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Bubblegum Crisis

Jaquette DVD du premier volume de l'édition française de l'OVA Bubblegum CrisisMegatokyo, 2032 : sept ans ont passé depuis le grand tremblement de terre qui a anéanti la capitale du Japon ; reconstruite grâce à la technologie de la toute puissante multinationale Genom, les boomers – des androïdes biomécaniques – en sont devenus partie intégrante et y exécutent toutes les basses œuvres, des plus honorables aux plus lubriques. Mais les machines peuvent devenir folles parfois, et c’est aux experts en démolition de l’AD Police qu’on laisse le soin de les maîtriser ; tant pis pour la casse aux alentours…

Cependant, depuis un an environ, un groupe de vigilants connu sous le nom de Knight Sabers fait lui aussi la chasse aux boomers fous. Équipés de scaphandres mécanisés à la technologie supérieure à celles de l’AD Police comme de l’armée, tout porte à croire qu’il s’agit de mercenaires. Mais pour quels commanditaires ? Et pourquoi leurs sorties croisent-elles toujours le chemin de Genom ? Leurs activités cacheraient-elles une réalité bien plus sombre ? Car, après tout, qui sont vraiment les Knight Sabers ?

Voilà donc l’animé cyberpunk par excellence.

Car au contraire de nombre de ces productions qui popularisèrent la culture manga en occident au début des années 90, à travers des titres comme Akira (Katsuhiro Otomo ; 1982-1990) ou Appleseed (Masamune Shirow ; 1985-1989), pour n’en nommer que deux, Bubblegum Crisis appartient véritablement à ce courant de la science-fiction. En témoignent les principaux éléments qui composent cet avenir somme toute assez proche : technologies de pointe, main basse des multinationales sur l’économie planétaire, démission des états, dissolution de l’individu dans la fourmilière du groupe, et toujours moins d’espoir de voir des lendemains plus beaux…

Sauf peut-être dans cette technologie qui, justement, permet de libérer l’homme, du moins quand elle échappe à l’emprise des transnationales pour revenir entre les mains de cette population qu’elle est bel et bien supposée servir, soit quand elle retrouve son usage premier pour faire court. Ici, en effet, si Genom s’affirme comme une des plus puissantes corporations du monde par son exclusivité dans la conception de boomers, une autre technologie – cousine de la précédente – permet de lutter contre les effets indésirables de cette invention. On apprend assez vite que cette technologie-là, celle des Knight Sabers, se vit développée par le même savant qui construisit les boomers pour Genom, et en même temps que cet homme se fit purement et simplement éliminer lorsqu’il manifesta son désaccord auprès de son employeur qui souhaitait décliner cette invention en modèles militaires… Mais comme ce chercheur avait pris ses précautions, les Knight Sabers finirent par pouvoir entrer en scène, en utilisant en quelque sorte une version améliorée des armes de Genom contre elle-même. Bubblegum Crisis décrit donc la technologie comme libératrice et s’inscrit ainsi dans la tradition classique du genre cyberpunk.

Bien sûr, le lecteur averti aura reconnu là différents éléments caractéristiques de ces productions populaires destinées à un public de préférence pas trop exigeant. Car ces Knight Sabers, à y regarder de près, ne sont jamais qu’un groupe de super-héros en scaphandres de combat mécanisés, des espèces d’Iron Man en quelque sorte – et le tout calqué sur la recette, gagnante par excellence, mélangeant action pure et jolies filles (1). Toute la différence tient d’abord dans ce que Bubblegum Crisis se situe dans un avenir possible, et par là même examine donc une possibilité d’évolution de la société à travers les progrès techno-scientifiques, ce qui constitue une définition satisfaisante de la science-fiction qui prétend à une certaine qualité (2) ; et ensuite dans ce que cette œuvre dénonce des travers de son temps en en proposant une vision fantasmée située dans un futur jugé à l’époque tout ce qu’il y a de plus probable – l’avenir, d’ailleurs, devait lui donner raison, au moins pour les aspects économiques et sociaux du cauchemar décrit : comme quoi, les cyberpunks ne se trompaient pas tant que ça en décrivant un futur modelé sur l’exemple du Japon des années 80.

Malgré tout, on peut reprocher à cette OVA de se montrer assez timide dans sa dénonciation et sa critique. Peut-être à force de se focaliser sur ses deux ingrédients principaux, action et demoiselles, au lieu de l’ambiance et de l’atmosphère, Bubblegum Crisis ne parvient hélas qu’à effleurer son sujet. Si l’ensemble parvient néanmoins à un résultat bien assez réussi pour être resté un classique de l’animation japonaise pendant 20 ans, en particulier à travers son focus sur des personnages principaux tout à fait charmants et des intrigues menées tambour battant en ne laissant ainsi au spectateur aucune occasion de s’ennuyer, il manque toute de même à cette courte série cette pointe de noirceur et de désespoir qu’on ne retrouvera que dans au moins une des productions ultérieures d’Artmic – je pense bien sûr à AD Police Files (T. Ikegami, A. Nishimori & H. Ueda ; 1990).

Mais que cette remarque ne vous alarme pas, car en dépit de ce défaut somme toute plutôt mineur Bubblegum Crisis appartient bel et bien à ce genre cyberpunk qui ne présente pas pour habitude de se montrer clément envers la nature humaine. Pour peu que vous ne vous laissiez pas berner par certaines apparences en fin de compte assez trompeuses et des intrigues qui concluent leurs climax à grand coup d’explosions et autres effets pyrotechniques, vous trouverez dans cette huitaine d’épisodes de quoi vous dire que l’époque que nous connaissons, au final, aurait pu être bien pire…

(1) Étienne Gagnon, « Women, Action and Video Tape » (Mecha Press n°4, Ianus Publications, août-septembre 1992, p.4).

