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Les Tommyknockers

Couverture de la dernière édition de poche du roman Les TommyknockersTard, la nuit dernière et celle d’avant.
Toc ! Toc ! à la porte — les Tommyknockers !
Les Tommyknockers, les esprits frappeurs…
Je voudrais sortir, mais je n’ose pas,
Parce que j’ai trop peur du Tommyknocker.

Tout commence par les rythmes apaisants d’une berceuse ; et pourtant, sous la plume de Stephen King, les vers anodins se muent en une inoubliable parabole de l’épouvante, qui entraîne les habitants pourtant bien sages et terre à terre d’un paisible village dans un enfer plus horrible que leurs plus abominables cauchemars… ou que les vôtres. Une histoire fascinante et démoniaque que seul Stephen King pouvait écrire. Et lorsqu’on frappera à votre porte, par prudence, mettez la chaîne, si tant est qu’une chaîne suffise…

Stephen King s’aventure rarement sur les terres de la science-fiction, lui préférant celles du fantastique qui ont fait sa renommée de par le monde, mais quand il lui arrive d’arpenter de tels territoires, ses inspirations premières refont surface assez vite. Ainsi, Les Tommyknockers rappelle-t-il ces films de science-fiction des années cinquante qui ont bercé son enfance ; cinéma voué à l’époque à la distraction pure et simple, les productions du genre se distinguaient assez peu de l’horreur et de l’épouvante tels qu’on les percevait en ce temps-là : à travers des mises en garde vite devenues bien convenues sur les divers dangers de la science, et l’atomique en particulier, ou bien l’exploitation des angoisses de l’époque envers le communisme, les films de science-fiction de cette période semblaient tous vouloir susciter la terreur.

Ainsi Les Tommyknockers s’articule-t-il autour du thème pour le moins classique de l’invasion de la Terre par des extraterrestres qui feront d’ailleurs leurs premières victimes chez les habitants du petit village local. Que leur vaisseau spatial soit enterré depuis des siècles, si ce n’est des millénaires, et que leur emprise sur les humains prenne d’abord l’allure d’une manipulation de leurs esprits, ces divers éléments évoquent bien sûr une des influences majeures que connut Stephen King comme d’ailleurs la plupart des autres auteurs de fantastique : Howard Philips Lovecraft (1890-1937). Nul besoin d’y regarder de bien près pour entrevoir chez ces êtres maléfiques venus d’ailleurs, disposant de pouvoirs terrifiants et dissimulés aux yeux de tous depuis des temps immémoriaux, un énième avatar de Cthulhu et de ses sbires (1).

Le reste du récit, par contre, soit l’écrasante majorité de celui-ci à vrai dire, reste typique de Stephen King, à la fois dans le crescendo de l’horreur comme dans le portrait d’une certaine Amérique rurale, encore qu’elle se trouve ici dépeinte de manière assez sobre au contraire de certaines productions précédentes de l’auteur – comme Dead Zone (1979), Cujo (1981) ou Simetierre (1983) par exemple. Dans cette vue en coupe des États-Unis des années 80, l’œuvre de Stephen King trouve une grande partie de sa spécificité et de son intérêt, c’est-à-dire de son importance dans ce qu’elle affiche ce qui la place à part des productions des confrères de l’auteur à l’époque : un témoignage de certains des mœurs de son temps. Bref, un roman tout à fait intéressant mais aussi, hélas, un des derniers de ce calibre de la part de cet auteur…

(1) l’auteur, cependant, aurait cité dans son essai Écriture : Mémoires d’un métier (2000) la nouvelle La Couleur tombée du ciel, qui ne fait pas partie du Mythe de Cthulhu à ma connaissance, comme une de ses principales inspirations derrière ce roman.

Adaptation :

En un téléfilm en deux parties, réalisé par John Power et sorti sous le même titre en 1993.

Les Tommyknockers (The Tommyknockers), Stephen King, 1987
Le Livre de Poche, collection Fantastique n° 15146, janvier 2004
958 pages, env. 11 €, ISBN : 2-253-15146-7

– le site officiel de Stephen King (en)
– d’autres avis : Le Chapitre secret, Les Lectures de Louve, Le Bazaar de S. King

The Thing

Jaquette DVD de l'édition française du film The ThingHiver 1982, dans l’Antarctique. Des chercheurs américains voient arriver à leur base un chien poursuivi par des hommes en hélicoptère. D’autres chercheurs, norvégiens, mais armés et qui veulent la peau de l’animal, jusqu’à blesser un des américains. Ces derniers se défendent et l’hélicoptère explose en tuant ses passagers. Pourquoi poursuivaient-ils ce chien ? À première vue, il n’a rien de spécial… Mais après que les américains l’ait enfermé avec leurs animaux, il devient… une chose qui attaque les autres bêtes du chenil.

