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Lost Patrol

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Un vaisseau contenant des informations vitales pour l’Impérium a disparu sur la planète Maraz III, un monde de jungles hostiles qui semblent douées d’une vie propre et dans lesquelles rôdent des hordes de Genestealers assoiffés d’ADN frais. Vous devez localiser le navire échoué pour le ramener dans l’espace connu et ne disposez pour cela que d’un détachement de Scouts des Space Marines : bonne chance à vous et longue vie à l’Impérium !

Si on connait bien la franchise Warhammer 40 000 pour ses différents titres orientés affrontements tactiques ou stratégiques à grande échelle mettant en scène plusieurs détachements, voire parfois même des régiments entiers de diverses races les uns contre les autres dans des batailles dantesques, elle propose néanmoins aussi des productions à l’échelle bien plus modeste et parfois même assez confidentielles. Dans cette gamme, Space Hulk (1989) reste un classique indémodable actuellement dans sa quatrième édition et dont les inspirations semblent puiser du côté d’Aliens, le retour (Aliens ; James Cameron, 1986) pour son thème d’une escouade de soldats du futur en prise avec des extraterrestres belliqueux dans un environnement inconnu ou presque.

Avec ses jungles luxuriantes qui se referment comme des pièges mortels sur une équipe de marines poursuivis par des adversaires aussi mortels qu’insaisissables, Lost Patrol donne plutôt l’impression de s’inspirer de Predator (John McTiernan, 1987). Car mis à part les classiques Genestealers, cette branche des Tyrannides déjà vue dans l’opus de la franchise évoqué plus haut, rien ici ne correspond au décorum space opera grandiloquent de Warhammer 40 000. À dire vrai, Lost Patrol étonne surtout pour son ambiance quasiment intimiste qu’on pourrait presque qualifier de huis clos. Loin de la décadence d’un Impérium en proie à bien des démons, au propre comme au figuré, les Scouts sont ici livrés à eux-mêmes en terrain inconnu pour y faire face à des menaces toutes aussi obscures…

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En effet, s’ils ne deviennent jamais le cadet de vos soucis, les Genestealers ne sont que la couche supplémentaire d’un environnement déjà hostile en lui-même. Car cette jungle dans laquelle se perdent les Scouts, dans tous les sens du terme, constitue bien votre principal adversaire. Mouvant, anarchique, incontrôlé, pas plus par l’opposant que par vous-mêmes, quel que soit le bord que vous jouez, ce plateau s’affirme bel et bien comme un troisième combattant, et d’ailleurs le seul qui gagnera toujours quelle que soit l’issue de la partie. En termes de jeu, il s’agit de disposer des tuiles prises au hasard selon les lignes de vue des soldats, mais qui disparaissent quand les Scouts les perdent de vue et qu’on remplace par d’autres entièrement nouvelles si les Space Marines reviennent sur leurs pas.

De plus, ce dédale végétal sans cesse changeant présente à l’occasion des ronces dans lesquelles s’empêtrent les soldats en mettant ainsi un terme à la stratégie de la fuite en avant vers la dernière tuile, celle du vaisseau échoué, qui garantit la victoire. Bien sûr, les Genestealers ne manquent pas d’exploiter ce handicap des Scouts et comme ils s’avèrent aussi difficiles à tuer que dans Space Hulk, attendez-vous à des carnages tant injustes que brutaux. À dire vrai, il s’agit bien là du défaut principal de Lost Patrol : la chance y joue un rôle certain, voire même déterminant. Pour cette raison, je vous conseille d’utiliser les règles optionnelles parues dans le numéro de White Dwarf de février 2017 qui introduisent des équipements supplémentaires pour ces malheureux soldats.

Pour autant, le titre présente l’avantage certain de règles simples et faciles à assimiler comme celui tout autant appréciable d’une mise en place très rapide ainsi que d’un temps de jeu aussi court qu’intense. À une époque où les jeux de plateau semblent souffrir d’une inflation souvent malheureuse en terme de complexité superflue, de quantité de composants et de durée de partie exténuante, on savoure ce retour à des sources à la fois classiques et conviviales.

Notes :

Deux éditions de Lost Patrol sont disponibles : la première, sortie en 2000, présente des ennemis différents et des règles souvent considérées comme moins punitives, que vous pouvez d’ailleurs consulter ici ; la seconde, chroniquée dans ce billet, est sortie en 2016.

Le designer du jeu, Jake Thornton, propose dans cet article des règles optionnelles et semi-officielles pour la première édition du jeu permettant de jouer un Sniper au lieu du Mitrailleur.

Les joueurs solitaires trouveront ici des règles non officielles qui permettent d’automatiser les actions des Genestealers.

Lost Patrol
Games Workshop, 2016
2 joueurs, environ 30€ (occasions seulement)

Il était une fois… l’Espace

Jaquette DVD du premier volume de l'édition intégrale en deux coffrets de la série TV Il était une fois... l'EspaceLe XXXe siècle. Tout comme la Terre mais aussi plusieurs autres mondes et systèmes habités par des cultures extraterrestres, la planète Oméga fait partie de la Confédération, cette grande puissance galactique qui joue un rôle majeur dans le maintien de la paix entre les différentes civilisations de l’univers connu. Ce rôle de gardien de l’équilibre des forces échoit pour l’essentiel à sa police spatiale dont font partie les jeunes cadets Pierrot et Mercedes, alias Psi, qu’épaule leur partenaire robot Métro.

Leurs différents missions vont des patrouilles de routine aux prises de contact avec d’autres mondes susceptibles de rejoindre la Confédération, en passant par la neutralisation des différents groupes qui menacent les peuples. Parmi ceux-là, la planète Cassiopée pose toujours plus de problèmes. D’ailleurs, l’ombre d’une autre puissance semble se profiler derrière elle : s’agit-il d’une culture jusqu’ici inconnue, ou au contraire la résurgence d’un ennemi oublié ?

