Posts Tagged 'Mamoru Nagano'

Brain Powered

Jaquette DVD de l'édition américaine compléte de la série d'animation Brain PoweredUne entité colossale appelée Orphan remonte du fond des océans : sa masse titanesque provoque des raz-de-marée et des tremblements de terre qui dévastent les cotes, alors que le niveau des mers monte de façon dramatique. Les Récupérateurs, un groupe parvenu à s’infiltrer dans Orphan, découvre qu’il va quitter la Terre après l’avoir dépouillée de son énergie organique, tuant ainsi toutes formes de vie. Ils projettent de partir avec lui mais malgré ses dimensions cyclopéennes Orphan ne pourra pas emporter toute la population de la Terre : ainsi les Récupérateurs se considèrent comme un peuple élu…

Pour contrer les Récupérateurs, les Nations Unies ont créé Nivis Noah, un groupe qui a pour mission de stopper Orphan à n’importe quel prix. Les deux camps utilisent des machines humanoïdes semi-organiques, les Anticorps, capables d’entrer en symbiose avec leur pilote humain et issues d’objets mystérieux appelés Plates que sécrète Orphan lors de sa remontée des eaux : ils produisent deux catégories d’Anticorps, les Récupérateurs utilisent les Grand Chers alors que les gens de Nivis Noah pilotent les Brain Powerd… Les Récupérateurs veulent collecter le plus possible de ces Plates afin d’asseoir leur supériorité militaire sur le reste du monde et accomplir ainsi leur destin en toute quiétude.

Hime Utsumiya, une orpheline fuyant les décombres de sa ville avec ses jeunes frères et sœurs, se trouve mêlée à la lutte lorsqu’elle assiste à la naissance d’un Anticorps dont elle deviendra le pilote. Mais avant ça, elle rencontre le récupérateur Yuu Isami sur lequel sa maîtrise innée du pilotage des Anticorps fait une forte impression. Un an après leur rencontre, Yuu doute du bien-fondé des agissements d’Orphan : les Récupérateurs sont-ils vraiment les seuls représentants de l’espèce humaine à pouvoir être sauvés ? Et qu’elle est la véritable nature d’Orphan en fin de compte ? Yuu aurait-il été élevé dans le mensonge ?

Encore une fois, Yoshiyuki Tomino et son vieux complice Hajime Yatate (1) nous ont concocté un concept unique, au scénario rocambolesque et des personnages hors du commun dont l’humanité montre une force rare, le tout pour conter une histoire au souffle profondément épique et servie à merveille par la créativité d’artistes dont la renommée n’est plus à faire – tels que Mamoru Nagano (Heavy Metal L-Gaim, Mobile Suit Zeta Gundam, The Five Star Stories) et Yoko Kanno (Macross Plus, Vision d’Escaflowne, Ghost in the Shell – SAC) ou encore Mutsumi Inomata (Uruseï Yatsura, Il était une fois Windaria, City Hunter) et Masaru Sato (Irresponsible Captain Tylor, Neon Genesis Evangelion, Serial Experiments Lain). Difficile de rater son coup avec de telles pointures dont le talent et le palmarès respectif ont de quoi faire des envieux, même parmi les vétérans du genre.

Brain Powerd présente les thèmes les plus chers à Tomino et aussi ceux qui ont fait sa renommée : la fragilité de l’équilibre naturel que l’Homme s’acharne à détruire dans sa quête aveugle de modernité, mais aussi un profond antiaméricanisme (2) qui frappe ici d’une manière particulièrement directe et avec une pertinence rare. On aime aussi beaucoup l’évolution des personnages et leur humanité ainsi que le tragique de leur passé respectif qui joue un rôle crucial dans l’intrigue comme dans les idées qu’elle présente – et même si on aurait aimé que certains de ces personnages soient développés davantage – car en dépit d’une apparence de production orientée action le propos ici porte surtout sur les blessures de l’enfance, c’est-à-dire ces cicatrices qui conditionnent parfois toute une vie. Le camp des Récupérateurs n’est bien sûr pas une exception car le réalisateur nous a habitué à des « méchants » qui n’en sont pas vraiment – c’est d’ailleurs lui qui a beaucoup contribué à introduire cette subtilité narrative dans l’animation nippone, notamment à travers Mobile Suit Gundam et ses suites. Toutes ces personnalités s’entrechoqueront en un crescendo savamment orchestré par un scénariste de premier plan.

