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Wired for War

Couverture de l'édition américaine du livre Wired for WarDans Wired for War, P. W. Singer examine la plus grande révolution en matière militaire depuis la bombe atomique – l’émergence de la guerre robotique. Nous sommes au tournant d’un changement majeur en technologies de guerre qui pourrait rendre réelles les prédictions de I, Robot ou de Terminator. Plus de douze mille systèmes robots sont à présent déployés en Irak. Des pilotes assis dans le Nevada tuent à distance des terroristes en Afghanistan. Et de nombreux auteurs de science-fiction travaillent comme consultants pour le Pentagone sur la nouvelle génération de robots tueurs. En se basant sur des démonstrations historiques comme sur des entretiens avec de très nombreux spécialistes, Singer montre combien la technologie change non seulement les stratégies militaires mais aussi les politiques, l’économie, les lois et l’éthique qui entourent la guerre elle-même. Bien que son analyse déconcerte, on ressent malgré tout un irrésistible attrait pour les innovations que dévoile l’auteur. À travers son regard, la guerre devient aussi fascinante qu’effrayante. (1)

Une idée bien précise sous-tend l’ensemble de faits et de réflexions qui constituent cet ouvrage. La notion somme toute assez neuve que demain ne sera pas la même chose qu’aujourd’hui, de la même manière qu’aujourd’hui n’est déjà plus la même chose qu’hier. Mais aussi qu’à travers la technologie, les rêves ainsi que les cauchemars d’antan prendront un jour forme. Un concept assez récent puisqu’il apparut avec la révolution industrielle il y a à peine un peu plus de deux siècles à présent et qu’aucune civilisation n’a encore complétement assimilé – d’où la résistance plus ou moins consciente de chacun à la marche du progrès (2).

Sous bien des aspects, d’ailleurs, et c’est bien ce qui nous intéresse ici, cette idée sous-jacente à l’ensemble de ce livre, comme quoi le progrès technique modifie peu à peu notre vie de tous les jours, constitue presque une définition de la science-fiction (3). Formulé autrement, il s’agit d’affirmer qu’au moins certaines des rêveries de la science-fiction, ou du moins ces extrapolations techno-scientifiques taxées de fantasmes par des gens souvent mal inspirés, débouchent parfois sur des choses bien concrètes. Il s’agit bien sûr d’une vieille lune mais que tout lecteur de Jules Verne ne pourra réfuter qu’avec une grande difficulté…

La nouveauté que présente Wired for War tient dans ce que cet essai – tout à fait passionnant par ailleurs – a été rédigé par un universitaire, P. W. Singer, et surtout un spécialiste mondialement reconnu de la guerre au XXIe siècle – soit un domaine dont on ne peut pas dire qu’il rassemble des élucubrations destinées aux adolescents plus ou moins attardés, bien au contraire. Or, la guerre se veut souvent une accélération de l’Histoire, dont les rejetons technologiques finissent le plus souvent par entrer de plein pied dans la vie de chacun : ainsi en est-il allé de l’aviation, de l’énergie atomique, de l’ordinateur, des réseaux, du GPS, etc.

Bref, de bien des façons, Wired for War légitime à lui tout seul près de deux siècles de littérature de science-fiction bien plus qu’ont pu le faire les meilleures œuvres du genre. En font la démonstration les citations en toutes lettres au fil des pages de ce livre de nombreux auteurs du domaine, des grands anciens comme Robert A. Heinlein (1907-1988), Isaac Asimov (1920-1992) et Arthur C. Clarke (1917-2008) aux plus actuels Greg Bear, Orson Scott Card ou William Gibson, comme des idées et concepts développés dans bien des ouvrages du secteur, mais aussi d’autres productions plus populaires comme les films, les bande dessinées ou même les jeux vidéo.

Pour cette raison au moins, tous ceux qui doutent encore de la pertinence de la science-fiction, quelle que soit la prétention de ses diverses incarnations sur les différents médias, se verront bien inspirés de reconsidérer leur jugement. Mais gare, car il se peut qu’ils se voient quelque peu bousculés par des concepts aussi novateurs que dérangeants, comme le transhumanisme ou la singularité technologique, que l’auteur traite ici avec le plus grand sérieux : c’est bel et bien le prix à payer pour un gain de sapience épistémologique – ce qui, du reste, représente bien une autre définition possible de la science-fiction…

Quant aux autres lecteurs, ceux déjà convaincus du bien fondé de la science-fiction, ils trouveront là des réflexions de fond sur la nature du progrès technique ainsi que sur son impact sur la civilisation à l’aune de ce qui reste encore à ce jour l’ultime incarnation de la barbarie mais à travers laquelle, pourtant, l’humanité accomplit des avancées qui comptent parmi les plus majeures.

