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Soulcalibur III (fin)

Screenshot du jeu vidéo Soulcalibur IIISommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III
6. Symbolique (le présent billet)

Symbolique

Les connaisseurs parmi vous auront remarqué que mon résumé de l’histoire de Soulcalibur n’est pas exempt d’approximations ni d’interprétations ou encore, ce qui passe déjà moins facilement, d’inventions, même si celles-ci restent minimes ; la raison derrière ce tout dernier point est que les sources disponibles se montrent souvent floues, pour ne pas dire contradictoires, surtout concernant le passage de Soulcalibur à Soulcalibur II. D’autre part, les biographies officielles des personnages dans les versions françaises des derniers titres de la série restent assez sommaires, même sans tenir compte des éventuelles erreurs de traduction. Je compte donc sur l’indulgence du lecteur éclairé pour son appréciation de ma propre version de cette histoire que j’ai néanmoins respectée dans ses grandes lignes car ce sont bien celles-ci qui seront examinées ici.

Nous sommes donc dans un récit qui a toutes les apparences de la fantasy – ou heroic fantasy pour les puristes, genre aussi appelé sword and sorcery et souvent traduit en français par « épopée fantastique » ou encore « médiéval fantastique » – c’est-à-dire un type de récit dont la forme archétypale se caractérise par des emprunts évidents aux mythes et légendes traditionnels, plus ou moins modernisés à travers toutes sortes d’approximations quant à la vie quotidienne durant les temps anciens et, surtout, la place de la magie et des divinités dans ces cultures d’antan.

Procédé qui n’a rien de bien nouveau puisque la plupart des mythologies anciennes ont été victimes d’une forme ou d’une autre de réécriture. 800 ans avant Jésus-Christ, déjà, Homère retranscrivait à sa manière la guerre de Troie et l’odyssée d’Ulysse, soit à peine quatre siècles après les événements mythiques que relatent ses poèmes. Dans une veine semblable, on peut également citer la transmission orale des récits au Moyen-Âge par l’intermédiaire des troubadours qui y apportaient chacun leur touche personnelle toute empreinte du catholicisme prépondérant d’alors ; de sorte que, dès le XIIe siècle, les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes figeaient dans le marbre de la littérature classique des altérations importantes de ces légendes traditionnelles : voilà comment les chevaliers de la Table Ronde, de simples mercenaires descendants de celtes sur le déclin et payés pour contenir les invasions saxonnes, devinrent les héros d’un christianisme avec lequel ils n’avaient pourtant rien à voir au début. Ainsi vont les propagandes des puissants pour affirmer leur pouvoir… (1)

Quant à la fantasy proprement dite, elle commence à émerger vers la fin du XIXe siècle, notamment à travers les romans d’Abraham Merritt et de Lord Dunsany, pour citer les plus connus, avant de trouver son chantre le plus productif en la personne de Robert E. Howard qui écrivit des dizaines de récits du genre – et dont les aventures de Conan le Barbare restent célèbres ; à ce stade, déjà, la production du genre s’éloigne beaucoup des mythes et légendes traditionnels pour n’en retenir que le décorum général, ce dernier se trouvant souvent replacé dans un univers complétement imaginaire. Mais le plus célèbre auteur de fantasy demeure J. R. R. Tolkien dont l’œuvre-phare, Le Seigneur des Anneaux, continue encore à enchanter les lecteurs plus d’un demi-siècle après sa première publication. En elle, c’est tout un pan de la fantasy qui trouve ses racines mais aussi, hélas, qui ne parvient pas à s’en détacher jusqu’à une date toute récente (2).

Car les dégâts demeurent encore de nos jours bien persistants : ainsi la fantasy d’après-guerre passe-t-elle le plus clair de son temps à se répéter, tant sur ses thèmes et ses synopsis que sur ses décors ou, pire, que sur ses idées – encore que je devrais plutôt dire son absence d’idées. Les truismes de la pensée catholique y ont apposé des empreintes indélébiles qui font de l’écrasante majorité des écrits du genre des apologies du manichéisme et de la simplicité tout juste bons à stimuler les montées d’hormones d’un public adolescent et le plus souvent mâle. Pour éviter de perdre mon temps à expliquer en détail ce qu’a parfaitement démontré un spécialiste des genres de l’imaginaire, je me permets de renvoyer ici le lecteur à un article de Gérard Klein publié dans le numéro 21 de la revue Nous Les Martiens en février 1992 ; le lecteur soucieux d’approfondir ne manquera pas la suite de cet article dans le numéro 22 de la même revue.

Soulcalibur est donc bien une histoire de fantasy : l’époque du récit, le XVIe siècle, et l’abondance de la magie ne laisse aucun doute sur ce point. Pourtant, c’est déjà une fantasy plus évoluée que l’ensemble des archétypes auxquels ce genre nous a habitué ; ou plutôt, c’est une fantasy si typiquement asiatique que le manichéisme et l’aspect binaire qui caractérisent les récits du genre s’effacent peu à peu au fur et à mesure qu’on approfondit le thème principal de cette histoire, et qui lui sert aussi de sujet : l’épée Soul Calibur.

Le lecteur habitué à la fantasy sait que les épées servent parfois de personnages dans les récits du genre. Dans sa forme ancestrale, déjà, l’exemple d’Excalibur vient immédiatement à l’esprit – du reste, il n’était pas inhabituel au Moyen-Âge de nommer l’instrument de la guerre, c’est-à-dire du pouvoir : ainsi le chevalier Roland portait-il une épée du nom de Durandal. Les mythes japonais ne dérogent pas à cette règle puisque le livre équivalent à la bible dans la religion shintoïste, le Kojiki, mentionne une épée nommée Kusanagi no Tsurugi trouvée par le dieu des tempêtes Susanôô dans le corps d’un dragon à huit têtes et huit queues qu’il venait d’occire et dont il fit don à sa sœur Amaterasu, déesse du soleil, pour retrouver ses bonnes grâces suite à des erreurs d’étiquette qui les avaient mis en froid ; plus tard, Amaterasu donna cette arme à son petit-fils, Ninigi, qui eut lui-même pour descendant Iwarebiko, premier empereur du Japon dont la dynastie fut fondée après d’innombrables batailles et conquêtes où le Kusanagi no Tsurugi joua, dit-on, un rôle majeur. C’est certainement dans cet élément mythologique que trouve ses racines cette coutume ancestrale du Japon consistant à donner un nom aux épées, impliquant ainsi que de tels objets étaient considérés comme doués d’une forme de conscience et peut-être même de sensibilité – s’ils n’étaient pas carrément des kamis, c’est-à-dire des dieux, pour simplifier (3).

