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The High Frontier: Human Colonies in Space

Couverture de la 3ème édition américaine de l'essai The High FrontierAu milieu des années 70, le professeur de physique Gerard K. O’Neil, à présent disparu, publia son livre The High Frontier. Il y établissait un plan de route possible pour l’installation d’habitats hors de la Terre. Pour O’Neil, l’avenir se montrait aussi positif que motivant, et ses astronautes ressemblaient à vous et moi. Il croyait au pouvoir d’individus capables de bâtir des poches de vie dans un système solaire largement hostile, et il nous expliquait comment une telle vision pouvait devenir possible… (1)

À l’heure où la raréfaction à venir des ressources nous amènent à échafauder de nouveaux paradigmes sociaux, il peut être bienvenu de se rappeler qu’une grande partie de ce travail a déjà été effectué il y a maintenant près de 40 ans par le docteur Gerard K. O’Neill de la prestigieuse université de Princeton. À cette époque, les exploits de Youri Gagarine et de Neil Armstrong s’inscrivaient dans l’histoire récente et laissaient penser que l’espace tout entier se trouvait à notre portée. C’est dans cet état d’esprit que Gerard O’Neill échafauda son projet de colonisation de l’orbite terrestre – même si sa formation de physicien l’incitait à bien plus de prudence que beaucoup d’autres dans de telles projections.

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

D’ailleurs, il ne se lança pas dans cette réflexion de son propre chef mais à la demande de la NASA, ce qui laisse supposer une étude du plus grand sérieux. Cependant, le problème de départ ne consistait pas à proposer un moyen de concrétiser les rêves de la science-fiction mais bel et bien à trouver une réponse à l’impasse de l’exploitation à outrance des ressources naturelles en énergie et en matières premières – une préoccupation de premier plan dans la communauté scientifique dès les années 60. La réponse d’O’Neill à cette problématique a de quoi surprendre car il propose de conquérir l’orbite proche, donc le ciel, en réponse à la disparition de minerais et d’énergies fossiles, c’est-à-dire des éléments du sous-sol…

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

En fait, O’Neill n’avait pas perdu de vue que c’est bien au-delà de l’atmosphère terrestre qu’on trouve en abondance les matières premières et l’énergie – respectivement, dans les astéroïdes géocroiseurs et la lumière du soleil. Au contraire des panneaux photovoltaïques que nous connaissons tous à présent, la vision d’O’Neill consiste à aller chercher cette énergie là où elle ne se trouve pas filtrée par les différentes couches de gaz atmosphériques qui nous protègent d’une grande partie des rayons cosmiques, c’est-à-dire de leur puissance, mais là où elle est la plus forte – dans l’espace, où les rayonnements solaires sont bien plus abondants et surtout permanents. Quant aux astéroïdes, ils représentent une quantité de minerais bruts équivalente à plusieurs fois celle de la Terre…

Vue d'artiste de l'extérieur d'une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste de l’extérieur d’une colonie cylindrique (NASA Ames Research Center)

Mais, comme c’est souvent le cas avec la science, dont la réponse à une question amène la plupart du temps dix autres questions supplémentaires, cette solution présente elle aussi son cortège de contraintes. Les satellites chargés de récolter cette énergie exigent une maintenance permanente compte tenu de la vaste quantité de micro-débris qui pullulent dans l’orbite de la Terre ; et comme envoyer des équipes de réparation à intervalles réguliers reviendrait bien trop cher, le plus simple consiste en fait à les y installer de manière permanente – ce qui soulève un autre problème, bien plus préoccupant : l’espace restant le milieu le plus hostile à la vie qui soit, une simple station spatiale ne suffit pas…

Maquette d'une colonie de type Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Maquette d’une colonie de type Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Bref, il faut des villes entières dans l’espace, construites à partir de minerais extraits de la Lune comme d’astéroïdes errants, et habitées par des techniciens capables non seulement de maintenir ces cités en bon état mais aussi par les éleveurs et les agriculteurs qui pourront les nourrir – sans oublier le cortège obligé de médecins, d’administrateurs, d’industriels, d’ouvriers, etc. Des villes sous forme de vastes sphères plus ou moins allongées, voire de gigantesques cylindres de plusieurs dizaines de kilomètres de long et d’une demi-douzaine de diamètre, qui génèrent une gravité artificielle en tournant sur leur axe longitudinal – par force centrifuge donc – et dont le revêtement de métal protège ses habitants des rayons cosmiques.

