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Henshin Gattai! Gottsu no Atsuki Tamashii

Photo de l'artiste japonais Shota SakamotoDepuis vendredi dernier, ce court-métrage pour le moins atypique est présenté sur le site du célèbre Studio Gainax dans le cadre d’une série de vidéos intitulée « MUSIC is SF » dont ce film est le premier titre et sur laquelle on en sait pas plus à cette heure. On doit cette production à Shota Sakamoto, qui occupe ici à lui seul les postes de concepteur, dessinateur, animateur, et même compositeur…

Quant au thème de ce court-métrage décidément hors norme sous plus d’un aspect, je pense qu’on peut le classer dans la catégorie des hommages au genre super sentai – ce qui ne fait jamais qu’une originalité supplémentaire, mais du genre qui ne plaît qu’à un certain public.

Geno Cyber

Couverture de l'édition française du manga Geno CyberDans ce futur proche, les multinationales supplantent les gouvernements et font régner la loi du plus fort en réduisant peu à peu l’homme en esclavage à son insu. Le n°1 de l’armement, Tron Dynamics, s’intéresse de très prés aux recherches d’un savant en bio-ingénierie sur les interfaces homme-machine : il utilise le lien psychique qui unit ses deux filles pour mener à bien des expérimentations au potentiel révolutionnaire. Après qu’un test ait mal tourné, il veut stopper ses travaux mais Tron Dynamics le contraint à poursuivre…

Je préfère vous prévenir tout de suite, le plus frustrant dans Geno Cyber, c’est sa fausse « fin » car tout porte à croire que cette série ne fut jamais terminée par son créateur – ce que corrobore d’ailleurs l’édition américaine puisqu’elle aussi s’achève sur le même cliffhanger. Et cette frustration s’avère d’autant plus intense que le récit qui la précède présente des qualités certaines. Si l’univers de Geno Cyber en lui-même ne propose rien de bien nouveau – on y retrouve la plupart des truismes cyberpunks et surtout ceux de la culture manga sur ce thème, avec en tête de liste Bubblegum Crisis (1987-1991), l’œuvre-culte d’Artmic (1) –, son histoire tout comme son atmosphère, en revanche, ne manquent pas de charme.

Planche intérieure du manga Geno CyberSi le niveau problématique reste assez convenu – on y retrouve les habituelles mises en garde à propos d’une science devenue folle –, ce manga brille néanmoins par son ambiance qui se place bien loin des futurs cybernétiques aseptisés auxquels les productions actuelles nous ont habitués depuis maintenant assez longtemps (2) : noir et ultra-violent – de nos jours on dit « seinen » –, Geno Cyber nous propose un futur glauque et sombre, d’où toute notion d’espoir semble disparue, où l’homme est redevenu un loup pour l’homme et où l’enfer quotidien des masses laborieuses n’émeut plus les élites dirigeantes depuis belle lurette.

Bref, c’est un futur qui a besoin d’un héros. Et c’est là que Geno Cyber présente sa caractéristique la plus brillante, en nous proposant un cocktail somme toute bien assez adroit où les clichés cyberpunks croisent ceux du sentaï – ce qui convient plutôt bien avec l’aspect postmoderne du thème cyberpunk (3). Car Geno Cyber est bien le (super) héros enfanté par ce monde de passions anthropophages pour mieux le détruire afin qu’un autre puisse le remplacer – concept pour le moins original à l’époque et qui préfigure sous certains aspects le très recommandable manga court Abara (2005-2006) de Tsutomu Nihei, mais dans un registre graphique bien plus commun.