Plus près de nous, on peut citer la Stormbringer qu’arbore Elric de Melniboné, du cycle éponyme écrit par Michaël Moorcock – et qui a selon toute vraisemblance inspiré le concept de base de Soulcalibur puisqu’il s’agissait déjà d’une « épée-démon » se nourrissant d’âmes. Là où Soulcalibur diffère du cycle d’Elric, c’est que Soul Edge n’est pas habitée par un démon suite à un sortilège – c’est-à-dire le fait d’un magicien, donc la volonté d’un homme – qui a emprisonné une créature mystique dans un objet somme toute banal au départ ; car Soul Edge est au départ une simple arme qui, après avoir vu bien des batailles et des horreurs, a fini par acquérir sa propre « âme » : ceci n’est jamais qu’une caractéristique de cet animisme propre au shintoïsme – religion exclusive au Japon traditionnel – où les premiers kamis, déjà, sont apparus du néant – du moins si on suit les récits relatés dans le Kojiki. De plus, de nombreuses croyances populaires japonaises, elles aussi typiques du shintoïsme, mentionnent des démons ancestraux – des yokaïs – telles que le Seto Taisho ou le Tsukumo-gami qui ne sont ni plus ni moins que de simples objets quotidiens et qui, selon les traitements qu’on leur inflige, peuvent soudain s’animer pour punir leur propriétaire d’un comportement déplacé à leur encontre – voilà pourquoi les objets possédés depuis trop longtemps devaient être, encore dans des temps pas si anciens que ça, détruits suivant des rituels bien précis (4). On trouve donc dans la mythologie japonaise traditionnelle cette idée prépondérante de l’objet animé d’une vie – c’est-à-dire d’une âme, au moins d’un point de vue métaphorique – dont les volontés dépendent de l’usage qu’on en a fait.

C’est ce qui place Soulcalibur en marge de la fantasy occidentale : non une simple coloration vaguement exotique, mais bel et bien des fondements en opposition avec le manichéisme inhérent aux croyances chrétiennes ; Soul Edge n’est pas mauvaise pour avoir été créée dans ce but, ni pour servir les desseins d’un homme « mauvais », mais parce-qu’elle a subi – bien malgré elle – le mal que peuvent produire les hommes : elle en est en quelque sorte devenue le reflet ; elle n’est pas la guerre, mais un visage de la guerre, cette dernière n’étant jamais qu’une invention des hommes. De plus, la biographie de l’âme qui habite Soul Edge – et qui s’appelle Inferno, détail que j’ai omis de préciser pour clarifier le résumé de l’histoire – stipule que celle-ci souffre de l’angoisse et des regrets d’avoir dévoré tant de victimes (ce sont du moins les informations indiquées sur le wiki de la série Soulcalibur) : ce détail souligne bien qu’elle n’a pas « choisi » sa nature maléfique mais au contraire, et en quelque sorte, la subit ; ce qui en retour implique que cette âme n’est pas entièrement mauvaise.

Il faut aussi rappeler, et souligner, que Soul Calibur, de son côté, n’est pas non plus parfaitement pure : en effet, de par sa « naissance », elle n’est qu’un fragment de Soul Edge pour commencer, c’est-à-dire une partie du Mal, qui a dû être longuement et régulièrement purifié pour devenir bénéfique ; ensuite, l’âme qui l’habite – celle du Roi Héros Algol – est avide de vengeance en raison du meurtre de son fils par Soul Edge, c’est-à-dire mue par un désir répréhensible. Au final, Soul Calibur n’est pas plus entièrement « bonne » que Soul Edge n’est complétement « mauvaise » : mieux, elles sont toutes deux parties d’un tout dont chacune d’elle contient une part de l’autre, à l’image de toutes les représentations de l’imbrication du Yin et du Yang, ce concept typiquement asiatique qui n’a pas d’équivalent dans la culture occidentale puisqu’il transcende l’idée même de manichéisme sur lequel se fondent les religions monothéistes.

Si un examen superficiel de n’importe quel jeu de la série Soulcalibur ne permet pas d’en discerner ces aspects fondamentaux, l’ensemble de l’histoire et de ses thèmes sous-jacents n’illustrent pas moins une inspiration et une créativité typiques du Japon d’après-guerre. C’est-à-dire qui utilise une apparence de production occidentale (5) que pour mieux vendre le produit final à une audience si empreinte de sa propre culture qu’elle en éprouve souvent des difficultés à accepter celles des autres : en dissimulant ses véritables fondations sous un vernis qui ne choquera pas le consommateur, Soulcalibur lui permet de s’y sensibiliser et ainsi de s’enrichir.

Plus qu’un simple jeu de combat, Soulcalibur est donc aussi l’ambassadeur d’une civilisation à la créativité bien plus subtile que veut le croire un spectateur occidental souvent mal informé, et c’est bien dans de telles lacunes culturelles que prennent racine des jugements forcément fragmentaires.

(1) Jean Markale, Nouveau Dictionnaire de mythologie celtique (Pygmalion, 1999, ISBN : 2-857-04582-4) p. 25-27 et p. 29-30.

(2) et peut-être même trop récente pour qu’on soit certain qu’il ne s’agit pas d’un simple effet de mode passager au lieu d’une réelle évolution du genre, et d’autant plus qu’en fait celle-ci ressemble beaucoup à une variation du roman historique.

(3) Antonia Levi, Samurai from Outer Space: Understanding Japanese Animation (Open Court Publishing Company, 1996, ISBN : 978-0-8126-9332-4) p. 44, note n°11.

(4) Hiroko Yoda et Matt Alt, Yokai Attack! The Japanese Monster Survival Guide (Kodansha International, 2008, ISBN : 978-4-7700-3070-2) p. 90-92 et 98-101.

(5) la plus grande partie du récit se déroule en Europe Centrale et met en scène des personnages pour la plupart issus de cette région du monde et ses alentours.

Récompenses :

Game Critics Awards 2005 : Meilleur Jeu de Combat
– Prix GameSpot à l’E3 2005 : Meilleur Jeu de Combat
IGN : Meilleur Jeu de Combat de 2005

Notes :

– le personnage Dante, de la série de jeux vidéo Devil May Cry, devait au départ être inclus comme personnage jouable dans Soulcalibur III en raison d’un moteur de jeu que Capcom emprunta à Namco pour leur titre Devil May Cry 3 : L’Éveil de Dante, mais il fut finalement écarté.
Soulcalibur III est le premier et à ce jour unique titre de la Soul série à être présenté en son THX.
– ce jeu fut une déception pour les joueurs de compétition en raison de ses personnages déséquilibrés et de ses nombreux bugs ; il ne fut joué que trois mois en tournoi.
– ce titre reste le plus mauvais score de vente de la série à ce jour.

