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Le Retour de Cromwell Stone

Couverture de la BD Le Retour de Cromwell StonePrès de vingt ans ont passé depuis que Stone a appris l’existence sur Terre d’entités immensément supérieures à l’Homme. Alors que le fils du capitaine Parthington, à présent guéri de son mutisme et devenu un richissime businessman, embarque sur un paquebot en partance pour l’Amérique, un autre passager bien loin de ce qu’il a l’air convoite un de ses bagages, prêt à tout pour obtenir ce qu’il contient. Un duel entre des forces cosmiques surhumaines va se livrer, dont l’issue pourrait bien changer la face du monde…

Comme nombre de suites, Le Retour de Cromwell Stone développe certains concepts et idées restés dans l’ombre jusqu’ici. Et sur ce point, l’auteur cité cette fois en début de volume, Harlan Ellison, fait penser que ce nouveau récit s’oriente plus vers la science-fiction que vers ce fantastique où on classe souvent l’œuvre de H. P. Lovecraft (1890-1937) qui transpirait tant du premier tome de la trilogie. Voilà pourquoi certains trouveront peut-être cette séquelle indigne de l’original : les révélations faites, en effaçant le mystère, ne laissent plus au lecteur la possibilité de combler les blancs de la narration par la magie de l’imagination. D’autres, au contraire, trouveront que ces explications valent leur pesant d’or, rien que parce qu’elles ancrent bien mieux l’univers de la trilogie dans le registre du réel, du concret, du plausible – et même si ces termes restent à manier avec précaution dès qu’il s’agit de science-fiction…

Planche intérieure de la BD Le Retour de Cromwell StoneQuoi qu’il en soit, les dix ans qui séparent la parution de cette suite de celle du volume précédent sont l’occasion de mesurer la maturation du talent d’Andreas, tant sur le plan du scénario que sur celui du dessin, et si le premier opus montrait déjà une maîtrise rare de ces sujets toujours ô combien délicats, celui-ci la confirme : c’est à la fois un régal pour les yeux comme pour l’esprit, avec ces compositions toujours plus sophistiquées couplées à un trait aussi incisif que possible, et un sens de la narration où le passé s’imbrique savamment avec le présent afin de fournir au lecteur toutes les informations nécessaires pour reconstituer les événements sans alourdir le récit lui-même. Ce spectacle tout à fait admirable ne laisse donc aucune possibilité de décrocher de la lecture, de sorte qu’on se retrouve très vite à la fin de cette cinquantaine de planches.

Il vaut d’ailleurs de mentionner que le titre du volume se montre assez trompeur car ce récit s’articule bien moins autour du personnage de Cromwell Stone que de celui de Phil Parthington qu’on apercevait à peine dans le premier tome ; cette passation de rôle, faute d’un meilleur terme, se confirmera dans les dernières planches et notamment l’ultime vignette de l’ouvrage. Le parti étonne malgré tout d’autant moins que la conclusion du volume précédent de la trilogie mettait un très net accent sur le personnage du fils Parthington, et cette suite s’avère surtout au final l’occasion de mesurer toute la tragédie de son existence en fin de compte assez artificielle.

Un tel revirement de genre, du fantastique orienté horreur du premier tome à la science-fiction mettant l’accent sur la dimension humaine d’un protagoniste au moins dans le second, se développera dans le troisième et dernier volume de la série jusqu’à atteindre un sommet que tout amateur d’histoires ne voudrait rater pour rien au monde…

Planche intérieure de la BD Le Retour de Cromwell Stone

Chroniques de la série Cromwell Stone :

1. Cromwell Stone
2. Le Retour de Cromwell Stone (le présent billet)
3. Le Testament de Cromwell Stone

Le Retour de Cromwell Stone, Andreas, 1993-1994
Delcourt, collection Conquistador, novembre 1994
48 pages, env. 14 €, ISBN : 978-2-840-55049-5

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I, Robot – Le scénario

Couverture de l'édition de poche du scénario I, Robot2076. Stephen Byerley, le premier président de la Fédération galactique, vient d’être inhumé. Robert Bratenahl, le journaliste qui couvre l’événement pour le magazine Cosmos, remarque Susan Calvin au milieu de la foule recueillie.

Des bruits ont couru sur une improbable liaison entre ces deux êtres d’exception. Mais depuis vingt ans, la célèbre robopsychologue s’est volontairement coupée du monde et refuse toute interview.

Bratenahl, bien décidé à faire la lumière sur cette affaire, n’hésitera pas à voyager aux confins de la galaxie pour retrouver toutes les personnes qui ont côtoyé Susan Calvin, celle qui a consacré sa vie entière à l’étude des robots.

Quelle était la nature des liens qui unissaient Stephen et Susan ? Le journaliste n’aura de cesse de répondre à cette question. Mais, au fil de son enquête, il va flairer un autre mystère, encore plus passionnant : Qui était Stephen Byerley ?