(2) pour le rapport entre science et société dans la science-fiction, lire l’article « Social Science Fiction » d’Isaac Asimov au sommaire de « Modern Science Fiction: Its Meaning and Its Future » (New York: Coward-McCann, 1953) ; lire un exemple dans l’article « Asimov’s Three Kinds of Science Fiction » sur le site tvtropes.org (en).

Adaptation :

En un jeu de rôle sur table, sous le même titre, créé en 1996 par R. Talsorian Games et basé sur leur système Fuzion. Ce titre comprend à ce jour trois volumes : Bubblegum Crisis (1996), le livre de règles de base, Bubblegum Crisis EX (1997), une extension, et Bubblegum Crisis Before & After (1998), un sourcebook.

Notes :

Le personnage de Priss est ainsi nommé en référence à l’androïde répliquant Nexus 6 de même nom dans le film Blade Runner (Ridley Scott ; 1982). Il en va de même pour son groupe, The Replicants.

Cette OVA devait compter au départ 13 épisodes mais se vit coupée à seulement huit quand les deux compagnies derrière sa production, Artmic et Youmex, se disputèrent pour des raisons financières en laissant la série inachevée et dans un enfer du copyright.

Au début du troisième épisode, les personnages de Quincy et Mason observent une carte de Mega Tokyo comportant plusieurs légendes dans lesquelles on peut voir des noms de personnages et d’acteurs du film Top Gun (Tony Scott ; 1986) tels que Val Kilmer, Meg Ryan ou Tom Cruise, parmi d’autres.

Bubblegum Crisis, K. Akiyama, H. Gohda & M. Obari, 1987-1991
Black Bones, 2007
8 épisodes, env. 18 € l’édition intégrale collector

Bubblegum Crisis Mega Tokyo 2032-2033 (jp)
– le site d’AnimEigo sur Bubblegum Crisis (en)

Detonator Orgun

Jaquette DVD de l'édition américaine de l'OVA Detonator OrgunOrgun est un traître à sa race, les Evoluders, des biomécanoïdes surhumains et assoiffés de conquête. Sa fuite le mène sur Terre où il se lie de façon symbiotique au jeune Tomoru, un esprit curieux épris du passé. Tous deux luttent comme un seul pour sauver la Terre de ces envahisseurs implacables… Mais la symbiose est douloureuse pour le jeune homme, en raison des expériences guerrières d’Orgun ; il semble d’ailleurs qu’un lien mystérieux unit les Evoluders à la Terre – cette guerre serait-elle fratricide ?

On reconnaît bien le style Bubblegum Crisis propre à Masami Obari dans la réalisation générale et celles des combats en particulier qui, pour le coup, témoignent d’un savoir-faire assez rare bien qu’il n’étonnait déjà plus de la part du studio Artmic à l’époque. Les designs sont de bonne facture mais sans être révolutionnaires pour autant : certains Evoluders présentent beaucoup de détails et ne vont d’ailleurs pas sans rappeler les Paranoids de Gall Force en général – gage de qualité. Si le niveau d’animation ne présente rien d’extraordinaire, il se place néanmoins plutôt au-dessus de la moyenne d’une OVA de l’époque et je n’ai noté aucun passage vraiment faiblard sur le plan technique.

En fait, le seul véritable défaut de cette production tient dans sa brièveté. Un ou deux chapitres supplémentaires auraient permis de développer davantage l’intrigue et les personnages, mais surtout les mœurs des Evoluders qui restent à peine survolés, afin de donner plus de profondeur à l’ensemble : quelques bonnes idées bien présentes restent hélas mal exploitées, voire simplement expédiées, ce qui est dommage car la plupart présentaient un potentiel certain et auraient pu largement contribuer à porter Detonator Orgun hors des sentiers battus. Sous de nombreux aspects, d’ailleurs, cette OVA ne va pas sans rappeler Super Dimension Cavalry Southern Cross (1) – et il y a de pires références que celle-là, quoi qu’en disent certains – mais aurait toutefois mérité de s’en démarquer davantage pour éviter de tomber dans ce qui apparaît maintenant comme une sorte de  « stéréotype » – du moins pour ceux d’entre nous qui sont nés au début des 70s.

Mais l’ensemble reste de bonne tenue, en dépit d’un scénario assez linéaire et d’une idée déjà vue sur le média anime, bien que sous un angle pour le moins différent (2) : Tomoru a eu le choix d’accepter la symbiose, lui, contrairement à d’autres, moins chanceux, et c’est maintenant à lui de se montrer à la hauteur de sa décision ; c’est la responsabilité qu’il a accepté et elle lui coûtera, surtout en regard de sa relation à celle qui lui est chère… Au final, Detonator Orgun vaut bien qu’on y jette un coup d’œil, d’autant plus qu’il a le mérite de faire dans le bref – et si, comme moi, vous êtes fan d’animes de mechas qui sentent bon les années 80, vous apprécierez d’autant plus ce retour aux racines.

(1) au passage, et si vous êtes fan, des celluloïds originaux de cette série sont actuellement mis en vente aux enchères sur Yahoo! Japan.

(2) le thème de la symbiose entre un être humain et une entité lui conférant des pouvoirs surhumains rappelle bien sûr Guyver (Yoshiki Takaya, 1985) qui à l’époque de la sortie de Detonator Orgun avait déjà connu plusieurs adaptations ; la série TV de 2005, réalisée par Katsuhito Akiyama, en est d’ailleurs à ce jour la plus recommandable.

Note :

Cette OVA fut adaptée en jeu vidéo pour Mega-CD en 1992.

Detonator Orgun, Masami Obari, 1991
Central Park Media, 2003
3 épisodes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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