Quoi qu’il en soit, l’équilibre qui maintient la Confédération depuis des siècles semble bel et bien sur le point de s’effondrer…

Il y eut une époque où on ne voyait pas d’inconvénient à joindre l’utile à l’agréable même dans des créations destinées à un public en général d’autant plus facile à satisfaire qu’il se trouvait jeune ; au contraire, cette jeunesse devenait la première raison derrière la dimension didactique de l’œuvre qui servait de la sorte à apprendre tout en s’amusant. Si nombre de productions Walt Disney adoptèrent ce principe, on peut aussi évoquer parmi les créations européennes la série TV d’animation Il était une fois… l’Homme (1978) d’Albert Barillé (1920-2009), une pionnière dans le genre, qui vulgarisait avec intelligence des éléments tant scientifiques qu’historiques à travers une narration de l’histoire de l’humanité – j’insiste sur ce terme de narration puisqu’on trouvait bel et bien dans cette œuvre des personnages récurrents dont les destins s’entrecroisaient en formant de véritables récits.

Pourtant articulée autour d’une idée semblable, celle de la transmission d’un savoir et d’une connaissance grâce à une réelle pédagogie, Il était une fois… l’Espace (1982) donne au premier abord l’impression d’ambitions plus simples : avec son univers futuriste typique du space opera sur lequel plane l’ombre évidente de Star Trek (Gene Roddenberry ; 1966-1969) et où trouvent lieu nombre d’aventures laissant une place abondante à l’action, cette production-là semblait plus axée sur le pur divertissement que son prédécesseur, et ce malgré l’exposition de plusieurs éléments relatifs aux techno-sciences – comme celles concernant les connaissances astronomiques par exemple. Malgré tout, cette série parvenait avant tout à vulgariser avec une sensibilité certaine un genre jusqu’alors hors de portée des jeunes enfants : la science-fiction.

Car on trouve dans Il était une fois… l’Espace nombre de thèmes typiques du domaine, mais ici traités avec finesse à la différence de la plupart des autres productions audiovisuelles relevant du genre et qui n’en conservaient alors que les éléments les plus spectaculaires. Parmi ces axes, on peut citer en particulier : l’intelligence qui se développe dans une forme de vie ne pouvant normalement pas l’accueillir ; les visiteurs de l’espace qui se font passer pour des divinités aux yeux des habitants d’une planète au niveau technologique préhistorique (1) ; la révolte des robots qui s’estiment supérieurs aux hommes quand ceux-là pensent que la pure logique mécanique ne peut rivaliser avec sensibilité et compassion ; les voyageurs de l’espace qui ont passé tant de siècles en hibernation que l’Histoire les a rattrapés à leur réveil ; l’Atlantide comme une colonie fondée jadis par des extraterrestres ; les navires de l’espace tueurs de mondes ; une scène politique complexe, à l’échelle de la galaxie et où les rapports de force se montrent souvent délicats.

Mais on y trouve aussi une description des faits marquants du troisième millénaire, à travers ce qui prend presque l’allure d’une « histoire du futur » (2) résumée lors d’un épisode et où d’autres thèmes marquants se trouvent évoqués dans un portrait de l’avenir où transparaît une véritable conscience historique des rapports entre les événements qui ne laisse aucune place à l’optimisme béat : la destruction de l’environnement due à la surpopulation menant à l’eugénisme qui provoque les tensions sociales où prend racine une guerre mondiale dont la planète ressort anéantie, précipitée dans un nouvel Âge sombre étalé sur plusieurs siècles ; dans la troisième Renaissance qui s’ensuit, la guerre se trouve bannie mais les progrès techniques qui donnent aux hommes l’impression de se sentir inutiles les poussent à détruire leurs machines et leurs robots, en les renvoyant ainsi à nouveau en arrière : seule la conquête de l’espace, enfin, permet à l’humanité de dépasser ses limites, et notamment à travers la fondation d’Oméga…

Il vaut néanmoins de noter qu’on trouve aussi dans Il était une fois… l’Espace de nombreux autres thèmes sans rapport avec la science-fiction mais malgré tout intéressants et parfois même assez innovants pour l’époque. Ainsi, de nombreux éléments à caractère progressiste tiennent une place centrale : par exemple, si la Confédération d’Oméga est dirigée par une femme – présidente démocratiquement élue –, elle comprend aussi plusieurs types raciaux – la protagoniste principale féminine, Psi, affiche une couleur de peau non conventionnelle. De plus, plusieurs épisodes illustrent les problématiques de mythes classiques comme celui de Prométhée, de la Pomme de Discorde ou de David contre Goliath, parmi d’autres. Enfin, des questionnements d’ordre philosophique, ou du moins métaphysique se trouvent au centre de plusieurs épisodes : le sentiment d’insécurité des hommes face au système technique (3), l’impossibilité pour celui-ci de remplacer un jugement humain, l’opposition entre la solidité apparente des dictatures et la fragilité des démocraties, etc.

Et cette richesse thématique trouve un écho dans une créativité artistique qui de nos jours encore reste étonnante par sa qualité et sa réalisation. Si l’animation en elle-même correspond aux standards de l’époque, les différents designs échafaudés par Procidis et le studio japonais Eiken démontrent une volonté de réalisme encore assez rarement affichée en ce temps-là, du moins dans les séries d’animation : les décors et les différentes machines, vaisseaux et véhicules, tous très détaillés, se veulent résolument palpables – à défaut de tout à fait réalistes. On ne peut, sur ce point, passer sous silence le travail de Philippe Bouchet, alias Manchu, qui à l’époque avait déjà collaboré à Ulysse 31 (1981) et dont l’immense talent, déjà, parvenait à donner une personnalité peu commune à ses designs ; il est d’ailleurs assez étonnant de voir comme ce jeune artiste se trouvait à l’époque encore profondément influencé par le style de Chris Foss, ce qui d’ailleurs donne à Il était une fois… l’Espace une bonne partie du classicisme de ses visuels – et je parle bien de classicisme SF…

Pour toutes ces raisons, ceux d’entre vous qui connaissent le bonheur de la parenté et qui souhaitent sensibiliser leurs enfants aux problématiques courantes de la science-fiction, mais aussi d’autres, relatives à des domaines différents bien que tout aussi importants, se verront bien inspirés de se procurer l’intégrale de cette œuvre à bien des égards exceptionnelle.

(1) ce qu’on appelle la troisième des lois de Clarke.

(2) dans le vocable de la science-fiction, ce terme désigne une suite de récits qui dépeignent un avenir en évolution et dont chaque histoire permet d’en explorer un segment ; beaucoup d’écrivains de science-fiction ont produit des séries de ce type, tels qu’Isaac Asimov (1920-1992), Arthur C. Clarke (1917-2008) ou Robert A. Heinlein (1907-1988), pour citer les plus connus.

