Posts Tagged 'Heroïc fantasy'

Chroniques de la guerre de Lodoss

Jaquette DVD de l'édition ultime de l'OVA Chroniques de la guerre de LodossIssue d’une bataille des dieux, l’île de Lodoss et ses nombreux royaumes sont restés déchirés par la guerre durant des siècles. Alors qu’une paix durable semble se profiler à l’horizon, un mal inconnu s’éveille sous l’apparence d’une magicienne qui exacerbe les tensions entre les royaumes et empêche chacun d’entre eux d’asseoir sa domination sur les autres. C’est à un groupe de six champions, dirigé par le jeune guerrier Parn, qu’échoie le devoir d’empêcher Lodoss de sombrer à nouveau dans le chaos…

En gros, il s’agit de la campagne Advanced Dungeons & Dragons niveaux 18 000 de base mais version anime : c’est plutôt cliché tout le long mais pas si manichéen que ça, et puis le scénario propose quelques coups de théâtre plutôt bienvenus… J’aurais apprécié plus de développement psychologique chez les personnages dont certains sont carrément occultés à ce niveau-là, pour ne pas dire franchement stéréotypés – comme le magicien ou le clerc, voire le voleur…

Si les personnages sont au nombre de six, le focus se fait sur le chevalier Parn (1), sa copine elfe Dido et dans une certaine mesure le nain Ghim – qui transporte sa part de tragique, au passage. Et parmi ces trois-là, l’histoire se concentre surtout sur Parn, qui souhaite reprendre le flambeau de la chevalerie pour faire honneur à la mémoire de son père disparu lors d’une guerre précédente en combattant au nom du roi, et sur sa relation avec Dido, qui redouble d’ardeur pour s’attirer les faveurs de l’aspirant-chevalier mais celui-ci n’a pas l’air de la voir, tout obsédé qu’il est par sa quête personnelle – et pourtant elle est charmante : quand je parlais de clichés…

Le problème principal de la narration est qu’elle se montre un peu confuse, mais à partir du moment où on sait que cette production se réclame plus de Donjons & Dragons que de Tolkien, ça passe assez bien. Il y a ce qu’il faut de combats – qui tombent souvent un peu du ciel d’ailleurs : quand je disais AD&D, le scénariste donne toute l’impression d’avoir été un Dungeon Master qui usa et abusa des tables de rencontres ; voir les notes en fin de billet pour plus de détails – des combats et donc ce qu’il faut d’action pour garder le spectateur accroché à l’histoire, mais on y trouve aussi un minimum de sentiments et de développement psychologique pour plaire à un public plus « féminin » si je peux dire… On aurait aimé en voir un peu plus sur ce plan, ou en tous cas qui concerne davantage de personnages parce-que l’ensemble reste bien peu satisfaisant au niveau du développement psychologique mais bon, c’est quand même assez « court » pour une série et relativement « long » pour une OVA – 13 épisodes quand même – de sorte qu’on peut pas trop en demander non plus.

Le bestiaire est bien fourni et on retrouve avec plus ou moins de bonheur l’ensemble des monstruosités classiques du genre illustrées de manière assez fidèle mais dans un style graphique plutôt réussi. C’est là le point fort des Chroniques de la Guerre de Lodoss : les visuels sont accrocheurs et bien travaillés, peut-être pour mieux convaincre une audience qui a l’habitude d’illustrations très abouties dans le genre médiéval-fantastique. On ne peut pas en dire autant de l’animation qui est assez simpliste, voire carrément nulle au moins sur le plan technique : on retrouve à foison les glissements de cellulos les uns sur les autres pour donner une illusion de mouvements ou bien des zooms et dézooms sur des détails du décor pour simuler des effets de profondeur ; bref, toutes les techniques décriées dans Les Chevaliers du Zodiaque mais que le spectateur moyen tend à ne pas remarquer, surtout lorsqu’il est habitué aux planches d’illustrations très abouties évoquées plus haut, tout obsédé qu’il est par les petits détails… Si on garde à l’esprit que c’est une OVA, on se dit que le compromis reste correct, surtout pour l’époque de réalisation, mais vers la fin ça commence tout de même à devenir un peu lourd…

Les lieux proposent ce qu’il faut de magie pour être convaincants : ruines brumeuses, paysages fantastiques, châteaux aux architectures démentielles, villages miteux,… Tout comme le bestiaire, Chroniques de la Guerre de Lodoss présente très bien sur ce point précis, ce qui permet de relever considérablement l’ambiance générale sans pour autant tomber dans le contemplatif gratuit – c’est appréciable. Le character design ne prête pas à sourire non plus et, en dépit de certains « stéréotypes » qui ont au moins le mérite du classique, participe beaucoup à l’ambiance : ça devient presque du roman « de cape et d’épée » par moments et ce n’est pas une mauvaise chose.

