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Godzilla

Jaquette DVD du film GodzillaUne tempête sur le Pacifique engloutit un pétrolier tandis qu’un immense éclair déchire le ciel au-dessus de la Polynésie française. Des empreintes géantes creusent une piste inquiétante à travers les forêts et les plages du Panama. Les navires chavirent au large des côtes américaines… Et ces phénomènes effrayants s’approchent toujours plus de New York. Le chercheur Nick Tatopoulos est arraché à ses travaux pour aider les États-Unis à traquer la chose à l’origine de ces désastres mystérieux.

Depuis maintenant plus de 50 ans, Godzilla reste l’archétype le plus connu du monstre de cinéma. Créé en 1954 par Tanaka Tomoyuki et la maison de production Tôhô, il révolutionna en son temps le genre des films mettant en scène des monstres géants ; une branche du cinéma à l’époque très populaire en raison de la métaphore que représentaient ces créatures fantastiques des dangers liés à l’énergie atomique, et en particulier à un conflit nucléaire : la plupart de ces chimères modernes, en effet, résultaient de mutations dues à des radiations – parmi les contemporains du premier Godzilla (GojiraIshirô Honda, 1954), on peut citer Des Monstres attaquent la ville (Them! ; Gordon Douglas, 1954) ou Beginning of the End (Bert I. Gordon ; 1957).

Cependant, et si Godzilla représentait aussi la menace de l’atome pour l’audience japonaise – qui était bien sûr très sensible à ce thème en raison des bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki –, il ne semble pas incongru d’évoquer des raisons liées à leur culture shintoïste. Je rappelle brièvement que cette religion polythéiste aux nets accents animistes attribue une âme à toutes les manifestations de la nature, et le statut de divinités – ou du moins d’esprits divins, appelés kamis – aux plus anciennes et aux plus vénérables d’entre elles. Or, le shintoïsme est resté la religion d’état du Japon jusqu’en 1945, soit moins de dix ans seulement avant la sortie du premier film de la série des Godzilla.

De sorte qu’on peut très bien voir dans le monstre Godzilla, en tous cas si on se place d’un point de vue nippon, une personnification des forces de la nature – cette puissance absolue qu’aucun être humain ne peut arrêter (1) – et dans ce cas précis d’une nature abâtardie par l’énergie atomique, symbole par excellence du modernisme. Ainsi, nul besoin d’y regarder de bien près pour trouver dans ce monstre une forme de résurgence des forces naturelles enfouies depuis des éons et revenues du fond des âges pour en quelque sorte punir les hommes d’avoir laissé la modernité défigurer le monde – ce qui peut passer comme une dénonciation de l’industrialisation forcée qu’a subie le Japon d’après-guerre.

Un aspect qui, bien évidemment, brille par son absence dans ce remake. Car ce Godzilla américain s’oriente vers le pur spectacle, ce qui ne présente rien de répréhensible en soi mais implique qu’il se montre assez vide de sens. Pourtant, on y trouve malgré tout une innovation : loin de son modèle japonais original conçu à une époque où les technologies d’effets spéciaux limitaient les options des cinéastes, ce Godzilla moderne fut modélisé et animé en 3D avant d’être incrusté à l’image par compositing ; il en résulte un monstre à l’agilité sans précédent aucun dans l’histoire du cinéma de monstres géants, et qui donne à ce film un dynamisme alors jamais vu dans une production se réclamant de ce nom-là.

À vrai dire, d’ailleurs, voir un Godzilla courir entre les immeubles de New-York pour échapper aux hélicoptères de combat lancés à ses trousses reste bien le seul intérêt de ce film : dans ce type de cinéma bien précis, ça présente au moins la qualité de se montrer rafraichissant, voire original, à défaut d’être vraiment intéressant sur le plan purement artistique…

(1) ce que les japonais savent d’autant mieux que leur archipel est sans cesse exposé à des catastrophes naturelles telles que tremblements de terre, typhons ou tsunamis contre lesquels ils ne purent rien pendant de nombreux siècles et dont l’influence se montre manifeste dans leurs mythes traditionnels.

Récompenses :

Saturn Award des meilleurs effets spéciaux en 1999.
Razzie Award du pire remake et du pire second rôle féminin pour Maria Pitillo en 1999.

Notes :

Le personnage de Nick Tatopoulos s’appelle ainsi en hommage à Patrick Tatopoulos, le designer français qui dessina le Godzilla mis en scène dans ce remake.