Soulcalibur III
Namco, 2005 (version PAL)
Playstation 2, env. 15 € (occasions seulement)

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Soulcalibur III (suite)

Jaquette de l'édition PAL de Soulcalibur 3Sommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III (le présent billet)
6. Symbolique

Soulcalibur III

Depuis l’armure bleue azur que Siegfried avait laissé derrière lui, l’âme de Soul Edge le regardait s’éloigner, muette non de rage – bien qu’elle en ait à revendre après une telle défaite – mais d’impuissance : car elle était tout à fait incapable de remuer le tas de plaques métalliques où elle avait trouvé refuge après que Siegfried ait transpercé son corps originel…

Alors Soul Edge attendit, ruminant sa vengeance. Pendant longtemps.

Jusqu’à ce qu’un homme noir bâti comme un colosse et armé d’une grande faux se présente à lui. Soul Edge avait l’impression de le connaître, d’un sentiment diffus comme seul les êtres de magie peuvent en éprouver entre eux : cet homme était bien plus ancien qu’il en avait l’air, et Soul Edge l’avait déjà rencontré, bien des siècles auparavant ; il avait même été un de ses innombrables porteurs…

Sans un mot, par l’intermédiaire de son esprit seul, le géant se présenta à Soul Edge : il lui dit s’appeler Zasalamel, et qu’il était là pour lui rendre sa liberté.

Bien longtemps avant que les hommes commencent à écrire l’Histoire autrement qu’à travers des mythes et des légendes, Zasalamel vivait déjà. Au sein de la tribu à laquelle le Roi Héros Algol avait fait confier Soul Calibur, il coulait des jours paisibles. Paisibles, mais insatisfaits. Car Zasalamel ne supportait pas la loi de son peuple qui interdisait d’utiliser Soul Calibur, même si une crise majeure venait à se présenter. Alors qu’il tentait de voler l’épée, il fut découvert et banni de la tribu.

Il erra de par le monde, pendant longtemps, apprenant d’anciens sortilèges interdits jusqu’à ce qu’il maîtrise les arcanes de la réincarnation et qu’il gagne la vie éternelle : bien que son corps continua à vieillir, puis mourir, son âme renaquit immédiatement dans une autre enveloppe charnelle qui grandit en prenant l’apparence de son corps original et dans lequel il conserva les exacts souvenirs de son existence passée ; ceci arriva de nombreuses fois au cours des âges : vivant, mourant, puis renaissant pour vivre à nouveau… Jusqu’à ce que cette immortalité finisse par lui peser, que ces vies successives lui paraissent de plus en plus mornes et que l’appel de la mort devienne toujours plus attirant. Mais le sort de réincarnation s’avéra trop puissant pour être aboli : même en se suicidant, il ne faisait qu’accélérer sa renaissance suivante…

Alors, pour se débarrasser de cette immortalité devenue malédiction, il se mit à rechercher Soul Edge, dans l’espoir que cette dévoreuse d’âme le libère enfin de sa damnation. Mais là encore, sa magie s’avéra bien trop forte et il renaquit une nouvelle fois. Il ne lui restait donc plus qu’un seul espoir : Soul Calibur elle-même. Mais quand il rejoignit l’endroit où vivait sa tribu dans sa toute première vie, il ne trouva aucune trace de vie ni de l’épée sainte. Zasalamel se remit à la recherche de Soul Edge : car là où il y avait une épée, l’autre ne tardait pas à faire son apparition…

Il espérait bien obtenir les deux à la fois, mais il découvrit vite que l’épée maudite, après avoir perdu son dernier porteur, avait vu son pouvoir scellé ; et que Soul Calibur, infectée par le mal suite à son étreinte maudite avec Soul Edge, avait elle aussi perdu sa magie. Pour rendre à celle-ci sa puissance, il devait d’abord nourrir Soul Edge : son pouvoir grandissant restaurerait celui de Soul Calibur dans les mêmes proportions. Pour ce faire, il lui fallait diriger vers Siegfried les survivants des massacres de Nightmare : leurs âmes alimenteraient ainsi la puissance de l’épée maudite ; il n’aurait qu’à se débarrasser lui-même des gêneurs qui refuseraient de se soumettre à son plan. Quant à Soul Edge elle-même, ou du moins son âme prisonnière des restes de l’armure de l’ancien Nightmare

Dans les ténèbres froides de la chapelle en ruines, Zasalamel invoqua des puissances mystiques qu’aucun homme ne saurait nommer. Avec leurs pouvoirs indicibles, il lia pour toujours l’esprit de l’épée maudite à l’armure vide qu’il remplit des âmes perdues qui hantaient encore le château d’Ostrheinsburg pour lui fabriquer un nouveau corps. Et bientôt, un nouveau Nightmare se releva d’entre les morts, qui se lança à la poursuite de Siegfried afin de reprendre ce qui lui appartenait depuis toujours : Soul Edge

Fin de l’article (Symbolique)

Sommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III (le présent billet)
6. Symbolique

Soulcalibur III (suite)

Jaquette de l'édition PAL de Soulcalibur 2Sommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II (le présent billet)
5. Soulcalibur III
6. Symbolique

Soulcalibur II

Quand Siegfried revint à lui au milieu des décombres, son esprit était à nouveau lucide : il se rappela toutes les horreurs qu’il avait commises, mais aussi la terreur et la haine qu’il avait semé derrière lui en massacrant tant d’innocents ; mais le pire advint quand il réalisa, enfin, qu’il était seul coupable du meurtre de son père bien aimé…

Il erra longtemps, méditant ses crimes jusqu’à ce qu’il parvienne à les accepter, et décida de retourner chez sa mère qui n’avait plus de nouvelles de lui depuis cette nuit fatidique trois ans plus tôt. Mais alors qu’il allait frapper à sa porte, il l’entendit murmurer des prières à travers le bois et il comprit que s’il voulait vraiment apprendre à vivre avec ses péchés, il devrait se tenir le plus loin possible des autres hommes pour honorer sa résolution de ne plus jamais tuer à nouveau. Quant à sa mère, il ne pourrait la revoir que lorsqu’il aurait enfin trouvé la rédemption.