Planche intérieure du manga Geno CyberGraphismes qui, soit dit en passant, reflètent malgré tout l’admiration que porte Tony Takezaki au style résolument réaliste de Katsuhiro Otomo : le souci du détail joue ici un rôle majeur dans la retranscription des visions de l’auteur sur cet avenir tenu en otage par les zaïbatsus, de même que les chara designs tout autant palpables traduisent leurs passions et leurs folies avec une exactitude admirable. Enfin, on ne peut clore cette partie sans évoquer les divers mecha designs de très bonne facture, à défaut de se montrer vraiment originaux, qui rappellent bien sûr les travaux du studio Artmic à bien des égards – un gage certain de qualité…

Voilà pourquoi cette conclusion qui n’en est pas vraiment une frustre profondément, parce que tout ce qui la précède nous fait désirer une fin véritable, un récit à proprement parler – mais celui-ci n’existe pas en réalité, sauf peut-être dans la tête du lecteur si celui-ci a vraiment de l’imagination : ce n’est pas si rare après tout.

Reste une production aux accents d’expérimentation, qui permet d’apprendre à regretter que Takezaki n’ait pas produit davantage de titres tant son inspiration en fait un auteur à part entière…

Planche intérieure du manga Geno Cyber

(1) je rappelle que le même auteur illustra aussi le manga AD Police: Dead End City (1989-1990), cette préquelle d’AD Police Files, l’OVA de trois épisodes qui tient lieu de spin off à Bubblegum Crisis.

(2) il semble que les artistes, scénaristes et réalisateurs japonais aient été à ce point traumatisés par le Ghost in the Shell (1995) de Mamoru Oshii qu’ils en ont oublié que le cyberpunk ne s’arrête pas à des questionnements sur l’identité – au reste une problématique d’ordre philosophique assez ancienne qui ne présente que très peu de lien avec le postmodernisme cyberpunk…

(3) je rappelle à toute fin utile que le postmodernisme se caractérise par la réduction de l’ensemble des valeurs culturelles et artistiques établies au cours de l’Histoire au rang de simples produits au sommaire d’une liste dans laquelle il suffit de se servir : il se caractérise donc par un mélange des genres.

Adaptation :

En une OVA de cinq épisodes, sous le titre de Genocyber, réalisée par Koichi Ohata en 1994 et dont le scénario s’inspire très librement du manga original de Takezaki mais sans pour autant proposer une narration alternative vraiment plus satisfaisante ; ce titre présente la particularité d’être la première OVA sortie aux États-Unis avant de l’être au Japon.

Geno Cyber, Tony Takezaki, 1993
Samouraï Éditions / L’Écho des Savanes, mai 1996
200 pages, env. 8 € (occasions seulement), ISBN : 2-226-08627-7

Guyver

Jaquette DVD de l'édition française intégrale de GuyverShô Fukamachi est un lycéen comme les autres jusqu’au jour où une simple promenade au bord d’un lac bouleverse sa vie quand il trouve un objet étrange avec lequel il fusionne par accident. Il découvre vite que c’est en fait une arme biomécanique qui lui donne des pouvoirs surhumains à travers une symbiose dont résulte une nouvelle forme de vie : le Guyver. Mais, bien sûr, les propriétaires de l’arme veulent récupérer leur bien, et ils ont eux aussi à leur disposition un arsenal redoutable… Commence alors pour Shô un combat qui l’entraînera bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer, vers le secret des origines de l’Humanité, le destin de cette dernière, et les Créateurs eux-mêmes…

Le Guyver est de retour, avec une revanche !

L’expression est faible car après deux OVAla première assez pathétique et la seconde plus fidèle mais malheureusement incomplète – ainsi que deux long-métrages pour le cinéma – le premier franchement mauvais et le second à peine mieux – il était temps pour le Guyver de recevoir enfin la réalisation qui lui était due. Et quelle réalisation !