(3) pour plus de détails sur ce point, se reporter à l’ouvrage-phare de Jacques Ellul intitulé Le Système technicien (Le Cherche Midi, collection Documents et Guides, mai 2004, ISBN : 2-749-10244-8).

Il était une fois… l’Espace (Ginga Patrol PJ), Albert Barillé & Tsuneo Komuro, 1982
IDP Home Video, 2006
26 épisodes, environ 20 € l’intégrale en deux coffrets

Unreal Championship

Jaquette DVD de l'édition française du jeu vidéo Unreal ChampionshipIl y a plus d’un siècle que la Liandri a créé le Tournoi, et 70 ans que la sphère humaine se trouve sous le joug d’un empire extraterrestre à la technologie si avancée que toute résistance s’avéra futile. D’abord dégouté par cette compétition aussi brutale que sanglante, l’Empire comprit néanmoins assez vite quel profit il pouvait en tirer afin de conforter sa domination sur les peuples conquis. À présent, donc, le Tournoi accueille toutes sortes de races d’autres mondes en plus d’humains à l’ADN amélioré.

Comme beaucoup d’autres, eux aussi pensionnaires des geôles de l’Empire, votre crime importe peu maintenant que votre destin ne se résume plus qu’à deux possibilités : remporter le Tournoi ou perdre la raison à force d’y participer – c’est le genre de chose qui arrive quand on se trouve trop souvent dépouillé de sa mort au dernier instant.

La meilleure solution, ceci dit, n’est pas forcément celle qu’on croit…

Visuel de promotion du jeu vidéo Unreal ChampionshipAu contraire de ce qu’affirment certaines sources, Unreal Championship n’est pas le portage d’Unreal Tournament 2003 sur console Xbox, mais ce dernier qui est le portage du premier sur PC (1). Suite directe d’Unreal Tournament (Digital Extremes & Epic Games ; 1999), donc, Championship reprend bien sûr les caractéristiques principales de son aîné : jeu de tir subjectif orienté multijoueur, compétition futuriste d’espèce de combats de gladiateurs équipés d’armes modernes, arènes aussi diverses que variées et situées dans cet opus sur des planètes toutes autant hétéroclites, joueurs mus par intelligence artificielle servant de support pour les parties en ligne et hors-ligne mais surtout en solo, plusieurs modes de jeu, etc.

Screenshot du jeu vidéo Unreal ChampionshipJ’ai déjà eu l’occasion d’expliquer, dans ma chronique d’Unreal II: The Awakening (Legend Entertainment ; 2003), comment les divers titres de la série Unreal de l’époque connurent des sorties mouvementées, pour dire le moins, et Championship n’échappe pas à cette règle-là. Pourtant, sous bien des aspects, il reste encore l’opus de la franchise le moins mutilé par les exigences déraisonnables d’Atari ; à vrai dire, il s’agit peut-être d’un des Unreal les plus intéressants malgré ses diverses lacunes, et une des raisons de cette réussite tient bien sûr au fait qu’il se vit dès le départ développé pour la plateforme sur laquelle il sortit au lieu de se voir porté sur une autre dans la précipitation, pour ne pas dire l’urgence…

Visuel de promotion du jeu vidéo Unreal ChampionshipAinsi se trouve-t-on vite étonné par la qualité de sa facture. Avec ses textures et ses modèles 3D conçus pour la résolution d’un écran de téléviseur, notamment, le titre affiche des qualités artistiques optimales même s’il arrive qu’on regrette de légers ralentissements parfois. Pourtant, sa principale qualité réside encore dans sa jouabilité : si on connaît bien le problème des FPS sur consoles, on peut néanmoins admettre que Championship parvient à en éviter les écueils avec intelligence tout en conservant les aspects de vitesse de jeu mais surtout la fureur et le sang qui caractérisent ce genre de titres ; ce point fort, toutefois, ne réside pas dans une aide à la visée mieux conçue que la moyenne même si celle-ci joue bien sûr ici un rôle certain.

Screenshot du jeu vidéo Unreal ChampionshipNon, il s’agit plutôt d’un système comparable à des classes de personnages. Car ici, les diverses races servent avant tout à proposer au joueur des sortes d’archétypes de base. Ainsi, les Mastodontes très résistants mais lourds et lents se trouvent à l’opposé des Gen Mo’Kais beaucoup plus fragiles mais bien plus rapides et agiles ; et si les Mercenaires et les Automates constituent les races aux attributs moyens, encore qu’avec certaines subtilités spécifiques à chacune en termes de points de vie et d’habileté physique, les Anubiens et les Cauchemars compensent leur faible capital de santé par, respectivement, une facilité à déclencher des capacités spéciales et la possibilité de vampiriser la vie de l’adversaire.

Visuel de promotion du jeu vidéo Unreal ChampionshipMais en plus de ses caractéristiques physiques, chaque personnage de chaque race présente aussi une préférence pour telle ou telle arme, avec laquelle il apparaîtra dans l’arène à chaque début de partie et après chaque mort subie en plus de ses deux armes de base, le marteau-bouclier et le fusil d’assaut. Cet aspect assez proche du jeu de rôle, faute d’un meilleur terme, combiné aux diverses classes de personnages donne ainsi la possibilité de jouer comme on le souhaite au lieu de devoir se plier aux mêmes tactiques que les autres : le jeu cesse donc de se comporter comme un moule dans lequel on doit entrer et au lieu de ça permet à chacun de développer pleinement son propre style selon ses préférences personnelles.

Screenshot du jeu vidéo Unreal ChampionshipSi Championship n’invente rien sur ce point, et si de toutes manières chaque joueur développe son propre style de jeu quel que soit le titre, on peut affirmer sans crainte de se tromper beaucoup que ce genre d’effort reste néanmoins assez rare, surtout dans un domaine aussi codifié et pour ainsi dire assez formaté que le FPS orienté multijoueur, et en particulier quand il s’agit d’une volonté aussi clairement affichée par les développeurs au lieu du simple effet secondaire d’un game design plus ou moins bancal. Ainsi, Championship acquiert-il une saveur toute particulière, celle de ces titres qui tentent de sortir du carcan d’un type de jeu précis pour proposer une meilleure expérience au joueur, et qui y réussissent avec un certain brio…

Visuel de promotion du jeu vidéo Unreal ChampionshipPour le reste, le titre se montre malgré tout assez classique. On peut néanmoins préciser l’ajout, aux classiques Match à mort, Match à mort en équipe et Capture du drapeau, de deux autres modes de jeu ainsi que l’évolution d’un troisième, hérité de Tournament. Celui-ci, Double Domination, consiste à tenir à la fois et un certain temps deux zones bien précises de l’arène pour obtenir le point. Quant au mode Survie, il se rapproche assez du duel classique sauf que l’adversaire vaincu doit attendre son tour parmi les autres prétendants à la victoire avant de pouvoir tenter à nouveau sa chance. Enfin, le mode Bombe de balle transpose le football américain dans le FPS et s’avère vite assez addictif – même pour les réfractaires au sport.

