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Gall Force: Earth Chapter

Jaquette DVD de l'édition américaine de l'OVA Gall Force: Earth ChapterDepuis l’opération Exodus, les forces restées sur Terre afin de continuer la lutte contre les MME doivent résister assez longtemps pour laisser à Mars le temps de leur envoyer des renforts. Mais d’autres problèmes que les machines folles attendent ces survivants, car certains parmi eux voient la résistance comme un moyen de participer aux desseins des MME à travers la destruction de l’environnement. Et malgré tout, pourtant, le pire pourrait bien venir de ceux-là même supposés leur prêter main forte depuis Mars…

En dépit de toutes ses qualités, Rhea Gall Force (Katsuhito Akiyama ; 1989), la production précédant Earth Chapter dans la série des Gall Force, souffrait malgré tout d’une certaine simplicité de son propos, ou du moins de la scène que présentait cette OVA : en décrivant un affrontement humains-machines, le récit ne pouvait que difficilement éviter une certaine binarité…

Sur ce point, Earth Chapter se montre moins catégorique car il nous dépeint le camp des survivants de la guerre atomique comme bien plus divisé que ce que l’opus précédent de la franchise pouvait le laisser croire. Encore que divisé n’est pas forcément le terme qui convient car ces différentes factions doivent en fait faire face à des intérêts divergents. C’est le genre de chose qui se produit plus souvent qu’on croit dans une guerre. Tout leur problème consiste donc à savoir si on abandonne ou pas ceux qui se retrouvent entre deux feux – le genre de dilemme dont ne s’accablent pas les machines…

Pourtant, le pire se trouve encore là où la notion même d’humanité prend racine. Car ce qu’il y a de meilleur y fait bien sûr écho à ce qu’il y a de pire. Là, dans cet enchevêtrement de pulsions aussi primaires que fondamentales, les machines pensantes trouvent leur raison de vivre, ou du moins d’agir – c’est-à-dire de s’affirmer contre leurs maîtres d’hier. Et cette interversion des rôles de renvoyer ainsi le créateur à ses responsabilités vis-à-vis de sa créature puisque celle-ci n’est pas mauvaise par essence, elle ressemble juste un peu trop à ses parents.

En fait, Earth Chapter narre surtout comment l’humanité en vint à se combattre elle-même par l’intermédiaire de ses rejetons cybernétiques. C’est le bon vieux coup du miroir que Artmic remet ici au goût du jour à travers un des plus vieux thèmes de la science-fiction, et qui donne de la sorte à ce chapitre de la Terre une saveur toute particulière.

Notes :

Comme d’habitude, il ne m’a pas été possible de trouver une vidéo en VOST. Si vous savez comment résoudre ce petit problème, n’hésitez pas à me faire signe.

Gall Force: Earth Chapter, Katsuhito Akiyama, 1989
Central Park Media, 2003
Trois épisodes, pas d’édition française à ce jour

– la page officielle de Gall Force sur le site de AIC
– l’univers de Gall force chez Gearsonline.net

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Bubblegum Crisis

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française de l'OVA Bubblegum CrisisMegatokyo, 2032 : sept ans ont passé depuis le grand tremblement de terre qui a anéanti la capitale du Japon ; reconstruite grâce à la technologie de la toute puissante multinationale Genom, les boomers – des androïdes biomécaniques – en sont devenus partie intégrante et y exécutent toutes les basses œuvres, des plus honorables aux plus lubriques. Mais les machines peuvent devenir folles parfois, et c’est aux experts en démolition de l’AD Police qu’on laisse le soin de les maîtriser ; tant pis pour la casse aux alentours…

Cependant, depuis un an environ, un groupe de vigilants connu sous le nom de Knight Sabers fait lui aussi la chasse aux boomers fous. Équipés de scaphandres mécanisés à la technologie supérieure à celles de l’AD Police comme de l’armée, tout porte à croire qu’il s’agit de mercenaires. Mais pour quels commanditaires ? Et pourquoi leurs sorties croisent-elles toujours le chemin de Genom ? Leurs activités cacheraient-elles une réalité bien plus sombre ? Car, après tout, qui sont vraiment les Knight Sabers ?

