Posts Tagged 'Masamune Shirow'

Appleseed Alpha

Jaquette DVD de l'édition française du film Appleseed AlphaUne autre guerre mondiale a détruit la planète. Dans les ruines de New York, deux anciens soldats, Deunan et Briareos, survivent de petits boulots pour le compte de Deux Cornes, le caïd local. Lors d’une de ces missions, ils rencontrent Iris et Olson qui affirment venir de la cité d’Olympe, une utopie surgie des cendres de la guerre pour bâtir un monde meilleur. Mais des gens pourchassent ces deux-là, des miliciens qui ne plaisantent pas. Pris entre deux feux, Deunan et Briareos semblent enfin avoir retrouvé une cause pour laquelle se battre.

Après une première adaptation, sous la forme d’une OVA très respectueuse du matériau original mais dont la réalisation laissait hélas assez à désirer tant sur les plans artistiques que techniques, puis une seconde, en un long-métrage pour le cinéma qui se caractérisait par les défauts exactement inverse, il fallait bien que le manga original de Masamune Shirow obtienne enfin une interprétation à la hauteur de son potentiel. Presque trente ans après la parution de l’œuvre initiale, et alors que les productions de ce type ne brillent pas vraiment par leur fidélité au matériau de départ, on n’attendait plus rien. Pourtant, Appleseed Alpha réussit son pari, tout en insufflant une seconde vie à ce classique de la culture manga des années 80.

Sur le plan du récit d’abord, en évitant l’écueil de la transposition exacte. Ici, en effet, le film n’introduit pas Deunan et Briareos comme des espèces de marginaux qui vivent heureux et en autarcie dans une ville en ruines : réduits à vendre leurs services pour survivre, ils se voient contraints de collaborer avec un mafieux qui les oblige comme tous les criminels forcent les plus faibles qu’eux. On apprécie un tel revirement qui permet d’humaniser les deux personnages sans pour autant reposer sur un pathos inutilement lourd et surtout contraire au caractère original des protagonistes, un récif récurrent dans les créations contemporaines qui confondent souvent profondeur avec noirceur sinon gratuite au moins maladroite.

Le développement de l’histoire saura capitaliser de façon heureuse sur ces prémisses, en évitant de convoquer Deunan et Briareos à la cité d’Olympe où les quatre tomes du manga situent leurs intrigues respectives. En narrant leur odyssée dans les restes de la cité tombée au cours de la guerre mondiale et ses alentours, mais tout en parvenant à réutiliser des éléments emblématiques de l’œuvre originale en un cocktail nouveau et tout aussi réussi que bienvenu, Appleseed Alpha nous invite surtout à une redécouverte. Il faut aussi souligner que ce voyage devient vite pour Deunan et surtout Briareos une occasion de retrouver cet espoir qui leur fait tant défaut au début, comme une sorte de renaissance dans un monde pourtant brisé…

Sur le plan de la réalisation, enfin, cette adaptation s’affirme comme une apothéose. Tous ceux qui prétendent encore que les japonais se montrent incapables de produire une animation de qualité, en particulier dans le domaine des nouvelles technologies, se verraient bien inspirés de jeter un coup d’œil à ce film. Car rien ici ne prête à rire. Du moindre plan fixe aux séquences d’action les plus complexes, et pour peu qu’on ne s’attarde pas trop sur des expressions faciales encore un peu rigides, c’est un déluge d’hyperréalisme et de maestria technique : de la modélisation à l’animation, en passant par les effets de lumière et les matériaux, on ne trouve aucun défaut – sauf, peut-être, à la rigueur, celui de paraître « trop » réel.

Avec son scénario original bien que fidèle à l’esprit de l’original, même si on aurait apprécie un ennemi aux motivations moins clichées, mais aussi grâce à sa réalisation sans failles, ce film démontre à la perfection qu’Appleseed reste encore une œuvre majeure de Masamune Shirow, même trente ans après, et toujours capable d’inspirer les créateurs les plus experts dans leur domaine respectif.

Mais il reste encore à transformer l’essai : la scène post-générique se voulant assez ouverte, on peut espérer une suite qui établira enfin Appleseed comme une grande réussite de l’animation du XXIe siècle.