Screenshot du jeu vidéo Unreal ChampionshipBien évidemment, il y a aussi des défauts, et le plus rédhibitoire selon moi concerne le manque d’interaction avec les bots en général ; une fois laissés de côté les problèmes typiques de ce genre de joueur artificiel, on regrette surtout de ne pas pouvoir donner d’ordres à l’un d’eux – et un seul – au cours d’une partie d’un jeu en équipe, ce qui complique parfois les choses ; de même, on déplore de ne pas pouvoir choisir ces coéquipiers ni leur nombre comme c’était le cas dans Tournament. Enfin, on maudit plus d’une fois la grande et souvent inutile quantité de détails géométriques dans les arènes contre lesquels on bute, ou bien on se retrouve parfois carrément coincé en cours de partie, au plus grand bonheur de notre adversaire.

En dépit de ses faiblesses évidentes, celles d’un FPS console, Unreal Championship parvient presque et malgré tout à se hisser à la hauteur de son illustre prédécesseur. S’il n’en a toutefois pas l’étoffe, celle de ces œuvres issues d’un coup de génie involontaire par définition, il reste néanmoins un titre de très bonne qualité générale et qu’on ne saurait trop conseiller.

(1) source : la page sur Unreal Championship des Liandri Archives (en).

Notes :

Unreal Championship est le premier jeu pour la Xbox à proposer un DLC. Si plusieurs devaient se succéder, en ajoutant notamment des véhicules, un seul vit le jour au final, ce qui mécontenta de nombreux joueurs attirés par la possibilité de voir le titre évoluer au fil du temps.

Contrairement à ce que peut le laisser penser la bande annonce ci-dessus, Unreal Championship ne contient pas la map DM-Phobos2 ; quant à DM-Inferno, visible dans la dernière image qui illustre cette chronique, elle ne devint disponible qu’à travers le DLC déjà mentionné.

Unreal Championship
Digital Extremes, 2002
Xbox, env. 5 € (occasions seulement)

– la page sur Unreal Championship des Liandri Archives (en)
– le site officiel de la franchise Unreal
– des sites d’informations : BeyondUnreal (en), Unreal.fr

Halo 2

Jaquette DVD de l'édition PC du jeu vidéo Halo 2Alors que sur Terre les survivants du Pillar of Autumn sont décorés pour avoir empêché le « Grand Voyage » que préparaient les Covenants, le commandeur Elite qui échoua à les arrêter se voit déchu de son rang et condamné à mort. Mais si l’arrivée d’une flotte de l’Alliance chargée d’envahir la Terre interrompt la cérémonie de décoration, en poussant ainsi le Master Chief à prendre part aux combats, de son côté, l’Elite disgracié se voit confiée la mission de châtier un hérétique en tant qu’Arbiter, un titre très convoité…

S’il va de soi que ces deux personnages finiront par voir leurs pas se croiser, c’est bien assez convenu, Halo 2 se montre néanmoins plutôt surprenant quant à la façon dont ils vont se rencontrer, et surtout, et c’est bien ce qui nous intéresse ici, quant à ce que cette alternance des points de vue permet de distinguer des évènements qui composent le récit ainsi que de ce qu’ils supposent. Car cette suite à Halo: Combat Evolved (Bungie Studios ; 2001) propose avant tout un regard approfondi sur l’univers de Halo, et en particulier à travers le point de vue de l’Arbiter qui permet d’en apprendre bien plus sur l’alliance covenant que ce qu’on avait eu l’occasion d’en connaître jusqu’ici à travers le premier opus de la série – un titre somme toute bien assez classique dans sa présentation du camp des extraterrestres.

Screenshot du jeu vidéo Halo 2Ainsi, le joueur verra-t-il que cette coalition de mondes et de cultures ne présente pas autant d’homogénéité que ce que le titre précédent de la série pouvait le laisser penser. Au contraire, Halo 2 montre sans détours une union extraterrestre fragile car déchirée par des luttes internes féroces et des joutes politiques souvent fratricides. Bref, un paysage sociétal, une dimension humaine – faute d’un meilleur terme – tout à fait inattendus et qui contribuent beaucoup à approfondir le récit en lui conférant une certaine originalité aussi bienvenue que salvatrice dans un type de jeu dont le principal intérêt repose en général sur l’action pure et simple.

Hélas, cet aspect ne se trouve que du côté covenant et en épargnant le camp humain, il sous-tend de la sorte un certain manichéisme puisque seuls les extraterrestres semblent souffrir de ces divisions typiques des « forces du mal » – pour utiliser un terme volontairement caricatural. Malgré tout, le reste du récit se rattrape plutôt bien par un scénario assez intéressant pour un jeu de tir subjectif et qui de plus présente son lot de surprises quant à la faune de ce second Halo où l’aventure se poursuit assez vite. Si on peut regretter la conclusion en suspens, celle-ci ouvre néanmoins encore davantage l’univers de la licence à travers un dévoilement final qui permet aussi à la franchise de former une trilogie – chose rare dans le secteur du jeu vidéo…

Screenshot du jeu vidéo Halo 2Sur le plan des mécaniques de jeu, on trouve quelques innovations par rapport au titre précédent mais qui restent toutefois plutôt anecdotiques, voire même assez dispensables. On peut citer malgré tout la disparition de la barre de points de vie au profit d’un bouclier protecteur qui se régénère de lui-même quand le joueur ne reçoit pas de tirs, une fonction que certains déplorent puisque elle tend hélas à ralentir le rythme du jeu en poussant à se cacher en attendant de récupérer son énergie ; quant à la possibilité de pouvoir utiliser deux armes à la fois, si elle double la puissance de feu elle empêche aussi de lancer des grenades comme d’engager un adversaire proche au corps-à-corps.

