célèbre film « Le monde selon Monsanto », Marie-Monique Robin revient avec « Les Moissons du futur », un film coproduit par SOS Faim Belgique.

Ce voyage autour du monde, à la rencontre de paysans qui ont décidé de produire autrement, montre un passionnant éventail d’alternatives paysannes productives et innovantes. Entre agriculture biologique, agroécologie, agroforesterie, etc.

Le Monde vert

Couverture de la dernière édition française de poche du roman Le Monde vertLa Terre se meurt sous la menace du Soleil sur le point d’exploser. À la surface s’étend une immense jungle peuplée de végétaux qui se sont peu à peu adaptés à cet environnement hostile. Les derniers descendants de l’espèce humaine tentent tant bien que mal d’échapper aux nombreux périls qui les entourent. Gren, un enfant-homme séparé de son clan, part à l’aventure et, en affrontant diverses espèces végétales, le plus souvent mortelles, découvrira certains des secrets de ce nouveau monde, intégralement vert.

Au départ une série de cinq novellas (1) publiées en 1961 dans The Magazine of Fantasy & Science-Fiction avant de se voir réunies sous la forme d’un roman (2), Le Monde vert compte parmi les œuvres les plus emblématiques de la science-fiction d’après-guerre – et peut-être même du genre pris dans son ensemble. Non parce que son action se déroule dans un avenir « prodigieusement lointain » où les radiations du soleil agonisant ont poussé les plantes à des croissances vertigineuses jusqu’à ensevelir la civilisation sous des milliers de tonnes de racines en forçant ainsi l’espèce humaine à un ultime retour à l’état de nature, mais parce qu’en dépit de cet enfer omniprésent de sauvagerie verte l’espoir d’un futur demeure.

Brian Aldiss nous fait ici une brillante démonstration de son talent d’écrivain alors jeune. D’abord à travers un style fluide et informatif à la fois, qui ne s’appesantit jamais sur les descriptions mais au lieu de ça utilise des néologismes bienvenus afin de ne pas rompre le rythme du récit. Car celui-ci propose de l’action en abondance, mais jamais gratuite ; c’est une des exigences de la novella : plus généreuse que la nouvelle, elle demande néanmoins que l’auteur sache aller à l’essentiel. Aldiss nous guide ainsi dans un dédale de forêt géante où la mort rôde à chaque croisement de branches ou de lianes et dans chaque zone d’ombre, prête à frapper en un éclair.

Puis à travers la création d’un univers riche et giboyeux – pour rester dans un champ lexical fidèle au thème du récit – où le sense of wonder (3) prend racine dans la découverte progressive d’un monde pour le moins unique en son genre : antithèse des préceptes de la science-fiction, du moins telle qu’on la concevait au tout début des années 60, Le Monde vert se pose en faux des archétypes du genre en décrivant un monde tout entier revenu à l’état de nature, où les technologies et l’industrie se sont vues écrasées par la toute puissance de l’ordre primordial des choses – bref, où la civilisation a déclaré forfait devant la sauvagerie.

C’est donc un propos assez iconoclaste, qui en fin de compte s’inscrit assez bien dans la mouvance contestataire de l’époque et dont la science-fiction des années 40 et 50 fit elle aussi les frais en cédant peu à peu la place à cette New Wave qui s’affirmait comme anti-technologique et anti-scientifique – c’est-à-dire en opposition nette avec le courant de « l’Âge d’Or » qui l’avait précédée de 20 ans. Pourtant, Le Monde vert se place aussi assez à part de cette tendance de l’époque en évitant le piège de la prétention littéraire, dont la sophistication souvent exacerbée prête parfois à sourire, pour se focaliser sur l’aventure.

Car ce récit reste avant tout un voyage, l’exploration d’un monde qui trouve dans son agonie une issue vers la renaissance. Il en résulte un tableau grandiose et fascinant, dont les lacunes dans la cohérence ne parviennent qu’à mieux servir l’ambiance et l’atmosphère afin de nous fasciner toujours plus, de nous émerveiller… Bref, de nous distraire. À travers une histoire qui présente de nombreuses similitudes avec l’heroïc fantasy, mais seulement en apparence, Aldiss nous livre surtout ici une ode à la liberté : liberté du choix, liberté d’agir, liberté de rester soi – même devant l’apocalypse finale qui se profile.

Ainsi, et en dépit de l’horreur de cette vaste serre où pullule une flore de cauchemar, Le Monde vert s’affirme comme optimiste, comme un espoir envers cet avenir qui laisse toujours à la vie une voie dans laquelle s’épanouir. Un propos qui conserve d’ailleurs toute son actualité. Car alors que la menace du réchauffement climatique nous fait percevoir le futur comme désespérément sombre, Aldiss nous démontre surtout qu’un tel bouleversement se résume en fait à un simple changement de paradigme – soit le genre de perspective qui en fin de compte n’effraie que les conservateurs, les réactionnaires, les peureux…

Malgré son ancienneté, et les intentions originales de son auteur aussi très certainement, Le Monde vert conserve en réalité un discours tout à fait en prise avec notre présent : en décrivant dans un avenir aussi éloigné et aussi hostile des êtres humains qui en dépit de leur régression conservent leur don le plus important – ce pouvoir de prendre des décisions libérées des emprises de l’instinct animal –, il affirme sa confiance envers l’Homme et sa capacité à vaincre son pire démon : lui-même.