Appleseed Alpha, Shinji Aramaki, 2014
Sony Pictures Animation, 2014
90 minutes, env. 10 € neuf

– le site officiel du film (jp)
– d’autres avis : Glandeur Nature, L’antre de Jericho

Gundress

Jaquette DVD de l'édition américaine du film GundressAD 2100. Une équipe de mercenaires à la solde de la police locale, les Angel Arms, doivent s’occuper d’un contrebandier nommé Hassan. Si elles le capturent sans problème, il s’avère que celui-ci fait son bizness avec la complicité de hauts dignitaires de l’État et de l’Armée, soient des gens qui ont le bras long… Ces derniers veulent donc faire éliminer Hassan pour éviter qu’il les compromette en se mettant à table, ainsi les Angels Arms deviennent-elles ses gardes du corps en attendant son procès.

Mais l’affaire se complique sérieusement  quand un des tueurs chargés d’éliminer Hassan se trouve être l’ancien fiancé d’une Angel Arms, celle-là justement qui a du mal à s’intégrer à l’équipe…

Un tremblement de terre qui détruit la plus grande partie du Japon… Un groupe de minettes bien canons en scaphandres de combat blindés et mécanisés qui luttent contre le crime sous les ordres d’une BCBG… Si ce n’est pas un clone de Bubblegum Crisis, ça y ressemble beaucoup. D’autant plus que ce film est bourré de designs très ostensiblement inspirés d’autres productions à succès, tels que la moto de Kaneda dans Akira (Katsuhiro Ôtomo ; 1982), les tenues de combat des flics de choc dans AD Police Files (T. Ikegami, A. NishimoriH. Ueda ; 1990) ou carrément le complexe industriel flottant du premier film Patlabor (Mamoru Oshii ; 1989). Il y a de plus mauvaises références vous me direz mais bon, dans ce cas ça frôle tout de même un peu le plagiat…

Ceci étant dit, le film présente des qualités. Malgré une animation lamentable pour un long-métrage destiné aux salles obscures, les designs sont plutôt réussis, tant au niveau des personnages que des mechas ou des architectures. En dépit de la simplicité du concept de base vu et revu des milliers de fois, le scénario propose quelques rebondissements et retournements de situation assez inattendus qui parviennent à retenir l’attention du spectateur. De plus, les personnages dans l’ensemble restent plutôt attachants et en particulier la personne d’Alisa dont l’ancienne relation avec le méchant de l’histoire saura influer l’intrigue globale d’une façon pas autant télégraphiée que ce qu’on pourrait le croire au premier abord.

Une fois passé le stade où on se demande ce qu’on fait devant son écran à regarder ce truc, Gundress s’avère en fait une production tout à fait honorable et qui sait tirer son épingle du jeu sur le plan du scénario comme des personnages. Tant et si bien qu’on se surprend à souhaiter une suite afin d’avoir la possibilité de mieux connaître les autres membres des Angel Arms comme on en a eu l’opportunité avec Alisa. C’est donc au final une production sympathique et sans prétention, de quoi passer une partie de soirée tranquille avec des poteaux pour faire un break entre deux autres productions plus exigeantes.

Notes :

Si la jaquette DVD de l’édition américaine crédite Masamune Shirow d’une manière assez ambigüe, il ne participa en fait à ce film que comme character designer. On peut toutefois apercevoir son influence sur d’autres éléments, tels que les designs des mechas des principaux protagonistes qui ressemblent beaucoup aux landmates de la série Appleseed (1985-1989) et vont même d’ailleurs jusqu’à leur emprunter leur nom.

Gundress se vit adapté en jeu vidéo de stratégie pour la Playstation en 2000 par le studio Starfish. Ce titre ne connut aucun localisation hors du Japon à ma connaissance.

Gundress, K. Fujiie, K. Izaki, J. Sakai & K. Yatabe, 1999
Media Blasters, 2002
80 minutes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Black Magic M-66

Jaquette DVD de l'édition américaine du film Black Magic M-66Une tempête brutale malmène un hélicoptère de l’armée qui transporte de mystérieux containers, jusqu’à ce que l’appareil finisse par s’écraser au sol. Peu après, la journaliste freelance Sybil intercepte une communication militaire confidentielle qui lui fait subodorer un scoop bien juteux ; elle ignore encore qu’elle va mettre les pieds dans une opération de test à grande échelle d’un matériel de guerre dernier cri à la puissance de feu phénoménale mais qui n’a pas pour principale qualité d’être ouvert au dialogue…

Si vous êtes fan de Masamune Shirow, vous devez avoir déjà vu cet anime et je parie que vous avez hurlé au scandale. Il y a de quoi ceci dit : lorsqu’on voit l’original, cette adaptation fait un peu pitié… Mais il est vrai que celle de Dominion (Takaaki Ishiyama & Koichi Mashimo ; 1988) et celle d’Appleseed (Kazuyoshi Katayama ; même année) ont elles aussi été plutôt ratées à leur époque – au moins sur le plan narratif pour la première et sur l’artistique pour la seconde.