Passons sur la qualité d’animation, à peine plus sophistiquée que la moyenne des productions du moment et qui reste globalement en dessous de celles des adaptations précédentes malgré le fossé temporel qui les sépare de celle-ci, ainsi que sur l’implémentation d’effets numériques au demeurant plutôt discrets et de bonne facture, car Guyver est avant tout une œuvre d’ambiance. D’abord à travers sa touche graphique et ses cadrages qui ne vont pas sans rappeler ses origines manga ; puis par sa narration étalée qui laisse bonne place aux relations psychologiques et aux développements des divers protagonistes mais aussi de l’intrigue et de son aura de mystère croissant, le tout servi par petites touches subtiles et progressives en évitant les sempiternels combats finaux – somme toute plutôt ennuyants après des décennies d’animes d’action – pour instaurer avec habileté le suspense et faire en sorte que le spectateur quémande toujours la suite : si ce stratagème sent bon le mercantilisme de l’audimat, il reste toujours appréciable lorsqu’il est bien fait, et dans ce cas précis il est simplement redoutable. En dépit de son respect pour l’œuvre de base, maintenant assez ancienne, cette adaptation se veut très actuelle dans sa facture et y réussit avec brio. Une œuvre d’ambiance, donc, en dépit des combats dantesques qui la rythment, d’une manière somme toute assez semblable à celle de l’adaptation en série TV de Spawn : une comparaison méritée car le Guyver est bien un mecha dont la parenté avec le super sentai ne se discute pas, de sorte qu’au final il se place dans la même veine qu’Iron Man mais la « japan touch » en plus…

Au point de pouvoir presque affirmer qu’il préfigure Urotsukidoji avec cette manière de déformer les corps dans des proportions infernales pour les transformer en horreurs sans nom. Pourtant, nous sommes bien dans un contexte de science-fiction mais typique du début des années 80, c’est-à-dire assez « cliché » selon les standards actuels : le thème de l’Humanité comme fruit de manipulations génétiques extra-terrestres, la corporation multinationale surpuissante dédiée à la conquête du monde, le jeune ado héritier d’un pouvoir qui le dépasse,… À l’époque où le manga original de Yoshiki Takaya est paru, c’était déjà vu, mais cette œuvre de base a au moins eu le mérite d’avoir été innovante, du moins dans le contexte si particulier de la culture populaire japonaise : en effet, jusqu’à Guyver les transformations du corps étaient plus le résultat de la magie – démoniaque la plupart du temps (on pense au Devilman de Go Nagai) – que de la science. Dans ce sens, Guyver est presque pionnier du transhumanisme, ce courant de la science-fiction héritier du cyberpunk qui explore l’impact des technologies de pointe (cybernétique mais aussi manipulations du génome) sur la nature de l’humain et l’avènement du chaînon suivant dans l’évolution de l’Humanité, le post-humain. Il n’est pas inutile de mentionner que l’Akira de Katsuhiro Otomo s’inscrit dans une veine comparable, du moins de notre point de vue occidental, et à peu près à la même époque d’ailleurs : de là à dire que les productions nippones sont souvent avant-gardistes, il n’y a qu’un pas – mais que j’éviterais toutefois de franchir car le sujet du transhumanisme reste complexe…

Hélas, la réflexion s’arrête là – dans cette adaptation en tous cas – et le seul épisode qui aborde directement cette problématique – le huitième, The Shaking Skyscraper – ne fait qu’effleurer le sujet, mais sans pour autant laisser le spectateur exempt d’interrogations, voire d’idées : c’est bien là à mon sens un des nombreux critères qui distinguent les productions banales de celles qui comptent.

Si vous voulez explorer une des meilleures incarnations d’un élément-clé de l’animation japonaise, Guyver est le candidat idéal.

Notes :

Ce titre est la troisième adaptation en anime du manga éponyme de Yoshiki Takaya actuellement non-traduit en France ; à signaler également l’adaptation en deux films live action américains The Guyver et Guyver II: Dark Hero avec des effets spéciaux et des maquillages de Screaming Mad George.

Guyver (Kyôshoku sôkô Guyver), Katsuhito Akiyama, 2005
(œuvre originale : Yoshiki Takaya, 1985)
Kaze, 2008
26 épisodes, env. 40 € l’intégrale (réédition)

Cette chronique fut à l’origine publiée sur le site Animeka


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