Mais Halo 2 s’affirme aussi comme une évolution majeure de la série par ses purs aspects techniques car le moteur de rendu entièrement remis à neuf se couple au moteur physique Havok pour une expérience d’autant plus accrue. Si les aspects artistiques montrent ainsi une très claire amélioration par rapport au premier Halo, on regrette toutefois l’absence d’efforts semblables quant au level design, toujours aussi catastrophique en raison de ses répétitions qui donnent l’impression de ne jamais vraiment avancer, comme de ses problèmes récurrents de connectivité et de flux puisqu’on se retrouve souvent bloqué par inadvertance sur des éléments de décors aussi inutiles que pénibles…

Screenshot du jeu vidéo Halo 2Néanmoins, l’expérience de jeu sur Halo 2 se place dans la continuité directe du premier opus où, déjà, l’ambiance jouait un rôle central. Sur ce point, l’esthétique retravaillée en profondeur favorise considérablement l’immersion, en dépit de quelques lacunes regrettables dans l’éclairage, en plus de laisser la part belle aux architectures covenant qui, pour une première apparition dans la licence, savent se montrer intéressantes en raison d’une direction artistique réussie, et même si certains regretteront peut-être encore des couleurs parfois un peu trop vives. À noter toutefois que la version PC chroniquée ici bénéficie de visuels améliorés par rapport à l’édition originale sortie sur console trois ans plus tôt.

Pour son retour tant attendu après quelques années d’attente, Halo ne pouvait se permettre aucune erreur rédhibitoire et la mission paraît belle et bien remplie, tant sur le plan de la pure aventure que des simples mécaniques de jeu. Hormis quelques faiblesses somme toute assez triviales, voire même ponctuelles, Halo 2 reste non seulement une expérience aussi agréable que recommandable mais s’affirme de plus comme une suite qui est parvenue avec brio à renouveler un titre que son appartenance à un genre aux codes bien précis ne prédisposait pas à une telle évolution. Vous ne regretterez pas de lui avoir donné sa chance.

Notes :

Bien que conçu pour Windows Vista, ce titre connut néanmoins une version pirate lui permettant de tourner sur Windows XP. Cependant, certains exemplaires de cette version pirate restent connus pour installer un virus de type cheval de Troie pendant sa désinstallation…

Immense succès commercial dès sa sortie, Halo 2 détient le record de vente sur Xbox avec plus de six millions d’exemplaires vendus. Titre le plus populaire du Xbox Live, dont il contribua beaucoup à augmenter les abonnements, il totalisait cinq millions de joueurs uniques sur le réseau en mai 2007 ; néanmoins, les serveurs de la version PC fermeront en juin de cette année en raison d’une baisse conséquente du nombre des joueurs.

Plusieurs publications louèrent Halo 2 dès sa sortie pour sa technologie innovante de rencontre des joueurs, et allant même jusqu’à affirmer qu’il s’agissait d’une pierre angulaire de l’industrie du jeu vidéo des années 2000. Selon la chaîne de télévision G4, cette suite posa les bases de l’évolution des services en ligne de la console suivante de Microsoft. Quant aux éditeurs du magazine Popular Mechanics, ils placent Halo 2 parmi les 15 événements les plus importants de la décennie pour la démocratisation qu’il apporta au jeu en ligne sur consoles de salon.

Halo 2
Microsoft Game Studios, 2007
Windows & Xbox, env. 16 € (occasions seulement)

MissionForce: Cyberstorm

Jaquette CD-Rom de l'édition internationale du jeu vidéo MissionForce: CyberstormIl y a longtemps que les humains remportèrent la dernière guerre contre les cybrids. À présent, l’humanité essaime dans l’univers pour extraire les matières premières des planètes proches. Mais des cybrids occupent eux aussi certains de ces mondes, et ils ne veulent pas abandonner un gramme de minerai à leurs anciens ennemis. Vous travaillez pour la compagnie Unitech qui vous confie une poignée de HERCs et leurs pilotes bioderms : ramenez-lui le plus de richesses possibles…

Une ombre bien nette plane sur MissionForce: Cyberstorm, celle du jeu de plateau Battletech (FASA Corporation ; 1984). En témoignent les hexagones qui tapissent les différentes cartes où se déroulent les combats, elles-mêmes en forme d’hexagones d’ailleurs ; l’impression se trouve renforcée par la dépense en points de mouvements pour vos unités quand celles-ci doivent opérer une rotation d’une ou plusieurs faces de l’hexagone – un élément typique de Battletech souvent jugé assez frustrant d’ailleurs… Bien sûr, objecteront les connaisseurs, il n’y a rien de surprenant à ce que Cyberstorm utilise les déplacements sur des hexagones puisqu’un tel système se trouve à la base de nombreux jeux de guerre, traditionnels ou électroniques.

Screenshot du jeu vidéo MissionForce: CyberstormEt pourtant, en rester à une telle objection serait vite oublier que Metaltech: Earthsiege (FASA Corporation & Dynamix ; 1994), un des ancêtres de Cyberstorm, se vit développé quand l’éditeur Sierra Entertainment perdit le droit d’adapter la franchise Battletech en jeu vidéo au profit d’Activision – et même si cette dernière ne conserva pas ces droits d’exploitation très longtemps… Ainsi, Dynamix reprit l’ensemble de son travail pour l’orienter dans une nouvelle direction en fondant au passage une des franchises du genre mecha les plus durables et les plus appréciées de l’industrie du jeu vidéo, notamment quand celle-ci déboucha sur la célèbre série des Tribes, produite de 1998 jusqu’à nos jours dans sa version FPS.

Cyberstorm nous intéresse particulièrement pour son type de jeu. Ni simulation, ni FPS, il s’agit en fait d’un jeu de stratégie au tour par tour – d’où sa ressemblance déjà évoquée avec le jeu de plateau de Battletech. Bien qu’un tel pari se montrait assez risqué à cette époque où l’immense succès tant public que critique de Mechawarrior 2: 31st Century Combat (Activision ; 1995) restait gravé dans les mémoires au fer rouge et semblait devoir demeurer longtemps la référence du genre mecha sur le média jeu vidéo, Cyberstorm parvint néanmoins à tirer son épingle du jeu, à la fois pour des raisons liées à sa jouabilité d’excellente facture mais aussi, peut-être plus surprenant dans un tel registre, pour son atmosphère hors norme.