Voilà donc l’animé cyberpunk par excellence.

Car au contraire de nombre de ces productions qui popularisèrent la culture manga en occident au début des années 90, à travers des titres comme Akira (Katsuhiro Otomo ; 1982-1990) ou Appleseed (Masamune Shirow ; 1985-1989), pour n’en nommer que deux, Bubblegum Crisis appartient véritablement à ce courant de la science-fiction. En témoignent les principaux éléments qui composent cet avenir somme toute assez proche : technologies de pointe, main basse des multinationales sur l’économie planétaire, démission des états, dissolution de l’individu dans la fourmilière du groupe, et toujours moins d’espoir de voir des lendemains plus beaux…

Sauf peut-être dans cette technologie qui, justement, permet de libérer l’homme, du moins quand elle échappe à l’emprise des transnationales pour revenir entre les mains de cette population qu’elle est bel et bien supposée servir, soit quand elle retrouve son usage premier pour faire court. Ici, en effet, si Genom s’affirme comme une des plus puissantes corporations du monde par son exclusivité dans la conception de boomers, une autre technologie – cousine de la précédente – permet de lutter contre les effets indésirables de cette invention. On apprend assez vite que cette technologie-là, celle des Knight Sabers, se vit développée par le même savant qui construisit les boomers pour Genom, et en même temps que cet homme se fit purement et simplement éliminer lorsqu’il manifesta son désaccord auprès de son employeur qui souhaitait décliner cette invention en modèles militaires… Mais comme ce chercheur avait pris ses précautions, les Knight Sabers finirent par pouvoir entrer en scène, en utilisant en quelque sorte une version améliorée des armes de Genom contre elle-même. Bubblegum Crisis décrit donc la technologie comme libératrice et s’inscrit ainsi dans la tradition classique du genre cyberpunk.

Bien sûr, le lecteur averti aura reconnu là différents éléments caractéristiques de ces productions populaires destinées à un public de préférence pas trop exigeant. Car ces Knight Sabers, à y regarder de près, ne sont jamais qu’un groupe de super-héros en scaphandres de combat mécanisés, des espèces d’Iron Man en quelque sorte – et le tout calqué sur la recette, gagnante par excellence, mélangeant action pure et jolies filles (1). Toute la différence tient d’abord dans ce que Bubblegum Crisis se situe dans un avenir possible, et par là même examine donc une possibilité d’évolution de la société à travers les progrès techno-scientifiques, ce qui constitue une définition satisfaisante de la science-fiction qui prétend à une certaine qualité (2) ; et ensuite dans ce que cette œuvre dénonce des travers de son temps en en proposant une vision fantasmée située dans un futur jugé à l’époque tout ce qu’il y a de plus probable – l’avenir, d’ailleurs, devait lui donner raison, au moins pour les aspects économiques et sociaux du cauchemar décrit : comme quoi, les cyberpunks ne se trompaient pas tant que ça en décrivant un futur modelé sur l’exemple du Japon des années 80.

Malgré tout, on peut reprocher à cette OVA de se montrer assez timide dans sa dénonciation et sa critique. Peut-être à force de se focaliser sur ses deux ingrédients principaux, action et demoiselles, au lieu de l’ambiance et de l’atmosphère, Bubblegum Crisis ne parvient hélas qu’à effleurer son sujet. Si l’ensemble parvient néanmoins à un résultat bien assez réussi pour être resté un classique de l’animation japonaise pendant 20 ans, en particulier à travers son focus sur des personnages principaux tout à fait charmants et des intrigues menées tambour battant en ne laissant ainsi au spectateur aucune occasion de s’ennuyer, il manque toute de même à cette courte série cette pointe de noirceur et de désespoir qu’on ne retrouvera que dans au moins une des productions ultérieures d’Artmic – je pense bien sûr à AD Police Files (T. Ikegami, A. Nishimori & H. Ueda ; 1990).