Vue des modules agricoles d'une Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Vue des modules agricoles d’une Sphère Bernale (NASA Ames Research Center)

Il s’agit donc ni plus ni moins que de coloniser l’espace proche. Encore une fois, non pour flatter les rêves des auteurs de science-fiction mais pour répondre à ce qui reste à la fois le plus grand défi et la plus grande menace que connaît actuellement la race humaine. C’est une question de survie pour celle-ci en fait, c’est-à-dire – au-delà de l’aspect monumental de l’entreprise – une simple question de bon sens. Ou du moins quelque chose de cet ordre. Un défi que nous aurons à affronter un jour ou l’autre, car les ressources de notre monde tant en énergie qu’en matériaux bruts restent aussi finies que la planète elle-même (2) – et cette situation ne s’arrange pas à chaque jour nouveau, bien au contraire…

Vue d'artiste d'une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste d’une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Mais si O’Neill nous explique ici, par A + B, pourquoi l’humanité doit quitter son berceau, il nous explique aussi comment y parvenir. Il ne se contente pas de poser le problème sur la table en laissant à d’autres le soin de trouver la solution. Or, les solutions techniques qu’il envisageait au moment de la rédaction de ce livre existaient déjà toutes à l’époque – autrement dit, elles appartiennent de nos jours au registre du banal… De plus, la troisième édition de cet ouvrage s’enrichit de nombreux articles par des spécialistes des technologies de l’aérospatiale (3) qui reviennent sur les idées d’O’Neill en proposant des solutions à la fois encore plus modernes et moins coûteuses.

Vue d'artiste d'une partie d'une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

Vue d’artiste d’une partie d’une colonie toroïdale (NASA Ames Research Center)

C’est une réalité indiscutable, du moins sur le plan strictement technique : la colonisation de l’orbite terrestre se trouve bel et bien à portée de nos mains, et il n’appartient qu’à nous de décider de la saisir pour trouver enfin la réponse à ce problème des ressources qui, autrement, pourrait bien signifier la fin de la civilisation…

La question qui s’ensuit est simple : qu’attendons-nous ?

Vue d'artiste de l'intérieur d'une colonie toroïdale

Vue d’artiste de l’intérieur d’une colonie toroïdale

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

(2) à moins qu’on parvienne enfin à surmonter le défi des nanotechnologies, ce qui reste un autre problème…

(3) tels que Peter Glaser, George Friedman, Rick Tumlinson et John Lewis, en plus d’une introduction de Freeman Dyson.

Récompense :

Prix Phi Beta Kappa en 1977, dans la catégorie Science.

Notes :

Le modèle de colonisation spatiale d’O’Neill inspira bien sûr de nombreux auteurs de science-fiction et des œuvres encore plus nombreuses, sur tous les médias : on peut citer en particulier le roman Rendez-vous avec Rama (1973) d’Arthur C. Clarke – qui connaissait personnellement O’Neill, voilà pourquoi son roman parut avant The High Frontier – ainsi que la série TV Babylon 5 (1993-1999) créée par Joe Michael Straczynski mais aussi l’anime Mobile Suit Gundam (1979) de Yoshiyuki Tomino. Le concept du « cylindre O’Neill » est maintenant devenu un élément à part entière du genre.

La première édition de cet ouvrage fut traduite en français et publiée en 1978 sous le titre Les villes de l’espace – Vers le peuplement, l’industrialisation et la production d’énergie dans l’espace (Robert Laffont, collection Les Visages de l’Avenir, 368 pages, ISBN : 2-221-00062-5).

The High Frontier: Human Colonies in Space, Gerard K. O’Neill, 1976
Collector’s Guide Publishing (3ème édition révisée), 2001
184 pages, env. 21 €, ISBN : 1-896-52267-X

– la page web du livre sur le site du Space Studies Institute
– l’avis de la National Space Society
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Planètes

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française intégrale de la série Planètes2075, l’époque où la pollution de l’espace est devenue un problème.

