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Thelma et Louise

Jaquette DVD du film Thelma & LouiseThelma, femme au foyer, s’ennuie ferme alors que son mari autoritaire et macho vend des tapis, même le week-end. Louise, serveuse dans un café, cache son passé même à Louise, pourtant sa meilleure amie. Elles quittent toutes les deux leur petite ville pour trois jours de pêche dans un chalet de montagne. Mais avant d’arriver à destination, elles rencontrent un ivrogne qui tente de violer Louise.  Et leur petite escapade tranquille entre amies devient soudain une cavale effrénée à travers tout le pays…

À une époque où la condition de la femme – hélas toujours notoirement inférieure à celle de l’homme – prend autant de place dans les journaux, il peut s’avérer utile de se rappeler l’existence d’un film comme Thelma et Louise car, dans les grandes lignes, il cristallise avec 20 ans d’avance les préoccupations actuelles. Encore qu’il semble plus juste de considérer ces dernières comme persistantes depuis trop longtemps puisque le discours qui sous-tend ce film résonne, et avec raison, depuis un demi-siècle au bas mot : en fait, Thelma et Louise soulignait surtout en son temps l’échec que connut le féminisme pour se faire entendre de l’audience masculine – ou du moins d’une part de celle-ci.

Si certains n’hésitent pas à dire que la faute de cet échec revient à une méthode de protestation qui s’est affirmée bien trop bruyante pour ne pas lasser, il semble néanmoins assez juste de dire aussi que les choses ne changent pas du jour au lendemain et que les mentalités évoluent moins vite que les lois. Toutes mes excuses pour enfoncer ainsi une porte aussi grande ouverte mais le rappel me semblait pertinent. Ce qui n’empêche nullement Thelma et Louise de s’afficher en bonne place dans la liste des films culte, en particulier pour l’ode qu’il fait à la liberté et à l’accomplissement de soi – deux thèmes qui, soit dit en passant, restent assez sous-jacents de celui du féminisme déjà mentionné.

Mais on y trouve aussi un voyage à travers les plaines de l’Ouest américain, de toute évidence encore un peu sauvages, qui prend assez vite des allures de « chevauchée fantastique » et croise au moins un autre mauvais genre, le polar, tout en flirtant avec la comédie pour mieux faire avaler la pilule du drame ici joué. Et puis c’est surtout l’histoire d’une amitié entre deux femmes dont on ne sait plus laquelle joue le rôle de Bonnie et laquelle celui de Clyde : peut-être se le partagent-t-elles après tout…

Si Thelma et Louise s’affirme encore et toujours comme un film tout à fait actuel, il reste aussi un récit admirablement orchestré où, dans le très court instant qu’il suffit à une balle pour jaillir du canon d’un revolver, le quotidien le plus banal bascule soudain dans une odyssée dont on ne revient pas entier.

Récompenses :

Oscar du cinéma : Meilleur scénario original (Callie Khouri)
Golden Globes : Meilleur scénario (Callie Khouri)
David di Donatello : Meilleure actrice étrangère (Geena Davis) & Meilleure actrice étrangère (Susan Sarandon)

Thelma et Louise, Ridley Scott, 1991
MGM / United Artists, 2003
129 minutes, env. 9 €

– d’autres avis : Ciné-Club de Caen, Libération, La Pellicule brûle, CinéCritiques
– l’article de Marc-Benoît Créancier sur Il était une fois le cinéma

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Les Prédateurs

Affiche française originale du film Les PrédateursDepuis des milliers d’années, Miriam se nourrit du sang des humains mais sans jamais parvenir à partager son immortalité avec les compagnons dont elle s’entoure. Car c’est son amour pour eux qui les maintient en vie et celui-ci finit toujours par se flétrir… En couple depuis trois siècles avec John, elle tombe sous le charme de Sarah Roberts, une chercheuse spécialiste du vieillissement : alors que John dépérit, il tente de contacter cette scientifique pour enrayer l’inéluctable mais au lieu de ça le précipite...