Mais que cette remarque ne vous alarme pas, car en dépit de ce défaut somme toute plutôt mineur Bubblegum Crisis appartient bel et bien à ce genre cyberpunk qui ne présente pas pour habitude de se montrer clément envers la nature humaine. Pour peu que vous ne vous laissiez pas berner par certaines apparences en fin de compte assez trompeuses et des intrigues qui concluent leurs climax à grand coup d’explosions et autres effets pyrotechniques, vous trouverez dans cette huitaine d’épisodes de quoi vous dire que l’époque que nous connaissons, au final, aurait pu être bien pire…

(1) Étienne Gagnon, « Women, Action and Video Tape » (Mecha Press n°4, Ianus Publications, août-septembre 1992, p.4).

(2) pour le rapport entre science et société dans la science-fiction, lire l’article « Social Science Fiction » d’Isaac Asimov au sommaire de « Modern Science Fiction: Its Meaning and Its Future » (New York: Coward-McCann, 1953) ; lire un exemple dans l’article « Asimov’s Three Kinds of Science Fiction » sur le site tvtropes.org (en).

Adaptation :

En un jeu de rôle sur table, sous le même titre, créé en 1996 par R. Talsorian Games et basé sur leur système Fuzion. Ce titre comprend à ce jour trois volumes : Bubblegum Crisis (1996), le livre de règles de base, Bubblegum Crisis EX (1997), une extension, et Bubblegum Crisis Before & After (1998), un sourcebook.

Notes :

Le personnage de Priss est ainsi nommé en référence à l’androïde répliquant Nexus 6 de même nom dans le film Blade Runner (Ridley Scott ; 1982). Il en va de même pour son groupe, The Replicants.

Cette OVA devait compter au départ 13 épisodes mais se vit coupée à seulement huit quand les deux compagnies derrière sa production, Artmic et Youmex, se disputèrent pour des raisons financières en laissant la série inachevée et dans un enfer du copyright.

Au début du troisième épisode, les personnages de Quincy et Mason observent une carte de Mega Tokyo comportant plusieurs légendes dans lesquelles on peut voir des noms de personnages et d’acteurs du film Top Gun (Tony Scott ; 1986) tels que Val Kilmer, Meg Ryan ou Tom Cruise, parmi d’autres.

Bubblegum Crisis, K. Akiyama, H. Gohda & M. Obari, 1987-1991
Black Bones, 2007
8 épisodes, env. 18 € l’édition intégrale collector

Bubblegum Crisis Mega Tokyo 2032-2033 (jp)
– le site d’AnimEigo sur Bubblegum Crisis (en)

Rhea Gall Force

Jaquette DVD de l'édition américaine de l'OVA Rhea Gall ForceAD 2085. La découverte d’un artefact paranoid sur la Lune a fait basculer les grandes puissances de la planète dans la Troisième Guerre mondiale pour la suprématie de cette technologie prodigieuse. Mais les survivants ne sortirent des décombres que pour affronter les véritables gagnants du conflit : les machines pensantes conçues par les deux blocs pour livrer les combats à leur place. À présent, ce qui reste des deux armées doit apprendre à composer avec l’adversaire d’hier pour détruire l’ennemi d’aujourd’hui…

Si les bases du récit de Rhéa Gall Force rappellent bien sûr l’univers du film Terminator (James Cameron ; 1984) pour son aspect post-apocalyptique basé sur le point de départ classique de la guerre atomique ainsi que pour son thème tout aussi traditionnel de la révolte des machines contre leur créateur, cette OVA s’en distingue malgré tout sur deux axes au moins. Le premier concerne les auteurs de la guerre qui anéantit le monde : ici, les humains et non leurs créatures se trouvent doublement responsables, d’abord d’avoir détruit ce que leurs ancêtres mirent des millénaires à bâtir, et ensuite d’avoir créé la menace cybernétique qui s’abattît sur les survivants sitôt les champignons nucléaires dissipés. Le second axe, plus évident celui-ci, au moins sur le plan pictural, porte sur la situation du récit proprement dit : placée après cette fin du monde, elle permet d’illustrer l’affrontement entre les humains et leurs créations vouées à prendre leur place au contraire du film de Cameron qui plaçait ce combat dans le présent par le truchement du voyage temporel.