Quant aux aspects artistiques, il n’y a que l’animation qui ne parvient pas à tirer vraiment son épingle du jeu : les mouvements auraient mérité plus de fluidité mais les carences, strictement d’ordre techniques, demeurent malgré tout bien assez discrètes pour ne pas choquer ; au reste, c’est le genre de production où le récit compte plus que sa représentation. Autrement, les somptueux designs d’Inomata, de Sakura et de Nagano se trouvent ici servis avec brio par l’inspiration de Sato pour procurer une ambiance visuelle d’une originalité peu commune. Quant aux compositions de Kanno, et d’une manière assez surprenante venant de sa part, elles ne vont pas sans évoquer Les Merveilleuses Cités d’Or remixées par Vangelis (auquel on doit, entre autres, la musique de Blade Runner), avec des pointes de gothique ou de classique saupoudrées ici et là de musiques traditionnelles irlandaises : une réussite magistrale, comme ce compositeur nous y habitué depuis longtemps….

Sans contestation possible un des animes les plus passionnants qu’il m’a été donné de voir, ainsi qu’une production qui se vit saluée en son temps par les critiques spécialisés les plus réputés comme un incontournable du genre. Si vous aimez la science-fiction qui sort des sentiers battus et s’en tire avec brio, cette série ne vous décevra pas ; sinon, il reste un sens épique hors du commun, un scénario riche en rebondissements et en suspense, des personnages à la fois très attachants et bien construits : en général, ça suffit à convaincre les plus réticents…

(1) en fait, le « nom de plume » de l’ensemble du studio Sunrise.

(2) rappelons que, né en 1941, Tomino fait partie des plus anciens acteurs de l’animation japonaise : il paraît donc normal que ses réalisations soient imprégnées de sentiments plus mitigés que celles de ses confrères appartenant à des générations plus jeunes.

Notes :

Oui, la vidéo ci-dessus est bien l’opening officiel de la série…  ;]

Les Brain Powerd firent leur première apparition dans la série de jeu vidéo Super Robot Wars et précisément son opus Super Robot Wars Alpha 2.

Cet anime se vit adapté sous forme de manga chez Kadokawa Shoten ; l’édition française est disponible en quatre volumes chez Panini Comics.

Bien que Dybex possède la licence de cette série depuis 2002, son édition française se fait toujours attendre…

Brain Powered, Yoshiyuki Tomino, 1998
Bandai Entertainment, 2006
26 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

The Five Star Stories

Jaquette DVD de l'édition américaine du film The Five Star StoriesIl y a plusieurs millénaires, l’Empire de Farus Di Kanon contrôlait tout l’Amas Stellaire du Joker avec une technologie prodigieuse… Mais après 10 000 ans de règne, il s’effondra en ne laissant plus que barbarie, et ainsi disparut le savoir des temps anciens. Jusqu’à ce que les familles impériales d’Amaterasu, Fillmore et Hathuha établissent l’ère du Calendrier Joker comme un espoir de paix durable pour toutes les nations. Le Calendrier Joker fut adopté mais le rêve de paix jamais réalisé…

En JC 2988, l’empereur Amaterasu dis Gran Grees Eidas IV, 84éme héritier du Royaume de Grees, est dieu de lumière. Sous l’identité du concepteur de mecha Ladios Sopp, il se porte au secours d’un vieil ami, le Dr Ballanche, qui veut sauver ses deux derniers Fatimas, Lachesis et Clotho – des androïdes surhumains indispensables au pilotage des fabuleux mechas Mortar Headds. Mais au contraire des autres Fatimas conçues pour obéir aveuglément à leurs maîtres assoiffés de conquête, Lachesis et Clotho disposent de leur libre-arbitre.