Cependant lorsque les souvenirs du manga restent assez lointains quand on a enfin l’opportunité de voir le film, le résultat n’apparaît pas si mal. Bien sûr, impossible de se montrer vraiment fidèle à un volume d’environ 200 pages en moins d’une heure de pelloche ; pourtant l’ambiance générale, les designs, les personnages et le rapport action/fond politique restent en général plutôt fidèles au style de Shirow dans leur ensemble même si très différents de ceux de l’original dans la facture. Il faut aussi garder à l’esprit que Shirow lui-même n’était pas vraiment satisfait de ce qu’il considère comme une œuvre de « jeunesse »…

Une fois tous ces éléments considérés, on voit bien que Black Magic M-66 s’affirme comme un produit sans prétention, très bien adapté à son marché et réalisé par des gens tout à fait compétents qui surent en tirer l’essentiel tout en évitant de se perdre dans des considérations peut-être trop pointues pour le spectateur de base à une époque où le nom de Shirow n’attirait pratiquement personne d’autre.

Audacieux sur le plan technique (de nombreux panoramiques et travellings dynamisent l’image d’une manière dont les animes en général restent avares, pour des raisons évidentes…), ce film propose une animation soignée mais toutefois pas transcendante malgré une réelle attention pour les détails qui se montrent parfois légions et qui ont dû faire criser plus d’un intervalliste.

Au final, on trouve là un scénario bateau à la limite du cliché, de l’action bien ficelée, des notes d’humour amenées comme il faut et un suspense efficace, le tout servi par une technique efficace et des designs corrects : bref, de quoi passer un bon moment de détente – mais pas plus…

Note :

Black Magic M-66 est une adaptation du manga éponyme de Masamune Shirow publié au Japon pour la première fois en 1983 chez l’éditeur Seishinsha et en France chez Tonkam en 1994.

Black Magic M-66, Hiroyuki Kitakubo & Masamune Shirow, 1987
Manga Entertainment, 2001
48 minutes, pas d’édition française à ce jour

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Appleseed XIII : premier trailer

Black Magic

Couverture de l'édition française du manga Black MagicIl y a des millions d’années, Vénus abritait l’intelligence. Dans cette civilisation à la technologie très avancée, une machine pensante appelée Némésis préservait les équilibres sociaux avec bienveillance. Jusqu’à ce qu’une élite d’administrateurs conçue par manipulation génétique et dédiée à assister le super-ordinateur se mette à contester son autorité par la voie démocratique. Némésis construisit dans le plus grand secret un double de lui-même à échelle réduite qu’il baptisa Typhon et qu’il chargea de rendre leur liberté aux vénusiens…

Relire la première œuvre d’envergure de Masamune Shirow plus de 15 ans après l’avoir découverte pour la première fois laisse une impression étrange : celle du regret de voir le talent de cet auteur s’être orienté dans la direction qu’on lui connait – ou en tous cas quelque chose qui ressemble à du regret : le talent de cet auteur, après tout, ne se discute pas. On trouve en effet dans Black Magic un don artistique mais aussi narratif assez brut de décoffrage, en quelque sorte en germe, c’est-à-dire exempt de la sophistication comme de la personnalité qui l’ont rendu célèbre : un art encore capable d’évoluer, qui n’est pas figé par l’expérience, et d’où tout peut surgir. Une belle promesse en somme… (1)

Planche intérieure du manga Black MagicÀ ma décharge, je peux admettre que mon métier de graphiste me rend assez sensible sur ce genre de détail – simple déformation professionnelle sans doute. Les lecteurs qui viennent d’autres horizons penseront certainement que ce titre n’est pas l’œuvre la plus réussie de Shirow, ce en quoi ils auront tout à fait raison. Pourtant, on trouve dans Black Magic de nombreux éléments que l’auteur exploitera à nouveau dans sa production qui fera sa renommée mondiale. Car en dépeignant une civilisation gérée par l’ultime logique mais où les mouvements de résistance ne restent pas tout à fait tapis dans l’ombre, Shirow pose surtout les bases d’Appleseed (2).

