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Les Héros de la Galaxie

Jaquette DVD de l'édition française du film Les Héros de la galaxieDans ce futur lointain, la galaxie se divise en deux camps qui s’opposent depuis des siècles : l’Empire Galactique et l’Alliance des Mondes Libres. Sur ce champ de bataille s’affrontent ceux qui deviendront les personnages les plus célèbres et les plus influents de cet épisode particulièrement sanglant de l’Histoire, les commandants Reinhart Von Musel de l’Empire et Yan Wanglee de l’Alliance. De leurs combats découlera l’avenir politique de l’Humanité : la république ou la dictature…

Sous son titre trompeusement pompeux, Les Héros de la Galaxie présente en fait une vaste fresque épique et politique dans un space opera qui ne néglige pas les aspects sociaux de la narration, bien au contraire. Entre des aspects « militaristes » où les tactiques et stratégies sont empruntées pour un meilleur réalisme aux grands généraux de l’Histoire – la vraie, celle qui se trouve consignée dans les livres – et d’autres, plus sociaux et humains, qui sont la conséquence logique des précédents – le concept de la série, en effet, se base sur l’idée que la guerre n’est jamais qu’une accélération de l’Histoire –, cette production tout à fait atypique nous propose surtout une réflexion de fond sur les points de divergence mais aussi les points communs qui opposent et lient en même temps la démocratie à la monarchie.

Voilà pourquoi il s’agit du genre de réalisation qu’on ne peut trouver que chez des japonais. Je rappelle à toute fin utile que ce peuple se trouvait en monarchie il n’y a même pas trois quarts de siècle et que la démocratie lui a été imposée par le vainqueur américain en 1945 – un comble quand on sait que, par définition, la démocratie est supposée être le choix du peuple –, ce qui explique pourquoi une telle thématique narrative alimente nombre de productions japonaises d’après-guerre, quel que soit leur média et leur auteur. Notons d’ailleurs aussi, au passage, que ce point cadre d’autant mieux avec la réalisation dont il est question ici puisque ce bouleversement politique et social subi par le Japon est bien lui aussi la conséquence d’une guerre.

Si on peut reprocher à cette (longue) OVA une animation assez sommaire qui la fait du coup ressembler à une simple série TV, du moins sur le plan technique, tout son intérêt se trouve en réalité dans les personnages – hauts militaires mais aussi politiques – et leurs interactions comme leurs affrontements, à la fois sur les plans idéologiques – pour illustrer les perpétuations ou au contraire les ruptures de régime – mais aussi sur les aspects personnels. Ainsi, la « rivalité » entre Reinhard von Musel et Yang Wen Li, tous deux mus par des objectifs et des désirs radicalement différents, devient vite le principal moteur derrière ces événements qui vont peu à peu bouleverser l’histoire de la galaxie.

Ce récit se montre donc profondément humain et surtout réaliste dans son portrait de l’Histoire comme jouet des passions qui animent deux personnalités aux idéaux antagonistes mais qui finiront par se rejoindre – les idéaux comme les personnes – à travers un examen au final assez déstabilisant de ces deux systèmes politiques le plus souvent présentés comme opposés mais qui partagent en fait tant en commun – surtout dans leurs extrêmes (1).

D’ailleurs, on reconnait bien par moments, le discours de Platon dans son dialogue célèbre La République quant à la nécessité d’un dirigeant surhumainement juste et impartial – ce qui sent bon l’utopie : après tout, même si on parvient à trouver un chef idéal un jour, il ne sera hélas pas éternel –, mais aussi les diverses critiques adressées à la démocratie depuis son invention – gloire du populisme et règne de la démagogie qui débouchent sur un parfait triomphe de la manipulation des masses. De sorte qu’au final, le discours de cette production prend des accents tout à fait intemporels – pour ne pas dire éternels.

Il paraît que c’est à ce genre de chose qu’on distingue les classiques : vous n’en serez certains qu’en voyant par vous-mêmes…

(1) et pour autant que ce manichéisme un poil bon enfant ne soit pas plutôt un héritage de notre culture chrétienne qui entretient des processus de pensée souvent assez binaires : à nouveau, il faut souligner les origines japonaises de l’œuvre chroniquée ici, qui lui permettent de dépasser ce dualisme intellectuel.

Notes :

Bien que jamais éditée hors du Japon à ce jour, cette OVA comprend comme préquelle le film Les Héros de la Galaxie (Legend of the Galactic Heroes: My Conquest is the Sea of Stars ; Noboru Ishiguro, 1988) qui connut une sortie en France chez Kazé, d’abord en VHS puis en DVD ; bien que très succinct et en aucun cas comparable à l’OVA présentée ici, ce film reste néanmoins une excellente introduction à cette dernière.

Cette OVA adapte une série de romans de science-fiction écrits par Yoshiki Tanaka, également auteur des œuvres de fantasy The Heroic Legend of Arslan (1986) – elle aussi adaptée en anime – et Sohryuden: Legend of the Dragon Kings (1987) – qui eut également droit à son adaptation.

Au départ, Les Héros de la Galaxie devait prendre la forme d’une série TV. Mais la série de livres dont elle s’inspire restait à l’époque mal connue, en plus de présenter une longueur inhabituelle et alors que bien peu d’animes adaptaient des romans à l’époque : pour cette raison, ses créateurs ne purent obtenir le feu vert pour une diffusion à la télévision et choisirent d’en faire une OVA à la place. Malgré tout, elle se vit plus tard adaptée au format TV.