Pourtant, celle-ci lui apparaissait toujours plus lointaine, car dans cet exil volontaire ses rêves demeuraient pleins de combats et de meurtres. Et de plus en plus souvent, au réveil d’une nuit, il se trouvait entouré de corps tachés du même sang que celui qui recouvrait la lame de son épée.

Il comprit vite que ces rêves n’en étaient pas, et qu’en fait Soul Edge reprenait peu à peu le contrôle de son esprit quand sa volonté était affaiblie par le sommeil. Il essaya d’abord de repousser la fatigue par tous les moyens possibles, mais il finissait toujours par succomber et les victimes de sa malédiction ne purent bientôt plus se compter. Alors, abattu par le désespoir, Siegfired n’eut plus d’autre choix que de s’enfuir toujours plus loin de la civilisation pour que plus personne ne soit corrompu par les maléfices de l’épée maudite…

Quatre ans passèrent ainsi, et bientôt des rumeurs circulèrent à nouveau d’un chevalier en armure bleue azur, à l’allure monstrueuse, qui massacrait sans pitié tous ceux qui croisaient son chemin à l’aide d’une énorme épée aux vibrations démoniaques…

Comment Soul Edge était-elle revenue du vortex infernal où l’avaient laissée Xianghua et Kilik après leur combat contre Nightmare au château d’Ostrheinsburg ? Nul ne saurait le dire. Pourtant, c’était bien elle que tenait à nouveau Siegfried redevenu Nightmare… Et qu’était devenue Soul Calibur ? Personne n’aurait pu répondre à cette question non plus, et rien ne semblait pouvoir barrer la route à Soul Edge cette fois…

Nightmare ressuscité commit bien de nouvelles horreurs et prit bien des âmes innocentes alors qu’il parcourait les terres à la recherche de fragments de la jumelle de son épée pour la restaurer entièrement, alors que la volonté de Siegfried s’étiolait toujours davantage dans les ténèbres embrasées où Soul Edge trouvait sa source. Chacune des âmes de ses victimes, mais aussi chacun des éclats de l’ancienne lame qu’avait jadis brandi Cervantes avant que celle-ci soit détruite par Sophitia, tous participèrent à résorber une par une les craquelures qui zébraient encore Soul Edge. Et bientôt l’épée maudite exsudait à nouveau cette aura infernale qui attirerait à elle d’autres guerriers à l’âme puissante dont elle pourrait se nourrir pour accroître d’autant plus sa propre force. Il ne lui restait plus qu’à retourner au château d’Ostrheinsburg, là où la terre était si imbibée du sang de ses victimes qu’elle demeurait le lieu idéal pour le rituel de restauration de son véritable pouvoir.

Mais un homme l’attendait dans la chapelle en ruine, un homme du nom de Raphael Sorel.

Ce jeune fils d’une noble famille française avait grandi avec la rapière et la médecine comme seules compagnes de jeu. Son attitude froide et nonchalante lui avaient valu bien des ennuis, mais son esprit de décision rapide et précis ainsi que ses talents de bretteurs l’en avaient toujours tiré. Hélas, Raphael commit une faute impardonnable, même aux yeux de sa puissante et glorieuse lignée, le jour où la « Semence Maligne » se répandit sur le monde et rendit fou un noble à l’âme impure qui tenta de le tuer : Raphael défendit sa vie au prix de celle de son assaillant – mais celui-ci était un ami très proche de sa famille, qui chassa Raphael de son domaine et aida même les autorités à le poursuivre.

Il dut fuir, jusqu’à une petite ville pauvre où il rencontra celle qui allait devenir sa nouvelle raison de vivre : une jeune orpheline du nom d’Amy. Sans qu’il lui ait demandé quoi que ce soit, elle lui ouvrit la porte de sa maison délabrée pour qu’il s’y cache, et alla même jusqu’à mentir aux policiers qui le recherchaient… Alors qu’il n’avait jamais connu le besoin et qu’il ignorait tout de la notion de reconnaissance ou même seulement de faiblesse, il se retrouvait pour la première fois de sa vie redevable envers quelqu’un. Ainsi Amy devint-elle pour lui une présence irremplaçable.

La France d’alors était encore en proie au chaos des guerres de religion qui avaient déjà marqué tout le XVIe siècle, et beaucoup de seigneurs et de nobles refusaient toujours de reconnaître l’autorité d’Henri IV en raison de sa foi protestante. Raphael quitta donc le pays avec Amy, mais leur nouvel environnement n’aida pas pour autant cette dernière à ouvrir son cœur : entre la perte tragique de ses parents alors qu’elle était encore toute jeune et sa vie dans la misère, la pauvre enfant avait vu bien trop d’atrocités. C’est alors que Raphael trouva une lettre où il était question de la « Semence Maligne » et il ne tarda pas à faire le lien avec le noble qui l’avait attaqué, ni à comprendre le rôle de Soul Edge dans cette affaire. Et si par malheur cette noblesse française déchirée et pathétique venait à s’emparer de l’épée, c’est toute la France qui s’effondrerait… Il décida donc de retrouver Soul Edge lui-même pour fonder un ordre nouveau où sa très chère fille adoptive Amy pourrait enfin s’épanouir.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la trace du porteur de Soul Edge : celui-ci laissait des traces bien nettes derrière lui, et ils s’affrontèrent bientôt dans la chapelle du château d’Ostrheinsburg.

Mais, gorgée de nombreuses âmes puissantes, Soul Edge s’avéra bien trop forte pour lui, et Raphael s’effondra vite sous les coups magiques de l’épée maudite. Nightmare allait porter le coup de grâce quand la volonté de Siegfried s’éveilla au tréfonds de Soul Edge : légèrement affaiblie par le combat, l’âme maudite qui animait le chevalier azur  avait relâché son emprise un instant et son prisonnier en profita pour tenter de reprendre le contrôle de son corps ; Soul Edge rit de lui et de son père assassiné mais Siegfried lutta davantage, et ce combat à l’intérieur de son esprit immobilisa le corps de Nightmare quelques secondes. Alors, devant l’hésitation inespérée de son adversaire, un Raphael à l’agonie parvint à se relever et rassembla ses dernières forces pour frapper l’épée maudite en son centre.