Ainsi débutèrent les légendes du Système de Joker, amenées à bouleverser l’Histoire Galactique, mais aussi l’amour d’Amaterasu l’Immortel pour l’esclave Lachesis…

Anime d’exception tiré d’un manga d’exception, The Five Star Stories est non seulement un OVNI comme on aimerait en voir plus souvent mais aussi une excellente introduction au monde fabuleux de Mamoru Nagano, un univers qui ose mêler la technologie de la science-fiction et la magie de l’heroic fantasy, la réalité et les songes, l’amour et la guerre, avec une poésie rare, une ferveur stupéfiante, une originalité certaine, une créativité et un talent inégalés – n’ayons pas peur des mots. De là à hurler au chef-d’œuvre, il n’y a qu’un pas et tout petit qui plus est…

La voix en off qui ouvre l’histoire en surimpression des premières images – fixes – pose d’emblée une ambiance familière malgré le décor grandiose qu’elle commente : ce sont les frissons des contes de fée d’antan que retrouve là le spectateur en se trouvant ainsi amené dans ce Moyen-Âge échappé d’un futur prodigieusement lointain où les chevaliers de plusieurs dizaines de mètres de haut portent des armures d’or et d’argent ciselées de runes et brandissent des épées issues d’une technologie aux allures de magie.

Pourtant, c’est encore la « naissance » de la Fatima Lachesis qui porte le plus d’émotions dans cette introduction où, décidément, rien ne ressemble à ce qu’on a pu déjà voir ; car le chara design filiforme présente ici une peau nue couverte de signes aux allures cabalistiques qui évoque ainsi une biotechnologie de pointe, certes, mais mue par des arcanes et des sortilèges aussi bien que par des songes et des désirs… À moins que ce soit les délires enfiévrés d’une liberté toujours fugace car sans cesse sur le qui-vive.

The Five Star Stories est une invitation au rêve éveillé, à la magie d’antan comme celle de demain, où les technologies ont atteint un tel degré de complexité qu’on ne peut les distinguer de la sorcellerie (1). Celle-ci fera d’ailleurs son apparition, à travers la vision fugitive qu’aura Ladios Sopp de l’Autre Monde – je veux dire celui des morts, qui ici ne quittent jamais vraiment celui des vivants, ou du moins pas pour toujours, pas complétement en tous cas ; du reste, les vivants ont parfois besoin de conseils…

Dans ce voyage vers un demain qui ressemble à hier – à moins que ce soit le contraire – vous trouverez des machines et des édifices construits comme des œuvres d’art, qui restent tous uniques malgré leur complexité technique indescriptible, produits par un artisan qui leur a dédié à chacun des années entières de sa vie, de son talent, de lui-même. Au point d’ailleurs que certains de ces mécanismes sont en fait vivants – et même, sous bien des aspects, conscients ; voire plus peut-être.

Hélas, mille fois hélas, ce film ne reprend que le premier volume du manga original : déçu du résultat, Nagano s’est opposé à la réalisation des volumes suivants censés poursuivre l’histoire, et ça se voit… Le récit semble incomplet : beaucoup d’éléments demeurent sans réponse, de points obscurs, de personnages occultés – et l’œuvre perd ainsi la plus grande partie de son souffle épique, l’intrigue de sa complexité, le monde de sa beauté et le spectateur de son plaisir. Quel dommage…

Il reste néanmoins une réalisation techniquement irréprochable, à l’animation de qualité exceptionnelle, aux designs purement ahurissants et à l’ambiance tout simplement unique : on a rarement vu mieux comme invitation à la découverte d’une fresque non seulement encore plus grandiose dans sa forme originale mais qui est aussi un incontournable du genre mecha depuis maintenant près de 25 ans.

À présent, si ces messieurs les éditeurs voulaient bien se consacrer à des titres qui en valent la peine…

(1) selon le principe énonce dans la troisième loi de Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ».

Notes :

Ce film est basé sur le premier tome (les deux premiers dans l’édition américaine) du manga The Five Star Stories par Mamoru Nagano (mecha designer sur Heavy Metal L-Gaim, Mobile Suit Z Gundam, Brain Powerd) et publié dans le magazine Newtype depuis avril 1986.

Les mecha designs de Nagano sont si prisés que leur créateur a fondé une société de fabrication de maquettes pour en produire lui-même les modèles ; leur prix, ainsi que le temps d’assemblage et de peinture qu’ils requièrent, est à la hauteur de leur qualité…

The Five Star Stories, Kazuo Yamazaki, 1989
ADV Films, 2009
66 minutes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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