Screenshot du jeu vidéo MissionForce: CyberstormSi l’idée de fond des Earthsiege reste très classique puisqu’il s’agit ni plus ni moins du thème de la révolte des robots, et même si l’épisode Starsiege (Dynamix ; 1999) lui donnera une coloration à peine différente, Cyberstorm brille pour son ambiance de space opera mâtiné de cyberpunk où l’Homme n’a atteint les étoiles que pour mieux s’y dévorer lui-même : dans cet avenir pour le moins sombre, la conquête de l’espace lointain se double d’une allégeance forcée à la très puissante compagnie stellaire Unitech dans laquelle on ne peut survivre que si on s’y dévoue corps et âme – d’ailleurs, elle assimilera malgré tout votre capital génétique même en cas d’échec, afin de s’en servir comme base pour la création des bioderms pilotes de HERCs.

Ainsi, Cyberstorm se place à la croisée de productions telles que Alien (Ridley Scott ; 1978) et Outland (Peter Hyams ; 1981), parmi d’autres exemples de récits où l’individu disparaît face aux grands groupes que représentent ces multinationales broyeuses des meilleures volontés. De même, les pilotes bioderms, des humains artificiels, sortes de clones aux capacités physiques et intellectuelles variables selon leur capital génétique de synthèse, qui se trouvent mis en liaison cybernétique avec leur véhicule HERC, pourraient très bien sortir tout droit de Blade Runner (Ridley Scott ; 1982) : ils représentent bien sûr le capital humain réduit au statut de simple outillage qu’on jette au recyclage une fois qu’il a passé la date de péremption.

Screenshot du jeu vidéo MissionForce: CyberstormPour le reste, Cyberstorm se veut plutôt classique, au moins sur les mécaniques de jeu de base qui se différencient assez peu des autres titres du genre TBS. On apprécie néanmoins sa subtilité qui demande de bien connaître les divers systèmes et armes montés sur les HERCs pour en tirer toute la saveur dans les pires situations, notamment à travers des combinaisons de tir entre plusieurs unités différentes – des calculs souvent… retors. De même, on apprend vite à exploiter l’entraînement en réalité virtuelle des bioderms afin de les pousser au maximum de leurs capacités, un peu comme dans un jeu de rôle mais du genre où il ne faut pas trop s’attacher aux personnages puisque leur durée de vie se limite à quelques mois.

Bien sûr, vous consacrerez un temps conséquent du jeu à personnaliser vos engins pour mieux les adapter à votre manière de jouer. Pour cette raison, vous vous verrez bien inspiré d’inspecter toute la carte lors d’une mission afin de ne pas perdre une seule unité de minerai à prospecter : ce bonus s’ajoutera au pécule que vous paie Unitech pour vos efforts et il pèse souvent lourd. Mérite de se voir mentionné que, les cartes étant générées de manière aléatoire, vous ne ferez jamais deux parties identiques bien que dans les grandes lignes on retrouve la même trame scénaristique ; celle-ci, d’ailleurs, se veut souvent surprenante et sait entretenir longtemps le mystère, notamment à travers une narration indirecte qui sert à merveille l’atmosphère du titre.

Le livret du jeu s’avérant aussi fourni qu’épais, je ne peux le résumer davantage sans tomber dans un exposé d’ordre technique aussi long que fastidieux. Mais que cette omission ne rebute pas le stratège qui sommeille en vous car Cyberstorm saura bien vous proposer quelques défis dont vous vous souviendrez, et pendant longtemps.

Séquelle :

Bien qu’un succès commercial modeste, MissionForce: Cyberstorm engendra une suite, Cyberstorm 2: Corporate Wars qui sortit en 1998 et proposait de jouer au tour par tour ou bien en temps réel ainsi que dans un contexte assez différent où des rivalités corporatistes remplaçaient les affrontements contre les cybrids. Bien que beaucoup moins appréciée par les fans de l’original, cette suite fera néanmoins l’objet d’une chronique prochaine.

MissionForce: Cyberstorm
Dynamix, 1996
Windows, gratuit (abadonware)

Sol Bianca: The Legacy

Jaquette DVD de l'édition collector de l'OVA Sol Bianca: The LegacyQuatre siècles après la légendaire Ère des Conquêtes où on colonisa les étoiles éloignées, l’humanité ne sait plus où se trouve la Terre et vit dans la nostalgie de sa gloire d’antan. Le Sol Bianca, une relique de ces temps anciens, un navire équipé de technologies fabuleuses convoitées par les puissants de l’Univers, se trouve aux mains d’une petite bande de pirates qui, comme beaucoup de mercenaires, collectent les artefacts de la Terre déchue pour des commanditaires fascinés par le passé glorieux d’une civilisation éclatée.

Lors d’une vente aux enchères, April, capitaine de cette bande hétéroclite, retrouve la trace d’une ancienne arme, relique de la splendeur fanée de l’humanité qu’elle hérita de sa mère adoptive mais que le destin lui ravit. En route avec son équipage pour récupérer ce qui lui appartient, elle s’attirera les foudres des troupes de la Blue Comet, compagnie de l’espace à la vaste puissance militaire et qui aurait, dit-on, pour but de rendre sa gloire perdue au monde originel…

Voilà une production pour le moins classique sous bien des aspects. Un futur lointain où, à force de coloniser les mondes les plus éloignés, l’humanité a perdu le chemin de la Terre et avec elle les secrets d’une technologie prodigieuse ; un équipage de pirates qui fraye avec les faces les plus sombres de cet avenir déliquescent ; une faction militaire aux objectifs et aux moyens obscurs… Sol Bianca: The Legacy flirte bien avec les thèmes les plus éculés du space opera le plus traditionnel, voire le plus cliché diront certains – et non sans raison. En fait, c’est presque un ode à l’« Âge d’Or » de la science-fiction, cette période du genre qui repoussa le plus les frontières de ce domaine à l’époque encore assez balbutiant.

Pour cette raison, Sol Bianca… recueille des réactions assez contrastées. Alors que les férus de science-fiction lui reprochent son classicisme, les profanes dans le genre regrettent son scénario parfois un peu obscur à force de se voir précipité. Si les deux points de vue se valent, et se complètent même, au moins jusqu’à un certain point, ils laissent hélas de côté ce qui me semble constituer l’essence primordiale de cette OVA : ses immenses qualités artistiques, tant sur le plan pictural que musical. Car en dehors de son animation, hélas souvent lacunaire, Sol Bianca… nous propose néanmoins une exécution d’excellente facture, avec ses designs aussi somptueux qu’originaux et ses images splendides où même la 3D sait se fondre dans l’ensemble.