Pour le reste, il faut bien admettre que cette première œuvre, en dépit de toutes ses immenses qualités, présente des faiblesses certaines : si le dessin ne montre pas encore tout le sens du détail caractéristique de Shirow, et même plutôt une certaine difficulté à s’affranchir de l’influence des grands auteurs du moment, c’est encore le scénario qui souffre le plus – à la fois brouillon et assez poussif, il ne facilite ni la lecture ni la compréhension du propos, et d’autant plus que ce dernier reste en germe comme je le disais déjà plus haut. Bref, vous aurez quelques difficultés à trouver des raisons de vous pencher sur ce titre à moins de faire partie des fans inconditionnels.

Planche intérieure du manga Black MagicSur ce point d’ailleurs, il vaut de préciser que cette édition française propose dans ses dernières pages un appendice et une interview de l’auteur qui donnent quelques opportunités d’en apprendre un peu sur l’industrie du manga et l’arrivée de Shirow dans celle-ci – intérêt tout relatif puisqu’il s’agit d’une époque dont 25 ans nous sépare… Mais vous aurez aussi l’occasion de retenir un truc ou deux sur la méthode de travail de l’auteur tout comme sur le regard qu’il jette sur l’industrie, ainsi que sur certaines de ses intentions – et notamment que son but avec Ghost in the Shell s’éloignait beaucoup de celui de Mamoru Oshii quand celui-ci adapta ce manga au cinéma.

On peut néanmoins admettre que Black Magic présente un récit somme toute distrayant et assez imaginatif, qui a le mérite de faire court et de ne pas se perdre dans ces considérations techniques devenues depuis une des marques de fabrique de Shirow – au grand dam de ceux qui ne supportent pas ce genre de digressions…

Sinon, il reste l’aspect purement « historique » du titre : pour un auteur qui fait désormais partie des poids lourds de la culture manga, au moins en occident, un tel détail peut constituer un élément de choix décisif.

Couverture US du premier volume du manga Black Magic

(1) et loin de moi l’idée de prétendre que Shirow s’est perdu en route, ou bien que je n’aime pas ses productions plus récentes, bien au contraire à vrai dire, mais simplement elles ne présentent plus cette promesse qu’on aperçoit ici : celle-ci définitivement envolée, elle demeure pour toujours un espoir passé – à défaut d’être déçu.

(2) et dans une certaine mesure, celle de Ghost in the Shell aussi, sauf que dans ce dernier « l’ultime logique » que j’évoque ici s’est insinuée dans la chair de chacun ; la différence reste néanmoins conséquente…

Adaptation :

En un anime réalisé en 1987 par Hiroyuki Kitakubo sous le titre de Black Magic M-66, sur un scénario et un storyboard de Shirow qui participa aussi à la réalisation ; il s’exprime d’ailleurs sur cette production dans l’interview qui conclut ce volume.

Black Magic, Masamune Shirow, 1983
Tonkam, octobre 1994
205 pages, env. 11 € (occasions seulement)

Appleseed

La troisième guerre mondiale a laissé le monde exsangue. Pour éviter une nouvelle horreur, les dirigeants de la planète lancent le projet Appleseed à travers la construction de la cité expérimentale d’Olympus dont l’administration est confiée à des êtres artificiels mi-hommes mi-machines appelés biodroïds. Mais cette utopie mécaniste sous-estime beaucoup trop l’éternel désir humain pour la liberté. Une liberté dont certains pensent que son prix est une éternelle vigilance et non un assujettissement à des machines…

Dunan Knutt et Briareos Hecatonchire sont tous deux des survivants de cette guerre totale : à la demande des dirigeants d’Olympus, ils rejoignent les rangs des ESWAT de la cité radieuse pour protéger ses citoyens des divers groupuscules terroristes qui s’opposent au projet Appleseed. Mais les plus dangereux opposants d’Olympus ne sont pas forcément ceux qu’on croit…

Cette OVA est un peu le reflet dans le miroir du film éponyme plus récent : si ses qualités de réalisation sur le plan strictement technique laissent beaucoup à désirer – surtout pour une OVA, même à l’époque – son scénario a au moins le mérite de respecter l’œuvre originale de Shirow, mais aussi son ambiance et son message ; bref, son âme. Et l’action n’est pas en reste pour autant, elle manque juste de réel spectaculaire en raison des restrictions techniques évoquées ci-dessus.