Après enquête, ils comprennent que les norvégiens ont découvert un spécimen dans la glace. Qui vient d’un autre monde. Qui hibernait depuis des dizaines de milliers d’années. Et qui a la faculté d’imiter n’importe quel être vivant. Comme un chien par exemple. Ou un être humain… Alors, quand l’un des américains est retrouvé mort, le doute s’installe : lequel d’entre eux a été contaminé ?

Lequel d’entre eux est la chose ?

En dépit d’une filmographie aux qualités inégales – mais il vous ait peut-être arrivé de remarquer qu’« inégal » est une anagramme de « génial » –, John Carpenter offrit malgré tout une invention importante au cinéma : ce procédé de mise en scène qui consiste à filmer dans la même image le tueur et sa victime alors que celle-ci ne se doute encore de rien ; procédé qu’il étrenna dans Halloween : La Nuit des masques (1978), en lançant ainsi véritablement – et tout aussi involontairement – le genre des slasher movies caractérisé par la mise en scène des meurtres d’un tueur psychopathe qui massacre un par un des adolescents à l’aide d’une arme blanche. Toute la différence entre ces imitations de Halloween… et le film de Carpenter réside dans le procédé de mise en scène déjà évoqué.

Le slasher type, en effet, se contente de faire suivre au spectateur une victime, la plupart du temps hurlante et se débattant comme un beau diable afin de tenter d’échapper au psychopathe, pour au final montrer celle-ci subitement rattrapée et massacrée à grand renfort de jets de sang à travers l’utilisation d’ustensiles tous plus exotiques – et souvent improbables – les uns que les autres. Mais Halloween… se caractérise par une montée progressive de la tension et du suspense, en cadrant le tueur et sa proie le long d’une filature par exemple, ou bien en montrant le tueur armé d’un simple couteau arriver lentement derrière sa victime alors que celle-ci est occupée à autre chose. Dans le premier cas, celui du slasher type, l’audience est passive et ne participe en aucun cas à l’action ; dans le second cas, bien au contraire, le spectateur est tout à fait actif : il veut prévenir la victime de ce qui l’attend, et dans ce sens il participe directement au film – il entre dedans, en fait presque partie intégrante…

C’est ce procédé que Carpenter a poussé à l’extrême dans The Thing. Et peut-être d’ailleurs un peu trop… Car ce qui fonctionne bien quand le monstre est clairement identifiable s’avère au final moins efficace quand il se dissimule sous les traits d’une personne a priori inoffensive et que le spectateur ne peut reconnaître comme une menace pour les autres personnages. Car dans The Thing, chacun peut être le monstre : c’est ainsi qu’il opère, en se cachant parmi ses victimes comme le loup dans la bergerie. Il en résulte qu’à l’instar de chaque personnage du film, le spectateur soupçonne tour à tour ou bien en même temps tous les protagonistes du récit – omniprésent, le monstre menace toujours le moindre personnage aperçu à l’écran, même lors de scènes tout à fait anecdotiques. Dans cette tension permanente, ce suspense sans répit, le procédé de mise en scène pour le moins innovant déjà évoqué se perd hélas quelque peu : il s’enlise d’une certaine manière dans une forme de redite continuelle.

Ce qui ne permet pas de dire que The Thing est un mauvais film, bien au contraire car sous de nombreux aspects, il reste un des meilleurs du réalisateur : en poussant à l’extrême sa technique de mise en scène personnelle, Carpenter a simplement articulé son film autour de procédés au final assez classiques – le roman Dix petits nègres (Agatha Christie ; 1939) vient tout de suite à l’esprit – et qui peuvent sembler hors de propos dans sa filmographie de l’époque. En fait, le réalisateur démontre ici une parfaite maîtrise des techniques de suspense « traditionnelles » au cinéma – ce qui suffit à lui ôter cette étiquette de mauvais cinéaste qu’on lui colle bien trop souvent. Pour cette raison, The Thing rappelle beaucoup Alien, le huitième passager (Ridley Scott ; 1979) bien qu’en plus sophistiqué puisqu’ici le monstre ne surgit pas de n’importe quel coin sombre – je schématise volontairement – mais bel et bien de n’importe qui : dans The Thing, l’ami de toujours comme le parfait étranger peuvent subitement s’avérer une horreur sans nom assoiffée de sang.