(1) la traduction de ce quatrième de couverture est de votre serviteur.

(2) Jacques Ellul, Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

(3) Isaac Asimov, introduction à l’Encyclopédie de la science-fiction (Compagnie Internationale du Livre, coll. Beaux livres, 1er trimestre 1980, ISBN : 2-7318-0001-1).

Note :

Nombre des questionnements exposés par l’auteur dans cet ouvrage ont pris ces derniers jours une tournure publique inattendue : le lecteur curieux pourra en apprendre plus sur Le Monde, WikiStrike, France 24, CitizenPost et Rue89, entre autres adresses.

En dépit de tout son intérêt, cet ouvrage reste à ce jour indisponible en français : il vaut néanmoins de mentionner que l’ensemble reste écrit dans un anglais aussi simple que lisible.

Wired for War: The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century
Peter Warren Singer, Penguin Books, décembre 2009
512 pages, env. 13 €, ISBN : 978-0-143-11684-4

– le site officiel de P. W. Singer (en)
– la page consacrée au livre sur le site de l’auteur (en)
– d’autres avis : DSI Presse, Foreign Affairs (en), Cato Institute (en)

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Saving Human Being

Couverture de l'édition française du manhua Saving Human BeingUn futur proche. Dans la carcasse d’un avion-cargo en plein désert, un robot est réactivé par le pilote qui a survécu au crash. Celui-lui demande de partir trouver de l’eau pour le sauver. Mais quand la machine revient, bien des jours trop tard, l’humain est mort. Alors, le robot repart dans le désert où il finit par s’installer dans une oasis habitée par une jeune femme et sa petite fille. Son but ? Remplir sa mission, la dernière, celle que lui a confié le pilote de l’avion-cargo avant de mourir : sauver l’Homme…

Servir l’Homme : voilà, dans les grandes lignes, la problématique sous-jacente au thème du robot (1). D’ailleurs, si les magnats virent dans la révolution industrielle un moyen d’augmenter la production des biens et donc leurs bénéfices, les ingénieurs, de leur côté, et peut-être plus naïvement, y virent surtout un moyen de libérer l’Homme du travail (2). Dans le registre opposé, celui de l’avenir, ou du moins d’un futur possible, Iain M. Banks, avec son cycle de la Culture entamé en 1987, nous présente l’aboutissement de cette idée : une civilisation à l’échelle galactique où les technologies atteignent un tel niveau de sophistication que ses citoyens peuvent jouir sans aucune entrave d’une vie toute entière dédiée uniquement aux loisirs ; le trucage, ici, repose sur le concept de l’intelligence artificielle qui, à y regarder de près, se différencie assez peu de celui du robot tel que présenté ci-dessus (3).

Planche intérieure du manhua Saving Human BeingPour ce faire, il faut des règles. Ou plutôt des lois, et en l’occurrence des lois de la robotique. Sans celles-ci, en effet, rien ne pourrait assurer l’obéissance du robot. Pire, il pourrait même se révolter comme il le fit d’ailleurs durant des décennies sous les plumes successives de différents auteurs, jusqu’à ce qu’Isaac Asimov (1920-1992) entame son cycle des robots positroniques en 1940, en basant ses récits sur l’idée que les robots se trouvaient soumis à des programmes permettant de s’assurer leur obéissance – des lois, donc (4). La première de ces règles garantie la survie de l’homme en tant qu’individu, et la seconde la soumission du robot aux ordres du précédent. Les deux s’épaulent et se complètent, dans cet ordre précis et pas un autre : ôtez-en une seule, ou bien disposez-les différemment, et le robot redevient inutilisable.

Mais, au fond, « servir l’Homme » ne consiste-t-il pas à « sauver l’Homme » ? Et notamment en lui épargnant toutes ces tâches aussi ingrates que dangereuses telles que le travail à la chaîne dans un passé proche ou bien la mort sur un champ de bataille dans un avenir probablement encore assez éloigné, parmi d’autres exemples. Asimov, encore lui, dans son roman Les Robots et l’Empire (Robots and Empire ; 1985) préfigure d’un certain point de vue le cycle de la Culture de Banks évoqué plus haut en montrant comment un robot écope de la mission assurément surhumaine consistant à protéger l’Humanité toute entière, non contre un hypothétique ennemi venu d’ailleurs mais bel et bien d’elle-même (5).