Nightmare hurla comme seuls les démons hurlent alors que l’esprit meurtri de Soul Edge s’agrippait à l’âme de Siegfried pour la maintenir sous sa prise. Mais Siegfried lui opposa sa volonté soigneusement aiguisée par sa haine accumulée des années durant contre l’épée maudite qui l’avait emprisonné deux fois déjà : la tempête intérieure qui déchirait Nightmare finit par s’apaiser, et Siegfried retrouva enfin le contrôle de son corps. Et en réponse au déclin rapide de la malédiction, une lueur perçante comme celle de l’aube se mit à jaillir de l’épée maudite tombée au sol…

L’esprit encore embué par sa lutte contre Soul Edge, Siegfried contempla la lumière, et ce qu’il vit…

Une épée à la pureté de cristal s’extirpait d’entre les runes damnées qui recouvraient la lame maudite, une épée telle que Siegfried n’en avait jamais vu : une épée de lumière aveuglante, qui semblait l’inviter à se saisir d’elle pour se libérer enfin et pour toujours. Alors, guidé par la bénédiction de cette lumière, Siegfried empoignit Soul Calibur – puisque c’était elle qu’il avait délivré de l’épée maudite en s’en déliant lui-même – et en frappa de toutes ses forces le cœur de Soul Edge. Celle-ci frémit alors que l’épée sainte la transperçait, et se fendit plusieurs fois sur toute sa longueur, jusqu’à ce que ses vibrations malignes cessent enfin.

Mais les éclats cristallins de Soul Calibur semblaient éteints eux aussi, comme si son pouvoir tout entier avait été tari en transperçant Soul Edge.

Siegfried comprit que ce n’était pas assez. Que la malédiction n’était pas terminée. Pas encore. Il abandonna son armure bleu azur avant de quitter ce lieu maudit en emportant avec lui les deux épées liée dans leur étreinte damnée. Alors qu’il s’enfonçait dans la nuit, il fit le serment de sceller Soul Edge à jamais et d’expier enfin ses péchés une bonne fois pour toutes.

Le destin, hélas, n’en avait pas tout à fait fini avec lui…

Suite de l’article (Soulcalibur III)

Sommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II (le présent billet)
5. Soulcalibur III
6. Symbolique

Soulcalibur III (suite)

Jaquette de l'édition PAL de SoulcaliburSommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur (le présent billet)
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III
6. Symbolique

Soulcalibur

Des années durant, tous les massacres auxquels Siegfried se livra ne grandirent le pouvoir de Soul Edge que pour assurer à celle-ci toujours plus d’emprise sur le jeune homme : son corps se mit à se transformer, à muter peu à peu en une monstruosité mi-humaine mi-démoniaque qui hanta les campagnes sous l’apparence d’un « Chevalier Azur » du nom de Nightmare, et bientôt la volonté de Siegfried ne fut plus qu’une ombre gisant au tréfonds de Soul Edge. La boulimie de l’épée maudite ne connaissait plus de limites : affaiblie à la fois par la perte de sa moitié – détruite par Sophitia – mais aussi par la décharge de la « Semence Maligne », Soul Edge devait retrouver les fragments de sa jumelle anéantie pour restaurer sa force mais aussi prendre le plus d’âmes possibles pour rassasier sa faim.

Elle trouva des alliés – sous la forme du golem Astaroth, de l’homme-lézard qui fut autrefois Aeon Calcos et de l’alchimiste Ivy – qui lui servirent de minions et lui livrèrent de nombreuses proies. Ils s’installèrent de longs mois dans le château d’Ostrheinsburg pour y organiser le rituel de rajeunissement qui rendrait Soul Edge invincible. Mais alors que la cérémonie allait commencer, trois guerriers surgirent, qui pourfendirent le clan démoniaque de Nightmare : le marin Maxi, qui venait réclamer vengeance à Astaroth pour le massacre de ses hommes, le moine-soldat Kilik, seul survivant de la folie meurtrière déclenché par la « Semence Maligne »au temple Ling-Shen Su, et Xianghua, membre de la Garde Impériale de Chine.

Xianghua appartenait à la famille Chai, fière de compter dans sa lignée des hommes et de femmes qui s’étaient tous illustrés depuis maintes générations parmi les plus grands guerriers de l’Empire du Milieu. Pour honorer une si glorieuse ascendance, Xiangfei, la mère de Xianghua, fut envoyée au temple Ling-Shen Su afin d’y apprendre l’art de l’escrime où elle excella et surpassa vite beaucoup des moines ; mais la mort prématurée de son père bouleversa tant la jeune femme qu’elle en oublia son serment de chasteté et noua une idylle avec un des hommes du monastère, Kong Xiuqiang, dont elle se retrouva vite enceinte d’une première fille, Xianglian. Les moines du temple se montrèrent inflexibles et lui prirent l’enfant le jour même de son second anniversaire, ce que Xiangfei ne put supporter : elle quitta le temple, mais non sans emporter avec elle une des reliques que les moines gardaient jalousement, l’épée Krita-Yuga que son amant avait dérobé pour la lui offrir en promettant qu’ils se retrouveraient un jour ; ce qu’il ignorait toutefois, c’est que Xiangfei emportait autre chose de lui, car elle attendait un autre enfant.

Elle rentra dans le fief de la famille Chai, et intégra peu après la Garde Impériale. Le jour venu, elle accoucha de sa seconde fille, Xianghua, qu’elle éleva dans l’ignorance complète de son père. Alors que l’enfant grandissait, Xiangfei lui enseignait l’art de l’escrime jusqu’à ce que Xianghua devienne elle aussi une guerrière accomplie. Elle avait à peine dix ans quand la fatalité lui ravit sa mère : sur son lit de mort, Xiangfei lui dit qu’elle était née pour accomplir une tâche importante, et qu’elle devrait se tailler son propre chemin à travers un futur incertain… Six ans plus tard, Xianghua devint à son tour un membre respecté de la Garde Impériale, mais jamais elle n’aurait pu deviner que son excellence lui vaudrait de se voir un jour confiée la recherche de « l’Épée des Héros » ; en effet, l’empereur de la dynastie Ming était fort déçu par les guerriers qu’il avait chargé de la quête de Soul Edge : même ceux d’entre eux qui étaient ses plus proches amis semblaient avoir disparu sans laisser aucune traces. Ainsi, l’empereur donna cette mission à des membres de la Garde Impériale qu’il fit déguiser en une troupe d’opéra itinérante pour ne pas attirer l’attention sur eux ni sur leurs motifs véritables. Mais alors qu’elle se préparait pour le départ en rangeant l’épée Krita-Yuga dans son sac, Xianghua se rappela les derniers mots de sa mère et décida de partir seule de son côté.

Sur son chemin, elle rencontra Kilik et Maxi, et parce que les paroles de sa mère résonnaient encore à ses oreilles elle décida de se joindre à eux pour détruire « l’Épée Maudite ». Ensemble, ils affrontèrent bien des abominations engendrées par la « Semence Maligne » et bien des guerriers égarés par leur obsession pour Soul Edge, jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin au château d’Ostrheinsburg.