Ce qu’on apprécie ici, c’est l’aspect humain de l’histoire, qui à la rigueur surpasse presque celui de l’œuvre originale. Le système d’Olympus s’y trouve décrit de manière certes sommaire mais en tous cas efficace ou au moins crédible, en se basant sur la comparaison un peu éculée mais somme toute avertie de l’utopie devenue cauchemar à force de trop belles intentions. Cette réflexion, qui habite le cœur de tous les débats politiques depuis la création des premières cités, prend ici une tournure moderne que seule la science-fiction permet d’envisager, d’appréhender, d’étudier…

Le discours d’Appleseed rejoint ainsi, et d’une façon pas si surprenante que ça en fin de compte, les propos de Platon dans son œuvre-phare La République qui elle aussi prétend à décrire une société idéale. Pourtant, si ce dialogue du philosophe antique n’a pas manqué d’inspirer toutes les démocraties modernes, on aurait tort d’oublier qu’en découlent aussi le fascisme mussolinien ou bien le pseudo-communisme autoritariste de l’ancienne URSS – et j’en oublie de tout autant tragiques…

À travers cette (science-)fiction, Shirow poursuit donc à son tour la réflexion primordiale portant sur la définition d’une société idéale, mais en focalisant plus sur ses tenants et ses aboutissants précis que sur son incarnation concrète ; ses limites, enfin, plus que ses horizons. En complément de cette OVA, et outre le manga éponyme du même auteur, le lecteur curieux s’intéressera au Cycle de la Culture de Iain M. Banks et en particulier son second volet, L’Homme des Jeux.

Mais peut-être y distingue-t-on aussi, en filigrane, le constat d’un artiste sur la « dérive » d’une nation – la sienne – qui, à l’instar du futur d’Appleseed, a connu une guerre si atroce qu’elle s’est toute entière tournée vers un développement technique aux apparences d’abord salvatrices mais où l’esprit et le cœur se sont vus phagocytés par le grondement des machines et les mirages d’une vie bien trop facile pour être vraiment crédible…

Ce qui, pour le coup, est bien plus japonais que grec.

Notes :

Cette OVA est une adaptation du manga éponyme de Masamune Shirow disponible chez Glénat en 5 volumes.

Si cette adaptation d’Appleseed fut éditée en France dans la seconde moitié des années 90, elle est à présent épuisée et reste assez difficile à trouver…

Appleseed, Kazuyoshi Katayama, 1988
Manga Entertainment, 2007
70 minutes

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka

Ghost in the Shell – Stand Alone Complex

Dans ce futur quasi-immédiat, la frontière entre l’homme et la machine s’atténue de plus en plus à chaque jour : alors que le quotidien de chacun se partage entre le réel et le virtuel de part et d’autre d’une limite toujours plus floue, la société évolue peu à peu vers une nouvelle forme de vie. Une nouvelle définition du genre humain…

Pour échapper à une maladie mortelle étant enfant, Motoko Kusanagi, alias Major, a vu son « âme », son Ghost, transférée dans un corps artificiel impossible à distinguer d’un être humain normal. Elle commande la Section 9, une unité de sécurité publique officieuse, composée de cyborgs comme elle et chargée de lutter contre la facette sombre de ces nouvelles technologies.

De l’aveu même de Shirow – au cours d’une interview publiée dans la première édition en France du manga Black Magic, chez Tonkam, et dont fut tiré un court anime ma foi pas si mal que ça compte tenu de l’époque – de l’aveu même de son auteur donc, la narration graphique de Ghost in the Shell se voulait au départ  « très simple, comme les séries policières de la télévision dont la raison d’être est de distraire » : deux films de Mamoru Oshii plus tard (un et deux), difficile de dire que cet esprit-là a survécu… Cette nouvelle mouture – dont la réalisation vient s’intercaler entre les deux films en question – vient remettre un peu les pendules à l’heure, et ce n’est pas plus mal…

Exit le fatras de pseudo-philosophie cartésienne, adieu le contemplatif béat, à mort les ronflements. Place à l’action, à l’enquête, à l’ambiance : plutôt shônen donc, mais avec ce qu’il faut de pensum pour se démarquer des productions indigestes pour jeunes ados, Ghost in the Shell – SAC nous décrit ce monde de demain du point de vue du pékin moyen, c’est-à-dire vous et moi, sans nécessiter un tube d’aspirine à portée de main. Avec une ambiance générale qui évoque une sorte de crossover entre X-Files et Patlabor, cette série propose toujours une version simplifiée des dialogues à rallonge pour expliquer l’intrigue et laisser le spectateur se faire sa propre idée sur les tenants et les aboutissants de ce qu’implique le scénario. Et c’est un signe de qualité selon moi de savoir faire participer le public…