(1) un texte dont la longueur en fait un intermédiaire entre la nouvelle (histoire courte) et le roman.

(2) cette pratique, appelée « fix up », est assez courante dans la science-fiction : Dune (Frank Herbert, 1965) et La Guerre éternelle (Joe Haldeman, 1975), parmi beaucoup d’autres, connurent un traitement semblable…

(3) cette expression désigne en général le sentiment de vertige, ou ressenti du même ordre, qui saisit le lecteur face à l’exposition de certains faits techno-scientifiques qui bouleversent sa perception du réel et/ou sa compréhension du monde ; c’est un effet typique de la science-fiction.

Récompense :

Prix Hugo, catégorie Meilleur Texte Court, en 1962 : prix décerné à l’ensemble des novellas originales.

Influence :

Sur le jeu de rôle Gamma World (1978) de TSR comme il est indiqué dans les avant-propos de la première édition du livre de règles.

Adaptation :

Hom (1975), un comics en quatre parties de Carlos Giménez, publié aux États-Unis dans l’anthologie Echo of Futurepast de Continuity Comics et qui connut une publication française chez Campus Éditions en octobre 1982.

Le Monde vert (Hothouse), Brian Aldiss, 1962
Gallimard, collection Folio SF n° 328, février 2009
336 pages, env. 7 €, ISBN : 978-2-07-035571-6

– d’autres avis : Culture SF, Yozone, Viinz, Scifi-Universe, KWS!, Traqueur Stellaire
– la préface de Gérard Klein (édition Livre de Poche de novembre 1995)

The High Frontier: Human Colonies in Space

Couverture de la 3ème édition américaine de l'essai The High FrontierAu milieu des années 70, le professeur de physique Gerard K. O’Neil, à présent disparu, publia son livre The High Frontier. Il y établissait un plan de route possible pour l’installation d’habitats hors de la Terre. Pour O’Neil, l’avenir se montrait aussi positif que motivant, et ses astronautes ressemblaient à vous et moi. Il croyait au pouvoir d’individus capables de bâtir des poches de vie dans un système solaire largement hostile, et il nous expliquait comment une telle vision pouvait devenir possible… (1)

À l’heure où la raréfaction à venir des ressources nous amènent à échafauder de nouveaux paradigmes sociaux, il peut être bienvenu de se rappeler qu’une grande partie de ce travail a déjà été effectué il y a maintenant près de 40 ans par le docteur Gerard K. O’Neill de la prestigieuse université de Princeton. À cette époque, les exploits de Youri Gagarine et de Neil Armstrong s’inscrivaient dans l’histoire récente et laissaient penser que l’espace tout entier se trouvait à notre portée. C’est dans cet état d’esprit que Gerard O’Neill échafauda son projet de colonisation de l’orbite terrestre – même si sa formation de physicien l’incitait à bien plus de prudence que beaucoup d’autres dans de telles projections.

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

D’ailleurs, il ne se lança pas dans cette réflexion de son propre chef mais à la demande de la NASA, ce qui laisse supposer une étude du plus grand sérieux. Cependant, le problème de départ ne consistait pas à proposer un moyen de concrétiser les rêves de la science-fiction mais bel et bien à trouver une réponse à l’impasse de l’exploitation à outrance des ressources naturelles en énergie et en matières premières – une préoccupation de premier plan dans la communauté scientifique dès les années 60. La réponse d’O’Neill à cette problématique a de quoi surprendre car il propose de conquérir l’orbite proche, donc le ciel, en réponse à la disparition de minerais et d’énergies fossiles, c’est-à-dire des éléments du sous-sol…

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

En fait, O’Neill n’avait pas perdu de vue que c’est bien au-delà de l’atmosphère terrestre qu’on trouve en abondance les matières premières et l’énergie – respectivement, dans les astéroïdes géocroiseurs et la lumière du soleil. Au contraire des panneaux photovoltaïques que nous connaissons tous à présent, la vision d’O’Neill consiste à aller chercher cette énergie là où elle ne se trouve pas filtrée par les différentes couches de gaz atmosphériques qui nous protègent d’une grande partie des rayons cosmiques, c’est-à-dire de leur puissance, mais là où elle est la plus forte – dans l’espace, où les rayonnements solaires sont bien plus abondants et surtout permanents. Quant aux astéroïdes, ils représentent une quantité de minerais bruts équivalente à plusieurs fois celle de la Terre…

