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Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Couverture du livre d'art Hardware - The Definitive SF Works of Chris FossL’art de science-fiction aussi novateur que distinct de Chris Foss révolutionna l’illustration de couverture des livres de poche tout au long des années 70 et 80.

Relevant la barre de façon considérable sur l’inventivité et sur le réalisme, ses vaisseaux spatiaux éreintés par les combats, ses paysages extra-terrestres théâtraux et ses architectures brutalistes en ruines changèrent à jamais l’esthétique de la science-fiction à travers un style reconnaissable entre tous.

Présentant des travaux pour des livres d’Isaac Asimov, E. E. « Doc » Smith, Arthur C. Clarke, A. E. Van Vogt et Philip K. Dick, ainsi que des designs pour des films de Ridley Scott et de Stanley Kubrick, cet ouvrage rassemble les travaux les plus classiques comme les plus rares, des jamais vus aux oubliés de l’édition.

La première rétrospective complète de la carrière d’illustrateur de science-fiction de Chris Foss. (1)

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Comment parler de l’art de science-fiction sans évoquer le nom de Chris Foss ? Il figure parmi les plus illustres, de son temps comme du précédent ainsi que du suivant : de Frank R. Paul à Michael Whelan, en passant par Virgil O. Finlay, Chesley Bonestell, Mel Hunter, Frank Kelly Freas, John Schoenherr, Bruce Pennington, Boris Vallejo et Jim Burns pour n’en citer que quelques-uns ; on ne compte plus les artistes qui l’ont imité, au moins à un moment ou un autre de leur carrière, avec en premier lieu Peter Elson et Chris Moore mais aussi Tim White et Peter JonesTony Roberts et David Jackson, Angus McKie et bien sûr le français Manchu, parmi de nombreux autres ; ses travaux dépassèrent vite le cadre de l’illustration de science-fiction dans sa forme littéraire pour s’attaquer à celle du cinéma – à travers des projets de films d’Alejandro Jodorowski, Ridley Scott, Stanley Kubrick ou Richard Donner – comme de la narration graphique – par des illustrations de couverture de magazines, dont au moins une de Métal Hurlant.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Chris Foss compte le plus simplement du monde comme un géant parmi les géants. Pas seulement par ses architectures dantesques et déchiquetées, ses navires sillonnant le ciel en surgissant des nuages, ses robots titanesques dépeçant des carcasses de métal et de plastique, ses paysages enfiévrés où jamais l’Homme ne mit le pied et qui ne lui sont d’ailleurs pas destinés. Non pour ces thèmes somme toute rebattus jusqu’à la nausée déjà à l’époque où il commença sa carrière, mais pour la manière dont il les illustra. Car, chez Foss, la poésie des arts plastiques se combine à la suprême technicité de l’hyperréalisme en un tout aussi fascinant que paradoxal. Voilà ce qui distingue l’inspiration de Foss de celle de ses prédécesseurs : cette volonté affirmée de rendre crédible ce qui ne l’est pas, de sublimer l’aspect émotionnel du concept et de la composition par une représentation au matérialisme brut.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

De sorte qu’il ne s’agit pas de réalisme technique mais bel et bien de réalisme pictural. À y regarder de près, en effet, les engins de Foss ne fonctionnent pas vraiment ; les articulations qu’il dessine ne peuvent plier, les vaisseaux qu’il peint ne peuvent voler, les structures qu’il conçoit ne peuvent tenir debout. Et pourtant, on croit à leur existence. Leurs textures et leurs matières de métal, de rouille et de plastique comme celles de pierre, d’eau ou de plantes qui les entourent parfois semblent assez vraies pour qu’on puisse les toucher ; leurs détails correspondent à la perfection à ce qu’on s’attend à voir dans de telles scènes, et le moindre brin d’herbe comme le plus petit écrou jouent ici le même rôle que les entrées d’air ou les propulseurs les plus colossaux – donner à l’image l’allure d’une réalité sans faille, aussi écrasante qu’indiscutable, mais pourtant d’autant plus convaincante que fausse.