En fait, le monstre arbore ici un visage tout ce qu’il y a de plus humain, de plus banal : de cette manière, il représente bien sûr la part d’horreur qu’on trouve en chacun de nous, ou encore – pour paraphraser la locution latine bien connue – que l’homme est un loup pour l’homme – c’est-à-dire que, selon les circonstances, même notre plus cher frère pourra très bien se retourner contre nous sans prévenir. Car le monstre ici ne tue pas par plaisir pervers ni par instinct de chasse, comme dans les slasher movies déjà évoqués ou bien comme dans Alien, mais le plus simplement du monde pour se protéger, pour survivre : sous cet angle au moins, le monstre nous ressemble beaucoup, il nous renvoie un reflet fidèle de nous-mêmes – le genre d’image qu’on préfère ignorer mais qui se rappelle toujours à nous quand on s’y attend le moins…

Près de 30 ans après, The Thing reste un film tout à fait recommandable et qui a su très bien résister au passage du temps : tant sur les plans des images et de la réalisation comme sur celui du thème de départ et des idées au moins sous-jacentes qui s’en dégagent, cette réalisation demeure une production qu’aucun cinéphile digne de ce nom ne saurait manquer, en plus de se montrer parfaitement comparable à toutes les plus grandes réussites du cinéma à suspense.

Notes :

Une préquelle de The Thing, en cours de production, doit sortir cette année.

Ce film ouvre la « Trilogie de l’Apocalypse » de Carpenter ; les deux autres volets en sont Prince des Ténèbres (1987) et L’Antre de la Folie (1995).

The Thing connut une adaptation en jeu vidéo de type survival horror, développée par Computer Artworks et sortie en 2002 sur PC, avant d’être portée sur Xbox et Playstation 2. Ce jeu sert de séquelle au film.

L’écrivain Alan Dean Foster écrivit une novélisation de ce film la même année que sa sortie, sous le même titre ; rédigée à partir du script original, comme le sont la plupart des novélisations, cette adaptation présente de nettes différences avec le film.

Souvent considéré comme un remake du film La Chose d’un autre monde (The Thing from Another World ; Christian Nyby, 1951), dont Carpenter a toujours admiré le réalisateur, The Thing reste l’adaptation la plus fidèle à ce jour de la novella La Bête d’un autre monde (Who Goes There? ; John W. Campbell, 1934) présente au sommaire du recueil Le Ciel est mort.

Le succès et la pérennité de ce film se mesurent aussi au nombre de clins d’œil et de références, sérieuses ou parodiques, qu’on en trouve dans diverses productions ; on peut citer parmi celles-ci un épisode au moins du dessin animé Jackie Chan (2000-2005), des séries TV X-Files (1993-2002) et South Park (1997-actuellement), et des films The Faculty (Robert Rodriguez ; 1998), The Thaw (Mark A. Lewis ; 2009) et Les Vampires du désert (J.S. Carbone ; 2001).

The Thing, John Carpenter, 1982
Universal Pictures, 2009
108 minutes, env. 10 €

– d’autres avis : Cinétrange, Film de Culte, Scifi-Universe, Critikat
– la page du film sur le site officiel de John Carpenter
Outpost #31 : un site de fan consacré au film

La Guerre des mondes

Couverture d'une édition de poche du roman La Guerre des mondesLes dernières années du XIXe siècle, dans le Surrey, au sud-est de Londres. Un météore écrasé s’avère être en fait un cylindre de métal. Une construction artificielle. Et extraterrestre. Les promeneurs et les badauds s’en régalent et les autorités ignorent quoi en faire. Jusqu’à ce que le sommet du cylindre se dévisse et qu’une machine de guerre gigantesque en sorte pour exterminer à l’aide d’un « Rayon Ardent » tous ceux qui se trouvent à proximité. Bientôt, d’autres cylindres tombent à leur tour, dont sortent d’autres machines : la Terre est envahie.