En fait, Sol Bianca… est une invitation au rêve, au voyage, à la découverte d’un futur comme on en fait plus depuis trop longtemps, dans lequel les constructions cyclopéennes et à présent incompréhensibles d’une humanité au passé glorieux la dépassent et l’éclipsent même parfois, où à force d’être allés trop loin les humains ont oublié ce qui faisait d’eux des pionniers et des explorateurs, des bâtisseurs de mondes, des créateurs d’avenirs. C’est là toute la force de ce type de science-fiction hélas un peu passé de mode mais qui savait susciter l’émerveillement en décrivant ce que les techno-sciences rendaient possible : des lendemains qui scintillent, ou quelque chose de cet acabit – et tant pis si ça peut paraître naïf, au moins un peu…

Car si l’époque où se déroule ce récit reste décadente par rapport à son passé lointain, le souvenir de ce dernier hante bel et bien chaque instant de cette OVA. Non comme un fantôme ou une âme perdue, mais comme un songe de jours enfuis qui n’aspirent qu’à redevenir réalité. En témoigne cette obsession pour les reliques d’antan qui anime chacun des personnages principaux de cette aventure ; au moins indirectement, ils lui consacrent tous une part pour le moins conséquente de leur vie, de leur énergie, de leurs aspirations. Pour des raisons qui leur sont propres, ils veulent tous le faire revivre, et peu importe si leur vision respective ne se montre pas toujours compatible avec celles des autres. C’est le privilège des rêves après tout.

D’ailleurs, ces personnages donnent une texture particulière au récit, en raison principalement de leur facette double. Sans pour autant s’abîmer dans un pathos racoleur, en tous cas pour un certain public, ils présentent tous des cicatrices qui ne laissent pas indifférent mais qu’il faudra laisser à la narration le soin de dévoiler peu à peu. Ici, pirates et militaires se montrent en fait bien moins caricaturaux que dans la plupart des productions de cet « Âge d’Or » évoqué plus haut. Pour autant, et s’ils enrichissent bel et bien cette histoire d’une saveur toute particulière, il ne faut pas croire qu’ils en constituent le squelette mais au lieu de ça un aspect parmi d’autres, comme par exemple le sense of wonder (1) déjà décrit ici.

Le temps d’une soirée ou deux, seul ou accompagné, plongez donc dans les étoiles aux côtés de cet équipage de pirates sans pareil dans ce space opera flamboyant à l’exécution encore stupéfiante, même plus de dix ans après : Sol Bianca: The Legacy compte bel et bien parmi ces perles à découvrir de toute urgence.

(1) cette expression désigne en général le sentiment de vertige, ou ressenti du même ordre, qui saisit le lecteur face à l’exposition de certains faits techno-scientifiques qui bouleversent sa perception du réel et/ou sa compréhension du monde ; c’est un effet typique de la science-fiction.

Notes :

L’équipage du Sol Bianca se compose de quatre femmes et d’une jeune fille dont les prénoms sont des mois de l’année : Janny Mann vient de January (janvier), Feb Fall de February (février), April Bikirk d’April (avril), May Jessica de May (mai) et June Ashel de June (juin). À noter que cette dernière est en fait une androïde en liaison cybernétique constante avec Gi, l’intelligence artificielle qui contrôle le Sol Bianca, un aspect du personnage moins explicite ici que dans la version précédente de ce récit.

Sol Bianca: The Legacy est un remake de l’OVA en deux parties Sol Bianca réalisée par Katsuhito Akiyama et Hiroki Hayashi, respectivement les réalisateurs du premier et du second épisode. Sortie de 1990 à 1997, cette première production restée inachevée se montrait bien moins sombre dans son ambiance et bien moins aboutie sur le plan artistique.

Sol Bianca: The Legacy, Hiroyuki Ochi, 1999-2000
Déclic Images, 2005
Six épisodes, env. 10 € (occasions seulement)

Gall Force: Eternal Story

Jaquette DVD de l'édition américaine du film Gall Force: Eternal StoryDepuis des siècles, une guerre interstellaire sans merci oppose la race de femmes des Solnoïds à la civilisation biomécanique des Paranoïds. Alors qu’une bataille sanglante s’achève, les troupes solnoïds évacuent le théâtre des opérations en urgence pour se replier vers Chaos, une planète isolée et inhabitée. Mais quand il sort de l’hyperespace, l’équipage du Star Leaf découvre qu’il est seul, bien en avance sur le reste de la flotte et à la merci de ses ennemis – pourtant, le pire pourrait bien venir de son propre camp…

On ignore qui a fait le coup mais les anciens grecs, avec la légende des femmes-guerrières Amazones, semblent en bonne position. Qu’un tel mythe trouve ses racines dans une civilisation aussi bien connue pour son machisme, d’ailleurs, étonne assez peu : ce penchant se trouverait en quelque sorte atténué à travers le portrait de femmes aussi fortes, si ce n’est plus, que les hommes et qui ne s’en laissent donc pas conter par ces derniers. À moins, plus simplement, qu’il faille voir là l’expression d’une phobie des hommes envers les femmes qui entretiendrait ainsi le machisme en question, voire une résurgence de ces temps jadis où, dit-on, les femmes régnaient sur la cité en général et donc sur leurs compagnons.

Bref, au moins sur le plan inconscient, la notion de matriarcat nous habite depuis longtemps et c’est peut-être la raison pour laquelle les anthropologues ne s’étonnèrent pas d’en trouver des exemples en Asie comme en Afrique, ces continents où le mépris pour les femmes atteint des sommets et où se trouvent donc réunies les meilleures conditions pour l’éclosion du mouvement inverse par simple effet de réciprocité. On peut d’ailleurs rappeler que les celtes, dont les ancêtres vinrent jadis des plaines asiatiques, réservaient une place d’importance à leurs compagnes, et dans tous les secteurs de la société – peut-être, d’ailleurs, quittèrent-ils l’Asie pour cette raison, car il y étaient trop en décalage avec leur temps…

On s’étonne d’autant moins de voir qu’un tel thème prenne tant de place dans les productions de l’esprit quand on sait combien les créatifs en général et les artistes en particulier entretiennent souvent une relation privilégiée avec leur mère, ou encore combien ils laissent la part féminine de leur personnalité s’exprimer à travers le développement de ces idées originales ou en tous cas inhabituelles qui leur servent d’inspiration première et qui sont souvent l’apanage des femmes. Sans oublier que créer reste bien souvent un acte de révolte contre l’autorité et le conformisme, soient des éléments typiquement masculins. De sorte qu’évoquer le règne des femmes tiendrait presque de l’apologie de l’acte créatif.

