Posts Tagged 'Michelle Pfeiffer'

Scarface

Jaquette DVD de l'édition française du film Scarface1980 : les USA offrent l’asile politique à plus de 120 000 opposants de Fidel Castro que celui-ci a expulsé après les avoir dépouillés. Parmi eux, des femmes, des enfants, des vieillards, des familles entières,… tous démunis, paumés dans un pays étranger dont ils connaissent à peine la langue. Mais Castro profite de l’aubaine pour se débarrasser aussi de plus de 20 000 détenus de droit commun : des escrocs, des voleurs, des tueurs,… L’un d’eux est Tony Montana, qui voit là l’occasion de saisir à sa façon le Rêve Américain…

L’histoire est éternelle : un jeune étranger, tout juste arrivé par la force des choses dans un pays dont il parle à peine la langue et qui y fait fortune. Sauf que Tony Montana a choisi la pente savonneuse de ce Rêve Américain, celle qui paye beaucoup plus et beaucoup plus vite… y compris en volées de pruneaux. Amoral, hypocrite, manipulateur, impulsif, ultra-violent tant dans ses paroles que dans ses actes, ce que Montana construit jour après jour c’est surtout son mausolée : grandiose, somptueux et démesuré, à l’image de ses rêves de gloire et de puissance qui deviendront vite ce genre de cauchemar dont on ne sort pas indemne – pour Montana comme pour son entourage…

La réalisation est à la hauteur, ce qui n’étonne pas de la part de De Palma – ici au sommet de son talent – et d’autant plus qu’il travaille là sur la base d’un scénario d’Oliver Stone : c’est tout le faste, toute la démesure des années 80 qui s’y trouvent brillamment mis en scène, épaulés par les compositions tout à fait à propos d’un Giorgio Moroder dont le sens de la rythmique illustre à merveille chacun des éléments clés du récit – et les autres aussi. Montana y est dépeint dans l’air exact de son temps, cette époque où l’apparence est tout et surtout n’importe quoi ; dans cette folie d’exhiber sa réussite, il montera bien trop haut et bien trop vite pour que ses ailes puissent continuer à le porter.

Si au début il est trop bas dans l’échelle de la criminalité pour que son caractère frondeur soit beaucoup moins un handicap qu’un atout, l’intrigue le verra accumuler peu à peu des erreurs certes plutôt mineures mais qui une fois mises bout à bout finiront par donner une addition pour le moins salée – le genre de tarif que même sa fortune colossale ne lui permet pas de payer… sauf au prix le plus fort. C’est bien une histoire éternelle : celle d’une « petite merde » qui croyait que le monde entier (et tout ce qu’il y a dedans) lui revenait, alors que c’était en fait un trophée beaucoup trop lourd pour ses épaules pas si puissantes que ça en fin de compte…

Notes :

Cette production est un remake du film éponyme d’Howard Hawks de 1932.

Ce film connut une séquelle en jeu vidéo, Scarface: The World Is Yours (2006), développée par Radical Entertainment pour PC et consoles.

Scarface, Brian De Palma, 1983
Universal Studio Canal Video, 2004
165 minutes, env. 5 €

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Ladyhawke

Jaquette DVD de l'édition française du film LadyhawkeLe Moyen Âge. Le jeune Philippe, condamné à mort pour de petites rapines, s’évade de sa geôle d’Aquila et ne parvient à échapper aux soldats à sa poursuite que grâce à Navarre, un chevalier errant accompagné d’un faucon. Navarre dit qu’il a besoin de Philippe pour s’introduire dans Aquila discrètement mais le jeune voleur hésite entre sa dette et sa vie… C’est alors que survient la nuit : Navarre et le faucon disparaissent tous deux pour laisser place à un loup noir et une magnifique jeune femme, Isabeau d’Anjou…

Habituellement, pour ce genre d’histoire où règnent magies et maléfices, les réalisateurs listeraient d’abord les limites technologiques des effets spéciaux avant de commencer à écrire le script – voire, ils écriraient celui-ci en fonction des limitations techniques. Ici, le script a été écrit sans même y penser… puis Richard Donner fit réécrire le scénario de façon à enlever tous les passages purement fantastiques imaginés par l’auteur de départ pour obtenir un récit plus réaliste.

Surprenant, non ? Car d’habitude, c’est plutôt l’inverse qui se produit…

Cette volonté de réalisme, pour autant que ce terme puisse s’appliquer à ce type de récit, se discerne dans les moindres images. Même sans tenir compte de l’absence presque totale à l’époque d’effets de post-production servant à embellir les images – du moins tels qu’on conçoit ces effets de nos jours – l’attitude du réalisateur est pour le moins inattendue, surtout pour une production hollywoodienne, et en particulier dans un tel registre – l’heroïc fantasy.

Ici, par exemple les éclairages sont tous entièrement naturels, sauf bien sûr pour les scènes de nuit – du reste assez peu nombreuses. Il en va de même pour les animaux utilisés, qui auraient pu être des marionnettes au lieu des images de synthèse qu’on verrait de nos jours. Et c’est le même constat pour tout le reste : décors, costumes, armes,… Tous sont parfaitement authentiques, non dans le sens où ils sont tous d’époque mais parce qu’ils ne bénéficient d’aucun trucage – ou bien juste le strict minimum, du reste tout à fait artisanal.

Ainsi, le contraste entre l’histoire et sa réalisation – c’est-à-dire entre le fond et la forme – devient-il assez saisissant. Car tout ce réalisme s’oppose directement à la magie sur laquelle se bâtit tout le récit, sans laquelle il ne pourrait exister. Ladyhawke présente la particularité d’être une histoire de magie où celle-ci demeure invisible, et dont il ne reste que les impressions qu’elle fait à ceux qui en sont témoins – ces derniers ne pouvant à aucun moment être certains que ce qu’ils ont vu est bien la réalité. C’est-à-dire une magie comme elle était décrite, depuis des siècles déjà, dans les récits oraux des troubadours de l’époque.

Voilà comment Ladyhawke s’affirme comme une excellente transposition dans le domaine du cinéma, non d’une légende d’époque – comme la promotion du film l’a affirmé au moment de sa sortie dans les salles – mais bien de la magie d’une époque – celle qui est éternelle car elle ne nécessite aucun effets spéciaux, ou si peu qu’ils en deviennent anecdotiques.

Reste l’histoire en elle-même, qui sent peut-être un peu l’eau de rose, mais comme il s’agit d’une histoire d’amour il aurait été difficile de passer à côté pour commencer…

Ladyhawke, Richard Donner, 1985
Twentieth Century Fox Home Entertainment, 2002
118 minutes, env. 10 €


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