Peu d’œuvres sont plus importantes dans la science-fiction que celle d’Herbert George Wells auquel le genre doit la plus grande partie de ses thèmes principaux, ou du moins ceux qui comptent parmi les plus fondateurs. Ainsi La Guerre des mondes introduit-il, dès 1898, la notion d’invasion de la Terre par des extraterrestres – en l’occurrence, des martiens. Ce thème se verra repris dans un nombre incalculable de productions du genre depuis ce roman originel, sur tous les médias, et au point de devenir un truisme de la science-fiction, voire un de ses clichés les plus éculés… C’est-à-dire, compte tenu de la prépondérance de la guerre – et donc des invasions – dans l’histoire humaine, une illustration d’un des aspects les plus sombres de l’humanité.

Beaucoup virent dans ce roman une condamnation, voire une dénonciation, ou à tout le moins une représentation, du colonialisme. Des rumeurs tenaces affirment que Wells aurait trouvé l’idée de ce roman au cours d’une conversation avec son frère sur les conséquences – désastreuses pour les autochtones – de l’arrivée des Européens sur l’île de Tasmanie… D’où les nets accents anti-impérialistes attribués à cet ouvrage depuis sa publication, et quelle que soit la nationalité de cet impérialisme – anglais, japonais, allemand, américain, chinois, etc. Et des accents d’autant plus fondés qu’on sait bien comment se termine les occupations en général.

Bref, La Guerre des mondes illustre cette manie du plus fort à imposer sa loi sous prétexte qu’il se sent menacé, et sans forcément l’être vraiment d’ailleurs ; c’est-à-dire, à y regarder de plus près, cette facilité avec laquelle les puissants rejettent leurs problèmes sur les autres au lieu de tenter d’en trouver une solution acceptable par tous – toute ressemblance avec l’actualité récente du monde financier est tout à fait volontaire… C’est en somme un discours tout autant éternel que généralisable à l’ensemble des activités humaines, et qui fait ainsi de La Guerre des mondes un réel chef-d’œuvre de la littérature, même bien au-delà du clivage des genres…

Dernier point digne d’attention, du moins dans le contexte bien personnel de ce blog : ce roman est aussi, et dans les limites de mes connaissances, la première fiction de l’Histoire à proposer des « mechas réalistes » – car c’est bien ce que sont les tripodes des martiens : des machines géantes et à l’image de leur pilote mais aussi produites en série, comme de nombreux « robots » de l’animation japonaise (1) ; ce qui somme toue convient très bien à l’époque de la rédaction de ce récit où les productions de la Révolution Industrielle prenaient un peu plus de place à chaque jour nouveau, dans la vie quotidienne comme dans les arsenaux militaires.

En dépit de son centenaire bien entamé, La Guerre des mondes conserve encore toute sa force et sa spécificité : loin de se cantonner au genre de la science-fiction seulement, cet ouvrage brille surtout par une illustration aussi pertinente qu’éternelle de certains des travers les plus pernicieux de la nature humaine.

Motivationnal poster sur le thème des tripodes martiens de La Guerre des mondes

(1) je pense bien sûr à l’anime Mobile Suit Gundam en particulier, ainsi qu’à toutes les autres œuvres du courant « Real Mechas » qu’il a inspiré et dont la liste est bien trop longue pour se voir reproduite ici.

Adaptations :

Le nombre d’adaptations de cette œuvre sur divers médias atteint des proportions pour le moins exceptionnelles ; en voici une sélection :

– au cinéma : La Guerre des mondes, en 1953, par Byron Haskin et La Guerre des mondes, en 2005, par Steven Spielberg.

– en musique : Jeff Wayne’s Musical Version of The War of the Worlds, en 1978, un album de rock progressif par Jeff Wayne, qui devint une comédie musicale en 2006 sous le titre The War of the Worlds.

– en jeu vidéo : Jeff Wayne’s The War of the Worlds, un RTS pour PC développé par Rage Software en 1998, mais aussi un TPS pour la Playstation développé par Pixeilogic ltd. la même année.

– en pièce radiophonique : le 30 octobre 1938, par Orson Welles et la troupe du Mercury Theatre ; cette adaptation demeure célèbre pour avoir fait croire à de nombreux auditeurs que la Terre se faisait en effet envahir par les martiens…

– en comics : La Guerre des mondes (H.G. Wells’ The War of the Worlds), en 2006, par Ian Edginton et D’Israeli ; ouvrage disponible aux éditions Kymera.

La Guerre des mondes (The War of the Worlds), Herbert George Wells, 1898
Gallimard, collection Folio n° 185, mai 2005
322 pages, env. 6 €, ISBN : 2-07-030855-3

– l’avis de Bruno Della Chiesa sur nooSFère
– les œuvres d’H. G. Wells sur e-books libres et gratuits


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