Planche intérieure du manhua Saving Human BeingZhāng Xiǎoyǔ part ici d’un postulat comparable. Toute la différence avec l’œuvre d’Asimov tient dans ce que l’auteur, ici, est un artiste et qu’il fait donc passer la substance humaine avant les éléments techniques. Pour cette raison, Saving Human Being ne tente même pas de noyer le poisson et au lieu de ça adopte vite les accents de la poésie où la forme prend le pas sur le fond et où le discours – somme toute déjà vu quelque part – disparaît sous le récit lui-même, sous ce torrent d’émotions pures qui avec ses airs de fausse naïveté nous donne une leçon de vie à la force rare – et même si là aussi on a déjà vu ça quelque part, comme une évidence trop longtemps oubliée.

Quant à la forme artistique proprement dite, qui complimente très bien la narrative en dépit de quelques faiblesses ponctuelles concernant certains visages, elle témoigne d’une maîtrise technique et d’une sensibilité souvent surprenantes dans l’expression des mouvements. Ceux de la petite fille en particulier trouvent là un moyen assez inhabituel de faire passer le caractère et la personnalité de cet enfant qui jouera un rôle fondamental dans l’évolution du robot, dans ce regard empreint de curiosité et de questions que la machine pose sur cet Homme qu’elle doit sauver.

Pour sa dimension humaine qui rappelle celle de la fable, du discours éternel, de la poésie salvatrice, Saving Human Being compte parmi ces œuvres bien trop rares, ces perles crève-cœur à découvrir de toute urgence, ces morceaux de bravoure narrative extraordinaire. Mais aussi, cette courte bande qui se place dans la lignée de la science-fiction la plus classique – qu’elle prolonge avec brio – nous prouve que celle-ci peut malgré tout encore nous emmener jusqu’à des sommets d’émotions rarement atteints.

Planche intérieure du manhua Saving Human Being

(1) Gérard Klein, préface à Histoires de robots (Le Livre de poche, collection La Grande anthologie de la science-fiction n° 3764, 1974, ISBN : 2-253-00061-2) ; lire ce texte en ligne.

(2) l’idée fait d’ailleurs de plus en plus son chemin : outre des textes précurseurs tels que Le Droit à la paresse (1880) de P. Lafargue (Mille et une nuits, ISBN : 978-2-910-23330-3) ou bien Travailler, moi ? Jamais ! – L’Abolition du travail (The Abolition of Work, 1985) de B. Black (L’Insomniaque, ISBN : 978-2-915-69451-2), le mouvement altermondialiste Bizi ! propose de réduire le temps de travail de chacun à une heure par jour à peine.

(3) sur la faisabilité technique de l’intelligence artificielle, le lecteur curieux se penchera avec bonheur sur la préface de Gérard Klein au roman Excession (Le Livre de Poche, collection Science-Fiction n° 7241, ISBN : 2-253-07241-9), cinquième volume du cycle de la Culture déjà évoqué ici ; lire ce texte en ligne.

(4) on ignore encore à ce jour si ces « lois de la robotique » sont bien le fruit de l’imagination d’Asimov ou bien celle de son mentor de l’époque, John W. Campbell Jr. (1910-1971), par ailleurs rédacteur-en-chef du magazine Astounding Stories où le jeune Asimov, justement, publiait ses récits : les deux hommes se sont toujours renvoyée mutuellement la paternité de cette évolution majeure du thème des robots…

(5) bien sûr, une telle solution présente des accents assez nihilistes : confier à la machine nos problèmes fondamentaux consiste d’une certaine manière à nous en délester, bref à fuir nos responsabilités – j’ai déjà évoqué ce sujet dans ma chronique du jeu vidéo Armored Core 3 (From Software ; 2003).

Note :

Une mention en page deux indique que cet ouvrage est une adaptation du roman en langue chinoise Mission: Saving Human signé Liu Weijia.