Si ces choix narratifs impactent en fin de compte assez peu le scénario lui-même, reposant pour l’essentiel sur de l’action pure et s’avérant donc bien simple sur le plan narratif, leur combinaison juxtaposée à l’origine nipponne de cette production donne à celle-ci une coloration toute particulière, à travers laquelle s’expriment certaines angoisses typiques du Japon des années 80 mais qu’on retrouve aussi dans nombre de nations industrialisées de la même époque, bien qu’avec moins de véhémence en général ; le thème de la révolte des machines illustre bien sûr notre angoisse face à ce progrès technique incontrôlable par définition (1), et à un point tel d’ailleurs qu’il nous semble doué d’une volonté propre, mais une volonté si absconse que son obscurité nous y fait voir le pire, et notamment la fin de notre civilisation, voire du genre humain. Enfin, c’est aussi pour Artmic l’occasion de produire une autre diatribe anti-technologique, un sujet pour le moins récurrent dans les œuvres de science-fiction de ce studio (2).

Car cette association entre le thème de la fin du monde – image de la mort par excellence (3) – et de la lutte contre des machines devenues folles – tableau de la peur de l’objet technologique – produit un résultat somme toute assez transparent. Ici, la machine signe purement et simplement la fin de la civilisation humaine. Il ne s’agit plus d’une lente décadence au contact d’une technologie toujours plus intrusive et qui transforme peu à peu l’homme en une sorte de zombi, d’esclave de cette machine dont il devient sans cesse plus dépendant – un motif qui jusque-là servait chez Artmic de métaphore de la déshumanisation progressive de la société face à un progrès aux effets en fin de compte assez discutables.

Dans Rhea Gall Force, la machine ne se préoccupe plus d’infiltration graduelle ou de cohabitation hypocrite mais au contraire prend ce qu’elle estime lui revenir de droit : celui qui échoit au plus fort, au plus habile, au plus rusé… Car telles sont les qualités de la machine, en plus de cette logique pure et d’autant plus terrifiante qu’elle réduit à néant les spécificités individuelles où trouvent racine les divergences d’avis et d’opinions (4). Le règne des machines implique donc l’abolition de l’individu dans une sorte d’esprit de ruche, autre synonyme de mort, au moins sur les plans intellectuels et spirituels. Pour cette raison au moins il ne peut y avoir de cohabitation entre l’humain et ses créatures, et surtout pas si celles-ci montrent de l’intelligence. L’un des deux doit finir par dominer l’autre.

Bien sûr, il s’agit avant tout ici d’une métaphore, de l’expression d’une crainte dont l’aboutissement reste très probablement encore assez loin dans l’avenir (5), celui où les machines se trouveront douées d’une réelle autonomie, celle-là même qui seule permet de se révolter contre son créateur (6). Voilà pourquoi il convient de ne pas trop prendre ce récit au sérieux mais plutôt d’y voir un infléchissement aussi inattendu que bienvenu d’une franchise jusque-là orientée vers le space opera et qui trouve par ce biais un moyen de se renouveler. Ainsi peut-elle exprimer certaines craintes typiques des nations industrielles de l’époque, où le modernisme connaissait à travers le développement de la micro-informatique une croissance exponentielle alors jamais vue, tout en reflétant une autre terreur de son temps, celui du spectre de la guerre nucléaire dont beaucoup croyaient encore qu’elle seule pourrait poser le point final à cette Guerre froide qui à ce moment séparait le monde en deux camps depuis plus de 40 ans.

Mais c’est aussi une réalisation de grande qualité sur les plans techniques et artistiques, à l’animation toujours fluide et aux designs qui laissent bien peu à désirer ; si le travail de Kenichi Sonoda consiste pour l’essentiel à revisiter ses travaux échafaudés dans les années précédentes pour Gall Force: Eternal Story (Katsuhito Akiyama ; 1986) et ses deux suites dont Rhea Gall Force est la séquelle directe, sur le plan des mechas, par contre, le travail de Kimitoshi Yamane se caractérise par un écart souvent drastique par rapport aux canons du genre avec pour résultat des formes souvent surprenantes, parfois osées mais toujours originales, et qui jouent pour beaucoup dans l’identité de cette réalisation. Si, comme évoqué plus haut, le scénario reste simple et assez linéaire, ceux d’entre vous friands d’action pure s’agaceront peut-être de la naïveté de certains personnages, heureusement assez ponctuelle pour ne pas gâcher le spectacle.