Avec toutes ces caractéristiques du genre réunies dans une seule et même production d’assez bonne facture pour ne pas déranger ni même susciter le dédain, Chroniques de la guerre de Lodoss se présente comme une réalisation sympathique et assez charmante sous bien des aspects pour offrir un week-end tranquille entre amis rôlistes et/ou fans de médiéval-fantastique classique.

(1) dont le nom ne va pas sans évoquer Le Cycle de Pern d’Anne McCaffrey dont le texte principal du premier volume de la série, Le Vol du Dragon, obtint le prestigieux prix Hugo en 1967.

Notes :

Cette OVA est tirée d’une série de romans d’heroïc fantasy qu’écrivit Ryo Mizuno sur la base de travaux développés pour un système de jeu de rôle ; l’intrigue générale suit les grandes lignes et les conventions du système propre au Dungeons & Dragons déjà évoqué à plusieurs reprises, en présentant un groupe de personnages de classes différentes mais lancés dans une même quête. Cette série de romans est disponible en édition française chez Calmann-Lévy (quatre tomes publiés à ce jour).

Chroniques de la guerre de Lodoss, Akinori Nagaoka, 1990
Kaze, 2001
13 épisodes, env. 50 € l’édition ultime intégrale

un court dossier sur Otaku-Attitude
l’avis d’AFDS.tv

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

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Legend of Lemnear

Jaquette DVD de l'édition américaine de l'OVA Legend of LemnearLemnear est une jeune guerrière errante. Depuis que son village et sa famille ont été massacrés par les hordes de mort-vivants du magicien noir Gardein, elle est obsédée par la soif de vengeance. Sa quête de justice la mènera dans une ville où un vieux sage lui fera des révélations bien surprenantes sur son destin et le pouvoir fabuleux du « Champion d’Argent » qui dort en elle. Un pouvoir absolu que convoite d’ailleurs le Seigneur Noir à qui Gardein, justement, appartient corps et âme…

Legend of Lemnear est l’archétype de l’heroïc fantasy classique : manichéen et simple, sans scénario ni aucune profondeur psychologique, et essentiellement basé sur des scènes d’action ainsi qu’un érotisme facile qui frise le porno par moments. En gros, une belle merde… Et pourtant, on se prend au jeu. Le prologue se montre efficace pour placer le spectateur dans l’ambiance, mais sans longueurs pour autant, ce qui est pour certains le point fort de cet anime alors que pour d’autres c’est sa plus grosse faiblesse – quand on vous dit qu’il ne faut jamais écouter les critiques…

À la décharge de Legend of Lemnear, on peut citer sa qualité d’animation ainsi que ses designs qui sont dans l’ensemble assez bien barrés pour l’époque et raviront les nostalgiques des 80s (ne vous cachez pas, je sais que vous êtes nombreux…), mais aussi le personnage principal qui reste attachant malgré le cliché (surtout à cause du cliché à vrai dire…), ainsi que le méchant final qui ne fait pas rire, il faut bien l’admettre, surtout quand on connait son histoire car celle-ci est bien tragique à sa façon.

Mais le problème principal de cette OVA reste bien sûr sa longueur : pas évident d’écrire une histoire intéressante sur un thème aussi éculé que celui-là dans un timing d’à peine 45 minutes (1), car la plupart des quelques pistes plus ou moins originales qui auraient mérité de se voir développées n’y trouvent pas la place qu’il leur faut – et c’est dommage…

Pour aficionados du genre de préférence : ils ne seront probablement pas déçus. Les autres pourront toujours y jeter un coup d’œil, par curiosité : ça ne leur prendra pas beaucoup de temps de toutes façons.

(1) à noter que le scénariste de cette adaptation est le même que celui du manga original.

Note :

Cette OVA est tirée du manga éponyme de Kinji Yoshimoto et Satoshi Urushihara, disponible en trois volumes chez Pika.