C’est à la demande de Sony, en réaction aux essais nucléaires que lança Jacques Chirac après son élection à la présidence française en 1995, que Roland Emmerich rédigea le scénario de ce film ; celui-ci reflète ainsi les opinions écologiques et anti-nucléaires de son réalisateur.

Hormis son thème et son titre, cette production ne présente aucun rapport avec la série de films japonais mettant en scène le Godzilla original. Les fans de celui-ci, d’ailleurs, conspuent en général ce remake dont ils ont surnommé la créature Gino (pour Godzilla In Name Only).

Le Godzilla de cette réalisation fait une apparition dans le film Godzilla: Final Wars (Gojira: Fainaru uôzu ; Ryûhei Kitamura, 2004) sous le nom de Zilla que lui a officiellement attribué la Tôho.

Au contraire du Godzilla japonais, le monstre de cette version américaine peut être blessé – et donc tué – par des armes conventionnelles.

Godzilla, Roland Emmerich, 1998
Sony Pictures Entertainment, 1999
133 minutes, env. 10 €

Ladyhawke

Jaquette DVD de l'édition française du film LadyhawkeLe Moyen Âge. Le jeune Philippe, condamné à mort pour de petites rapines, s’évade de sa geôle d’Aquila et ne parvient à échapper aux soldats à sa poursuite que grâce à Navarre, un chevalier errant accompagné d’un faucon. Navarre dit qu’il a besoin de Philippe pour s’introduire dans Aquila discrètement mais le jeune voleur hésite entre sa dette et sa vie… C’est alors que survient la nuit : Navarre et le faucon disparaissent tous deux pour laisser place à un loup noir et une magnifique jeune femme, Isabeau d’Anjou…

Habituellement, pour ce genre d’histoire où règnent magies et maléfices, les réalisateurs listeraient d’abord les limites technologiques des effets spéciaux avant de commencer à écrire le script – voire, ils écriraient celui-ci en fonction des limitations techniques. Ici, le script a été écrit sans même y penser… puis Richard Donner fit réécrire le scénario de façon à enlever tous les passages purement fantastiques imaginés par l’auteur de départ pour obtenir un récit plus réaliste.

Surprenant, non ? Car d’habitude, c’est plutôt l’inverse qui se produit…

Cette volonté de réalisme, pour autant que ce terme puisse s’appliquer à ce type de récit, se discerne dans les moindres images. Même sans tenir compte de l’absence presque totale à l’époque d’effets de post-production servant à embellir les images – du moins tels qu’on conçoit ces effets de nos jours – l’attitude du réalisateur est pour le moins inattendue, surtout pour une production hollywoodienne, et en particulier dans un tel registre – l’heroïc fantasy.

Ici, par exemple les éclairages sont tous entièrement naturels, sauf bien sûr pour les scènes de nuit – du reste assez peu nombreuses. Il en va de même pour les animaux utilisés, qui auraient pu être des marionnettes au lieu des images de synthèse qu’on verrait de nos jours. Et c’est le même constat pour tout le reste : décors, costumes, armes,… Tous sont parfaitement authentiques, non dans le sens où ils sont tous d’époque mais parce qu’ils ne bénéficient d’aucun trucage – ou bien juste le strict minimum, du reste tout à fait artisanal.

Ainsi, le contraste entre l’histoire et sa réalisation – c’est-à-dire entre le fond et la forme – devient-il assez saisissant. Car tout ce réalisme s’oppose directement à la magie sur laquelle se bâtit tout le récit, sans laquelle il ne pourrait exister. Ladyhawke présente la particularité d’être une histoire de magie où celle-ci demeure invisible, et dont il ne reste que les impressions qu’elle fait à ceux qui en sont témoins – ces derniers ne pouvant à aucun moment être certains que ce qu’ils ont vu est bien la réalité. C’est-à-dire une magie comme elle était décrite, depuis des siècles déjà, dans les récits oraux des troubadours de l’époque.

Voilà comment Ladyhawke s’affirme comme une excellente transposition dans le domaine du cinéma, non d’une légende d’époque – comme la promotion du film l’a affirmé au moment de sa sortie dans les salles – mais bien de la magie d’une époque – celle qui est éternelle car elle ne nécessite aucun effets spéciaux, ou si peu qu’ils en deviennent anecdotiques.

Reste l’histoire en elle-même, qui sent peut-être un peu l’eau de rose, mais comme il s’agit d’une histoire d’amour il aurait été difficile de passer à côté pour commencer…

Ladyhawke, Richard Donner, 1985
Twentieth Century Fox Home Entertainment, 2002
118 minutes, env. 10 €


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