En fait, Rhea Gall Force sert surtout d’introduction à la suite du récit, l’OVA en trois épisodes Gall Force: Earth Chapter (même réalisateur ; 1989) qui, elle, présente bien plus d’éléments originaux ainsi qu’une intrigue mieux élaborée. Cette réalisation fera bien sûr l’objet d’une chronique prochaine.

(1) Jacques Ellul, Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

(2) bien que sous-jacent à la plupart des productions d’Artmic dans le domaine de la science-fiction, on le trouve surtout dans les titres de la franchise Bubblegum Crisis originale (1987-1991).

(3) Jacques Goimard, Le Thème de la fin du monde, préface à Histoires de fins du monde (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3767, 1974, ISBN : 2-253-00608-4).

(4) Gérard Klein, préface à Histoires de machines (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3768, 1974, ISBN : 2-253-00609-2) ; lire ce texte en ligne.

(5) sur la faisabilité technique de l’intelligence artificielle, le lecteur curieux se penchera sur la préface de Gérard Klein au roman Excession de Iain M. Banks (Le Livre de Poche, collection Science-Fiction n° 7241, ISBN : 2-253-07241-9) ; lire ce texte en ligne.

(6) Gérard Klein, préface à Histoires de robots (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3764, 1974, ISBN : 2-253-00061-2) ; lire ce texte en ligne.

Notes :

En dépit de toutes mes recherches, il ne m’a pas été possible de trouver une vidéo en VOST. Si vous savez comment remédier à ce petit problème, n’hésitez pas à me faire signe.

Dans la mythologie grecque, Rhéa est une titanide, fille de Gaïa (la Terre) et d’Ouranos (le ciel étoilé) qui épousa son frère Cronos auquel elle donna entre autres Zeus comme fils. Pour son rôle majeur dans la chute des titans et l’avènement des olympiens, dont Zeus devint le roi, Rhéa se vit surnommée par les romains Magna Mater – « Grande Mère (de la Terre) » – et se trouva souvent confondue avec Cybèle, une divinité d’Asie Mineure.

Rhea Gall Force, Katsuhito Akiyama, 1989
Central Park Media, 2003
60 minutes, pas d’édition française à ce jour

– la page officielle de Gall Force sur le site de AIC
– l’univers de Gall force chez Gearsonline.net

Gall Force: Eternal Story

Jaquette DVD de l'édition américaine du film Gall Force: Eternal StoryDepuis des siècles, une guerre interstellaire sans merci oppose la race de femmes des Solnoïds à la civilisation biomécanique des Paranoïds. Alors qu’une bataille sanglante s’achève, les troupes solnoïds évacuent le théâtre des opérations en urgence pour se replier vers Chaos, une planète isolée et inhabitée. Mais quand il sort de l’hyperespace, l’équipage du Star Leaf découvre qu’il est seul, bien en avance sur le reste de la flotte et à la merci de ses ennemis – pourtant, le pire pourrait bien venir de son propre camp…

On ignore qui a fait le coup mais les anciens grecs, avec la légende des femmes-guerrières Amazones, semblent en bonne position. Qu’un tel mythe trouve ses racines dans une civilisation aussi bien connue pour son machisme, d’ailleurs, étonne assez peu : ce penchant se trouverait en quelque sorte atténué à travers le portrait de femmes aussi fortes, si ce n’est plus, que les hommes et qui ne s’en laissent donc pas conter par ces derniers. À moins, plus simplement, qu’il faille voir là l’expression d’une phobie des hommes envers les femmes qui entretiendrait ainsi le machisme en question, voire une résurgence de ces temps jadis où, dit-on, les femmes régnaient sur la cité en général et donc sur leurs compagnons.