Ainsi, Gall Force: Eternal Story s’articule-t-il autour d’un tel thème, au moins indirectement. Car d’hommes, ici, on ne voit point ; ce qui, au fond, n’est jamais qu’un moyen de souligner le matriarcat : elles s’en seraient purement et simplement débarrassées… Premier opus de la seconde série à succès du mythique mais hélas défunt studio Artmic, peu après Megazone 23 et juste avant Bubblegum Crisis, ce film choisit donc un angle d’attaque assez original. Car même s’il rappelle bien sûr Macross (Noboru Ishiguro ; 1983) pour sa thématique de départ, on y distingue aussi l’influence évidente de la première trilogie Star Wars (George Lucas ; 1977) ainsi que du film Alien, le huitième passager (Ridley Scott ; 1979) – soit un cocktail plutôt rare…

Certains diront que c’est là le seul intérêt de cette production, qu’elle reprend avec efficacité cette technique du patchwork et de la juxtaposition d’inspirations très différentes en un tout paradoxalement cohérent, et qu’il ne faut pas aller chercher plus loin ce qui ne s’y trouve pas. D’autres diront que Gall Force: Eternal Story possède sa propre âme et que celle-ci prend racine dans une alchimie aussi improbable que réussie d’éléments visuels et musicaux articulés autour d’un scénario somme toute bien assez surprenant ; ils rappelleront aussi que si ses personnages ne présentent aucune réelle profondeur, leur design seul suffit pour le spectateur à se les approprier – en d’autres termes, ils sont charmants et parfois il ne faut rien de plus.

La gloire en revient ici à Kenichi Sonoda qui connaîtra son succès personnel un peu plus tard à travers ses mangas Riding Bean (1988) et Gunsmith Cats (1990) dont les adaptations en anime sauront trouver un public nombreux des deux côtés du Pacifique. Car pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, et si le splendide travail des animateurs leur donne vie, ce sont malgré tout les chara designs qu’il développe pour ce film qui font la force principale de cette production. On s’y attache car ils sont attachants à défaut d’être originaux ou sophistiqués – et pour autant qu’on puisse encore créer des personnages méritant de tels qualificatifs après 4000 ans de littérature – et en fin de compte, ce facteur à lui seul peut suffire.

Bien sûr, les splendides qualités d’animation, les mecha designs somptueux et les scènes de batailles stellaires aux proportions dantesques jouent aussi un rôle central ; de même que l’intrigue et son mystère où le suspense et les retournements de situation le disputent à l’action pure et aux révélations. Mais il n’y a nul besoin d’y regarder de bien près pour voir que Gall Force… n’invente rien sur ces plans-là – ou si peu – alors qu’il révèle quelque chose en exposant le talent de Sonoda au grand jour. Pour autant, il ne s’agit pas de dire que ce film lui doit tout puisqu’il s’agit avant tout d’une œuvre collective, comme toutes les animations, mais il arrive que le travail d’un seul porte celui de tous les autres jusqu’où il n’aurait su aller par lui-même.

Classique oublié, à défaut de chef-d’œuvre, d’une époque révolue et d’un genre, le space opera, bien assez galvaudé depuis trop longtemps, Gall Force… figure parmi ces productions uniques en leur genre à ne manquer sous aucun prétexte, non pour ses idées en fin de compte toutes déjà vues quelque part mais pour son aura à nulle autre pareille.

Séquelles et spin-offs :

Comme évoqué plus haut, Gall Force: Eternal Story lance une franchise à succès qui se décompose en différents arcs narratifs de plusieurs épisodes chacun et situés à diverses époques. Tous sauf un furent réalisés par Katsuhito Akiyama.

Gall Force 2: Destruction (1987) et Gall Force 3: Stardust War (1988) se situent juste après Gall Force: Eternal Story et ajoutent quelques précisions sur le sort de certains personnages ainsi que sur le déroulement de la guerre entre les solnoïds et les paranoïds. Bien que plaisantes, ces deux productions s’avèrent assez anecdotiques et dispensables.

Rhea Gall Force (1989) et Gall Force: Earth Chapter (même année) se déroulent plusieurs milliers d’années plus tard et montre l’humanité en guerre contre des machines pensantes construites par les terriens à partir d’artefacts paranoïds retrouvés sur la Lune. Surprenant, le revirement se montre très réussi.

Gall Force: New Era (1991) a lieu deux siècles après le chapitre de la Terre et narre le retour de GORN, l’intelligence artificielle responsable de l’insurrection des machines contre leurs créateurs. Sans réel scénario ni conclusion, ce chapitre reste le plus faible de la série.

Enfin, Gall Force: The Revolution (Hiroshi Fukishima ; 1996) est une réinterprétation de l’original où il n’y a aucun paranoïd et au lieu de ça une guerre civile déchire la faction solnoïd.

Adaptation :

Sous la forme de jeux vidéo : d’abord une paire de shoot’em up, intitulés Gall Force et Gall Force: Defense of Chaos, développés en 1986 par HAL Laboratory, Inc. pour Famicom Disk System et MSX, respectivement ; puis un jeu d’aventure, Gall Force: Eternal Story, sorti en 1987 sur MSX2.

Note :

Gall Force a pour origine et précurseur un roman photo à base de maquettes : paru en 1985 dans le magazine Model Graphix sous le titre de Gall Force: Star Front, il établit les bases des versions animées. Peu connue en dehors du Japon, et en raison des différences avec les productions audiovisuelles en terme de costumes, de véhicules et d’armes, cette toute première itération est souvent considérée par les fans comme non-canon ou bien faisant partie d’une continuité alternative.

Gall Force: Eternal Story, Katsuhito Akiyama, 1986
Central Park Media, 2003
86 minutes, pas d’édition française à ce jour

– la page officielle de Gall Force sur le site de AIC
– l’univers de Gall force chez Gearsonline.net


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