Pour son premier long-métrage, Tony Scott s’aventure sur des terres qu’il ne fréquentera plus à l’avenir. Fantastique et gothique à la fois, Les Prédateurs s’articule autour de deux thèmes principaux et assez voisins : vampirisme et immortalité. Si le premier reste relativement récent dans la littérature, du moins comparé au second, ce dernier demeure peut-être le plus ancien de la forme écrite – il apparut en effet dans l’une des toutes premières fictions connues, L’Épopée de Gilgamesh, écrite bien des siècles avant le début de notre ère. Ce film mêle donc, et en quelque sorte, l’assez neuf avec le très vieux, ce qui se montre assez peu banal même en ce début des années 80 où le postmodernisme prenait son essor.

Et par-dessus le marché, ce récit choisit pour chacun de ces thèmes un angle d’attaque plutôt original lui aussi. Ainsi, les vampires, ici, ne craignent pas du tout la lumière du soleil ; par contre, et mis à part une force assez peu commune, ils ne disposent d’aucuns pouvoirs particuliers, de sorte que vous ne les verrez pas se transformer en chauve-souris ni commander aux loups ou aux rats – pour citer les clichés les plus éculés mais aussi les plus risibles. Quant à leurs talents hypnotiques, ils se voient remplacés par un charisme époustouflant, ici interprété avec grand brio par une Catherine Deneuve flamboyante et un David Bowie magistral.

Enfin, l’immortalité, pour sa part, présente ici comme particularité de ne pas dépendre d’un simple échange de sang entre le vampire et celui ou celle qu’il a choisi comme compagnon ou compagne : au lieu de ça, il repose sur l’amour qui lie entre eux les deux pôles du binôme. Une fois les morsures partagées du moins puisque ce sont les sentiments qui prolongent la vie… Le symbole se veut pour le moins transparent, et contribue beaucoup à présenter le thème sous un jour assez original, même s’il se teinte d’un soupçon de naïveté qui somme toute convient plutôt bien à l’inspiration gothique du film.

Les problèmes commencent donc quand l’amour fléchit – c’est-à-dire tôt ou tard. Susan Sarandon se présente à ce moment-là. Son personnage, médecin et chercheur de surcroît, symbolise bien sûr la rigueur de la vérité scientifique qui met à mal la superstition ancestrale, même si la conclusion montre qu’elle contribuera largement à la prolonger – encore que sous une coloration assez différente, et en fin de compte bien dans l’air du temps de ce film post 70s et donc parée d’un certain désenchantement vis-à-vis du modernisme.

Car si ces prédateurs-là présentent une facette très humaine par leur besoin vital d’amour, ils ne le partagent malgré tout qu’entre eux et en excluent ceux qui ne leur ressemblent pas pour user de ces derniers comme bon leur semble, soit comme du bétail. À peu de choses près, ils figurent ces financiers des années 80, les « années fric », qui capitalisaient sur tout, y compris sur les salariés, et dans la plus totale indifférence pour ces derniers.

Échec autant critique que public lors de sa sortie, Les Prédateurs s’est néanmoins affirmé peu à peu comme une œuvre culte pour son esthétisme aussi sombre et froid que sophistiqué et classique, ainsi que pour son récit d’amour et de mort à l’intrigue subtile, sans oublier ses jeux d’acteurs exceptionnels et sa photographie brillante.

Mais c’est aussi un OVNI du cinéma fantastique pour sa démarcation tout à fait inattendue sur deux des principaux thèmes du genre, ainsi que – dit-on – une œuvre phare du cinéma gay/lesbien mais aussi du mouvement gothique pris dans son ensemble.

Pour son premier long-métrage, donc, Tony Scott signe une production exceptionnelle sous bien des aspects et que le lecteur à présent averti ne saurait rater sous aucun prétexte.

Note :

Ce film est une adaptation du roman éponyme de Whitley Strieber paru aux États-Unis en 1980 sous le titre The Hunger et publié en français aux éditions J’ai lu en 1983.

Les Prédateurs (The Hunger), Tony Scott, 1983
Warner Home Video, 2004
97 minutes, env. 10 €


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