Bref, au moins sur le plan inconscient, la notion de matriarcat nous habite depuis longtemps et c’est peut-être la raison pour laquelle les anthropologues ne s’étonnèrent pas d’en trouver des exemples en Asie comme en Afrique, ces continents où le mépris pour les femmes atteint des sommets et où se trouvent donc réunies les meilleures conditions pour l’éclosion du mouvement inverse par simple effet de réciprocité. On peut d’ailleurs rappeler que les celtes, dont les ancêtres vinrent jadis des plaines asiatiques, réservaient une place d’importance à leurs compagnes, et dans tous les secteurs de la société – peut-être, d’ailleurs, quittèrent-ils l’Asie pour cette raison, car il y étaient trop en décalage avec leur temps…

On s’étonne d’autant moins de voir qu’un tel thème prenne tant de place dans les productions de l’esprit quand on sait combien les créatifs en général et les artistes en particulier entretiennent souvent une relation privilégiée avec leur mère, ou encore combien ils laissent la part féminine de leur personnalité s’exprimer à travers le développement de ces idées originales ou en tous cas inhabituelles qui leur servent d’inspiration première et qui sont souvent l’apanage des femmes. Sans oublier que créer reste bien souvent un acte de révolte contre l’autorité et le conformisme, soient des éléments typiquement masculins. De sorte qu’évoquer le règne des femmes tiendrait presque de l’apologie de l’acte créatif.

Ainsi, Gall Force: Eternal Story s’articule-t-il autour d’un tel thème, au moins indirectement. Car d’hommes, ici, on ne voit point ; ce qui, au fond, n’est jamais qu’un moyen de souligner le matriarcat : elles s’en seraient purement et simplement débarrassées… Premier opus de la seconde série à succès du mythique mais hélas défunt studio Artmic, peu après Megazone 23 et juste avant Bubblegum Crisis, ce film choisit donc un angle d’attaque assez original. Car même s’il rappelle bien sûr Macross (Noboru Ishiguro ; 1983) pour sa thématique de départ, on y distingue aussi l’influence évidente de la première trilogie Star Wars (George Lucas ; 1977) ainsi que du film Alien, le huitième passager (Ridley Scott ; 1979) – soit un cocktail plutôt rare…

Certains diront que c’est là le seul intérêt de cette production, qu’elle reprend avec efficacité cette technique du patchwork et de la juxtaposition d’inspirations très différentes en un tout paradoxalement cohérent, et qu’il ne faut pas aller chercher plus loin ce qui ne s’y trouve pas. D’autres diront que Gall Force: Eternal Story possède sa propre âme et que celle-ci prend racine dans une alchimie aussi improbable que réussie d’éléments visuels et musicaux articulés autour d’un scénario somme toute bien assez surprenant ; ils rappelleront aussi que si ses personnages ne présentent aucune réelle profondeur, leur design seul suffit pour le spectateur à se les approprier – en d’autres termes, ils sont charmants et parfois il ne faut rien de plus.

La gloire en revient ici à Kenichi Sonoda qui connaîtra son succès personnel un peu plus tard à travers ses mangas Riding Bean (1988) et Gunsmith Cats (1990) dont les adaptations en anime sauront trouver un public nombreux des deux côtés du Pacifique. Car pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, et si le splendide travail des animateurs leur donne vie, ce sont malgré tout les chara designs qu’il développe pour ce film qui font la force principale de cette production. On s’y attache car ils sont attachants à défaut d’être originaux ou sophistiqués – et pour autant qu’on puisse encore créer des personnages méritant de tels qualificatifs après 4000 ans de littérature – et en fin de compte, ce facteur à lui seul peut suffire.

Bien sûr, les splendides qualités d’animation, les mecha designs somptueux et les scènes de batailles stellaires aux proportions dantesques jouent aussi un rôle central ; de même que l’intrigue et son mystère où le suspense et les retournements de situation le disputent à l’action pure et aux révélations. Mais il n’y a nul besoin d’y regarder de bien près pour voir que Gall Force… n’invente rien sur ces plans-là – ou si peu – alors qu’il révèle quelque chose en exposant le talent de Sonoda au grand jour. Pour autant, il ne s’agit pas de dire que ce film lui doit tout puisqu’il s’agit avant tout d’une œuvre collective, comme toutes les animations, mais il arrive que le travail d’un seul porte celui de tous les autres jusqu’où il n’aurait su aller par lui-même.