Les trois héros affrontèrent les hordes infernales qui servaient Nightmare et s’introduisirent dans la place forte. Alors que Maxi couvrait leurs arrières en se chargeant de contenir les assauts du golem Astaroth, Kilik et Xianghua s’attaquèrent à Nightmare : puisant dans les forces magiques de son bâton de combat, le Kali-Yuga, une autre relique sacrée jadis gardée par les moines du temple Ling-Shen Su, Kilik frappait de toutes ses forces contre Nightmare, tâchant de concentrer toute sa colère et sa haine dans chacun des coups qu’il portait au Chevalier Azur. Les fondements même du vieux château tremblaient alors que les deux armes fabuleuses s’entrechoquaient, et des pans entiers des murs et du plafond s’effondraient autour d’eux sous les flux mystiques déchaînés par le combat, jusqu’à ce que, enfin, Nightmare s’effondre.

Mais Soul Edge ne pouvait pas accepter la défaite, pas si proche du but. Déchirant la texture même de la réalité avec des vortex d’énergies malignes, elle amena les deux guerriers à elle, dans une dimension infernale où elle révéla sa véritable nature : un démon de flammes sanglantes au tréfonds duquel hurlaient d’innombrables âmes perdues. Mais son affrontement avec Nightmare avait épuisé Kilik, et Xianghua dut faire face seule à Soul Edge : elle brandit l’épée Krita-Yuga que lui avait légué sa mère, et alors…

Alors, « l’Épée Sainte » s’éveilla à l’intérieur de Krita-Yuga. « L’Épée Sainte ». « L’Épée Sacrée ». « L’Épée Spirituelle ».

Soul Calibur.

Les éclairs d’une magie depuis longtemps oubliée jaillirent entre les volutes diaphanes des arcanes sacrées qui exsudaient de l’épée alors que le Krita-Yuga abandonnait ses reflets de métal froid pour laisser apparaître la rutilance d’un cristal couleur de ciel. Un cristal ciselé de runes plus anciennes que les premières écritures ; un cristal chatoyant dont la pureté rivalisait avec la lumière du soleil même ; un cristal taillé dans la soif de justice d’un père meurtri, qui réclamait vengeance au nom de son fils damné.

Soul Edge hurla de haine et de terreur devant cette partie d’elle-même qu’on lui avait jadis ravi, cette autre moitié qui se rebellait à présent contre elle, dans laquelle elle reconnaissait le seul homme qui avait osé la défier, le seul guerrier dans tout l’univers capable de la vaincre. Et poussant toujours ses hurlements inhumains, elle se jeta à l’attaque.

Le choc ébranla jusqu’au tréfonds de l’abîme monstrueux : des forces mystiques dont nul n’oserait rêver se déchaînèrent, qui voilèrent même les feux de l’Enfer et allèrent jusqu’à étouffer les cris maudits de Soul Edge. Sans la force magique inégalée de Soul Calibur, Xianghua n’aurait pu y survivre. Personne ne pourrait dire combien de temps dura ce combat dans cette réalité au-delà de la réalité : 1000 ans, ou peut-être un seul instant…

Toujours est-il que Xianghua parvint à porter un coup fatal à Soul Edge : le cristal pur de Soul Calibur pourfendit l’abomination et la dimension infernale se mit à se disloquer autour d’eux. Xianghua apercevait toujours la porte enchantée à travers laquelle Soul Edge les avait amenés dans cette réalité monstrueuse, Kilik et elle, mais son compagnon gisait inanimé sur le sol… Elle dut abandonner l’héritage sacrée de sa mère pour le porter au-dehors : ils venaient de franchir la sortie quand le vortex acheva de s’effondrer derrière eux.

Dans son effort pour tirer son compagnon épuisé hors des ruines du château maudit, Xianghua ne prêta pas attention au corps de Nightmare gisant sur les dalles jonchées de débris, et ils quittèrent les lieux sans un seul regard pour celui qui avait jadis été Siegfried Schtauffen.

Suite de l’article (Soulcalibur II)

Sommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade
3. Soulcalbur (le présent billet)
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III

Soulcalibur III (suite)

Jaquette de l'édition PAL de SoulbladeSommaire :
1. Prologue
2. Soul Edge / Soul Blade (le présent billet)
3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III
6. Symbolique

Soul Blade

An de grâce 1584 : la découverte des Amériques par Christophe Colomb n’a pas tout à fait un siècle, William Shakespeare vient de commencer sa carrière, les théories coperniciennes n’ont pas encore influencé Galilée, Henri IV va bientôt accéder au trône, René Descartes reste à naître, peu de gens savent que la Terre est ronde,… Dans cet Humanisme naissant, une jeune grecque, Sophitia Alexandra, citoyenne de l’Empire Ottoman et fille de boulanger, se baignait dans une rivière quand une lumière vive apparut qui prit la forme d’un homme : Héphaïstos, car c’était le dieu des forges en personne, lui parla de l’épée maudite, Soul Edge, dont l’existence non seulement couvrait son nom de honte puisqu’il n’en était pas le créateur mais aussi menaçait la paix du monde entier. Il lui ordonna de se rendre au Tombeau d’Eurydice pour y recevoir une arme sainte, l’« Épée Oméga », avec laquelle elle pourrait détruire Soul Edge. D’abord hésitante, Sophitia finit par accepter et se mit en route, Oméga battant contre sa cuisse, dans son fourreau. Elle ignorait que beaucoup d’autres guerriers, depuis les quatre coins du monde, suivaient une quête semblable, chacun pour leurs propres motifs…

Après bien des rencontres et des épreuves, Sophitia retrouva Soul Edge : dans une ville portuaire espagnole non loin de Valence, les vibrations de l’épée maudite résonnèrent avec celles d’Oméga et guidèrent Sophitia à travers les traces de tueries innommables jusqu’à la cachette où Cervantes de Leon se terrait depuis vingt ans. De là, le pirate rendu fou par le pouvoir de Soul Edge avait semé le carnage sur toute la côte en massacrant sans pitié tous ceux qui osaient tenter de lui ravir l’arme démoniaque, nourrissant celle-ci des âmes de ses victimes pour en accroître la puissance. Sophitia s’apprêta à combattre Cervantes mais quelque chose ne correspondait pas à ce que lui avait dit Héphaïstos : le pirate possédé maniait en fait deux épées, visiblement toutes deux maudites ; laquelle des deux était Soul Edge ?

