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Dragon, l’Histoire de Bruce Lee

Jaquette DVD du film Dragon, l'histoire de Bruce LeeMalgré son entraînement rigoureux aux arts martiaux, le jeune Lee Jun Fan s’attire bien trop d’ennuis pour rester à Hong-Kong. Encouragé par son père, il quitte la Chine pour les États-Unis sous le nom de Bruce Lee et, après de petits boulots ingrats, il commence des études de littérature avant de réaliser enfin son rêve : ouvrir sa propre école de kung- fu pour faire découvrir la beauté de la culture chinoise à l’occident. Repéré par un producteur, il se lance dans la télévision qui lui ouvre ensuite les portes du cinéma – une légende est née.

Ce qui étonne dans ce biopic, c’est l’humanité du personnage qui se cache derrière la légende. Car si Dragon, l’Histoire de Bruce Lee se montre bien sûr coupable de quelques écarts vis-à-vis de la réalité, comme tous les films biographiques, il n’en parvient pas moins à capturer l’essence d’une destinée hors du commun, celles d’un émigrant parmi des millions d’autres, parti pour conquérir l’Amérique et qui y parvint sous bien des aspects. À cette époque, en effet, le terme de « Rêve américain » avait encore un sens, même si les réalités sociales et économiques n’ont jamais été aussi idéales que ce que cette expression le laisse penser, et des gens comme Bruce Lee parvinrent à lui donner forme.

Pourtant, ce n’est pas l’image du professeur qui transparaît le plus ici, ni celle de la star de films d’action d’ailleurs et d’autant plus qu’elle reste discrète dans celui-ci, pas plus que ne domine celle du penseur des arts martiaux qui fonda sa propre école – chose rare – ni même, peut-être plus banale, le mari ou le père. Ce qu’on distingue avant tout, c’est l’homme qui sut jeter un pont entre l’orient et l’occident, qui permit à deux cultures pour le moins éloignées, dans tous les sens du terme, de mieux se comprendre et de partager ce qu’elles ont de plus précieux pour s’enrichir l’une l’autre en dépit de toutes les rancunes et autres mauvaises habitudes à la vie dure. Bruce Lee, aussi surprenant que ça puisse paraître, était surtout un humaniste.

En témoignent ses innombrables émules qui, captivés par ses films, s’adonnèrent à un moment ou à un autre aux arts martiaux. Je figure dans le nombre. En s’ouvrant ainsi à la culture chinoise, à l’Asie, ces gens-là devancèrent d’une certaine manière ceux qui, aujourd’hui, découvrent à leur tour ce continent via ses productions populaires – telles que BD ou animations, par exemple. Pour cette raison, parce-qu’il s’inscrit dans une mouvance qui s’est tout sauf tarie au fil du temps, Bruce Lee est en quelque sorte éternel, faute d’un meilleur terme : plus qu’un athlète de haut niveau, il représente avant tout cette qualité fondamentale chez tout homme qui consiste à transmettre sa culture aux autres dans le but d’améliorer la vie de tous.

Ce qui, d’ailleurs, et au moins dans les grandes lignes, ressemble assez au confucianisme. On ne s’en étonnera pas compte tenu des origines du personnage. Comme quoi, en fin de compte, notre temps tout empreint d’ordinateurs et de réseaux peut encore grandir à l’aune d’enseignements bien plus anciens…

Adaptation :

Sous forme d’un jeu vidéo de combat sorti en 1993 sous le même titre et développé par Avalon Interactive pour les consoles Megadrive, Super Nintendo, Jaguar, Game Gear et Master System.

Dragon, l’Histoire de Bruce Lee (Dragon: The Bruce Lee Story), Rob Cohen, 1993
Universal Pictures, 2007
114 minutes, env. 7€

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Furtif

Jaquette DVD de l'édition collector du film FurtifLe futur proche. Un nouveau programme militaire pousse les pilotes d’avions de chasse à leurs extrêmes limites, et seuls trois d’entre eux parviennent au bout : ils sont désormais aux commandes d’avions furtifs dernier cri, fleurons de la technologie aéronautique. Mais alors que leur équipe est maintenant rodée, le responsable du projet leur adjoint un nouvel équipier : E.D.I., un avion-drone contrôlé par une intelligence artificielle, à la froideur toute mécanique et incapable de discerner la portée morale d’une intervention militaire…

Il y a mauvais film et mauvais film. Prenez un réalisateur à la filmographie orientée action et grand spectacle comme Rob Cohen, un scénario aux allures de Top Gun futuriste et de Terminator pour la famille axé sur les grandes phobies internationales de l’Amérique du moment, trois comédiens à la bonne gueule mais au charisme digne d’une série Z, et des scènes d’action basées sur des explosions abondantes et des effets spéciaux malgré tout réussis : vos chances d’obtenir un navet frisent les 100 %. Et pourtant…