Classique oublié, à défaut de chef-d’œuvre, d’une époque révolue et d’un genre, le space opera, bien assez galvaudé depuis trop longtemps, Gall Force… figure parmi ces productions uniques en leur genre à ne manquer sous aucun prétexte, non pour ses idées en fin de compte toutes déjà vues quelque part mais pour son aura à nulle autre pareille.

Séquelles et spin-offs :

Comme évoqué plus haut, Gall Force: Eternal Story lance une franchise à succès qui se décompose en différents arcs narratifs de plusieurs épisodes chacun et situés à diverses époques. Tous sauf un furent réalisés par Katsuhito Akiyama.

Gall Force 2: Destruction (1987) et Gall Force 3: Stardust War (1988) se situent juste après Gall Force: Eternal Story et ajoutent quelques précisions sur le sort de certains personnages ainsi que sur le déroulement de la guerre entre les solnoïds et les paranoïds. Bien que plaisantes, ces deux productions s’avèrent assez anecdotiques et dispensables.

Rhea Gall Force (1989) et Gall Force: Earth Chapter (même année) se déroulent plusieurs milliers d’années plus tard et montre l’humanité en guerre contre des machines pensantes construites par les terriens à partir d’artefacts paranoïds retrouvés sur la Lune. Surprenant, le revirement se montre très réussi.

Gall Force: New Era (1991) a lieu deux siècles après le chapitre de la Terre et narre le retour de GORN, l’intelligence artificielle responsable de l’insurrection des machines contre leurs créateurs. Sans réel scénario ni conclusion, ce chapitre reste le plus faible de la série.

Enfin, Gall Force: The Revolution (Hiroshi Fukishima ; 1996) est une réinterprétation de l’original où il n’y a aucun paranoïd et au lieu de ça une guerre civile déchire la faction solnoïd.

Adaptation :

Sous la forme de jeux vidéo : d’abord une paire de shoot’em up, intitulés Gall Force et Gall Force: Defense of Chaos, développés en 1986 par HAL Laboratory, Inc. pour Famicom Disk System et MSX, respectivement ; puis un jeu d’aventure, Gall Force: Eternal Story, sorti en 1987 sur MSX2.

Note :

Gall Force a pour origine et précurseur un roman photo à base de maquettes : paru en 1985 dans le magazine Model Graphix sous le titre de Gall Force: Star Front, il établit les bases des versions animées. Peu connue en dehors du Japon, et en raison des différences avec les productions audiovisuelles en terme de costumes, de véhicules et d’armes, cette toute première itération est souvent considérée par les fans comme non-canon ou bien faisant partie d’une continuité alternative.

Gall Force: Eternal Story, Katsuhito Akiyama, 1986
Central Park Media, 2003
86 minutes, pas d’édition française à ce jour

– la page officielle de Gall Force sur le site de AIC
– l’univers de Gall force chez Gearsonline.net

Guyver

Jaquette DVD de l'édition française intégrale de GuyverShô Fukamachi est un lycéen comme les autres jusqu’au jour où une simple promenade au bord d’un lac bouleverse sa vie quand il trouve un objet étrange avec lequel il fusionne par accident. Il découvre vite que c’est en fait une arme biomécanique qui lui donne des pouvoirs surhumains à travers une symbiose dont résulte une nouvelle forme de vie : le Guyver. Mais, bien sûr, les propriétaires de l’arme veulent récupérer leur bien, et ils ont eux aussi à leur disposition un arsenal redoutable… Commence alors pour Shô un combat qui l’entraînera bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer, vers le secret des origines de l’Humanité, le destin de cette dernière, et les Créateurs eux-mêmes…

Le Guyver est de retour, avec une revanche !

L’expression est faible car après deux OVAla première assez pathétique et la seconde plus fidèle mais malheureusement incomplète – ainsi que deux long-métrages pour le cinéma – le premier franchement mauvais et le second à peine mieux – il était temps pour le Guyver de recevoir enfin la réalisation qui lui était due. Et quelle réalisation !