Mais Cervantes l’attaqua avant qu’elle ait pu trancher la question. Le choc des deux armes fabuleuses fit trembler le sol, ainsi que les murs de toutes les bâtisses avoisinantes, et agita même l’océan non loin ; des forces magiques terrifiantes se déchainaient alors que les épées s’entrechoquaient et que la réalité même semblait s’effondrer sous les coups titanesques que les armes prodigieuses s’assénaient… Enfin, Sophitia parvint à arracher une des épées de la poigne de Cervantes qu’elle put repousser à quelques distances le temps pour elle de détruire l’arme tombée au sol : Oméga fendit l’air comme en rugissant avant de frapper la lame maudite à terre, mais quand celle-ci vola en éclat, des fragments de l’épée maudite lacérèrent les chairs de Sophitia et s’enfoncèrent au plus profond d’elle. Blessée à mort, épuisée du combat titanesque contre le pirate fou furieux, elle s’effondra, à la merci de Cervantes qui brandissait toujours l’autre Soul Edge

Ce fut l’intervention d’une ninja nommée Taki qui sauva Sophitia. Taki recherchait Soul Edge car elle la pensait responsable des crises de folie de son père adoptif, seigneur du clan de guerriers de l’ombre auquel elle appartenait ; de plus, la magie de sa propre épée, Rekkimaru, qu’elle avait forgé à l’aide de puissants arcanes afin de lutter contre les démons qui hantaient les campagnes du Japon, la force de sa lame semblait depuis quelques temps affaiblie par une source maléfique qu’elle avait fini par trouver dans cette ville fantôme. Et elle arrivait juste à temps pour prêter main forte à cette guerrière.

Malgré l’épuisement du pirate après ce long et féroce combat contre Sophitia, et bien que la puissance de Soul Edge se trouvait à présent divisée en deux, Taki eut bien du mal à vaincre Cervantes : sa propre arme presque vide de tout pouvoir, ses sorts de guérison rendus inutiles par l’épée maudite, elle crut bien sa dernière heure arrivée. Mais Cervantes finit par s’effondrer, l’autre Soul Edge tombant non loin de lui. Puisant dans ses dernières forces, Taki réussit à porter Sophitia loin du port, où elle pourrait la soigner.

Mais alors qu’elles s’éloignaient, une immense colonne de lumière aveuglante jaillit vers le ciel depuis l’endroit où gisaient le corps de Cervantes et la deuxième épée maudite : Soul Edge venait de se trouver un autre porteur, qu’elle jugeait bien plus digne d’elle que tous ceux qui l’avaient précédé, et elle annonçait leur pacte au monde entier à travers cette « Semence Maligne » qui devait apporter bien des malheurs…

Ce nouveau porteur s’appelait Siegfried Schtauffen et il était déjà, de loin, l’acteur le plus important de tous les funestes événements qu’annonçaient la « Semence Maligne », le point central de toutes les tragédies que compte la légende de Soul Calibur.

Siegfried naquit d’une roturière, Margaret, et d’un chevalier allemand, Frederick ; celui-ci combattit du côté des paysans oppressés par le Saint Empire romain germanique d’Otton le Grand, campagne pendant laquelle il rencontra et aima celle qui deviendrait la mère de son fils. De retour chez lui après neuf mois de combat, il arriva à temps pour baptiser son fils du prénom de Siegfried en hommage au célèbre héros nordique. De l’âge de 10 à 15 ans, Siegfried suivit tous les enseignements que lui prodigua son père pour devenir, comme lui, un bon chevalier. Mais une autre guerre rappela Frederick à ses devoirs et il dut quitter sa famille le temps d’une croisade.

Loin de l’autorité de son père, Siegfried fit de mauvaises fréquentations, allant même jusqu’à prendre la tête d’une bande de jeunes voyous, des voleurs connus sous le nom de « Schwarzwind », le « Vent Noir ». Dans un accès de fierté nationale bien mal placé, ils décidèrent d’attaquer les chevaliers qui avaient fui les croisades, espérant ainsi s’approprier les richesses amassées au cours de la campagne tout en donnant une bonne leçon à des couards indignes de porter les couleurs de leur nation. Le groupe de soldats qu’ils attaquèrent cette nuit-là était bien trop épuisé par la guerre pour répondre, et Siegfried eut le privilège d’occire leur commandant même : d’un seul coup d’épée, il le décapita et ramassa la tête ensanglantée par les cheveux pour la brandir devant tous ses larrons ; alors, un rayon de lune tomba sur le visage de sa victime et Siegfried vit qu’il venait de tuer son propre père Frederick.

Saisi de folie, Siegfried disparut en hurlant dans la forêt : en proie au délire durant des jours, il rumina ses crimes jusqu’à ce que sa raison bascule définitivement et qu’il parvienne à se convaincre que l’assassin de son père était un autre que lui. Quelqu’un d’assez redoutable pour avoir pu tuer le grand Frederick. Quelqu’un que seule une arme très puissante pourrait vaincre à son tour… Alors, peut-être parce que le destin réservait une place unique à Soul Edge dans son grand livre, Siegfried entendit parler de l’épée maudite, et il se persuada qu’elle seule lui donnerait le pouvoir de venger son père.

La quête de Siegfried le mena dans bien des endroits fétides où son art du combat lui servit souvent, faisant toujours plus basculer sa raison à chaque fois, jusqu’à ce qu’il se trouve aux alentours de Valence. Son esprit dément était-il entré en résonance avec les vibrations de Soul Edge ou bien était-ce un autre caprice du destin ? Toujours est-il qu’il trouva le corps fraîchement occis de Cervantes de Leon, auprès duquel reposait une épée à même le sol ; une épée comme Siegfried n’en avait jamais vu, dont il était sûr qu’il s’agissait de Soul Edge.