Saving Human Being, Zhāng Xiǎoyǔ
Ankama Éditions, collection Kraken, avril 2011
85 pages, env. 15 €, ISBN : 978-2-359-10160-7

– le blog officiel de Zhāng Xiǎoyǔ (zh)
– d’autres avis : La Rubrique-à-Brac, B&O, Kroniks, SciFi-Universe, Prospéryne

En attendant… (20)

Vidéo d’un robot chien en marche

Cliché du "Dog Bot" en actionJ’évoquais il y a un bon moment maintenant un robot hélicoptère miniature ; en voici un autre, mais en forme de chien, et qui ne vole pas, bien sûr… Par contre, il marche, et avec une agilité étonnante vu sa taille et la miniaturisation des mécanismes qu’il a fallu atteindre pour le construire.

Cependant, et au risque de vous décevoir, cet engin n’a pas été conçu pour mieux vous tenir compagnie même sur les chemins de terre les plus abimés : des ingénieurs de l’armée américaine ayant participé au projet, et précisément ceux de la DARPA, on peut supposer que ce robot entre plutôt dans le cadre des recherches pour la conception de drones ou tout autre appareil du même acabit destiné à espionner ou saboter les installations ennemies…

Mais il n’est pas exclu que des modèles soient un jour développés pour, par exemple, venir en aide aux personnes prises sous des décombres lors d’un tremblement de terre ou une quelconque autre catastrophe naturelle : ce ne serait pas la première fois qu’une invention militaire se trouve des utilisations civiles – rappelons-nous d’où vient le GPS…

Ténébreuses affaires

Couverture de la seconde édition de la BD Ténébreuses affairesL’adoration pour la mère ingrate. La survivance de la folie après l’apocalypse. Le don complet de soi à l’être aimé. Les affrontements de savants fous. La fièvre hallucinatoire. L’hommage au Maître de Providence. La fin des temps. L’agonie du monde dans un nouveau cannibalisme. L’obéissance totale à la mère sacrée… Neuf récits distincts et autant de facettes du talent d’un artiste prépondérant de la BD franco-belge à une époque où elle disait ce qu’elle pense sans y aller par quatre chemins.

Il y eut un temps où la BD, pas encore objet de consommation courante pour tous les âges, ne se préoccupait pas de politiquement correct : dans le sillage du hélas défunt magazine Pilote, cette BD-là s’exprimait notamment au sein du tout autant regretté, au moins, Métal hurlant dont les créateurs souhaitaient ouvrir le média de la narration graphique à un public adulte – à travers expérimentations artistiques et narratives, thèmes mûrs, représentations de la sexualité, de la musique rock, des drogues, etc. Bref, ils voulaient révolutionner la BD – même si sur l’instant ils ne se rendaient peut-être pas compte de ce qu’ils faisaient – et ils y réussirent.

Planche intérieure de la BD Ténébreuses affairesLe succès des débuts permit au magazine de s’ouvrir très tôt à une grande variété de talents, dont Jean-Michel Nicollet. Illustrateur de romans, et surtout dans les genres de l’imaginaire (science-fiction, fantastique et fantasy), il rejoignit l’équipe de Métal hurlant assez vite pour y dessiner une dizaine de récits courts parfois scénarisés par Picaret – qui travailla aussi, entre autres, avec Jean-Claude Gal et Jacques Tardi. C’est l’intégralité de ces bandes courtes, augmentées de plusieurs illustrations pour divers ouvrages, que rassemble ce volume et qui permet une plongée en apnée dans la production d’un auteur hors norme.

Car c’est l’Art qui s’exprime ici, et avec lui tout ce qu’il implique d’inconscient et de refoulé, d’obscur et de dérangeant,… Tout ce que les artistes ne parviennent pas toujours à dire avec des mots car la charge de ressenti pur pèse trop lourd. Alors ils le dessinent, le composent, le jettent, avec ces crayons et ces pinceaux qui, en retranscrivant les gestes dans toute leur fébrilité, traduisent les émotions qui les sous-tendent et sur lesquelles on ne parvient pas toujours à mettre le doigt tant elles peuvent se montrer fugaces, insidieuses, complexes… Pour cette raison, il n’est pas toujours bienvenu d’y chercher un sens, et encore moins une leçon.

Planche intérieure de la BD Ténébreuses affairesOuvrir Ténébreuses affaires, c’est sauter tête première dans une imagination unique, un talent sûr, des idées folles et surtout des thèmes si profondément sombres qu’ils ne laissent pas  indifférent. Le cuir, la chair et le métal s’y entremêlent ; le sang, la passion et la mort y fleurissent ; l’espoir, la raison et la morale y brillent par leur absence. Ténébreuses affaires mérite son titre parce qu’il nous prend à la gorge avant de s’infiltrer dans nos entrailles pour mieux s’y installer et ainsi se repaître de notre chaleur. Ténébreuses affaires est comme la caresse nocturne d’un démon sournois, d’une amante revenue d’entre les morts, d’un reliquat de brise estivale d’antan.