Passons sur la qualité d’animation, à peine plus sophistiquée que la moyenne des productions du moment et qui reste globalement en dessous de celles des adaptations précédentes malgré le fossé temporel qui les sépare de celle-ci, ainsi que sur l’implémentation d’effets numériques au demeurant plutôt discrets et de bonne facture, car Guyver est avant tout une œuvre d’ambiance. D’abord à travers sa touche graphique et ses cadrages qui ne vont pas sans rappeler ses origines manga ; puis par sa narration étalée qui laisse bonne place aux relations psychologiques et aux développements des divers protagonistes mais aussi de l’intrigue et de son aura de mystère croissant, le tout servi par petites touches subtiles et progressives en évitant les sempiternels combats finaux – somme toute plutôt ennuyants après des décennies d’animes d’action – pour instaurer avec habileté le suspense et faire en sorte que le spectateur quémande toujours la suite : si ce stratagème sent bon le mercantilisme de l’audimat, il reste toujours appréciable lorsqu’il est bien fait, et dans ce cas précis il est simplement redoutable. En dépit de son respect pour l’œuvre de base, maintenant assez ancienne, cette adaptation se veut très actuelle dans sa facture et y réussit avec brio. Une œuvre d’ambiance, donc, en dépit des combats dantesques qui la rythment, d’une manière somme toute assez semblable à celle de l’adaptation en série TV de Spawn : une comparaison méritée car le Guyver est bien un mecha dont la parenté avec le super sentai ne se discute pas, de sorte qu’au final il se place dans la même veine qu’Iron Man mais la « japan touch » en plus…

Au point de pouvoir presque affirmer qu’il préfigure Urotsukidoji avec cette manière de déformer les corps dans des proportions infernales pour les transformer en horreurs sans nom. Pourtant, nous sommes bien dans un contexte de science-fiction mais typique du début des années 80, c’est-à-dire assez « cliché » selon les standards actuels : le thème de l’Humanité comme fruit de manipulations génétiques extra-terrestres, la corporation multinationale surpuissante dédiée à la conquête du monde, le jeune ado héritier d’un pouvoir qui le dépasse,… À l’époque où le manga original de Yoshiki Takaya est paru, c’était déjà vu, mais cette œuvre de base a au moins eu le mérite d’avoir été innovante, du moins dans le contexte si particulier de la culture populaire japonaise : en effet, jusqu’à Guyver les transformations du corps étaient plus le résultat de la magie – démoniaque la plupart du temps (on pense au Devilman de Go Nagai) – que de la science. Dans ce sens, Guyver est presque pionnier du transhumanisme, ce courant de la science-fiction héritier du cyberpunk qui explore l’impact des technologies de pointe (cybernétique mais aussi manipulations du génome) sur la nature de l’humain et l’avènement du chaînon suivant dans l’évolution de l’Humanité, le post-humain. Il n’est pas inutile de mentionner que l’Akira de Katsuhiro Otomo s’inscrit dans une veine comparable, du moins de notre point de vue occidental, et à peu près à la même époque d’ailleurs : de là à dire que les productions nippones sont souvent avant-gardistes, il n’y a qu’un pas – mais que j’éviterais toutefois de franchir car le sujet du transhumanisme reste complexe…

Hélas, la réflexion s’arrête là – dans cette adaptation en tous cas – et le seul épisode qui aborde directement cette problématique – le huitième, The Shaking Skyscraper – ne fait qu’effleurer le sujet, mais sans pour autant laisser le spectateur exempt d’interrogations, voire d’idées : c’est bien là à mon sens un des nombreux critères qui distinguent les productions banales de celles qui comptent.

Si vous voulez explorer une des meilleures incarnations d’un élément-clé de l’animation japonaise, Guyver est le candidat idéal.

Notes :

Ce titre est la troisième adaptation en anime du manga éponyme de Yoshiki Takaya actuellement non-traduit en France ; à signaler également l’adaptation en deux films live action américains The Guyver et Guyver II: Dark Hero avec des effets spéciaux et des maquillages de Screaming Mad George.

Guyver (Kyôshoku sôkô Guyver), Katsuhito Akiyama, 2005
(œuvre originale : Yoshiki Takaya, 1985)
Kaze, 2008
26 épisodes, env. 40 € l’intégrale (réédition)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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