En sont témoins les chara designs, très retravaillés et beaucoup plus « réalistes », voire « grand public », que dans la version N&B de Shirow ainsi que la structure complètement décousue de l’intrigue générale : mis à part les quelques épisodes basés sur l’intrigue qui servira à faire l’OVA Ghost in the Shell S.A.C. Le Rieur, tous les scénarios sont entièrement indépendants les uns des autres, formant un ensemble assez plat et au final peu intéressant, plus proche du techno-thriller que du cyberpunk à proprement parler, et visiblement destiné à surtout développer les diverses personnalités de la Section 9 en vue de satisfaire les aficionados de la franchise plus qu’autre chose. D’ailleurs, on a même droit à quelques répliques qui donnent l’impression de sortir d’une série de la 6.

Si les clins d’œil aux classiques du genre (cyberpunk) sont bien là (Blade Runner dans l’épisode 12, la nouvelle Freezone de John Shirley – au sommaire de l’anthologie manifeste du genre, Mozart en Verre-Miroirs – dans l’épisode 13, le sang blanc des androïdes d’Alien dans l’épisode 15), ainsi qu’une référence assez nette au Cycle des Robots d’Asimov dans ce même 15éme épisode, ce sont à peu prés les seuls aspects de la science-fiction « pure et dure » présents. Mais que ce constat ne vous rebute pas : GitS – SAC présente aussi la plupart des ingrédients que tout bon fan d’anime attend, et c’est bien pour ça que vous ne serez pas déçu. Avec une mention spéciale pour l’épisode 12 où le « petit garçon » rencontre une petite fille : une variation somme toute assez originale et plutôt mignonne sur le thème de la révolte des robots, de plus très fidèle à l’esprit original du manga, au moins dans l’idée.

Si on laisse de coté le générique de début qui rappelle de la mauvaise 3D temps réel pour cinématiques de la PSX, il faut souligner la grande qualité technique de cette série. On appréciera beaucoup l’infographie qui, si elle manque de discrétion, reste malgré tout bien intégrée et préfigure peut-être la synthèse magistrale de GitS 2: Innocence. L’animation des Tachikomas en particulier est très bien rendue, et leur doublage très réussi, ce qui fait de ces robots des personnages à la fois attendrissants et drôles, qui joueront d’ailleurs un rôle assez inattendu tout en illustrant à merveille une des idées-clé du concept GitS sans avoir pour autant à citer des philosophes morts depuis une éternité. Légère déception toutefois du coté de la musique où on sent bien que Yoko Kanno n’était pas très inspirée sur ce coup-là : si elle utilise ses ficelles habituelles, elle semble malgré tout manquer de conviction. En résulte une musique ambiante de bonne facture mais peut-être un peu trop discrète, et un opening un peu trop grandiloquent au profit d’un ending qui en fin de compte rattrape bien le tout. L’ensemble de la bande-son reste irréprochable

Au final, une série réussie qui illustre à merveille le concept original de Shirow sans toutefois en reprendre la trame exacte. À voir en complément du manga donc, mais fonctionne aussi très bien en stand alone.

Notes :

Cette série est une adaptation très libre du manga éponyme de Masamune Shirow – qui a aussi participé à la conception de cette version télévisée – édité par Glénat.

Au départ prévue pour 26 épisodes, la série a finalement été étendue à 52 épisodes sous le titre Ghost in the shell : Stand Alone Complex 2nd GIG.

Deux OVA furent tirées de cette série : Ghost in the Shell S.A.C. Les Onze Individuels et Ghost in the Shell S.A.C. Le Rieur. Ainsi qu’un spin-off : Ghost in the shell – SAC – Tachikoma Special, une série en 3D de très court épisodes qui met en scène les robots Tachikoma utilisés par la Section 9.

Le texte qui entoure le visage circulaire du personnage Le Rieur est tiré du roman classique L’Attrape-cœurs de J.D. Salinger ; GitS – SAC fait d’autres allusions à ce titre dans différents épisodes. Salinger écrivit aussi une histoire courte intitulée Le Rieur qui utilise la technique littéraire de « l’histoire dans l’histoire », tout comme le segment Le Rieur de cette série évoque la corruption politique du Japon au cours des 80s.

Ghost in the Shell – Stand Alone Complex, Kenji Kamiyama, 2002
Beez Entertainment, 2004
26 épisodes

le site officiel de la série
la page de la série chez Beez

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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