Ouvrir Ténébreuses affaires, donc, c’est s’offrir un voyage dans le temps vers un passé pas si lointain que ça où les créateurs disaient ce qu’ils avaient sur le cœur comme ça leur venait, avec pour résultat le forçage des verrous du lecteur, le dynamitage – forcément violent – de ses limites intérieures (1) : une époque où les auteurs n’étaient pas encore à la botte des actionnaires et où la BD était un art à part entière.

Illustration intérieure de la BD Ténébreuses affaires

(1) © Jean « Moebius » Giraud, justement un des fondateurs de Métal hurlant…

Note :

Cette édition de Ténébreuses affaires, la seconde, est revue et augmentée de plusieurs illustrations ainsi que d’une nouvelle couverture par rapport à son édition originale de 1979.

Ténébreuses affaires, Jean-Michel Nicollet, 1979
Les humanoïdes Associés, collection Pied Jaloux, novembre 1982
76 pages, entre 10 et 15 €, ISBN : 2-7316-0187-6

I, Robot – Le scénario

Couverture de l'édition de poche du scénario I, Robot2076. Stephen Byerley, le premier président de la Fédération galactique, vient d’être inhumé. Robert Bratenahl, le journaliste qui couvre l’événement pour le magazine Cosmos, remarque Susan Calvin au milieu de la foule recueillie.

Des bruits ont couru sur une improbable liaison entre ces deux êtres d’exception. Mais depuis vingt ans, la célèbre robopsychologue s’est volontairement coupée du monde et refuse toute interview.

Bratenahl, bien décidé à faire la lumière sur cette affaire, n’hésitera pas à voyager aux confins de la galaxie pour retrouver toutes les personnes qui ont côtoyé Susan Calvin, celle qui a consacré sa vie entière à l’étude des robots.

Quelle était la nature des liens qui unissaient Stephen et Susan ? Le journaliste n’aura de cesse de répondre à cette question. Mais, au fil de son enquête, il va flairer un autre mystère, encore plus passionnant : Qui était Stephen Byerley ?

Harlan Ellison et Isaac Asimov
Avec ce scénario, on aurait pu réaliser « le premier film de science-fiction achevé, complexe et de qualité », s’exclama Isaac Asimov à la lecture du script d’Harlan Ellison. Le film ne vit jamais le jour. Pourquoi ? Harlan Ellison nous l’explique dans sa préface (à lire absolument, pour ceux qui aiment les pavés dans la mare.) En attendant, voici un document rare : scénario, certes, mais aussi vrai roman, tiré du célèbre ouvrage Les Robots, avec l’aval du Maître…

Le récent film I, Robot (2004) d’Alex Proyas, avec Will Smith dans le rôle principal, eut beau connaître un certain succès, il reste malgré tout une adaptation bien trop libre de l‘œuvre originale d’Isaac Asimov pour convaincre pleinement les fans de longue date du « Bon Docteur » : s’il ne s’agit pas d’un mauvais film à proprement parler, l’interprétation qu’il propose de cette série de courts textes sur laquelle il est supposé se baser demeure en fait bien trop éloignée de l’esprit original qui sous-tend ce cycle – en dépit de références évidentes à cette œuvre originale tout au long du film, mais qui rappellent plus des clins d’œil que des bases intellectuelles sérieuses.

Ce que très peu de spectateurs de ce films savent, c’est qu’un projet pour le cinéma a devancé de plus de 25 ans celui réalisé par Alex Proyas. Pour ajouter de la confusion là où elle n’est pas nécessaire, ce premier projet portait déjà le titre d’I, Robot – toute la différence étant que le recueil de nouvelles sur lequel il se basait présentait le même titre, et depuis près de 30 ans à l’époque où son scénario fut rédigé. Au contraire de ce que peuvent l’affirmer certaines sources, il n’y a au départ aucun lien entre ce premier projet et le film de Proyas car ce dernier est en fait le fruit du développement d’un script intitulé Hardwired et rédigé en 1995 par Jeff Vintar.