Harlan Ellison et Isaac Asimov
Avec ce scénario, on aurait pu réaliser « le premier film de science-fiction achevé, complexe et de qualité », s’exclama Isaac Asimov à la lecture du script d’Harlan Ellison. Le film ne vit jamais le jour. Pourquoi ? Harlan Ellison nous l’explique dans sa préface (à lire absolument, pour ceux qui aiment les pavés dans la mare.) En attendant, voici un document rare : scénario, certes, mais aussi vrai roman, tiré du célèbre ouvrage Les Robots, avec l’aval du Maître…

Le récent film I, Robot (2004) d’Alex Proyas, avec Will Smith dans le rôle principal, eut beau connaître un certain succès, il reste malgré tout une adaptation bien trop libre de l‘œuvre originale d’Isaac Asimov pour convaincre pleinement les fans de longue date du « Bon Docteur » : s’il ne s’agit pas d’un mauvais film à proprement parler, l’interprétation qu’il propose de cette série de courts textes sur laquelle il est supposé se baser demeure en fait bien trop éloignée de l’esprit original qui sous-tend ce cycle – en dépit de références évidentes à cette œuvre originale tout au long du film, mais qui rappellent plus des clins d’œil que des bases intellectuelles sérieuses.

Ce que très peu de spectateurs de ce films savent, c’est qu’un projet pour le cinéma a devancé de plus de 25 ans celui réalisé par Alex Proyas. Pour ajouter de la confusion là où elle n’est pas nécessaire, ce premier projet portait déjà le titre d’I, Robot – toute la différence étant que le recueil de nouvelles sur lequel il se basait présentait le même titre, et depuis près de 30 ans à l’époque où son scénario fut rédigé. Au contraire de ce que peuvent l’affirmer certaines sources, il n’y a au départ aucun lien entre ce premier projet et le film de Proyas car ce dernier est en fait le fruit du développement d’un script intitulé Hardwired et rédigé en 1995 par Jeff Vintar.

Écrit par Harlan Ellison en 1978, ce premier projet avait ceci de particulier qu’il prenait pour base quatre des principaux textes du Cycle des Robots d’Asimov déjà évoqué et – surtout – que son auteur était non seulement un écrivain de science-fiction reconnu par ses pairs du monde entier mais aussi un ami de très longue date du père des Robots. Bref, un auteur qui connaissait de toute évidence son affaire. Par-dessus le marché, Ellison a passé sa vie entre Hollywood et la télévision, pour dire comme il connaissait au moins aussi bien l’affaire consistant à adapter l’œuvre d’Asimov sur le grand écran…

Pourquoi ce projet ne vit jamais le jour est expliqué en long, en large, en travers, et même en épaisseur, dans l’introduction d’Ellison que propose cet ouvrage : si on ne peut manquer de se dire que l’auteur exagère peut-être certains détails – peut-être –, la lecture de ce texte reste tout à fait recommandée pour tous ceux qui désirent tenter leur chance dans ce milieu particulier qu’est le cinéma ; les choses ne différent pas beaucoup de ce côté-ci de l’Atlantique après tout… Quant aux autres, ils y trouveront une introduction assez haute en couleurs qui leur permettra de resituer certaines choses dans leur contexte.

Le très court texte qui précède cette introduction, par Isaac Asimov lui-même, est plus dispensable mais compte tenu de sa brièveté sa lecture ne mangera pas de pain. On y retrouve entre autre une complainte plus ou moins récurrente chez cet auteur dont aucun des textes n’a jamais été adapté au cinéma de son vivant – du moins jamais de manière satisfaisante à ses yeux, ce qui n’est pas tout à fait la même chose – mais aussi une courte présentation des rapports ténus qu’eut Asimov avec l’industrie du cinéma – notamment en ce qui concerne l’adaptation du film Le Voyage fantastique (1966) de Richard Fleischer.

Le reste constitue le scénario rédigé par Ellison pour ce projet qui ne vit jamais le jour et qui, en dépit de certains truismes du cinéma de science-fiction de l’époque, je veux dire par là des clichés narratifs qui sembleraient déplacés dans une production actuelle, reste tout à fait exploitable en vue d’une éventuelle production. Opinion bien évidemment à relativiser compte tenu de mon expérience pour le moins limitée avec le monde du cinéma ; du reste, le dédain du public pour les œuvres d’un certain niveau intellectuel reste un obstacle non négligeable – et je n’aborde même pas le fait que les « intello », eux, ne se pencheront jamais sur de la science-fiction pour commencer…

Voilà pourquoi ce scénario ne dépassera probablement jamais le stade du scénario, et pourquoi ceux d’entre vous qui connaissent – et apprécient – l’œuvre sur laquelle il se base n’auront jamais l’occasion de le découvrir autrement qu’à travers cette édition qui à ma connaissance reste la seule disponible en français. Vous y verrez les Robots comme vous ne les avez jamais vus, ou plutôt présentés d’une manière à la fois inédite mais fidèle pourtant au travail original d’Asimov – ce qui n’est pas exactement pareil. Vous y lirez une histoire que vous connaissez déjà mais racontée comme vous ne l’auriez peut-être jamais imaginée.

Bref, vous y trouverez ce qui à ce jour reste le meilleur projet d’adaptation pour le grand écran d’une des œuvres les plus emblématiques de la science-fiction moderne – au point de se trouver encore régulièrement citée dans les productions les plus récentes, tous médias confondus.

Et en plus, vous aurez droit à de sublimes illustrations au crayon de Mark Zug, à l’époque encore un parfait inconnu.

I, Robot (I, Robot), Isaac Asimov & Harlan Ellison, 1978/1987/1994
J’AI LU, collection Science-Fiction n° 4403, janvier 1997
320 pages, à partir de 10 €, ISBN : 2-290-04403-2


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