Legend of Lemnear, Kinji Yoshimoto, 1989
Central Park Media, 2004
45 minutes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Ladyhawke

Jaquette DVD de l'édition française du film LadyhawkeLe Moyen Âge. Le jeune Philippe, condamné à mort pour de petites rapines, s’évade de sa geôle d’Aquila et ne parvient à échapper aux soldats à sa poursuite que grâce à Navarre, un chevalier errant accompagné d’un faucon. Navarre dit qu’il a besoin de Philippe pour s’introduire dans Aquila discrètement mais le jeune voleur hésite entre sa dette et sa vie… C’est alors que survient la nuit : Navarre et le faucon disparaissent tous deux pour laisser place à un loup noir et une magnifique jeune femme, Isabeau d’Anjou…

Habituellement, pour ce genre d’histoire où règnent magies et maléfices, les réalisateurs listeraient d’abord les limites technologiques des effets spéciaux avant de commencer à écrire le script – voire, ils écriraient celui-ci en fonction des limitations techniques. Ici, le script a été écrit sans même y penser… puis Richard Donner fit réécrire le scénario de façon à enlever tous les passages purement fantastiques imaginés par l’auteur de départ pour obtenir un récit plus réaliste.

Surprenant, non ? Car d’habitude, c’est plutôt l’inverse qui se produit…

Cette volonté de réalisme, pour autant que ce terme puisse s’appliquer à ce type de récit, se discerne dans les moindres images. Même sans tenir compte de l’absence presque totale à l’époque d’effets de post-production servant à embellir les images – du moins tels qu’on conçoit ces effets de nos jours – l’attitude du réalisateur est pour le moins inattendue, surtout pour une production hollywoodienne, et en particulier dans un tel registre – l’heroïc fantasy.

Ici, par exemple les éclairages sont tous entièrement naturels, sauf bien sûr pour les scènes de nuit – du reste assez peu nombreuses. Il en va de même pour les animaux utilisés, qui auraient pu être des marionnettes au lieu des images de synthèse qu’on verrait de nos jours. Et c’est le même constat pour tout le reste : décors, costumes, armes,… Tous sont parfaitement authentiques, non dans le sens où ils sont tous d’époque mais parce qu’ils ne bénéficient d’aucun trucage – ou bien juste le strict minimum, du reste tout à fait artisanal.

Ainsi, le contraste entre l’histoire et sa réalisation – c’est-à-dire entre le fond et la forme – devient-il assez saisissant. Car tout ce réalisme s’oppose directement à la magie sur laquelle se bâtit tout le récit, sans laquelle il ne pourrait exister. Ladyhawke présente la particularité d’être une histoire de magie où celle-ci demeure invisible, et dont il ne reste que les impressions qu’elle fait à ceux qui en sont témoins – ces derniers ne pouvant à aucun moment être certains que ce qu’ils ont vu est bien la réalité. C’est-à-dire une magie comme elle était décrite, depuis des siècles déjà, dans les récits oraux des troubadours de l’époque.

Voilà comment Ladyhawke s’affirme comme une excellente transposition dans le domaine du cinéma, non d’une légende d’époque – comme la promotion du film l’a affirmé au moment de sa sortie dans les salles – mais bien de la magie d’une époque – celle qui est éternelle car elle ne nécessite aucun effets spéciaux, ou si peu qu’ils en deviennent anecdotiques.

Reste l’histoire en elle-même, qui sent peut-être un peu l’eau de rose, mais comme il s’agit d’une histoire d’amour il aurait été difficile de passer à côté pour commencer…

Ladyhawke, Richard Donner, 1985
Twentieth Century Fox Home Entertainment, 2002
118 minutes, env. 10 €

Vision d’Escaflowne

Jaquette DVD de l'intégrale de la série Vision d'EscaflowneHitomi, une jeune lycéenne passionnée d’athlétisme, a hérité des dons de voyance de sa grand-mère. Parfois, elle tire les cartes pour ses amies. Amoureuse du capitaine de l’équipe d’athlétisme du lycée, elle tente un soir de battre un record sous ses yeux pour l’impressionner. Surgit alors au beau milieu du stade un jeune garçon vêtu à la médiévale, qui s’attaque à un dragon apparu à son tour. C’est le Prince Van, qui amènera Hitomi dans le monde magique de Gaea où elle vivra une aventure fantastique…

