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Yokai Attack!

Couverture de l'édition américaine de l'essai Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuideComment échapper à un arbre à visage humain ?

Vous voulez garder votre maison à l’abri du Suceur de Tuyaux de Salles de Bain ?

Il vous faut aller à un rendez-vous avec une femme dont le cou ferait honte à un anaconda ?

Oubliez Godzilla. Oubliez les monstres géants réduits en charpie à coups de karaté par les incarnations en série d’Ultraman, de Kamen Rider et des Power Rangers. Oubliez les Pokémon. Oubliez Sadako dans The Ring et le gamin tout pâle fouteur de jeton dans The Grudge. Oubliez tout ce que vous savez sur les bestiaires fantastiques du Japon. Les yokai sont les plus effrayantes des créatures japonaises dont vous entendrez parler, et il est plus que temps qu’ils obtiennent la reconnaisse qu’ils méritent. (1)

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuideCe que l’on peut retenir des yôkai, ce sont leurs spécificités. À l’instar de la plupart des créatures légendaires et mythologiques issues de cultures non occidentales, ils ne ressemblent à rien de ce qu’on connaît ici ; au contraire des dieux et demi-dieux grecs ou latins, ou encore germaniques ou celtes, dont la proximité géographique et historique explique leur ressemblance, ou du moins leurs points communs, ces démons, fantômes, elfes ou gobelins – pour autant que ces tentatives de traduction présentent une réelle pertinence – du folklore japonais n’entretiennent aucun point commun, ou alors à peine, avec les créatures surnaturelles « classiques » – ou assimilé.

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuidePourtant, c’est oublier un peu vite que la soi-disant universalité de notre bestiaire surnaturel occidental tient uniquement dans cette colonisation imposée par l’Europe au reste du monde à partir de la fin du Moyen Âge : si l’Asie s’était livrée à une telle conquête culturelle et économique à notre place, c’est nous qui connaîtrions les yôkai comme le reste du monde connaît aujourd’hui les vampires et les loup-garous – sans oublier les autres… Encore que ces monstres venus d’Europe restent encore assez mal connus en Asie et conservent une bonne partie de cet exotisme, ou assimilé, que nous autres occidentaux pouvons attribuer à ces êtres surnaturels que sont les yôkai.

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuideMais à cet exotisme se combine un autre aspect moins souvent souligné par les commentateurs comme par les spécialistes historiens : celui que je qualifierais de psychologique, faute d’un meilleur terme, car cet angle d’étude peut se montrer assez révélateur sur l’esprit de la nation dont on examine les mythologies, sur sa mentalité, son mode de pensée, bref son identité profonde – mythes et légendes, en effet, s’avèrent souvent explicites sur certains rapports qu’entretient une civilisation avec le monde qui l’entoure : ainsi, ils permettent de se faire une représentation somme toute bien assez instructive de cette culture… Et les yôkai donnent une image bien précise du Japon.

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuideLes auteurs de cet ouvrage l’évoque dès la préface du livre d’ailleurs, et les connaisseurs de l’histoire de ce pays ne s’étonneront pas de la voir prendre l’allure de cet animisme qui sert de clé de voute à la religion emblématique du Japon : le shintoïsme. Les yôkai restent donc avant tout des manifestations des éléments de la nature, au sens le plus large du terme, mais aussi – ce qui est moins attendu – des créations de la main humaine assez anciennes pour avoir développé une vie propre, soit un aspect somme toute assez typique de cette civilisation qui reste encore très patriarcale – et dont nombre de yôkai, d’ailleurs, personnifient leur crainte des femmes. Entre autres.

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival GuideEn raison de ces racines animistes, cette mythologie japonaise comprend un nombre incalculable de créatures. De sorte que les auteurs de Yokai Attack! n’ont pu choisir l’exhaustivité ; au lieu de ça, ils ont préféré l’emblématique. Voilà pourquoi les spécialistes des productions japonaises, quel que soit leur média, y trouveront des figures familières, ou en tous cas assez voisines de celles qu’ils connaissent. Je vous en laisse la surprise. Les autres y trouveront la possibilité de s’initier à la culture traditionnelle de l’archipel à travers un de ses aspects les plus typiques – dans l’esprit comme dans l’apparence, qui d’ailleurs n’est pas sa composante la plus commune.

Le tout complété à merveille par les illustrations très explicites de Tatsuya Morino qui permettent de se faire une représentation tout à fait claire de créatures dont, pourtant, la nature surnaturelle les rend particulièrement difficiles à décrire en détail – ce qui fait une excellente raison supplémentaire de vous pencher sur cet ouvrage décidément très recommandable.

Illustration intérieure du livre Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival Guide

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

Notes :

N’ayant pas pu trouver l’opportunité de l’indiquer dans le corps de cette chronique, je vous le précise ici : cet ouvrage n’est pour le moment disponible qu’en anglais et sans aucun prévision de publication en France, en tous cas à ma connaissance. Les lecteurs désireux de se pencher sur un livre similaire en français pourront s’intéresser à Yôkai : Dictionnaire des monstres japonais (Shigeru Mizuki ; 2008), disponible en deux volumes chez Pika Édition.