Ai Tanabe, une jeune femme pleine de principes et d’illusions, réalise enfin son rêve de partir travailler dans l’espace, et se retrouve assignée à la « Section Débris » de la station Seven comme scaphandrier. Curieuse équipe d’ailleurs, qui est surnommée « Half Section » car elle ne compte que la moitié du nombre de personnes requis, mais quelles personnes…

Entourée de gens aussi hauts en couleurs mais pas exempts de doutes pour autant, Ai fera l’expérience la plus importante de sa vie, surtout à travers son tandem avec Hachimaki, le scaphandrier principal, qui rêve de posséder son propre vaisseau spatial et de marcher sur les pas de son père – un astronaute émérite.

Cette série de 26 épisodes basée sur le manga de Makoto Yukimura fut réalisée avec les conseils d’experts de la NASA pour mieux respecter tous les aspects scientifiques et techniques de la collecte de ces débris de l’espace qui posent un grave danger pour les navires spatiaux : à cette époque où la haute orbite et la Lune sont devenues les banlieues de la Terre, le trafic spatial exige des routes parfaitement « propres » car le moindre pépin peut vite s’avérer fatal…

Bien entendu, cette exploitation des ressources de l’espace a laissé derrière elle les nations les moins industrialisées au profit des plus avancées, et l’organisation terroriste Space Defense Front se charge régulièrement de rappeler à ces dernières qu’elles feraient mieux de faire le ménage sur la Terre au lieu de le faire dans l’espace.

Outre une réalisation très soignée pour une série TV, tant au niveau de l’animation que des designs des personnages ou des mécaniques, Planètes aborde avec brio la réalité des aspects scientifiques et techniques de la conquête de l’espace, mais sans oublier la dimension humaine des choses pour autant : loin du discours souvent tarabiscoté et parfois incompréhensible d’un Star Trek, sans exposition fastidieuse et rébarbative de procédés techniques à travers des explications toujours laborieuses, Planètes intègre avec habileté les données réelles grâce à une réalisation audacieuse qui frôle le subliminal. Au lieu de séparer la science de l’humain, cette histoire les combine brillamment dans un cocktail explosif mêlant sérieux et dérisoire, humour et tristesse, réalité et optimisme…

D’abord organisée en épisodes « indépendants » qui abordent tous des aspects précis de ce futur pas si lointain que ça et où les deux tourtereaux de l’histoire se tournent autour sans vraiment se voir, le récit prend sa forme la plus intéressante aux alentours de la moitié de la série quand commence le recrutement pour la mission Von Braun chargée d’atteindre Jupiter. Car dans cet avenir hypothétique, une des solutions à la crise de l’énergie se trouve dans l’atmosphère de la plus grosse planète du système solaire dont l’hélium 3 sera la source qui alimentera le procédé révolutionnaire de la fusion nucléaire

Mais les nations les moins avancées n’en profiteront pas, une fois de plus, aussi le Space Defense Front choisira-t-il de montrer le bout de son nez dans une ultime démonstration de force : les intérêts et les personnalités s’y entrechoqueront de façon tout à fait spectaculaire et dans un suspense à toute épreuve.

À ne rater sous aucun prétexte !

Notes :

Le mot grec ΠΛΑΝΗΤΕΣ qui sert de titre à cette série dans sa version originale signifie littéralement « vagabond » ; il était utilisé dans l’Antiquité pour désigner les étoiles qui semblaient se déplacer sur la voute céleste, et a servi à donner le mot français « planète ».

La référence au golf sur la Lune dans l’épisode sept est un clin d’œil au capitaine Alan Shepard de la mission Apollo 14 qui, en 1971, réalisa un drive d’environ 2000 mètres – faisant ainsi du golf le seul sport joué sur une autre planète.

L’orbite Clementine est une référence à la sonde éponyme de la NASA grâce à laquelle on découvrit en 1994 que de la glace se trouvait peut-être sur les pôles de la Lune – information depuis vérifiée.

Le format de fichier Ogg évoqué dans l’épisode 19 existe réellement : c’est un codec vidéo du nom complet de Ogg Theora.

Une scène de l’épisode six, à 20 : 30, est un hommage au célèbre film Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa.

Planètes, Goro Taniguchi, 2003
Beez, 2007
26 épisodes, env. 86 € l’intégrale

– cet anime remporta en 2005 le prix Seiun (équivalent du Hugo américain)
– d’autres avis : Krinein Magazine, Akihabara-No-Baka
le site officiel de la série chez Beez

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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