Écrit par Harlan Ellison en 1978, ce premier projet avait ceci de particulier qu’il prenait pour base quatre des principaux textes du Cycle des Robots d’Asimov déjà évoqué et – surtout – que son auteur était non seulement un écrivain de science-fiction reconnu par ses pairs du monde entier mais aussi un ami de très longue date du père des Robots. Bref, un auteur qui connaissait de toute évidence son affaire. Par-dessus le marché, Ellison a passé sa vie entre Hollywood et la télévision, pour dire comme il connaissait au moins aussi bien l’affaire consistant à adapter l’œuvre d’Asimov sur le grand écran…

Pourquoi ce projet ne vit jamais le jour est expliqué en long, en large, en travers, et même en épaisseur, dans l’introduction d’Ellison que propose cet ouvrage : si on ne peut manquer de se dire que l’auteur exagère peut-être certains détails – peut-être –, la lecture de ce texte reste tout à fait recommandée pour tous ceux qui désirent tenter leur chance dans ce milieu particulier qu’est le cinéma ; les choses ne différent pas beaucoup de ce côté-ci de l’Atlantique après tout… Quant aux autres, ils y trouveront une introduction assez haute en couleurs qui leur permettra de resituer certaines choses dans leur contexte.

Le très court texte qui précède cette introduction, par Isaac Asimov lui-même, est plus dispensable mais compte tenu de sa brièveté sa lecture ne mangera pas de pain. On y retrouve entre autre une complainte plus ou moins récurrente chez cet auteur dont aucun des textes n’a jamais été adapté au cinéma de son vivant – du moins jamais de manière satisfaisante à ses yeux, ce qui n’est pas tout à fait la même chose – mais aussi une courte présentation des rapports ténus qu’eut Asimov avec l’industrie du cinéma – notamment en ce qui concerne l’adaptation du film Le Voyage fantastique (1966) de Richard Fleischer.

Le reste constitue le scénario rédigé par Ellison pour ce projet qui ne vit jamais le jour et qui, en dépit de certains truismes du cinéma de science-fiction de l’époque, je veux dire par là des clichés narratifs qui sembleraient déplacés dans une production actuelle, reste tout à fait exploitable en vue d’une éventuelle production. Opinion bien évidemment à relativiser compte tenu de mon expérience pour le moins limitée avec le monde du cinéma ; du reste, le dédain du public pour les œuvres d’un certain niveau intellectuel reste un obstacle non négligeable – et je n’aborde même pas le fait que les « intello », eux, ne se pencheront jamais sur de la science-fiction pour commencer…

Voilà pourquoi ce scénario ne dépassera probablement jamais le stade du scénario, et pourquoi ceux d’entre vous qui connaissent – et apprécient – l’œuvre sur laquelle il se base n’auront jamais l’occasion de le découvrir autrement qu’à travers cette édition qui à ma connaissance reste la seule disponible en français. Vous y verrez les Robots comme vous ne les avez jamais vus, ou plutôt présentés d’une manière à la fois inédite mais fidèle pourtant au travail original d’Asimov – ce qui n’est pas exactement pareil. Vous y lirez une histoire que vous connaissez déjà mais racontée comme vous ne l’auriez peut-être jamais imaginée.

Bref, vous y trouverez ce qui à ce jour reste le meilleur projet d’adaptation pour le grand écran d’une des œuvres les plus emblématiques de la science-fiction moderne – au point de se trouver encore régulièrement citée dans les productions les plus récentes, tous médias confondus.

Et en plus, vous aurez droit à de sublimes illustrations au crayon de Mark Zug, à l’époque encore un parfait inconnu.

I, Robot (I, Robot), Isaac Asimov & Harlan Ellison, 1978/1987/1994
J’AI LU, collection Science-Fiction n° 4403, janvier 1997
320 pages, à partir de 10 €, ISBN : 2-290-04403-2

Vidéo d’un robot hélicoptère miniature

Cliché du "Quadrotor Helicopter" en volSi comme moi vous aimez bien les gadgets et les robots, vous devriez apprécier la vidéo ci-dessous où on peut voir en action un tout nouveau modèle d’hélicoptère miniature : pourvu de quatre rotors au lieu d’un seul, cet appareil bénéficie d’une agilité proprement phénoménale.

Reste à savoir ce qu’on en fera car son allure l’éloigne bien trop d’engins existants pour qu’on puisse envisager de le produire en masse à des fins civiles – comme jouet par exemple. Mais gageons que les militaires sauront lui trouver une utilité : leur affection pour les drones n’est plus à démontrer depuis longtemps…

Voir aussi : Vidéo d’un robot chien en marche


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