Yokai Attack!: The Japanese Monster Survival Guide, Hiroko Yoda & Matt Alt
Kodansha International Ltd, 2008
192 pages, env. 10 €, ISBN : 978-4-770-03070-2

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Nouveau Dictionnaire de mythologie celtique

Couverture de l'essai Nouveau dictionnaire de mythologie celtiqueJean Markale est le plus grand spécialiste des Celtes auxquels il a consacré de nombreux ouvrages. Ce Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique couronne donc les cinquante années de recherches qu’il a menées sur les textes fondateurs, les contes traditionnels ou les découvertes archéologiques. Le lecteur y retrouvera les innombrables personnages, dieux et héros, qui peuplent les célèbres légendes, complètement oubliés ou très connus (Lancelot, Merlin, Arthur, Guenièvre, etc.), les lieux qu’ils ont habités, les sanctuaires, les symboles, les cérémonies et les rites (Beltaine, Samain, la cueillette du gui…). Cette véritable somme, accessible à tous, permettra à chacun de retrouver l’une des racines les plus profondes et les plus mystérieuses de la culture française.

À travers leurs mythes et leurs légendes, les civilisation d’antan alimentent nos rêves et notre imagination. En narrant les exploits et les combats de héros qui symbolisent souvent ce qu’il y a de plus pur dans les valeurs humaines, ces récits de quêtes et de vaillance permettent aux jeunes esprits de se forger une vision du monde en accord avec les notions de justice sur lesquelles reposent toutes les civilisations. Mais ils permettent aussi de mieux saisir les spécificités d’une société donnée, celle qui a engendré ces contes, et ainsi ses aspirations et ses valeurs,… Bref, les mythologies constituent souvent une clé de prédilection pour l’étude d’une culture dans son évolution au cours de l’Histoire – et pour autant qu’on parvienne à ne pas perdre de vue le fossé qui sépare ces fictions de la réalité qu’elles illustrent.

On peut citer par exemple Siegfried de Xanten, héros de la mythologie nordique et figure centrale de la Chanson des Nibelungen. Beaucoup d’historiens voient dans Siegfried, et en particulier dans son combat contre le dragon Fáfnir, une transcription dans le domaine de la légende de faits historiques bien réels ; en l’occurrence, la bataille de Teutobourg, menée en l’an 9 par Caius Julius Arminius : fils d’un chef de guerre germanique, il devint otage et fut élevé à Rome comme un romain avant de revenir en Germanie en tant qu’homme de confiance du gouverneur local alors qu’il organisait en parallèle une rébellion contre l’occupant ; ses troupes – image de Siegfried – écrasèrent trois légions romaines – métaphore de Fáfnir – lors de la bataille déjà évoquée et cet événement crucial de l’histoire de la Germanie se transmit oralement au fil des siècles en se fixant peu à peu sous la forme d’une légende.

Ce sont des liens semblables entre réalités historiques et récits légendaires que nous présente Jean Markale dans ce Nouveau Dictionnaire de mythologie celtique. Ainsi pourrez-vous y lire les histoires abrégées – et supposées, en se basant sur ce qu’on a pu en reconstituer – des personnages bien réels qui inspirèrent des héros tels que le roi Arthur, l’enchanteur Merlin ou le chevalier Lancelot du Lac. Mais vous aurez aussi l’occasion d’apprendre quelle est la véritable nature du Saint Graal, au moins sur le plan symbolique, que la confrérie de la Table ronde avait un ancêtre appelée la Branche Rouge, et dont les héros ne plaisantaient pas, ou encore que la reine Guenièvre ne trompait pas Arthur juste avec Lancelot puisqu’elle s’assurait la loyauté de ses guerriers en leur prodiguant « l’amitié de ses cuisses » – entre autres…

Mais puisqu’il s’agit d’un dictionnaire et non d’une encyclopédie, n’escomptez pas y trouver de longs essais. Au lieu de ça, vous devrez vous contenter de courtes entrées, plus longues qu’une simple définition mais ne dépassant pas quelques lignes à peine la plupart du temps – à l’exception des figures et éléments majeurs, qui méritent plus de place. Cette brièveté des textes permet néanmoins une lecture facile de l’ouvrage : la plupart des entrées proposant des termes-clé à travers lesquels poursuivre la quête d’informations à quelques pages d’intervalle à peine, on apprend beaucoup en peu de temps – souvent d’ailleurs en retombant sur les mêmes termes, comme un serpent qui se mord la queue.

Si ce Nouveau Dictionnaire… ne s’affirme pas comme un ouvrage d’étude à proprement parler, il constitue malgré tout une synthèse éclairée et reste ainsi un guide idéal dans lequel picorer des informations ponctuelles qui, une fois mises bout à bout, permettent de se faire une représentation de la civilisation celtique non seulement informative mais aussi intrigante – ce qui donne la possibilité d’aborder ensuite, et dans la sérénité, des ouvrages à la fois plus longs et plus pointus.

Nouveau Dictionnaire de mythologie celtique, Jean Markale
Pygmalion, 1999
246 pages, env. 19 €, ISBN : 978-2-857-04582-3


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