Vue d'artiste de l'extérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’extérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Mais, comme c’est souvent le cas avec la science, dont la réponse à une question amène la plupart du temps dix autres questions supplémentaires, cette solution présente elle aussi son cortège de contraintes. Les satellites chargés de récolter cette énergie exigent une maintenance permanente compte tenu de la vaste quantité de micro-débris qui pullulent dans l’orbite de la Terre ; et comme envoyer des équipes de réparation à intervalles réguliers reviendrait bien trop cher, le plus simple consiste en fait à les y installer de manière permanente – ce qui soulève un autre problème, bien plus préoccupant : l’espace restant le milieu le plus hostile à la vie qui soit, une simple station spatiale ne suffit pas…

Maquette d'une colonie de type Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Maquette d’une colonie de type Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Bref, il faut des villes entières dans l’espace, construites à partir de minerais extraits de la Lune comme d’astéroïdes errants, et habitées par des techniciens capables non seulement de maintenir ces cités en bon état mais aussi par les éleveurs et les agriculteurs qui pourront les nourrir – sans oublier le cortège obligé de médecins, d’administrateurs, d’industriels, d’ouvriers, etc. Des villes sous forme de vastes sphères plus ou moins allongées, voire de gigantesques cylindres de plusieurs dizaines de kilomètres de long et d’une demi-douzaine de diamètre, qui génèrent une gravité artificielle en tournant sur leur axe longitudinal – par force centrifuge donc – et dont le revêtement de métal protège ses habitants des rayons cosmiques.

Vue des modules agricoles d'une Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Vue des modules agricoles d’une Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Il s’agit donc ni plus ni moins que de coloniser l’espace proche. Encore une fois, non pour flatter les rêves des auteurs de science-fiction mais pour répondre à ce qui reste à la fois le plus grand défi et la plus grande menace que connaît actuellement la race humaine. C’est une question de survie pour celle-ci en fait, c’est-à-dire – au-delà de l’aspect monumental de l’entreprise – une simple question de bon sens. Ou du moins quelque chose de cet ordre. Un défi que nous aurons à affronter un jour ou l’autre, car les ressources de notre monde tant en énergie qu’en matériaux bruts restent aussi finies que la planète elle-même (2) – et cette situation ne s’arrange pas à chaque jour nouveau, bien au contraire…

Vue d'artiste d'une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste d’une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Mais si O’Neill nous explique ici, par A + B, pourquoi l’humanité doit quitter son berceau, il nous explique aussi comment y parvenir. Il ne se contente pas de poser le problème sur la table en laissant à d’autres le soin de trouver la solution. Or, les solutions techniques qu’il envisageait au moment de la rédaction de ce livre existaient déjà toutes à l’époque – autrement dit, elles appartiennent de nos jours au registre du banal… De plus, la troisième édition de cet ouvrage s’enrichit de nombreux articles par des spécialistes des technologies de l’aérospatiale (3) qui reviennent sur les idées d’O’Neill en proposant des solutions à la fois encore plus modernes et moins coûteuses.

Vue d'artiste d'une partie d'une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste d’une partie d’une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

C’est une réalité indiscutable, du moins sur le plan strictement technique : la colonisation de l’orbite terrestre se trouve bel et bien à portée de nos mains, et il n’appartient qu’à nous de décider de la saisir pour trouver enfin la réponse à ce problème des ressources qui, autrement, pourrait bien signifier la fin de la civilisation…

La question qui s’ensuit est simple : qu’attendons-nous ?

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie toroïdale

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie toroïdale

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

(2) à moins qu’on parvienne enfin à surmonter le défi des nanotechnologies, ce qui reste un autre problème…

(3) tels que Peter Glaser, George Friedman, Rick Tumlinson et John Lewis, en plus d’une introduction de Freeman Dyson.

Récompense :

Prix Phi Beta Kappa en 1977, dans la catégorie Science.

Notes :

Le modèle de colonisation spatiale d’O’Neill inspira bien sûr de nombreux auteurs de science-fiction et des œuvres encore plus nombreuses, sur tous les médias : on peut citer en particulier le roman Rendez-vous avec Rama (1973) d’Arthur C. Clarke – qui connaissait personnellement O’Neill, voilà pourquoi son roman parut avant The High Frontier – ainsi que la série TV Babylon 5 (1993-1999) créée par Joe Michael Straczynski mais aussi l’anime Mobile Suit Gundam (1979) de Yoshiyuki Tomino. Le concept du « cylindre O’Neill » est maintenant devenu un élément à part entière du genre.

La première édition de cet ouvrage fut traduite en français et publiée en 1978 sous le titre Les villes de l’espace – Vers le peuplement, l’industrialisation et la production d’énergie dans l’espace (Robert Laffont, collection Les Visages de l’Avenir, 368 pages, ISBN : 2-221-00062-5).

The High Frontier: Human Colonies in Space, Gerard K. O’Neill, 1976
Collector’s Guide Publishing (3ème édition révisée), 2001
184 pages, env. 21 €, ISBN : 1-896-52267-X

– la page web du livre sur le site du Space Studies Institute
– l’avis de la National Space Society
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