Mais alors qu’il allait s’en emparer, des feux démoniaques s’emparèrent du corps de Cervantes qui se leva d’entre les morts pour l’attaquer avec l’épée maudite. Siegfried saisit sa fidèle zweihänder et vainquit le monstre, gagnant ainsi le droit de brandir Soul Edge. Alors , la « Semence Maligne », que l’épée maudite avait soigneusement préparé durant ces vingt années passées à contrôler Cervantes pour qu’il accroisse son pouvoir en la nourrissant d’âmes, cette colonne de lumière démoniaque jaillit et se répandit sur le monde en semant une folie de carnage et de mort dans nombre d’esprits : un noble français attaqua Raphael Sorel, noble lui aussi, qui dut le tuer pour protéger sa vie ; Aeon Calcos, soldat spartiate, massacra tous les habitants du village qui lui avait porté secours alors qu’il était, comme Sophitia, en quête de Soul Edge à la demande d’Héphaïstos ; les moines du temple chinois Ling-Shen Su s’entretuèrent ; le groupe d’assassins « Oiseau de Passage » perdit son chef en libérant dans la nature nombre de tueurs prêts à laisser libre cours à leur instinct de mort ; des hommes à l’âme mauvaise se transformèrent en monstres et chimères mi-humaines mi-reptiles…

Quant à Siegfried, il entendit la voix de Soul Edge lui proposer un marché : qu’il l’aide à se nourrir en lui offrant des âmes, et elle ressusciterait son père quand elle aurait assez de pouvoir. Siegfried accepta, et fut perdu.

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3. Soulcalbur
4. Soulcalibur II
5. Soulcalibur III
6. Symbolique

Soulcalibur III

Pendant longtemps, l’épée n’eut pas de nom.

Personne ne savait non plus comment s’appelait l’artisan qui l’avait forgée, et pour cause : l’épée n’était qu’une arme comme les autres.

Elle connut un destin unique pourtant…

Brandie par de nombreux guerriers émérites, elle vit bien des combats et des champs de bataille, au cours desquels elle baigna dans bien trop de haine et de sang pour demeurer une simple épée.

Peut-être parce que le spectre de la guerre finit par la posséder, elle  gagna sa propre âme. Une âme de chaos et de mort, démoniaque et avide d’autres âmes. Des âmes qu’elle collectait au cours d’autres guerres tout aussi innombrables, jusqu’à ce que son âme à elle devienne si forte qu’aucun de ceux qui empoignaient sa garde ne pouvaient plus échapper à sa domination ; leur raison abolie par la malédiction de l’épée, ces esclaves se jetaient dans tous les combats qui s’offraient à eux, en accroissant ainsi le pouvoir de l’arme à chaque fois qu’elle dévorait l’essence vitale d’une de leurs victimes. Son aura devenait si forte, si chatoyante, si hypnotique, que même la mort de son porteur ne lui importait plus : un autre finissait toujours par se présenter à elle pour se faire posséder à son tour et l’amener vers d’autres batailles où elle trouvait toujours plus de victimes à consumer…

Ainsi, et bien malgré elle, l’épée se forgea un nom : si son porteur restait toujours anonyme, elle, par contre, devint une légende. Certains l’appelaient « l’Épée du Pouvoir » ou bien « l’Épée des Héros », d’autres « l’Épée de la Rédemption » ou encore « l’Épée Ultime », mais bien trop peu parmi ceux-là savaient quel était son véritable nom : Soul Edge, « l’Épée Maudite », qui n’apportait que malheur et désolation.

L’un d’eux s’appelait Algol, Roi Héros d’un empire à présent oublié et dont la volonté à nulle autre pareille parvint à mater la domination de l’épée. Avec le pouvoir de Soul Edge, Algol devint un souverain généreux et juste qui fit longtemps prospérer son royaume. Quant aux monarques voisins avides de conquête, la simple pensée qu’ils auraient à combattre Soul Edge les paralysait de terreur, de sorte qu’Algol ne craignait ni pour ses terres, ni pour ses citoyens, et tous vivaient heureux.

Alors, bien sûr, la menace frappa de l’intérieur même du royaume d’Algol.

Son propre fils, Arcturus, à l’âme faible, jaloux du pouvoir et du prestige d’Algol, et sachant très bien que le roi les devait tous deux à Soul Edge, ou peut-être bien parce que Soul Edge elle-même lui en avait insufflé le besoin pressant, Arcturus vola l’épée pour s’approprier sa puissance, et tomba au même instant sous son emprise. Dément, possédé et maudit, il se livra à des carnages d’une fureur indicible pour étancher la soif d’une Soul Edge affamée par de longues années de diète forcée. Jusqu’à ce que son propre père parvienne à le vaincre dans un combat désespéré qui s’acheva par la mort d’Arcturus. L’épée maudite disparut après cette bataille mais Algol savait qu’elle reviendrait tôt ou tard : accablé de remords, il fit le serment de venger son fils en se servant de fragments purifiés de Soul Edge pour forger, avec le concours de sages, une autre arme capable de contrecarrer l’épée maléfique ; l’entreprise fut longue et laborieuse, jalonnée d’échecs jusqu’à ce qu’Algol accepte l’ultime sacrifice pour donner corps à cette nouvelle épée : Soul Calibur.

Soul Calibur, « l’Épée Spirituelle », dont l’existence resta un secret bien mieux gardé que celui de Soul Edge. Soul Calibur, « l’Épée Sacrée », seule capable de sceller à jamais le pouvoir maudit de Soul Edge. Soul Calibur, « l’Épée Sainte », qui ne se révélerait au monde que pour contrer le Mal…

Mais, peut-être à cause de ce remord qui torturait encore l’âme d’Algol à l’intérieur de l’épée, Soul Calibur demeurait étrangement proche de Soul Edge en nature. Il fallut bien longtemps et de nombreux rituels de purification pour que les mages de la tribu qui se vit confiée l’épée sainte parviennent enfin à sceller l’âme du Roi Héros et sa soif de pouvoir pour les siècles à venir…

Le temps reprit son cours. Les millénaires passèrent. La légende devint mythe. Et plus personne se souvint des épées.

L’Antiquité laissa place au Moyen-Âge, et celui-ci à la Renaissance. Un marchand d’armes du nom de Vercci eut vent d’une épée fabuleuse qu’il voulut ajouter à sa collection personnelle d’objets rares, mais ses recherches restèrent vaines pendant de longues années. Alors il requit les services de quelques mercenaires, dont celle de Cervantes de Leon, un pirate dont le père avait longtemps servi la couronne espagnole avant de tomber sous les canons d’un navire anglais en laissant son fils dévasté et sans plus aucune illusion quant aux fruits de l’allégeance donnée aux puissants ; depuis, Cervantes écumait les mers pour son propre compte. Vercci le connaissait bien pour lui avoir fourni l’artillerie de son navire, et Cervantes finit par accepter sa proposition.

Après un an de recherches, il entendit parler d’un marchand d’antiquités dont le catalogue proposait un « article étrange » : convaincu que le reste de la cargaison du navire le dédommagerait largement de sa peine même si cet objet n’était pas Soul Edge, il attaqua le bateau… et plus personne n’entendit parler de lui pendant plus de vingt ans.

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