Magie, merveilles, sorcelleries et dragons,… On connaît les ingrédients mais ce cocktail précis a été scénarisé par Shoji Kawamori et les férus d’animes savent bien que cet auteur-là ne fait pas les choses comme les autres. Ça tombe bien, on avait pas l’intention de revoir une histoire qu’on connaît déjà. Définitivement original et personnel, Vision d’Escaflowne nous propose une variante intéressante et plutôt innovante du genre heroic fantasy où se mêlent des relents de technologies fabuleuses oubliées depuis des éons et où la magie ne cède pas facilement aux effets spéciaux bon marché pour impressionner le spectateur.

La voyance en général et les tarots en particulier jouent un rôle déterminant dans cette (courte) saga, d’une manière sensible et fine rarement rencontrée dans les œuvres fantastiques, surtout sur un média visuel : si les dons d’Hitomi influencent les événements de l’histoire, ce n’est pas en prédisant simplement le futur mais plutôt en le modifiant. Car connaître l’avenir, c’est aussi souvent le changer, mais pas toujours comme on le voudrait bien sûr. On aborde ainsi un thème cher aux contes merveilleux mais qui ne tombe pas ici dans un déjà-vu souvent soporifique. D’autant plus que les « méchants » de l’histoire ont eux aussi leur propre manière d’influer sur l’avenir, peut-être pas aussi subtile mais en tous cas radicalement différente et qui enrichit l’œuvre d’autant plus…

Pour couronner le tout, le monde de Gaea lui-même sait se placer à part des clichés du genre : ici, pas d’elfes, d’orques ni de korrigans, le seul élément « classique » de l’heroic fantasy traditionnel étant les dragons mais dont l’influence sur l’ensemble reste mineure. Au lieu de ça, beaucoup d’« humains-animaux » qui, même en laissant de côté leur aspect shintoïste évident, portent un symbole intéressant dans cet univers où les sciences et les technologies ont provoqué la chute d’une civilisation prodigieusement avancée. Ce qui nous mène, plus ou moins logiquement, au mythe de l’Atlantide – dont l’influence est beaucoup plus importante qu’on le pense en général dans les mythes celtes traditionnels où l’heroic fantasy trouve une bonne partie de ses racines (1) – mais à nouveau d’une manière unique et personnelle qui ne devrait pas trop étonner tous les fans de Macross aux alentours puisque ceux-ci connaissent bien la passion de Kawamori pour les avions en particulier et les choses « volantes » en général – et celles-ci prennent ici une tournure pour le moins inattendue.

Si dans un premier temps l’intrigue semble assez banale, les événements et les personnages ne tardent pas à se combiner élégamment en un kaléidoscope dantesque servi à merveille par une bande originale onirique qui contribue magistralement à la magie de l’histoire – ce qui ne surprend plus de la part de Yoko Kanno et d’Hajime Mizoguchi. Puis les choses s’accélèrent jusqu’à un dénouement qui sait éviter de s’abîmer dans une simple bataille apocalyptique pour la victoire de l’Ordre contre le Chaos… Quand je vous parlais d’originalité. Si le Médiéval Fantastique est votre truc, vous en aurez pour votre argent et même plus. Beaucoup plus…

Pour une série du milieu des 90s, l’animation reste de bonne qualité. Les designs, souvent somptueux, sont dignes d’un Mamoru Nagano dans leur mélange intelligent et sensible de l’ancien et du moderne. Quant aux personnages, s’ils sont parfois un peu stéréotypés, ils savent néanmoins tirer leur épingle du jeu eux aussi et l’intrigue s’articule avec élégance autour de relations psychologiques qui, si elles manquent parfois de profondeur, savent toutefois tenir en haleine le spectateur avide de récits où abondent les sentiments… et les autres aussi car on apprend vite à s’attacher à toutes ces personnalités, pour de bonnes raisons.

Définitivement un classique pour moi : j’espère que vous l’apprécierez.

(1) voir à ce sujet l’ouvrage de Jean Markale, Les Celtes et la civilisation celtique (Payot, 1969, ISBN : 2-228-88498-7).

Vision d’Escaflowne (Tenku no Escaflowne), Kazuki Akane, 1996
Dybex, 2009
26 épisodes, env. 30 € l’intégrale

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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