Cette OVA connut un moyen de diffusion inhabituel auprès des lecteurs de la série de romans originale, basé sur un service de souscription : au lieu d’acheter les épisodes un par un, les clients payaient un forfait mensuel pour se voir expédier les cassettes à domicile.

Les Héros de la galaxie (Ginga Eiyu Densetsu), Noboru Ishiguro, 1988
Éditeur japonais inconnu

110 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Legend of the Galactic Heroes Information Center (en)
Gineipaedia, the Legend of Galactic Heroes wiki (en)
– le site officiel de la franchise Les Héros de la Galaxie (jp)
– d’autres avis : Spokey Dokey, Le Chapelier fou, Corti

La Stratégie Ender

Couverture de la dernière édition de poche du roman La Stratégie EnderIl y a cinquante ans, la flotte terrienne a réussi à repousser l’attaque des Doryphores. Aujourd’hui pourtant, une nouvelle invasion menace. Un programme militaire pour la formation des futurs commandants de la flotte est en cours, mais chaque heure compte. Parmi les élèves-officiers – tous des surdoués –, Andrew Wiggin, dit Ender, focalise toutes les attentions. Apppelé à devenir un puissant stratège, il est le jouet des manipulations de ses supérieurs depuis sa naissance… et cela le dépasse.

Car c’est entre ses mains que repose le sort de l’humanité.

Lui qui n’a que six ans.

Premier volet du cycle d’Ender, qui comprend à ce jour cinq romans et deux nouvelles, La Stratégie Ender nous présente un protagoniste principal pour le moins inhabituel en la personne d’Andrew Wiggin, appelé à écoper du surnom d’Ender – c’est-à-dire « le Terminateur » en anglais : celui par lequel la guerre contre les Doryphores doit enfin trouver sa conclusion définitive. Un protagoniste inhabituel car, comme le précise justement le synopsis ci-dessus, Ender n’a que six ans : on a vu des sauveurs du monde plus conventionnels que ça. Ajouté à ceci qu’Ender est un surdoué et le tableau est presque complet.

Car ce qui pèse le plus sur Ender au début de ce récit ne concerne pas vraiment son âge ni même la mission pour laquelle on le forme. Non, son principal problème c’est qu’il est un « Troisième » : cadet d’une fratrie de trois dans un monde où le nombre maximum d’enfants par couple se borne à deux en raison d’une loi de restriction des naissances. En fait, Ender est surtout un enfant non désiré, à la fois par ses parents, qui ne l’ont conçu qu’à la demande de l’état, mais aussi par la société dans son ensemble qui voit d’un mauvais œil l’autorisation exceptionnelle qu’ont reçu ses géniteurs pour sa conception hors norme…

Or, l’académie militaire qu’il intègre n’est jamais qu’une reproduction à échelle réduite de cette société qui ne veut pas vraiment de lui, ce que ses camarades de promotion se chargent de lui rappeler à la moindre occasion – et comme les soldats en formation ne brillent pas vraiment par leur sens de la diplomatie… Ender doit donc vite apprendre à se défendre, contre les menaces immédiates et identifiables au premier coup d’œil que sont les autres élèves, comme celles que trament dans l’ombre des gens vraiment puissants pour faire de lui ce stratège suprême seul capable de sauver la race humaine de la menace des Doryphores.

Autant d’adversité suffirait bien sûr à rendre fou n’importe qui mais Ender parvient malgré tout à tenir le coup. Ou du moins, à tenir à peu près le coup. Car Orson Scott Card nous dresse surtout ici le portrait d’un enfant peu à peu transformé en monstre par une éducation inhumaine : le thème central du récit se trouve dans cette perversion de l’innocence pour la survie d’un plus grand nombre terrorisé par un ennemi implacable au point de régresser jusqu’au stade de la fourmilière où l’individu ne compte plus – bien plus que dans les passages d’entraînement militaire aux fausses allures de Starship Troopers (R. Heinlein ; 1959)…

En filigrane de l’enfance sacrifiée sur l’autel de la guerre, on trouve aussi une des premières évocations des jeux vidéo dans une œuvre de science-fiction littéraire, c’est-à-dire une représentation avant la lettre de cette dualité entre réel et virtuel qui préoccupe bien des gens de nos jours – et surtout chez les commandants d’unités de drones de combat qui voient de plus en plus de soldats pilotant ces appareils ne plus faire la différence entre la guerre et une forme pour le moins pernicieuse de jeu électronique – je grossis à peine le trait… Le roman saura d’ailleurs en tirer un avantage inattendu, mais hélas seulement en clin d’œil.

En s’adressant à l’enfant qui habite chacun de nous, Orson Scott Card réalise ici un véritable coup de maître : à travers cette description de l’avilissement progressif d’une innocence, il nous rappelle surtout combien notre humanité reste fragile…

Récompenses :

Prix Hugo, catégorie roman, 1986
Prix Nebula, catégorie roman, 1985
Prix Science Fiction Chronicle, catégorie roman, 1986

La Stratégie Ender (Ender’s Game), Orson Scott Card, 1985
J’AI LU, collection science-fiction n° 3781, février 2009
384 pages, env. 7 €, ISBN : 978-2-290-30828-8

– le site officiel d’Orson Scott Card
– d’autres avis : nooSFère, RSF Blog, Mes Imaginaires, MatooBlog, Critic Blog, Nick


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