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Voilà donc comment l’art de Chris Foss devint l’un des plus prisés de la science-fiction : en s’accordant à la perfection à ce qui reste l’essence même de ce genre – l’illusion de réalité conférée à des idées imaginaires. Toute la différence étant que ce réalisme-là découle d’images et non de mots. Pour cette raison, ne commettez surtout pas l’erreur de passer à côté d’un exemplaire de cet ouvrage car vous rateriez ainsi le recueil le plus complet à ce jour de l’artiste qui sût le mieux infléchir l’art de la science-fiction dans cette direction qu’il n’a jamais vraiment quitté depuis. À noter aussi que le volume présente en introduction plusieurs textes signés du graphiste Rian Hughes, du cinéaste Alejandro Jodorowski déjà cité plus haut et de l’artiste Jean « Mœbius » Giraud (1938-2012) ainsi qu’un entretien avec Foss mené par la fille de celui-ci, Imogene : autant de raisons de plus pour ne pas se priver…

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

Illustration tirée de l'artbook Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

Note :

Outre l’édition standard chroniquée ici, cet ouvrage est aussi disponible en édition spéciale limitée à 400 exemplaires (ISBN : 978-0-857-68559-9) qui propose différents bonus dont un livret de huit pages de galerie de couvertures et deux reproductions en grand format signées par l’artiste.

Hardware – The Definitive SF Works of Chris Foss, Rian Hughes & Imogene Foss
Titan Books, mai 2011
240 pages, env. 30 €, ISBN : 978-1-848-56698-9

plus d’images sur The Guardian
– le site officiel de Chris Foss
– la chaîne Youtube officielle de Chris Foss
– d’autres avis : Parka Blogs, SFF World, The Trades, We Love Cult, What Culture!
– sur la blogosphère : Very Aware, Geek Native, Media Mikes, Future Conscience

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Brantonne au Fleuve Noir

Couverture de l'artbook Brantonne au Fleuve Noir« […] Mais voici le temps de son chef-d’œuvre à répétition, […], les couvrantes du Fleuve Noir Anticipation. Nous somme en 1951, il dessine l’affiche de lancement puis les premières œuvres de Richard-Bessière. Il fera tout le Fleuve jusqu’en 1959, créant un style unique aux couleurs chaudes, aux formes rondes, qui permet aujourd’hui de repérer un vieux fleuve à 30 mètres. Pas bézef de collections dont on puisse dire ça. Même ceux qui n’ont jamais lu un livre de la collection connaissent cette impression, cette attirance dès la première vision. […] » (1)

Comme la plupart des vieux routard de l’illustration et du dessin, René Brantonne toucha à tout pendant sa carrière d’artiste. Près de 55 ans. D’abord à dessiner des affiches pour le cinéma chez Paramount et chez Universal mais aussi à la Fox, la Columbia ou la MGM ; ainsi que de la pub en pagaille au milieu de press-books, d’illustrations, de retouches – il dessine au passage le logo Esso, avec les quatre lettres dans un ovale, qui restera tel quel un demi-siècle… À la fin des années 30, il se jette dans la BD, et notamment chez Artima, où il fait des versions françaises pour des séries comme Superman ou Tarzan (version Burne Hogarth), parmi d’autres. En plus des couvertures de romans, des affiches, des calendriers et… des boites à camembert – dont il a prétendu être le roi. Et puis, enfin, en 1951, le Fleuve Noir.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

C’est la consécration. L’imagination plus que prolifique, plus même que débridée, la créativité hors pair de l’artiste trouve là toute la place qu’il lui faut pour s’exprimer : lui qui, dit-on, ne lisait jamais les livres dont il faisait l’illustration peut laisser libre cours à son crayon et ses pinceaux – la collection Anticipation, en effet, fait dans la science-fiction et ce genre-là n’aime pas les limites, quelles qu’elles soient. C’est un déluge de métal et de lumière, de rondeurs brillantes et de machines infernales, de guerriers de l’espace et de mutants extraterrestres,… Mais plus que des illustrations d’immense talent au charme vintage, c’est surtout la création d’une identité propre, d’une personnalité entière qui garde encore toute sa force et son originalité même plus de 50 ans après.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Car chez Brantonne, c’est la chaleur des tons qui domine. Loin des illustrations habituelles de cette science-fiction de l’époque dont le métal riveté comme les paysages de déserts extraterrestres exprimaient froideur et déshumanisation, la production de Brantonne se caractérisait, elle, par des couleurs vives et chatoyantes, souvent renforcées par une lumière proche du clair-obscur. Les images de Brantonne, tout simplement, rendaient la science-fiction vivante, voire même vibrante : elles faisaient de ce genre dominé par la technologie sans âme un lieu à nouveau humain, c’est-à-dire supportable. Les couvertures de Brantonne étaient une véritable invitation au voyage au lieu d’une simple illustration pour attirer le regard du chaland à l’aide de femmes dénudées et de M. Muscles.

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Reproduction d'une couverture d'un roman du Fleuve Noir Anticipation ilustré par René Brantonne

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, n’hésitez pas à vous plonger dans Brantonne au Fleuve Noir : non seulement vous y trouverez des futurs comme on n’en fait plus, mais vous aurez aussi l’occasion de voir de près quelques-uns des travaux les plus marquants d’un artiste comme il n’y en a pas deux dans toute l’histoire de l’illustration de science-fiction. Et ça, c’est pas banal…

(1) extrait de l’introduction à l’ouvrage par Yves Frémion.