Et pourtant, Furtif réussit son coup. Non à être un bon film – il ne faut pas quand même pas rêver, pas à ce point-là en tous cas – mais en tous cas à être un « pas si mauvais film que ça » – c’est-à-dire une production distrayante et sans prétention (ou du moins, pas trop prétentieuse). En fait, et sous bien des aspects, Furtif est un miroir tout à fait révélateur de bien des fantasmes de l’Amérique d’aujourd’hui – comme c’est souvent le cas d’ailleurs avec les productions populaires, quel que soit le média sur lequel elles sont réalisées ou bien leur provenance…

Que la plupart des zones d’intervention de notre trio boosté à la quintessence des technologies aéronautiques militaires intervienne surtout dans les régions du Moyen-Orient et du Sud-Est Asiatique en proie au terrorisme international n’est bien sûr pas un hasard : entre la Corée et l’Afghanistan, ces zones restent préoccupantes pour les états-majors américains, et donc pour le public américain – même s’il ne faut pas y voir pour autant une portée intellectuelle quelconque mais bel et bien une manière de coller à l’actualité pour s’assurer l’intérêt d’une audience.

Dans un registre semblable, l’E.D.I. (pour Extreme Deep Invader) illustre très bien la situation d’une armée US embourbée dans un Irak encore si hostile que l’usage intensif de drones reste son seul moyen de limiter ses pertes. La problématique, ici à peine effleurée, pose la question du devenir de la guerre quand celle-ci consiste à laisser le travail aux machines sans plus aucune intervention humaine (1) – ou si peu – en la faisant ainsi basculer dans une sorte de jeu vidéo – évolution qui préoccupe d’ailleurs beaucoup de penseurs actuels, pour des raisons évidentes.

Enfin, et ce dernier aspect est bien sûr lié au précédent, la prépondérance de technologies cybernétiques telles qu’ordinateurs quantiques, réseaux de neurones artificiels et intelligences artificielles (2), mais aussi, plus spécialisées, de technologies aéronautiques de pointe comme les moteurs à ondes de détonation pulsées, les superstatoréacteurs et l’aéroélasticité, placent le film dans cette mouvance impatiente de voir arriver demain au plus vite, et qui est assez caractéristique des geeks – c’est-à-dire encore une fois dans l’air du temps (3).

Quant aux personnages, on apprécie le lieutenant Henry Purcell qui s’éloigne à sa manière du cliché du grand costaud black et séducteur à vocation de « comique de service » – même s’il sait rester amusant – en affichant une culture générale inattendue mais aussi une intelligence assez surprenante dans les relations humaines, du moins pour ce genre de protagoniste qui sert d’habitude de simple faire-valoir – c’est aussi le cas ici, mais de façon plus subtile. Au reste, l’image du personnage afro-américain a beaucoup évolué au cours des dernières années (4).

Pour le reste de l’équipe, on s’étonne de voir une femme pilote d’avion de chasse – les scénaristes laissent le plus souvent ce rôle aux personnages masculins – jusqu’à ce que sa relation avec le troisième membre du groupe prenne la tournure attendue ; elle reste néanmoins l’image d’une américaine moderne comme on en voit en Irak de nos jours, ce qui est encore une fois très actuel. Quant à ce dernier pilote, il reste beaucoup trop conventionnel, voire cliché, pour mériter qu’on s’y attarde.

Si Furtif reste bien loin d’un bon film, il cristallise malgré tout quelques images permettant de monter une certaine représentation de la culture qui l’a engendré : d’une manière assez semblable à la publicité – qui reflète les désirs d’une population, et donc ses terreurs et ses doutes –, il retranscrit avec plus ou moins de fidélité le présent dont il est issu.

Et puis les séquences aériennes sont redoutablement bien faites et les designs des appareils tout à fait inspirés, alors si vous aimez les avions, n’hésitez pas une seconde !

(1) thème d’ailleurs déjà examiné dans un épisode – dont le titre m’échappe – de la toute première série TV Star Trek des années 60, ce qui ne nous rajeunit pas mais démontre encore une fois combien la science-fiction peut devancer la réalité…

(2) à ce sujet, le lecteur curieux quant à la faisabilité d’un tel concept se penchera, avec intérêt j’espère, sur la préface de Gérard Klein au roman Excession de Iain M. Banks.

(3) et c’est peut-être, assez paradoxalement d’ailleurs, une des raisons derrière le bide que connut ce film au box office : le jargon technique est rarement vendeur.

(4) à ce sujet, il a été avancé qu’une telle représentation de cette frange de la population américaine dans les œuvres de fiction audiovisuelles a été en partie responsable de l’élection de Barrack Obama à la présidence des États-Unis.

Notes :

Le réalisateur a reconnu que sa principale influence pour ce film était la franchise Macross.

Furtif fut un désastre commercial pour Colombia Pictures et rapporta à peine la moitié de ce qu’il avait coûté – sans compter les frais de promotion.

Ce film connut une interdiction de diffusion en Birmanie, en raison du passage de l’intrigue montrant un bombardement de la ville de Rangoun lors d’un raid impliquant un groupe terroriste.

Furtif (Stealth), Rob Cohen, 2005
Columbia Tristar, février 2006
121 minutes, env. 8 €

– d’autres avis : Le Cinéma d’Olivier, Excessif, Krinein
– le site officiel du film (en anglais)


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