Brantonne au Fleuve Noir, Yves Frémion
Kesselring, 1979
90 pages, env. 50 € (occasions seulement)

L’Univers de René Brantonne
– une biographie de Brantonne avec une galerie d’œuvres
– les couvertures des 144 premiers numéros de Fleuve Noir Anticipation

Frank Frazetta (1928-2010)

"Death Dealer" : l'une des œuvres les plus représentatives de l'art de Frank FrazettaC’est avant-hier, lundi, que Frank Frazetta a fini par croiser le chemin du Death Dealer, qui reste à ce jour une de ses œuvres les plus célèbres et dont vous trouverez une reproduction ci-contre.

Né à Brooklyn en 1928, il intégra l’Académie des Beaux-Arts à 8 ans et perfectionna son art sous la tutelle de Michael Falanga qui, époustouflé par le talent de son élève, rêvait de l’envoyer étudier en Europe. Mais quand l’Académie ferma, c’est à l’âge de 16 ans à peine qu’il dut gagner sa vie. Ainsi, Frazetta commença à travailler dans l’industrie du comics, d’abord comme assistant de John Giunta sur la série Snowman, puis sur des titres de divers genres tels que westerns, fantasy, policiers… Le début des années 50 le vit produire pour des éditeurs comme EC Comics ou National Comics, entre autres, seul ou bien en duo avec d’autres créateurs parfois de renom – dont la série mythique Flash Gordon, en collaboration avec Dan Barry lui-même. Il eut aussi son propre comic strip, Johnny Comet, de 1952 à 1953.

Mais c’est en 1962 qu’il commença cette carrière d’illustrateur qui allait le rendre célèbre en le plaçant aux côtés des plus grands noms du domaine, tels que Frank Kelly Freas ou Virgil Finlay. Tout en dessinant pour des publications comme Playboy, il fit de nombreuses illustrations pour les comics Buck Rogers (1) et les magazines Creepy, Eerie et Vampirella, ou encore pour des séries de romans d’Edgar Rice Burroughs telles que Tarzan et John Carter ; mais c’est surtout son travail sur Conan le Barbare qui reste célèbre pour avoir redéfini la représentation du genre heroic fantasy, au point d’avoir eu une influence peu discutable sur des générations d’artistes suivantes. Autant de travaux où son immense talent prit toute sa mesure à travers une maîtrise époustouflante de la peinture dans les rendus de paysages et de personnages au sein de mondes et d’âges imaginaires…

Son net penchant pour les héros musclés et les dames aux formes suggestives fit de ses travaux les candidats tout désignés pour illustrer les couvertures d’albums d’heavy metal tels que Flirtin’ With Disaster de Molly Hatchet ou bien Expect No Mercy de Nazareth, ou encore Hard Attack de Dust. Il collabora aussi très activement au film Tygra, la Glace et le Feu de Ralph Bakshi, sorti en 1983, pour lequel il créa de nombreux personnages et échafauda la plus grande partie de l’histoire. Sa peinture Death Dealer, évoquée au début de ce billet, connut un grand succès et devint une icône très populaire chez son public, au point de voir son personnage lui-même romancé, et notamment dans le film Tygra… déjà cité.

Son recueil The Fantastic Art of Frank Frazetta, en cinq volumes, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde ; en novembre dernier, le magazine en ligne Wired annonça que sa couverture pour Conan le Conquérant, publiée par Lancer Books en 1967, fut vendue pour un million de dollars à un acquéreur anonyme, ce qui démontre bien que l’admiration suscitée par l’œuvre de Frazetta demeure intacte longtemps après que son auteur ait cessé de produire à un rythme soutenu – entre autres problèmes de santé, une thyroïde mal soignée mais surtout une série d’attaques cardiaques l’avait laissé très diminué.

C’est la dernière de ces attaques qui a emporté Frank Frazetta lundi matin, à l’hôpital de Fort Myers, en Floride : la crise s’était déclarée la veille en début de soirée alors qu’il rentrait d’un diner de Fête des Mères avec ses proches. Il laisse derrière lui une œuvre immense, qui enchante encore des millions de gens à travers le monde – des lecteurs de fantastique et de fantasy aux fans de comics et de BD en passant par les adeptes de jeux de rôle – mais qui inspira aussi d’innombrables créateurs – du cinéma et du jeu vidéo comme de la BD ou du rock.

(1) voir un spécimen sur le site Comics.org.


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